13° #410012

Le partage

Auteur:

E∴ D∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
:  NC


Trois Fois Puissant Grand Maître et vous tous, mes Frères, Grands Elus Parfaits et Sublimes Maçons, je vous propose ma réflexion sur le sujet suivant :

« Mangez avec moi de ce pain et buvez avec moi le vin de cette coupe, afin que nous apprenions à nous secourir les uns les autres.

C’est donc d’après le rituel du 14e degré que, après leur avoir conféré le titre de Grand Elu, Parfait et Sublime Maçon, que le Trois Fois Puissant Grand Maître leur dit : « Mangez avec moi de ce pain et buvez avec moi le vin de cette coupe, afin que nous apprenions à nous secourir les uns les autres.

Puis, c’est à la fin de la cérémonie d’initiation que le Trois Fois Puissant Grand Maître, représentant le Roi Salomon, remet au nouveau Grand Elu, Parfait et Sublime Maçon l’anneau qui symbolise l’alliance avec la Vertu et les hommes vertueux pour la défense de la vérité, de la justice et de l’égalité.

Cette phrase qui m’a immédiatement interpellé m’a rappelait : la Cène,nom donné dans la religion chrétienne au dernier repas que Jésus-Christ prit avec les douze apôtres quand il institua l’Eucharistie – selon trois des quatre évangiles canoniques – en disant : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang ».  Pendant le repas, Jésus prit du pain et, après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit ; puis, le donnant aux disciples, il dit : « Prenez, mangez, ceci est mon corps ». Puis il prit une coupe et, après avoir rendu grâce, il la leur donna en disant : « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude, pour le pardon des péchés. »et « Aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés.

Cela me fait penser à la fois au sacrifice de soi mais également aussi à l’entraide à l’Amour des autres. J’y reviendrai plus tard dans mon travail.

Le partage du pain et du vin est un rituel que l’on retrouve très fréquemment dans l’histoire des hommes et n’est pas réservé qu’à la religion chrétienne.

Le pain et le vin sont bien présents dans nos rituels à de nombreux degrés mais également lors de nos différentes cérémonies. Sans trop développer, le pain est présent dès le cabinet de réflexion. Il a certainement marqué l’esprit de beaucoup d’entre nous quand nous étions face à nous-mêmes en tout cas moi oui. Pour moi il représente dans le cabinet de réflexion la transformation (le blé en pain), mais aussi peut être la transformation du profane en Initié. Il est présent également au 2e degré car en analysant l’origine du mot « Compagnon », pour une des planches que j’avais préparé, j’avais rencontré cette définition qui colle bien au sujet. 

*Il est au sens latin populaire du terme « cum  panem »,  celui qui mange son pain avec les autres donc, celui qui partage. *Il partage ses connaissances et le pain lors des voyages qu’il entreprend.

Nous partageons égalementdeux fois par an le pain et le vin avec tous nos Frères aux solstices d’hiver et d’été.

Tout d’abordlors de la Saint Jean d’hiver au REAA au cours de laquelle le VM annonce: Que ce pain que nous rompons, que nous partageons réconforte notre corps et éveille notre intelligence »…  « Que ce vin que nous buvons, réchauffe nos cœurs et répande notre amour fraternel. »

Puis lors de la Saint Jean d’été qui renvoie au blé et au raisin, fruit de la terre et du Travail des hommes qui deviendra ce pain et le vin grâce à l’alchimie des éléments utilisé et sa connaissance de l’homme de l’art, le boulanger et le vigneron qui manierons avec justesse les quatre éléments : la terre, l’eau, l’air, le feu, ainsi que le concours d’une chaîne d’intervenants convergeant dans le but de fabriquer cette nourriture dont le but avéré est la survie de l’humanité toute entière et ainsi se libérer des préoccupations à trouver la nourriture nécessaire, pour consacrer, un espace-temps, afin de cultiver et d’élever sa pensée.

Enfin, à la fin de chacune de nos tenues, nous partageons le pain et le vin lors de nos agapes Fraternelles.

Je vous propose 3 grands axes de réflexion :

ØTout d’abord : le pain et le vin puis le partage et enfin se secourir les uns les autres.

Le pain

Le pain apparaît pour la première fois dans la Genèse (3,19) quand YAHVE dit à Adam : « Tu mangeras du pain à la sueur de ton front ». Il renvoie donc naturellement au travail. Il devient ainsi le symbole du travail de l’homme pour tirer les produits de la terre. Dans la plupart des sociétés, les hommes ont appris à cultiver, récolter, moissonner le grain, le moudre, travailler sa farine, cuire et transformer le fruit du labeur en véritable pain nourricier.

