12°
#409012
L’Esprit seul est créateur ; L’esprit seul, existe
D∴ L∴
A la
Gloire du Grand
Architecte de l’Univers
Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil
des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33ème et dernier degré
du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France.
ORDO AB CHAO
DEUS MEUMQUE JUS
Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil
des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33ème et dernier degré
du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France.
ORDO AB CHAO
DEUS MEUMQUE JUS
Sublime
Grand Maître, et vous tous mes Frères Grands
Maîtres Architectes,
A l’ouverture des travaux de la Boulomie, le Sublime Grand Maître interroge le Premier Excellent Gardien : » Qu’est, elle même la Philosophie ? » et ce dernier de répondre : « C’est la Lumière jetée par l’esprit humain sur les choses de la Nature ». Je vais donc essayer de montrer au travers de ce travail que ma démarche maç., particulièrement en Atelier de Perfection, est une prise de conscience progressive qui m’éclaire et m’apporte cette Grande Lumière engendrant ce processus fusionnel de mon Esprit/Etre et du Monde.
L’Illimité, L’Un, processus de génération du monde
Anaximandre, ami de Thalès et représentant le plus fameux de l’école milésienne (vers 600 av. J.C) fur l’introducteur en philosophie des concept de principe, d’élément et d’Illimité. Il a formé le premier l’idée que le principe est illimité. Simplicius rapporte, que selon les propos d’Anaximandre, il existe deux principes : la nature de l’Illimité (c’est à dire le processus de génération du monde, principe divin, immortel et impérissable) et l’intellect (la faculté de l’Esprit de forger des concepts, l’entendement). Mais dire que tout vient de l’Illimité et que tout y retourne, que l’Un devient multiple et que les multiples retournent à l’Un, est un monisme insatisfaisant, car il ignore le mouvement.
L’avantage de la solution héraclitéenne est de trouver dans le feu un principe qui soit véritablement l’Un, mais qui fasse en même temps de l’Un non seulement la cause du mouvement, mais en quelque sorte la réalité du mouvement lui-même. Le feu devient le cosmos lui-même. Le feu toujours vivant est à la fois l’état premier de l’univers et ce qui en pénètre toutes parties qu’il a engendrées. L’originalité d’Héraclite, surnommé l’Obscur, est certainement d’avoir fait de ce feu le Logos lui-même. Le Logos, qui est l’Un, est à la fois l’Un universel et l’Un individuel, c’est à dire la raison qui est commune à tous. Mais la raison est aussi l’harmonie qui, contrairement aux vues pythagoriciennes, résulte de la tension entre l’opposition des contraires. D’où le jeu d’oppositions entre l’accordé et le désaccordé, le sonnant et le dissonant, la vie et la mort, le jour et la nuit, l’hiver et l’été. Ainsi l’obscurité et la profondeur d’Héraclite, viennent de la révélation que la raison n’est pas autre chose que la contradiction elle-même, ce qui va jusqu’à faire de la déraison l’œuvre de la raison. C’est pourquoi Héraclite, qui croît que la raison est ce qui est commun à tous, ne cesse de fustiger les erreurs de la foule et de tourner en dérision la pauvreté des théologies et de la religion. Mais revenons auLogos, qui est un mélange de feu et d’eau, c’est à dire la formule de l’âme individuelle qui a son origine dans le feu cosmique. Ainsi l’âme est la cause du développement biologique en même temps que l’étincelle raisonnable descendue du ciel. Nous pouvons donc nous rapprocher et même nous identifier avec le divin grâce à la formule célèbre : « la personnalité de l’homme est son démon ».
