Le Maître Secret écoute celui qui parle pour mieux se connaître lui-même
J∴ M∴ M∴
et vous tous mes Sœurs et mes Frères Maître Secret
Le Maître Secret écoute celui qui parle
pour mieux se connaître lui-même
Si l’on considère que l’initiation au grade de Maître Secret nous fait accéder à la fonction sacerdotale en devenant gardien du Saint des Saints et que de ce fait nous passons du « Faire » au « Dire », de la maîtrise de l’outilla maîtrise du verbe nous pourrions trouver une certaine contradiction par rapport à la question posée.
Mais partant du principe que chaque contradiction cache en fait une explication, ne pourrions nous pas alors penser qu’il faut voir dans cette initiation un éclairage du sens du signe du silence qui nous est apposé et dans ce cas une approche constructive à la question posée.
Notre rituel précise que nous sommes dans cette loge de perfection comme au grade d’apprenti, le sceau de Salomon qui nous clos les lèvres est une attestation symbolique qui nous renvoie au silence des apprentis.
« Ecoutez toutes les femmes et tous les hommes avec attention et déférence, ayez la ferme résolution de les comprendre »
La connaissance de soi devient alors la résultante de l’enseignement des Sœurs et des Frères passés au filtre de sa propre analyse. Comme un apprenti c’est l’écoute de l’autre qui me construit.
La parole étant perdue, ne convient il pas d’écouter pour découvrir qui la possède, la simple interrogation sur ce point n’impose t’elle pas l’écoute.
Mais encore convient il de pratiquer la juste écoute, de laisser de côté tout ce que les paroles ont de vain, et de n’en rechercher que le fruit, à l’instar non des bouquetières, mais des abeilles. Les premières en effet ne songent qu’aux fleurs et aux feuilles qui ont le plus de parfum et d’éclat ; elles les assortissent et les entrelacent à dessein de former un ouvrage agréable mais éphémère et stérile. Au contraire, les secondes sans cesse voltigeant au milieu des prairies émaillés de violette, de roses ou de jacinthes, descendent en piqué jusqu’au thym, de loin le plus âcre et le plus amer, et s’y posent ;
« Façonnant l’or du miel »,
Elles y prennent ce qui est utile et s’envolent dans leurs ruches vaquer à leur travail. Un Maître Secret raisonnable et curieux de s’instruire méprisera cette langoureuse floraison verbale et tous ces sujets propices à la pompe du théâtre et à l’éloquence épidictique. Mais par la profondeur de sa méditation, il s’insinuera dans l’esprit du discours et cherchera quelle a été l’intention de l’auteur. Et il extraira de l’œuvre ce qu’elle a d’utile et de profitable, se souvenant qu’il n’est pas venu à une représentation théâtrale ou lyrique, mais qu’il se trouve dans un Temple, dans un lieu où l’on s’instruit et où il a le dessein de réformer sa conduite à partir des paroles qu’il entend. Pour apprécier un discours qui s’offre à nos oreilles et pour en formuler un jugement, nous devons donc partir de nous-mêmes et de nos dispositions intérieures en examinant si l’une de nos passions a perdu de son activité, si l’un de nos chagrins s’est atténué, si notre confiance et nos résolutions se sont affermies, si nous éprouvons un enthousiasme plus vif pour le bien et pour la vertu. Quand on sort des mains d’un barbier, on se présente devant le miroir et on se tâte, examinant la manière dont les cheveux ont été taillés et le changement ne produit pas la coupe. A plus forte raison, en sortant d’une Tenue au grade de Maître Secret, nous devons reporter aussitôt notre regard sur nous-mêmes, étudier notre âme et chercher à reconnaître si elle s’est purifiée des affections importunes dont le poids la surchargeait pour devenir plus paisible et plus douce.
Et là peut
être approcherons nous alors le « se
connaître »
de la leçon Apollinienne.
La richesse de l’enseignement est dans la différence, le
Maître Secret par son
degré d’initiation a une certaine approche de la
Connaissance, mais le voile
déposé devant ses yeux le jour de la
réception demeure…
Tous les degrés d’initiation ne remplacent jamais
l’idée initiale de la
création de l’homme. L’écoute des sanctions du
rituel, nous informe, mais ne
nous transforme pas, en ce que l’initié doit d’une
manière innée les posséder
dans une forme de prédestination que lui confère
le cabinet de réflexion…
Le MS pour se créer intérieurement doit
être attentif à la multiplicité des
paroles, ces dernières constituent une pyramide ou au fur et
à mesure de la
synthèse spirituelle de la compréhension
individuelle, l’idée devient
pyramidion, c’est ce que doit intégrer le MS pour devenir
lui-même un Temple en
ce qu’il a intégré l’essence de la loge de
perfection.
