Volonté
H∴ V∴
Ordo ab chao – Deus meumque jus
Sous la Juridiction du Suprême Conseil des Souverains Grands Inspecteurs Généraux de 33e
et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France
La Volonté est la faculté, plus ou moins grande, que chacun a de se déterminer énergiquement. Il y a une intension, on prend parti, on décide d’agir ou pas. C’est la marque de notre personnalité, c’est notre libre-arbitre. La volonté nous rend responsable puisque nos actes sont choisis.
« Que venons nous faire en Loge ? Soumettre ma volonté à mes devoirs et faire de nouveaux progrès en maçonnerie ».
« Que la Volonté de Dieu soit faite » dit notre rituel du 4ème degré lors de la fermeture des travaux.
« Je veux et je construis » dit le second excellent gardien lors de l’ouverture des travaux au 12ème degré. La loge ou Archi-Loge est nommée la Boulomie c’est-à-dire le Lieu où l’on veut. C’est là que s’exerce et s’exprime la volonté de chaque F. Le mot volonté est à rattacher au verbe vouloir.
Ces sentences ne sont pas en contradiction, elles traduisent une évolution au fur et à mesure que nous progressons sur notre chemin initiatique, il faut d’abord soumettre sa volonté, c’est-à-dire l’orienter, la canaliser dans le sens des devoirs à accomplir, c’est un travail sur soi.
Ensuite, il nous faut accepter la Volonté de Dieu, nous devons comprendre qu’il faut intégrer l’ordre du cosmos, cela ne servirait à rien de vouloir s’y opposer, le F M se met en harmonie avec l’univers.
Et enfin c’est nous qui voulons parce que, tout en respectant les lois de la nature, il nous reste des choix à faire, nous avons la possibilité et même l’obligation en tant que F M d’agir pour l’amélioration de soi, pour notre bien être et celui de l’humanité par voie de conséquence. C’est le travail à accomplir en compagnie des F F. C’est l’action du F M dans le monde profane.
Que s’est-il passé, que nous est-il arrivé sur notre parcours initiatique pour que la Volonté de Dieu devienne notre propre Volonté ? Pour que notre volonté coïncide avec celle du G A L U ? Nous ne devons jamais oublier que le F M travaille toujours à sa gloire.
C’est par notre travail, notre persévérance, l’aide extérieure qui peut être celle de nos F F et la démarche maçonnerie choisie, que la Volonté est devenue une partie de notre nature. Par le même cheminement, nous avons découvert en nous cette Volonté ignorée que nous n’utilisions pas suffisamment.
La Boulomie doit être notre temple intérieur, c’est là que s’exerce notre volonté d’agir, sur nous-mêmes et peut-être sur nos F F, en mettant toujours et constamment en ordre nos forces spirituelles, morales et physiques. N’oublions pas notre engagement lors de notre réception au 4ème degré : « En santé ou en maladie, en prospérité ou en adversité, le Devoir est pour nous aussi exigeant que la Nécessité ». Pour faire son Devoir dans de telles circonstances, il faut bien avoir une volonté exceptionnelle. Et cette volonté est au service des exigences de la F M.
C’est l’intellect de l’homme qui engendre sa volonté, l’action instinctive ou réflexe n’est pas un acte volontaire. Pour nous F M c’est la curiosité du cherchant qui nous stimule, c’est le désir de progresser qui me donne la volonté.
Volonté de bien voir, de bien discerner, de bien interpréter, de bien agir.
Bien discerner implique d’avoir l’esprit clair, dépouillé de nos métaux de toute sorte, d’avoir une méthode d’analyse, d’être rigoureux et persévérant.
« Les passions, les préjugés et l’erreur placent de nombreux obstacles entre l’Homme et la Vérité ; mais il n’est point de difficulté que l’Energie, la Persévérance et la Volonté ne puissent surmonter ». Ceci nous est dit lors de la cérémonie de réception au 4ème degré.
La passion est source de volonté, mais elle réduit le discernement, alors il est nécessaire de mettre en place des moyens de contrôle.
La nécessité est aussi source de volonté et peut nous entrainer vers des erreurs en privilégiant l’immédiat qui pénalise le long terme.
Toutes nos émotions agissent sur notre volonté. Et la difficulté que nous avons de canaliser cette volonté sans la restreindre, en laissant parler notre cœur, et même nos pulsions dans certaines circonstances, tout en contrôlant l’ensemble. N’est ce pas ce que nous enseigne la F M en particulier dans les ateliers de perfection ? Que l’esprit contrôle notre corps, pour nous reconstruire avec tous nos composants, y compris ceux que nous avons découverts et que nous ignorions jusqu’alors, mais différemment, dans un autre ordre, en rassemblant ce qui est épars pour réaliser la réunification de soi.
