12° #409012

Le lieu ou l’on veut

Auteur:

Non communiqué

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Orient de Paris

La Planche que je vais vous présenter porte sur le thème « le Lieu Où l’On veut », lieu dénommé par le néologisme Maçonnique « Boulomie ».

La raison de mon intérêt pour ce lieu est que, à l’issue de la Cérémonie de Réception au 12ème Grade, le Subl Grand M prononce une déclaration qui a marqué ma mémoire, et qui est, selon le rituel, avec l’apposition de l’Épée sur la tête du récipiendaire : « Vous, Sublime Chevalier Élu, je vous confère le Grade de Grand Maître Architecte, et vous reçois dans l’Archi-loge de la Loge de Perfection INFINI, DONT VOUS SEREZ DESORMAIS HABITANTS DE CE LIEU OÙ L’ON VEUT ».

À l’ouverture des Travaux au 12ème degré, et toujours selon le rituel, le Subl Gran Maît interpelle le 2nd Excellent Gardien : « Et maintenant, que faites-vous ? » …qui répond : « Je veux et je construis ! ».

Et pour la première fois, dans cette réponse, « je », la première personne du singulier, est employée marquant le niveau acquis d’expertise, d’autonomie et de responsabilité du Grand Maître Architecte.

Je reviendrai à ces mots d’accueil au 12ème Grade, prononcés par le Subl G M : « Vous serez désormais habitants de ce lieu où l’on veut ».

Je vous propose d’abord de réfléchir au sens de ces mots (I)
Puis d’examiner le sens donné par le rituel (II)
Enfin (III), je partagerai avec vous quelques réflexions personnelles à propos de ce lieu où nous sommes destinés à « habiter » au 12ème degré, et à vouloir, collectivement, puisque du « je »…veux et « je », construis, utilisé par le 2ème Excellent Gardien à la fin de l’Ouverture des Travaux, nous venons de ce lieu, clairement indiqué comme collectif lors de notre réception, « Ce lieu où l’on veut ».

En particulier je développerai l’idée que nous y avons intégré un nouvel espace de construction et de création, à la rencontre de, et à partir du centre de notre âme, après avoir traversé bien des aventures, et qui sait, à la rencontre de quelles nouvelles autres aventures et expériences futures.

(I) « Habitant du lieu où l’on veut » : quel est le sens littéral de ces mots ?

« Un lieu » : est un endroit précis mais pas nécessairement clos ou limité de frontières, ainsi par exemple, l’on peut dire « rendez-vous en tel lieu » ou se référer à un « lieu-dit », ou encore une ville.

Un lieu peut être ainsi un point de rendez-vous ou de rencontre ou d’habitation. « Habitant » : suggère que ce lieu n’est pas une destination : la destination est déjà atteinte. Les nouveaux habitants sont donc accueillis par ceux qui y demeurent déjà.

C’est donc un lieu, un point d’arrivée, dont la destination a été choisie et voulue. C’est aussi un lieu où l’on est accueilli. On n’y arrive pas nécessairement seul ; même si chacun a son propre vécu. On y vient donc aussi à la rencontre des autres. C’est un lieu où l’on est reconnu et accepté, en tant qu’habitant, avec des mérites reconnus, et un lieu -puisqu’il accueille un habitant nouveau- où celui-ci va s’établir, constituer un foyer, autour d’une société organisée, par exemple autour du maire d’une municipalité.

Les nouveaux venus se retrouvent donc avec d’autres habitants qui les y ont précédés, et qui sont expérimentés en ce lieu et dans l’activité qui y est exercée.

« Où l’on veut ! » : voilà donc un lieu dans lequel il existe une règle : celle de vouloir. L’on y est accueilli en tant qu’habitant, mais il est demandé à l’habitant de vouloir. Il s’agit d’un lieu où règne la détermination.