L’écoute est l’oxygène
régénérant notre respiration, sans
elle l’esprit abdique
toute circulation.
« Savoir écouter est un
art » disait Epictète,
« parle si
tu as des mots plus forts que le silence, ou garde le
silence » comme
l’écrivait Euripide pourrait être une
maxime complémentaire du grade de Maître
Secret, alors comment bien écouter ?
Comment faire sien ce proverbe Persan qui dit « Celui qui parle sème, Celui qui écoute récolte » ? Afin que la connaissance de soi devienne une naissance à sa propre lumière ?
Apprendre à bien parler ne suffit pas. C’est aussi à bien écouter qu’il nous faut travailler si nous voulons tirer profit des paroles de ceux qui entendent nous transmettre un savoir. Telle est en quelques mots la thèse de Plutarque dans Comment écouter. Nous voila bien loin du discours actuel sur l’écoute, qui y voit presque exclusivement le facteur d’une relation authentique aux autres, l’acte silencieux susceptible de nous ouvrir à la subjectivité d’autrui pour en saisir les besoins, les désirs et les frustrations.
En d’autres termes, comment écouter ceux qui savent (ou prétendent savoir) de manière à en extraire de quoi progresser dans la connaissance du vrai et du bien si chère aux platoniciens ?
Le Maître Secret doit prendre conscience de cette difficulté d’écoute et des devoirs que nous imposent le grade, qu’il s’agisse de la rivalité jalouse qui nous rend inattentif aux « beaux discours » de ceux dont nous envions le talent, de l’attrait excessif pour la forme au détriment du fond, ou encore de l’admiration béate qui nous fait acquiescer sans discernement à tout ce qui est dit, ce sont d’abord nos propres défaillances morales qui nous empêchent d’apprendre de la parole des autres.
La transmission du savoir et de la vertu n’est pas de la seule responsabilité de celui qui transmet, de l’éducateur, du Trois Fois Puissants Maître ou des Sœurs et Frères Maître Secret. Elle l’est tout autant de celui qui reçoit, lequel a également « des devoirs à remplir ». L’éducation, et en particulier « l’éducation philosophique ne peut se faire sans la collaboration active de l’apprenant.
Chacun d’entre nous, que ce soit dans un domaine ou un autre, avons été (ou sommes encore) tour à tour l’élève et le maître. Ne serait-ce que pour cette raison, nous gagnerions sans doute beaucoup à nous faire les auditeurs attentifs de Plutarque. Il nous rappelle combien l’éducateur que nous sommes tous, ne serait-ce qu’occasionnellement, devrait prêter attention à la justesse de ses paroles. Que nous en ayons conscience ou pas, nos paroles ont un effet. Elles agissent à des degrés divers sur l’âme de celui qui en est le récepteur, avec le risque toujours présent d’y faire des dégâts, mais avec également et fort heureusement la possibilité d’y implanter le bien : « la vertu n’a d’autre entrée que l’organe de l’ouïe pour s’insinuer dans le cœur des jeunes gens ». Dans le même temps, le philosophe nous engage à mieux écouter afin d’apprendre non seulement de ceux qui disent le vrai mais aussi de ceux qui propagent le faux : « N’hésitons pas, quand nous voyons les autres mal faire, à nous répéter les mots de Platon : “Est-ce que par hasard je ne leur ressemble pas ?” ». Ce faisant, peut-être prendrons-nous conscience de l’urgence qu’il y a à cultiver aujourd’hui autant qu’hier une écoute exigeante en matière de vérité, mais qui soit également bienveillante face à des manquements dont nous pouvons tout aussi bien nous rendre nous-même coupables.
La construction appartient à l’individu, il est du devoir du MS de découvrir dans l’écoute ce qui fera son individualité, il est du « propre de l’homme d’être géomètre »…
Le Maître Secret n’attend pas de retour ou de récompense, le rituel nous le rappelle de manière précise, c’est une des particularité de notre Grade qui donne une importance supplémentaire à l’apprentissage de l’écoute, clef d’ivoire qui ouvre notre porte intérieur.
J’ai dit TFPM