Je reviens à nouveau sur le feu Logos lui-même. J’aime à rapprocher cette idée de celle développée dans l’anthropologie de Protagoras, qui fut sans doute le premier sophiste, contemporain d’Empédocle et de Démocrite. L’homme, degré zéro de l’animalité, l’emporte pourtant dans son affrontement contre la nature et crée un équilibre contraire à toutes les lois de la nature : le faible l’emporte sur le fort. Comment un pareil renversement est-il possible ? Grâce à la technique (le modèle premier de l’outil est le levier, par quoi le plus léger soulève le plus lourd) l’homme subvertit l’ordre de la nature, se substitue à une nature défaillante et crée l’ordre qui lui convient. Grâce aussi à un don des dieux, la Justice. Le symbole de l’ingéniosité technique est…le feu. Mais il y a une ambivalence sur l’origine, car ce don des dieux a été dérobé…
« Car même chose sont et l’être et le penser »
Dans un précédent travail, « L’Un et le Multiple » (En to Pan), j’avais expliqué que Parménide d’Elée fut le poète philosophe qui affirma la voie de « l’Etre Un » et qui considère, d’après Aristote (Métaphysique, A, v, 986 b 18) « que s’ajoutant à l’Etre, le non Etre n’existe pas, nécessairement l’Etre est Un et il n’existe rien d’autre ». L’interprétation d’Aristote oppose à l’exigence de la raison selon laquelle l’être est, l’inexistence des non-Êtres. Ainsi l’équation éléate entre le penser et l’être exprimerait-elle l’impossibilité de concevoir autre chose que l’être. Est-il besoin de préciser aux cartésiens que nous sommes, que l’expression « Car même chose sont et l’être et le penser » ne signifie pas que le sujet pensant soit une chose pensante dont l’existence est appréhendée par l’acte même de penser. Car l’intention de Parménide n’est pas de nous proposer une expression du cogito. Elle signifie, comme le notait Plotin, que l’activité de l’intellect est impuissante à saisir autre chose que ce qui est, de telle sorte que tout ce qui n’est pas, à savoir aussi bien les multiples que le passé et le futur, se situe dans en dehors de toute pensée intellectuelle, et ne relève que de l’opinion ou des sens. Il me faut donc réfuter la quête métaphysique de Descartes, qui passe par les étapes d’un cheminement qui va du doute hyperbolique à la position de la première certitude absolue (le cogito), j’adhère jusqu’ici, et de là, à la distinction des deux substances (pensée et étendue), aux démonstrations de l’existence de Dieu et à déduction de l’existence du monde.
Proche de l’interprétation de Plotin est celle de Plutarque, qui maintient la séparation entre l’intelligible – l’Esprit – et le sensible, tout en estimant que l’intelligible est frappé d’une sorte d’inexistence, qu’il faut entendre comme une inexistence dans le temps. Pour Plutarque, Parménide supprime d’un coup l’existence – à la fois des intelligibles et de l’opinion -; en revanche, il rend à chacun d’eux ce qui leur convient, en mettant l’Esprit dans l’idée de l’Un et de l’être ; de l’être parce qu’il est éternel et incorruptible, de l’Un à cause de sa ressemblance avec lui même et du fait qu’il n’admet aucune différence. En revanche, il met le sensible dans la catégorie du désordonné et de sujet au mouvement :
« Il est possible de voir le critère de chacun d’eux l’Esprit, exempt de tremblement propre à la vérité, bellement circulaire (c.a.d le siège inébranlable de la science), critère de l’intelligence et de ce qui demeure toujours semblable et, les opinions des mortels, dans lesquelles
il n’est rien qui ne soit digne de crédit, étant donné que les opinions ont commerce avec des objets susceptibles de changements variés, d’affections et de dissemblance »
(Contre Colotés XXIII, III4 D)
Une telle lecture a pour effet de faire du sujet « il » de la proposition « il est », non pas un objet quelconque, mais l’univers. Cette interprétation, confirmée par Alexandre d’Aphrodise (le meilleur connaisseur d’Aristote, Commentaire sur la Métaphysique d’Aristote, A III, 984 b3) et par Simplicius (le seul témoin a avoir étudié une version complète du poème de Parménide, Commentaire sur la Physique d’Aristote, 65, 23), nous paraît invalider la fausse prétention de la philosophie moderne de faire de ce qui est un « n’importe quoi » indéterminé, dont le discours affirmerait qu’il est en vérité. Lorsque Parménide dit « il est ou il n’est pas », il ne saurait s’agir d’une quelconque substance, mais au contraire de l’univers ou de l’Un.
