12° #409012

Je veux et je construis

Auteur:

J∴ P∴ R∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Devoir Écossais - Orient de Versailles
A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
ORDO AB CHAO – DEUS MEUMQUE JUS
Sous la juridiction du Suprême Conseil pour la France des Souverains Grands Inspecteurs
Généraux du 33ème et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté

Ce grade semble être une conclusion majeure à la démarche initiatique que nous avons menée jusqu’ici. Il faut en effet terminer la construction du Temple interrompu depuis la mort d’Hiram.

Aussi, à la question du S G M « Et maintenant que faites-vous ? » Le G M A répond sans hésitation : « Je veux et je construis ».

Cette réponse résume tout à la fois : sa volonté et ses objectifs ; le parcours initiatique depuis le Cabinet de réflexion. C’est une des sentences majeures du Grade qui présage également la continuité.

Je veux

L’expression « je veux » peut paraître présomptueuse si elle n’était prononcée par un F M qui a déjà acquis une expérience de l’Art royal et qui a fait preuve de détermination, de fidélité qualité requise pour assumer sa tâche.

Pourtant le « je » m’a incommodé. Certes nous avons dépassé le stade de l’égocentrique et de la prétention. Nous avons appris le silence, la domination de nos affects, de nos passions. Ce « je » exprime notre assurance, notre adhésion. Il transparaît peut-être un enthousiasme mesuré. C’est la première fois que le F M s’exprime et assure sa personnalité car il est sûr de ses compétences et de sa fidélité, de ses choix à poursuivre son travail maçonnique. On aura auparavant jaugé ses valeurs tant techniques que morales.

« Je veux » est un verbe transitif. Il assigne une action. On le conçoit plus dans le sens d’une volition que comme une volonté simple. Il induit une action réfléchie, préparée qui de plus dans le contexte exprime l’opiniâtreté et est concentrée sur un objectif déterminé : la construction du Temple. Cette manifestation de la volonté sous entend que le projet est possible, dans l’ordre de ses compétences.

Je construis

Il est évident que le grade est orienté vers la technique, les sciences et, surtout la philosophie influencée par les présocratiques et les encyclopédistes du XVIIème, chez qui les connaissances nous ramènent vers la vertu et la spiritualité.

Depuis notre initiation, nous savons que le Temple de Salomon repose sur les piliers de la sagesse, de la force et de la beauté. Qu’il est la perfection même et que notre objectif est de construire en nous un Temple aussi parfait. A ce Grade, il reste surement à en terminer le gros œuvre, le second œuvre, les décorations. Le chemin est encore long pour parfaire notre Temple intérieur. C’est en ce sens que nous présageons la tâche à venir, au-delà de ce grade.

La décision prise, le G M A se doit de se préparer à l’action. Au même titre qu’un gestionnaire prépare son plan d’action. Les outils, le rituel sont les indicateurs, les aides pour poursuivre notre chemin.

Le rituel nous dit que le G M A. a dû d’abord s’assurer des connaissances nécessaires à son œuvre. On a vu combien elles étaient profondes. Il est passé progressivement par toutes les étapes de la formation, depuis les plus simples aux plus complexes pour assurer ses compétences. Il aura défini son objectif, inventorié ses moyens, choisit ses collaborateurs.

Le G M A lui se prépare à son œuvre depuis son initiation. Il a bénéficié de toutes les expériences, celles où les actions étaient conduites par impulsions. Il a pris conscience de la part d’animalité en lui. Il a accompli des voyages pour se connaître au travers de l’autre, mais aussi découvrir l’harmonie, la beauté. Il a vécu la mort du Maître, ainsi a découvert la fragilité de l’ordre et la pénibilité à le rétablir. On lui a communiqué le sens du devoir, de la justice. Il a acquis la connaissance et découvert l’utilité des outils et la futilité des métaux. Il est prêt aujourd’hui à répondre à l’appel et à terminer l’œuvre interrompue.

Donc le « je veux et je construis » exprime bien une opiniâtreté réfléchie, planifiée et, raisonnable. Ce dernier point est important car il répond aux règles maçonniques. Le « je » exprime l’engagement, la prise de responsabilité murement réfléchie et planifiée.

Le Temple intérieur

Quelques éléments importants du Rituel pour nous aider.

– Nous pensions depuis le 9ème degré avoir été nominés puis élus, acquis le niveau requis pour poursuivre les travaux. Avec neuf F F désignés par le sort, nous avons entrepris les recherches pour retrouver le premier mauvais compagnon. Puis nous avons été choisis et élus avec quinze F F pour parfaire notre travail sur nos passions. Encore élus parmi les douze nous avons gagné le titre de sublime chevalier élu. Nous sommes passés en fait du niveau, encore passionnel au Neuvième degré, au stade d’homme vrai « d’Emerek » au onzième Degré.

Selon son étymologie latine, le qualificatif de « sublime » lié au grade situe le chevalier au plus haut niveau de perfection. On peut également penser à la sublimation alchimique et à son analogie à la décomposition et à l’homonyme sub-limite « au-dessous » du niveau qui justifierait son retour à l’Ecole de Salomon.