Il représente ainsi la nourriture essentielle des peuples connaissant la culture des céréales et la cuisson. Le pain est un aliment suffisamment complet pour donner à l’homme l’énergie dont il a besoin et la santé qu’il doit avoir pour se développer.

C’est la raison pour laquelle, sous une forme ou une autre, toutes les civilisations ont élevé le pain à la hauteur de symbole de vie ; les chrétiens demandent par la prière de « Notre Père » que Dieu leur donne le pain quotidien qui devient double nourriture, physique et spirituelle. Le pain, représenté dans la Céne comme le corps de Jésus, nourriture terrestre, représente la matière, source de vie pour l’Homme.

Le vin

Le vin est évoqué avec Noé dans la Genèse (9,21) : Il planta une vigne et il en but le vin, s’enivra et se trouva nu. Fruit de la vigne et du travail des Hommes, il est représenté comme le sang de Jésus, l’Esprit, il est la nourriture spirituelle de l’Homme lui permettant de s’élever. A consommer avec modération bien sûr !! au risque de s’élever trop haut et retomber bien bas !!!

Analysons ce couple particulier qu’est le pain et le vin.

Pour faire le pain, on sépare l’écorce de la graine et pour faire le vin, on sépare la pulpe de la peau. On ne peut donc obtenir ces produits que par séparation. Il s’agit là d’un thème majeur, car le paradoxe de la séparation, c’est l’Alliance. De même que avec le couple pain-vin nous allons apprendre à réconcilier les phases du temps. Le pain est le symbole du temps présent, il a une durée de vie limitée, il doit être consommé dans l’instant ; le vin au contraire a besoin du temps, il a besoin de vieillir, il est comme la sagesse, notre but…..

Le pain source de nourriture terrestre, il représente la matière, le vin source de nourriture spirituelle, il représente l’Esprit. Nous retrouvons ici, à un autre niveau, l’équerre et le compas. La domination de l’esprit sur la matière. Ainsi l’Homme a besoin du pain pour se nourrir et du vin pour s’élever Mais jamais l’un sans l’autre.

ØLe partage :

On constate, en essayant de le définir, que le mot partage a une double définition :

Il peut signifier division, fractionnement, séparation, répartition etc. des mots dont le sens est très dur, signifiant l’éclatement d’un tout. C’est tout ce qui touche, entre autre, au  domaine matériel et qui est souvent source de conflits familiaux et sociaux.

Une autre significationde la définition du partage, contrairement à la première définition, signifie, avoir en commun, partager un avis, des valeurs, une tradition, un savoir-faire etc.

D’un point de vue idéologique, c’est le partage des biens et des ressources intellectuelles de tout un chacun, pour un vrai développement et que l’on retrouve dans divers groupes « communautaires ». C’est l’entraide morale et sociale. On peut dire que c’est pour cela que les humains se regroupent, parce que chacun a besoin des autres, pour satisfaire ses besoins fondamentaux aussi.

On mange pour vivre. Partager son repas, c’est partager la vie, c’est donc partager la même vie. « Je partage, donc je suis ! ».

Il n’est pas une fête, civile ou religieuse, qui ne soit l’occasion d’un repas, il n’est pas un évènement – qu’il soit diplomatique ou simplement familial qui ne génère un banquet, il n’est pas un rituel, profane ou sacré qui ne fasse appel à la nourriture, depuis les rites cannibales des sociétés primitives au sacrifice du mouton de l’Aïd el Kebir. En passant, bien sûr, par les offices religieux chrétiens sensés reproduire les gestes et paroles du dernier repas du Christ.

Ce qui me semble important est que pour partager il faut au moins être deux car impossible de partager seul. N’importe qui peut manger du pain et boire du vin chez lui mais s’il ne partage pas, il ne transmet pas. Ce qui veut dire que quand nous partageons le pain et le vin avec le Trois Fois Puissant Grand Maître, nous le partageons et le buvons ensemble. La transmission du rituel s’opère entre nous.

Ainsi le pain tout comme le vin engage dans une relation à l’autre par le partage. C’est la notion de transmission qui est enjeu. Le partage, crée la communion et, nous guide vers les concepts de Fraternité, Amour, Connaissance.