Parménide, Empédocle et Démocrite identifiaient l’âme et l’intellect. Parménide se dit physikos, c’est à dire professant la philosophie naturelle. Son discours laisse apparaître des conceptions différentes : Aristote réfute ainsi l’idée parménidienne que la substance soit seulement ce qui est. Elle est ce qui doit avoir puissance d’être ce qu’elle n’est pas : elle devient. Et plus encore, ce qui change dans l’Univers ne saurait être réduit à un flux d’opinions ou de jugements changeants. L’opinion et le jugement ne sont pas des substances et ne sont pas susceptibles de devenir ou de changer; car comme l’avait dit Parménide dans la première partie du Poème, le jugement est bien ce qui ne change pas : c’est la réalité substantielle elle même qui change.
Mais l’apport de Parménide est essentiel. Dans la seconde partie du Poème (De la Nature), il traita d’astronomie, de géographie, de physiologie et de médecine, mais surtout du point le plus important de son système, à savoir la cosmologie.
Seul existe ce que je pense
Le Génie parle. La Connaissance m’illumine et m’éclaire. Si j’ai choisis de m’attarder sur Anaximandre, Héraclite et Parménide, c’est qu’ils me font entrevoir la Vérité, ma Vérité. Car dans la pensée grecque, le monde, l’Univers est conçu comme un tout ordonné et hiérarchisé. Le Cosmos est pour moi une remise en ordre du monde.
J’ai au départ, vainement cherché dans mes rituels ce qui en maç. pouvait avoir trait à l’Esprit et à la création. Je n’ai rien trouvé dans nos rituels précédents (du 4ème au 11ème degré) des Ateliers de Perfection.
Pourtant, l’évidence est souvent aveuglante. Après ma réception au grade d’Apprenti, dès ma deuxième Tenue en Loge Symbolique, n’ai-je pas entendu la lecture du Prologue de l’Evangile de Saint-Jean ?
« Au commencent était le Logos, et le Logos était Dieu.
Il y eu un homme envoyé de Dieu, et son nom était Jean.
Il est venu pour rendre témoignage à la Lumière et les siens ne l’ont pas reconnu ».
Mes Frères Grands Maîtres Architectes, cet homme pourrait aussi s’appeler Didier. Au travers de ce que vient d’être dit et de ce que j’ai précédemment énoncé, tout est dit. Notre Rituel d’ouverture des Travaux au 12ème degré le synthétise parfaitement :
« Le Centre représente l’Esprit humain, foyer de la Connaissance qui à la fois projette la Lumière sur les choses et réfléchit l’image ou Idée ». « Le Compas symbolise les diverses opérations logiques par lesquelles l’Esprit humain coordonne ses connaissances et construit ses systèmes ».
A la question « Et maintenant que faites vous ? », la réponse est « Je veux et je construis », ce que pourrais également traduire par « Je suis et je pense ». Je suis en effet dans la Boulomie, l’endroit où l’on veut, l’endroit ou JE veux.
L’Esprit, comme volonté et comme opportunité. Puisque les Travaux ne s’ouvrent que quand le Génie parle en moi, c’est à dire quand je relie mon Etre intérieur à la part de divinité qui est en moi. Ce pont active ma connaissance, et de là, jaillis la Lumière qui me fera entrevoir la Vérité. Lorsque le Soleil a disparu, l’Etoile du soir est levée, le Génie se tait.
Par delà, il me faut appréhender le concept du moment opportun, une action bien conduite. A travers ce concept (kairos), hésitant et riche de temporalité, s’effectue une valorisation de mon Etre par rapport au temps. Je ne puis saisir mon Etre que comme une occasion à prendre. En Archi-Loge, j’ai compris qu’il faut dépasser ma mobilité et me fixer à l’intérieur d’une temporalité privilégiée.
J’ai dit, Sublime Grand Maître.