Il est en effet important d’acquérir la connaissance, de poursuivre le perfectionnement de soi. Rien n’est laissé au hasard ; il faut acquérir le plus haut niveau de conscience et épanouir son surconscient pour atteindre le plus haut niveau de construction de soi.

Quant à la connaissance, le G M A en est conscient. Cette connaissance le rassure et le protège en particulier du monde profane. Il ne craint plus de laisser entrevoir sa pensée. La porte de la Boulomie reste largement ouverte et il n’y a point de gardien. Ceux qui comprendront sa démarche pourront y participer, les autres passeront leur chemin : « La garantie de notre secret réside dans notre science même ». Il faut, pour comprendre, avoir l’intelligence naturelle et surtout avoir accompli les travaux préparatoires.

– On travaille dans la Boulomie, le Lieu où l’on veut. Cet endroit est donc propice à l’esprit volontaire. C’est là que l’on est le plus assuré d’accomplir au mieux sa tâche. La Boulomie est indissociable de la sentence « Je veux et je construis », elle est au-delà du terrestre, elle se trouve au fond de nous-mêmes, en liaison avec l’univers. La Boulomie est hors de l’espace et du temps, c’est un lieu sacré. Par ailleurs, tous les outils, les décorations nous aident à accomplir la construction de notre Temple intérieur.

– On a 45 ans l’âge de la plénitude. C’est l’âge requis pour achever le Temple car on a acquis les connaissances, la pondération, la maturité pour savoir ce que l’on veut et on a la force vitale pour l’action. Il associe la perpendiculaire et le niveau indissociables, manie le compas et mieux le compas à quatre pointes qui lui permet d’élargir les proportions de sa construction au-delà de ses limites habituelles jusqu’à l’infini. Il va utiliser à bon escient l’Étui de mathématique qui est lié à la philosophie.

Le Génie lui parle. Cette force spirituelle qui habite Le G M A va le soutenir tout au long de son cheminement. L’aider à garder confiance et à avoir toujours foi en l’avenir. Je l’assimile dans la tradition chrétienne au Saint-Esprit. Il s’agit en fait, du contact direct avec le Divin décrit par toutes les religions du Livre. Quant aux religions asiatiques, c’est également trouver le plus haut niveau de la spiritualité intérieure.

Le G M A a acquis la vertu, la pureté, les connaissances pour entendre le Génie. Ce Génie est à rapprocher des Lumières qui éclairent nos travaux depuis le Cabinet de Réflexion jusqu’à notre grade. Cette Lumière est particulièrement éclatante au 4ème degré, le M S l’entrevoit à travers son voile.

À notre niveau, le Génie nous parle par intermittence, en effet, il ne nous parle que dans la Lumière. Le Génie se tait quand l’Étoile paraît. Cette étoile qui signale la nuit est la représentation du monde profane que nous maîtrisons certes, beaucoup mieux depuis le cabinet de réflexion mais qui demeure encore en nous. Nous passons alternativement d’une phase consciente et brillante à une phase obscure et passionnelle.

Le G M A n’a pas encore résolu la fusion harmonique du matériel et du spirituel. Son temple intérieur est en cours de construction, il a, à ce point, acquis rassembler tous les éléments pour finaliser sa construction intérieure mais, le Temple est toujours inachevé. Il y parviendra surement un jour quand il aura encore progressé. Cette Lumière reflète la présence du plus haut niveau spirituel. Le Génie va lui permettre de garder le cap, de lutter contre le doute. C’est son viatique pour mieux se connaître et assimiler la sentence V I T R I O L.

C’est là que V I T R I O L prend tout son sens. Il investiguera son moi profond, fera sans complaisance le bilan de ses forces et de ses faiblesses. Le Génie est aussi sa force intérieure, sa conscience. Une fois sa personnalité aplanie, le G M A poursuivra sa tâche pour être en parfaite harmonie avec ses idéaux maçonniques, le monde profane, la vie et admettre sa composante indissociable la mort.

Ce temple que le G M A se doit de finaliser, est certes son temple intérieur mais ce Temple est également à destination de l’autre, dans une perspective d’universalité. Le Temple qu’il doit finaliser, le Saint des saints qu’il doit décorer sont surement son « moi » intérieur mais c’est aussi le Temple universel, le Temple de la Jérusalem céleste. C’est sa modeste contribution à l’humanité.

Nous aurions pu penser avoir atteint le niveau requis dans le grade précédent en devenant l’EMEREK, l’homme vrai. Celui dont l’esprit prédomine sur la matière et dont la pensée gère l’action. Mais pour finir cette œuvre infinie, hors du temps, il lui faut plus encore : accroître la connaissance de soi en fréquentant l’Ecole de Salomon.

J’ai cependant un peu l’impression d’être Sisyphe car l’objectif est si loin et je manquerais surement de temps.

Heureusement pour moi, Marguerite Yourcenar nous disait.

« On ne bâtit un bonheur que sur un fondement de désespoir. Je crois que je vais me mettre à bâtir ».

Nous avons en effet maintenant tous les éléments pour terminer la construction de ce Temple et nous sommes bien dans l’esprit de la sentence « Je veux et je construis ».

J’ai dit Sublime Grand Maître.

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