La volonté peut-elle exister sans le courage ? Et pour illustrer cette question je me réfère à la caverne de Platon où celui qui a vu les choses vraies et qui veut en instruire les autres est tué par ceux-ci, parce qu’il dérange. Il bouscule le confort des autres ou peut être n’a-t-il pas su leur expliquer ? Cette allégorie veut dire que la caverne dont il est question, c’est nous mêmes. Nous sommes à la fois le philosophe, les habitants de cette caverne et la caverne elle-même. C’est souvent la même chose en Maçonnerie, nous sommes le matériau, l’outil qui façonne, le compagnon qui met en œuvre et l’architecte qui conçoit.
Quand Yahoben tue le meurtrier d’Hiram, c’est la passion et la vengeance qui le font agir et en plus il n’exécute pas les ordres du Roi. Dans de telles circonstances, ce n’est pas de sa propre initiative qu’il agit, c’est la passion incontrôlée qui le fait désobéir et commettre ce meurtre. Ainsi donc la passion ou encore d’autres sentiments très forts peuvent annihiler notre volonté. Il n’y a pas volonté sans choix déterminé.
La volonté est cette force qui doit permettre au F M d’atteindre la Connaissance, de l’actualiser sans cesse à la manière du temple toujours à reconstruire. Si notre action prend fin quand nous imaginons avoir atteint le but de notre quête, alors tout est fini, il ne nous reste plus qu’à contempler notre œuvre, notre vie spirituelle est accomplie. Nous ne sommes que les habitants de la caverne. Or, chacun d’entre nous sait parfaitement que ce n’est pas comme cela que le parcours initiatique se fait, il ne se termine jamais. Qu’elle est cette curiosité qui nous pousse à aller au-delà de nos premières découvertes, de nos premières certitudes ? C’est l’insatisfaction, le courage et la volonté d’affronter d’autres défis.
La volonté de vaincre nos peurs, engendrées par l’appréhension de la mort et la recherche de ce que nous sommes réellement, est un moteur pour le F M. En effet quand il entreprend son parcours initiatique, il comprend très vite que ce sera difficile et qu’il aura mal, car ce qu’il va découvrir de lui-même n’est pas toujours avouable et lumineux. La méthode maçonnique a pour objectif de le préparer et de l’amener progressivement à ces découvertes et à ce qu’il les accepte.
La volonté d’un homme n’est pas directement liée à ce qu’il connaît ou à ce qu’il a appris. Cependant, la connaissance et le savoir, par la curiosité qu’ils développent chez un être stimulent sa volonté.
La volonté n’est pas obligatoirement liée à l’action, elle peut nous y inciter ou au contraire, nous dicter de ne pas agir. Même si souvent elle est associée à l’action, on conçoit aisément une volonté intellectuelle qui s’accompagne généralement d’une liberté ou autonomie d’esprit. La volonté ne s’apprend pas. Il n’y a rien de commun entre le savoir, la connaissance et la volonté. La connaissance et le savoir n’imposent pas à l’homme de vouloir quoique ce soit, mais ils peuvent orienter ses choix.
La volonté donne la possibilité de dire non, de choisir sa voie en toute indépendance. A condition de ne pas se laisser influencer par son environnement. C’est pour cela que la F M nous enseigne d’abandonner nos métaux, d’utiliser les sciences et les arts, de nous méfier des mots utilisés dans notre langage, de soumettre à notre jugement chaque idée.
Est-ce que la volonté peut être développée chez l’homme ? Je pense que c’est possible.
En effet l’éducation reçue peut donner plus ou moins de volonté, en fonction de la personnalité de chaque individu et de la nature de cette éducation. Une éducation laxiste a peu de chance de favoriser une volonté de fer.
De même la réalisation du travail entrepris procure une satisfaction d’autant plus importante que la tache a été difficile et qu’elle a pu être surmontée par une grande volonté. Cette satisfaction engendre normalement un regain de volonté chez un individu normalement constitué.
Le travail en équipe peut stimuler la volonté, car il crée une émulation entre les différents membres composants le groupe.
Si la volonté ne s’apprend pas, elle se communique, elle est contagieuse. Un idéal, une passion stimule la volonté.
Sur le plan maçonnique, la présence aux tenues, la présentation de planches, font de la F M un espace propice au développement de notre volonté pour la construction de notre temple intérieur. C’est le moyen pour aider chaque F à retrouver son être authentique.
En conclusion, la volonté est la faculté qu’a l’homme de donner un sens à sa vie, elle lui permet de hiérarchiser et de soumettre ses tendances parfois contradictoires et d’atteindre ce que Goethe appelait la seigneurie de soi-même. N’est ce pas ce que nous sommes venus rechercher en maçonnerie ?
J’ai dit S G M