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Aimer la Vertu

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Le mot vertu vient du mot latin virtus, virtutis, courage, lui-même dérivé du mot vir, d’où viennent les mots « viril » et « virilité ». Alors que vir sert à nommer l’individu humain de sexe masculin, virtus désigne la force virile et, par extension, la valeur, la discipline opposée au courage, synonyme quant à lui d’impulsivité, « défaut » considéré comme essentiellement barbare, illustré par Caius Marius (157-86 av JC) : « La vertu est la clef de voute de l’Empire (romain), faisant de chaque seconde de la vie du citoyen, une préparation minutieuse aux dures réalités de la guerre, et de chaque bataille rien d’autre qu’un sanglant entrainement. » C’est aussi d’après le Larousse une disposition constante qui porte à faire le bien et à éviter le mal : pratiquer la vertu.

Le mot amour vient du latin amor, affection vive pour quelqu’un ou pour quelque chose : l’amour de Dieu, de la vertu, du prochain, de la patrie, de la liberté… Penchant dicté par les lois de la nature : l’amour maternel (filial). Passion, goût vif pour quelque chose : amour des arts, de la nature…

Aimer c’est donner mais aussi partager. Peut-on aimer sans désirer, sans chérir ? Aimer c’est faire le don de soi, sans aucune retenue, avec tout son cœur et toute son âme ; l’amour quel vaste programme, quel challenge pour l’humanité.

Faire l’éloge de la vertu, rencontre, en principe, l’approbation de tous. Qui d’entre nous se déclarerait contre cette qualité morale qui nous est nécessaire ? Faire une planche sur la vertu serait donc une tache aisée. Je n’en suis pas très sûr. Rédiger puis lire cette planche me semble un exercice périlleux.

A une époque comme la nôtre, où règne souvent le cynisme, ou un hédonisme sans frein, celui qui se propose de chanter les bienfaits de la vertu n’a pas forcément le beau rôle ; il court le risque de se montrer plus ou moins naïf. De nos jours en effet, dire de quelqu’un qu’il est vertueux ne se fait pas sans un certain ton de condescendance, comme si nous voulions signifier qu’il s’agit là d’une personne un peu « coincée », un peu rigide, qui ne sait pas tout à fait profiter des avantages et des plaisirs qu’offre la vie. Autrement dit, d’un être passablement sérieux, scrupuleux, au point de paraître ennuyeux. Faire rimer vertueux et ennuyeux, est-ce inconvenant ? Est-ce scandaleux ?

Référons-nous, à ce moment de la planche, à Confucius qui, en son temps, c’est-à-dire cinq siècles avant notre ère, se lamentait justement de ce que la vertu, mal comprise, souvent ennuie. Il a dit : « Que n’ai-je le pouvoir de rendre le désir de vertu aussi attrayant, aussi excitant que le désir charnel ! » Rendre le désir de vertu aussi excitant que le désir charnel ? Vaste programme ! Afin d’y parvenir, afin de donner du charme à la vertu, Confucius faisait appel aux rites qui comportaient de beaux gestes, et également à la musique, une musique harmonieuse et recueillie qui favorisait l’élan de bonté tout en réjouissant les cœurs.

Plus tard, en voulant montrer que la vertu n’est nullement une idée ou une règle abstraite, qu’elle est éminemment incarnée, il s’efforça de relier les vertus humaines aux grandes entités vivantes de la Nature. Il a comparé la vertu d’un homme de bien à la figure d’un haut pin, en disant : « C’est dans la rigueur de l’hiver qu’on voit la qualité du pin, demeuré toujours vigoureux et vert ». A partir de là, il est né une longue tradition dans laquelle des lettrés, à la fois poètes et peintres, exaltent certaines plantes dont les beautés variées, pleines de séduction, incarnent certaines vertus spécifiques de l’homme : souple comme une liane, solide comme un chêne, blond comme les blés…

La vertu est une notion à l’intersection des ensembles de la philosophie, de la religion et du politique, qui est encapsulée à notre époque par le politiquement correct, et était définie autrefois comme l’humain vertueux, c’est-à-dire celui qui tire parti des circonstances pour agir avec toujours le plus de noblesse possible et qui a un « bon pli » moral.

Citons les vertus maçonniques connues du monde profane, à savoir la tolérance, la bienfaisance, la solidarité et la fraternité ; ou encore les trois vertus principales du scout, à savoir la franchise, le dévouement et la pureté.

On parle aussi des sept vertus des compagnons du devoir qui sont : la fidélité, l’honnêteté, la fraternité, le courage, la générosité, la discipline et la patience.