Les habitants doivent donc être des êtres volontaires et motivés par un objectif à atteindre. Ils doivent aussi pouvoir, pour vouloir et agir. Peut-être les habitants de ce lieu où l’on veut, peuvent-ils aussi compter sur une certaine forme d’émulation entre eux. Il doivent aussi savoir, car sinon, comment pourraient-ils pouvoir, ce pour quoi il leur faut des connaissances.

La volonté, requiert le consentement, le libre arbitre, le courage et le sens de la direction vers laquelle on se dirige, que la volonté soit comprise au sens philosophique, sociétal ou juridique. Mais quelle est cette direction ? Car il importe de savoir vers où se diriger.

« On » : cet objectif à atteindre dans l’espace où les habitants du lieu où l’on veut demeurent, apparaît à la fois individuel et collectif : tous les habitants de ce lieu, et chacun d’entre eux, tendent vers le même but. Et les nouveaux habitants les rejoignent ; le terme « on » inclut donc chaque individu et englobe tous les membres d’un groupe donné.

Ainsi, les habitants de ce lieu, et maintenant celles et ceux qui le rejoignent, agissent dans le même temps à titre individuel et aussi à titre collectif au pays des habitants de ce « lieu où l’on veut », ce qui suggère l’entraide et la solidarité. Au total, au sens littéral, le nouvel habitant du lieu où l’on veut rejoint un espace d’autres personnes déterminées ensemble à agir dans une action commune.

Mais dans quel but ? …

(II) Le lieu où l’on veut – ce que dit le rituel

Lors de la Cérémonie de Réception au 12ème Grade, le récipiendaire se trouve dans un lieu blanc, orné de flammes rouges. Le blanc symbolise la pureté du cœur. Les flammes rouges signifient le zèle des Grands Maîtres Archi.

Une forme de sérénité est atteinte dans le Temple. Justice est faite ; les Mauvais Compagnons ont été sanctionnés. La paix règne dans les cœurs après que distinction ait été faite entre vengeance et justice. L’Étoile brille au Septentrion.

Selon l’instruction du rituel, le Grand Maître Archi connait parfaitement ce que renferme son étui de mathématique : l’équerre, les compas-simple, à quatre pointes et de proportion-l’aplomb et le demi-cercle. Avant d’être reçu Grand Maître Arch, le récipiendaire a dû faire reconnaître, par le Sublime Grand Maître, la perfection de son Épure. …/…

Il a su répondre aux questions posées, en particulier : que les instruments de cet étui de mathématique, enseignent la rectitude, la sincérité, le travail et l’émulation, que le centre du cercle tracé par le compas représente l’esprit humain, et la circonférence, le champ des connaissances humaines.

Enfin, le G M A, connaît la légende du Grade : il s’agit de la suite de la légende d’HIRAM et le nouveau G M A doit reprendre et achever la construction du Temple interrompue en son 3ème niveau d’édification. Et pour succéder à HIRAM, il doit avoir acquis toute l’expertise des instruments. Mais le G M A a aussi un héritage, et pour pouvoir construire, il doit tenir compte de ses expériences passées, et aussi déterminer ce qu’il veut en faire.

Le voici donc, en « ce lieu où l’on veut », où il se doit d’être pur de cœur et animé de zèle, empreint de vertu, formé à l’école instituée par Salomon, en souvenir d’Hiram-Abi.

Le GMA travaille sur lui-même, sur son propre esprit.
Il a l’âge de la plénitude, 45ans.
Il déclare « Je veux et je construis ».
Et il se trouve dans ce lieu particulier, « le lieu où l’on veut », dont il est l’un des habitants.

Le G M A apparaît donc se trouver en ce lieu et en ce moment (ego, hic et nunc) dans des conditions idéales pour poursuivre son perfectionnement, créer et construire. Qui est-il et qu’a-t-il donc à faire en ce lieu ?