La cérémonie de partage du pain et du vin conduit à la notion d’égalité en tout Amour fraternel. À ce moment précis, le Trois Fois Puissant Grand Maître représentant le Roi Salomon se met au même niveau que les nouveaux impétrants.

Dans notre contexte, partager, c’est faire alliance non seulement avec le Divin, mais également avec toute l’humanité. N’oublions pas que ce qui a permis d’arriver au produit fini, le pain et le vin, c’est le résultat d’une chaîne humaine de métiers, et d’un travail collectif.

Ce partage nous fait prendre conscience de la fraternité qui doit régner entre les Grands Elus Parfaits et Sublimes Maçons et entre tous les Francs-Maçons du monde entier. L’aide mutuelle, geste d’amour, est une alliance passée entre les Frères et le Grand Architecte de l’Univers à travers le Roi Salomon qui remet à chacun un anneau d’or : « Recevez cet anneau comme le symbole de l’alliance que vous avez contractée avec la vertu et les hommes vertueux ».

Il s’agit là de sceller une union après avoir prêté serment. Avec ce partage du pain et du vin et la remise de l’anneau d’or le Trois Fois Puissant Grand Maître sert d’intermédiaire entre les nouveaux Grands Elus et le Grand Architecte de l’Univers pour défendre la Vérité, la Justice et l ‘Equité.

ØSecourir :

Le Trois Fois Puissant Grand Maître finit sa phrase en disant : apprenons à nous secourir les uns les autres.

Je ressens cette phrase comme une continuation au partage. En effet, partager c’est déjà beaucoup mais donner à ceux qui ont faim et soif est encore plus GRAND.

En invitant l’autre à se nourrir, on l’invite à se reconstituer, on l’aide à assurer son existence. Ensuite, il sera à même, à son tour et selon ses forces, d’apporter de l’aide à ses Frères. Il ne s’agit pas ici seulement de fraternité et d’entraide sociale si importante telle qu’elles doivent être pratiquées dans la vie citadine ou rurale, mais de celles si essentielles que l’on apprend à vivre au cours de notre démarche initiatique qu’est pour moi sont : la Transmission, la Charité, l’Amour.

Je me souviens qu’étant jeune le jour de Noel chez moi, il y avait toujours une assiette pour une personne qui aurait faim. Cela faisait partie de la tradition familiale.

Secourir c’est même parfois se mettre en danger au risque de sa vie pour sauver quelqu’un qu’il soit pour moi un Frère ou non. J’ai déjà vécue cette expérience qui humainement est très forte. La détresse peut être matérielle, physique, ou mentale. Difficile de la déceler, d’où l’importance du dialogue, de l’écoute et du partage.

La symbolique des degrés de perfection est imprégnée de cette notion d’entraide, de secours et de responsabilité qui facilitent la vie de l’homme et le mènent à se constituer en sociétés.

Je n’ai volontairement pas traité la 2e partie des propos du Trois Fois Puissant Grand Maître : Recevez cet anneau comme le symbole de l’alliance que vous avez contractée avec la Vertu et les hommes vertueux » qui a elle seule doit faire l’objet d’un long travail fourni.

Mais en quelques mots, l’Alliance est pour moi un « consentement » mutuel libre. Ceci est symbolisé par l’Anneau donné par le Trois Fois Puissant Grand Maître au Grand Elu et qui est un symbole de lien et de fidélité à l’engagement pris. J’ai eu l’impression de me retrouver le jour de mon mariage. Sa nature en or, métal dit parfait, symbolise la haute spiritualité et la perfection, mais encore l’Alliance avec un idéal, celui de la Vertu et ceux qui s’y identifient. Mais cette Alliance a un caractère éternel ; ce caractère est symbolisé par sa forme : un cercle symbolisant l’infini. Je pense que le devoir de chacun de nous est de devenir messager de cette Alliance par la parole et les actes, c’est aussi notre devoir de transmission. La consécration du 14è degré et le partage du pain et du vin nous ouvrent à cet Amour universel qui préside sans doute à la Loi universelle du G.A.D.L.U.

En conclusion :

Un jour ma sœur m’a dit quelques minutes avant de partir pour l’Orient Eternel : tu sais l’essentiel dans la vie c’est de donner !!! Elle avait tout compris ! Donner, c’est partager, c’est transmettre, c’est vivre !! C’est l’Amour.

Trois Fois Puissant Grand Maitre j’ai dit

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