Dans sa Somme Théologique, Saint Thomas D’Aquin rappelle que la justice est la seule vertu qui implique autrui, toutes les autres pouvant se pratiquer seul. C’est au XIIème siècle qu’il adapta la philosophie grecque au goût du christianisme de l’époque. Il semble que c’est à lui que nous devons la classification des « vertus » en deux groupes :

Les quatre vertus dites morales ou naturelles ou cardinales (du latin « cardo », pivot) : la tempérance, la prudence, la justice et le courage,

Les vertus théologales, vertus de l’homme en tant qu’il lui est donné de participer à la grâce divine, au nombre de trois : la foi, la charité et l’espérance.

La différence entre ces deux classes de vertus vient du fait que les premières représentent le juste milieu en conformité avec sa règle et sa mesure, elles relèvent de l’homme, tandis que pour les vertus théologales, la règle et la mesure viennent de Dieu lui-même.

Les vertus cardinales sont proportionnées à la nature humaine, ce qui veut dire que l’homme peut les atteindre s’il persévère dans les voies de la vertu, alors que les vertus théologales dépassent l’homme qui ne peut y accéder que grâce à Dieu, à la force divine.

Depuis la Renaissance, au XVIème siècle, dans de nombreux pays, la sagesse moderne était fondée sur la connaissance des choses naturelles acquises. Pour de nombreux auteurs la sagesse était représentée comme une modération, une prudente vigilance allant jusqu’à une retenue dans le comportement. Pour d’autres elle était représentée par le discernement, la lucidité, en un mot la « lumière » (Voltaire).

Il serait plus simple et facile d’admettre que toutes les vertus intellectuelles ou morales peuvent être ramenées aux quatre vertus cardinales, qui nous sont enseignées ou découlent de la sagesse, laquelle évoque principalement une idée morale. Il existe des initiés qui « savent », des êtres qui vivent dans le secret d’une recherche et d’une rencontre et qui nous font partager la sagesse qui les illumine et nous éclaire à travers eux.

Platon disait que la vertu est la science du bien ; le vice en est l’ignorance. Il précisera dans la République : « la philosophie a pour but d’opérer la conversion de l’âme, c’est là son rôle principal » (Livre VII). Les Grecs n’ignoraient pas que pour changer le monde, il convient au préalable de se changer soi-même, or se changer soi-même relevait préalablement pour Platon du domaine de la pratique de la vertu comprise comme science appliquée du bien.

L’ensemble des pratiques ci-dessus consiste à attacher des vertus à des entités qui ont le don de rendre celles-ci séduisantes. Autrement dit, à relier l’éthique et l’esthétique, et par là, à démontrer une vérité plus fondamentale encore prônée par les Anciens, à savoir qu’à un niveau supérieur, le bien et le beau sont unis, que vraie bonté et vraie beauté sont en réalité inséparables. A propos de ce lien entre bonté et beauté citons une phrase de Bergson qui se référant à la pensée platonicienne disait : « L’état suprême de la beauté, c’est la grâce. Or, dans le mot grâce, on entend aussi la bonté. Car la bonté, c’est la générosité d’un principe de Vie qui se donne indéfiniment. » Certes, dans l’état suprême, bonté et beauté ne font qu’un. Si différence il y a entre les deux, elle résiderait en ceci. La beauté peut être pervertie et utilisée comme un instrument de tromperie ou de domination ; dans ce cas, est-elle encore belle ? C’est pourquoi la beauté a un besoin de la bonté pour être le garant de son authenticité. La beauté, elle, permet à la bonté de dépasser la notion de devoir, elle irradie la bonté et la rend attractive et désirable. Désirable, voila le mot qui nous ramène un peu plus haut dans la planche quand j’ai invoqué Confucius qui se plaignait de ce que les vertus ne soient pas aussi excitantes que le désir charnel. Or, nous l’avons bien vu, toute vraie bonté, qui est à la base de nos meilleures vertus, rayonne de beauté, puisque la bonté n’est autre que le respect *foncier du merveilleux don de la Vie. De ce fait, il nous suffit de nous demander : y a-t-il un acte de bonté qui ne soit pas beau ? Et dans la langue française, pour le dire, nous avons la belle expression : faire un beau geste ? Et bien ! Au nom de la beauté du geste, notre désir de vertu peut être aussi attrayant que le désir charnel. Puissent certaines plantes, paysages, symboles, livres, êtres humains… que nous chérissons quotidiennement parvenir à nous en persuader.

L’humanité est le champ de bataille entre le bien et le mal. Son intelligence mettrait autant d’énergie à développer l’un ou l’autre si l’homme n’était pas pourvu de conscience. C’est là que nous devons intervenir, sur le vaste champ de l’humanité, car nous ne pouvons parler de vertu que dans le sens du Bien et par l’action de la volonté. Sans doute, les volontés les plus affirmées peuvent défaillir à tous moments, notre édifice peut s’effondrer ; joie et douleur, espoir et crainte, enthousiasme et découragement sont notre lot quotidien, mais le Franc-Maçon persévérant et courageux se ressaisit avant qu’il ne soit trop tard. Il est sage d’admettre la nécessité de l’effort. Notre quête est faite de sentiment, de raison et de volonté, mais ces trois fonctions sont liées et ne peuvent agir isolément.