Les temps ont changé depuis HIRAM. Si le G M A dispose de tous les moyens pour construire ce qu’il veut, il doit aussi faire preuve de volonté. Sans doute lui faudra-t-il modifier les choses. Ainsi, c’est le travail du G M A que de s’adapter à son temps, dans sa construction.

(III) Quelques réflexions personnelles – la Création de la construction

Le G M A m’apparaît être lui-même encore et toujours en pleine construction. Pour autant, il se trouve dans un lieu où il dispose de la liberté de pouvoir construire ce qu’il veut. Il dispose du savoir et de la compréhension.

Qu’en fait-il ?

Le G M A se trouve dans ce lieu d’espace illimité dans lequel il a beaucoup de connaissances. Il peut y faire ce qu’il veut et exploiter tout l’espace du lieu de cette Archi-loge, « Boulomie », pour évoquer ce lieu supérieur ou architectural, par référence à l’éthymologie grecque. C’est une grande responsabilité que cette liberté. Il s’agit d’une responsabilité importante vis-à-vis de lui-même et aussi d’une grande responsabilité vis-à-vis des autres.

En effet, le G M A dispose de la connaissance et de tous les outils pour agir, en particulier l’étui de mathématique, mais cela va plus loin car ses actions ont une interaction avec les autres.

Souvenons-nous de cette injonction, « connais-toi toi-même : ainsi le G M A, se doit de puiser au fond de son âme et d’en avoir la connaissance, et de recourir à sa volonté pour procéder à sa reconstruction, selon ses plans et ses dessins et…desseins.

L’entreprise du G M A n’est pas que pour lui-même : il s’agit aussi de contribuer à construire rien moins que l’Humanité, débarrassé des idées fausses et des préjugés, prêt pour agir avec pureté et zèle.

Entre le 1er et le 3ème degrés nous sommes invités à retourner en introspection.
Ici, il nous est dit que nous savons tout.
Pour autant, nous ne sommes pas parfaits.
Nous devons achever notre temple intérieur.
Nous sommes aussi aptes à enseigner.

De nouveau, il s’agit donc d’une grande responsabilité et d’un grand devoir pour le G M A, celui qui veut, tant vis-à-vis de lui-même que vis-à-vis des autres.

En conclusion,

J’aime à imaginer le Grand Maître Architecte comme Aladin, avec son bon Génie. S’il sait bien utiliser ce que lui a appris son Maître, il pourra s’envoler et parcourir l’espace de sa liberté, tel Aladin sur son tapis volant. Il s’agit ici d’un voyage sans fin, à partir de l’ancrage de l’âme du G M A, vers des connaissances et des enseignements illimités, dans l’harmonie enfin trouvée.

Voici donc le plan, le tracé : ce devoir, ce vouloir, de contribuer à l’harmonie du G M A, en lui-même, et à l’égard de la société. Ce voyage, le G M A l’entreprend à la fois de manière individuelle et de manière collective, avec ses S S et F F, parce que chacun le veut, après des années de longs efforts pour venir à la rencontre de son âme et y puiser avec sa science apprise d’HIRAM, la sagesse et la sérénité de contribuer à son propre bien et à celui des autres.

Ainsi, le G M A a compris le sens des morts, qu’il a vécues symboliquement tant de fois et en est tout autant de fois ressuscité, chaque fois renforcé, plus savant et expérimenté, pour parvenir à ce jour, dans ce lieu où l’on veut ».

Quelle est donc la prochaine étape de ce long voyage dont je finis par me dire qu’il n’a pas de fin sur la voie du perfectionnement ? J’aime à penser que, quelles que soient ces étapes à venir, le G.M.A restera toujours ancré dans la volonté de ce lieu où l’on veut.

Je conclurai en partageant avec vous cette citation extraite d’un ouvrage de Jean-Pierre Vernant, La Traversée des Frontières : « on se connaît, on se construit par le contact, le commerce, l’échange avec l’autre ».

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