La raison, même lucide, est impuissante.

Le sentiment seul, même puissant est aveugle.

Quant à la volonté, elle résulte de la combinaison harmonieuse du sentiment de bonne qualité et de la raison équivalente. Elle devient le moteur de toutes nos actions.

La faiblesse de notre volonté se manifeste parfois par une trop grande indulgence, qui n’est pas à confondre avec la tolérance.

Il faut bien se connaître afin de ne pas exiger de sa volonté plus qu’elle ne peut donner quand on la sollicite. Eduquer sa volonté passe par une connaissance rigoureuse de nos possibilités.

Cela doit se faire en étant honnête avec nous-mêmes quoiqu’il puisse en coûter à notre amour-propre. Il ne sert à rien de se mettre en danger. Seule, la maîtrise de soi peut nous faire acquérir la maîtrise de l’esprit, voie ouverte vers la sagesse.

La sagesse agit sur l’esprit et le cœur, elle va émousser les dernières aspérités de notre caractère et empêcher que les autres ne soient blessés. On ne peut pas être dans l’action sans amour pour son prochain, pour ses frères.

Foncier : fig. qui fait le fond du caractère de quelqu’un de quelque chose.

Il est important de bien se connaître, de se poser les bonnes questions, avant d’agir sur le plan de la morale, examiner les conditions de l’action « droite », celle qui définit l’action humaine, le bien, la justice, la tolérance.

Il est important de cultiver notre intelligence, de la maintenir lucide et capable de voir clairement le but et les moyens pour atteindre cette connaissance de soi.

Donnons l’accès de nos Temples à la plus haute des vertus, la Sagesse gardienne du climat de paix et de sérénité sans lesquelles les plus belles qualités, les meilleurs sentiments, toutes les vertus et les plus actives bonnes volontés ne peuvent rien.

Travaillons, comme la Tradition le demande, à aimer nos semblables, nos frères en humanité, et refusons d’admettre que notre existence normale puisse dépendre de la seule volonté de quelques privilégiés qui agiraient sans amour, sans désir, sans aucun sentiment de justice.

Imprégnons-nous fortement de cette sagesse et de ses vertus pour que les réflexions exprimées dans nos planches soient autre chose que de l’auto satisfaction et ne restent lettres mortes, vaines paroles…

Le monde profane dévoreur d’énergie nous épuise et nous affaiblit, il est difficile de résister aux tentations : la bonne chère, les bons breuvages, le sexe, le tabac, les plaisirs de toutes sortes nous attirent et nous submergent parfois. Il est bon et sain de se laisser tenter, à condition de ne pas en abuser et sans que cela ne devienne une addiction. Ne soyons pas comme, je cite, : « Salomon, si sage, si vertueux, qui devint sourd à la voix de l’Eternel », nous connaissons la suite et tout le mal que cela a causé.

Le lien qui nous unit est puissant et c’est au sein de la Loge que les Grands Elus, Parfaits et Sublimes Maçons persévèrent sur les sentiers de la Vertu selon les règles qui leur ont été transmises.

A leur tour ils transmettront leur Connaissance à leurs FF , maintenant ainsi la sainte et respectable union qui perdure entre nous tous.

C’est dans l’enceinte de nos temples, pendant les tenues solennelles, entourés

de nos FF que nous reprenons Force et Vigueur. L’assiduité, le travail maçonnique,

la pratique des rituels, le respect de la tradition, l’amour fraternel contribuent à nous rendre plus fort ; « ce qui nous a conduit ici, c’est l’amour de la Vertu. Nous avons conclu une alliance avec la Vertu et les hommes vertueux, » un anneau nous a été remis à cet effet, il y est gravé : « Ce que la Vertu unit, la mort ne pourra séparer. »

Dans ce monde au bord du chaos, nous devons rechercher, à travers l’homme, les voies et moyens de notre devenir. Nous avons à agir en faveur de ceux qui ont besoin de nous. Comme la Sagesse qui enseigne les vertus, le devoir d’un Franc- Maçon c’est d’être un éducateur, un porteur de Lumière, d’Amour et de Paix. La

Franc-Maçonnerie du REAA est une école qui prépare à l’action sans que

nous ayons à imposer quoi que ce soit. Soyons des exemples, des petites lumières qui éclairent la Terre et les Hommes. « Le Grand Elu, Parfait et Sublime Maçon suit en toutes occasions la voix de sa conscience, il pratique les vertus qui élèvent

l’homme au-dessus de l’animalité, et il considère tous les hommes comme ses FF ,

quels qu’ils soient. » C’est en agissant ainsi qu’il pourra s’élever plus haut vers d’autres valeurs, d’autre connaissances et peut-être d’autres degrés…

J’ai dit.

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