Berith – Neder – Schelemoth
Non communiqué
Il m’échoit de présenter un
morceau d’architecture sur le triptyque « Bérith
– Neder – Shelemoth ». Ces trois mots
sont caractéristiques d’un symbolisme particulier qui se
retrouve dans la Loge dite de Perfection, au Rite Ecossais Ancien et
Accepté.
Dans le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm ses
trente-trois premiers degrés, participent de
manière identique au REAA de cette maçonnerie
dite philosophique, destinée à la formation du
Maître Maçon ; en enseignant sous le voile de
récits historico-mythiques se situant dans
l’antiquité.
C’est ainsi que sur 11 degrés successifs
numérotés de 4 à 14 et
groupés en 3 classes le symbolisme marquant de la
maîtrise va se trouver étayé et
développé dans trois thèmes principaux
:
– le thème du Temple universel à travers la
construction du Temple de Salomon,
– le thème du sacrifice rituel par le meurtre d’Hiram Abi,
– et enfin le thème de la « Parole
perdue » puis « du mot
substitué » et « de
la dédicace du Temple ».
Dans ces trois classes ; au sixième degré (grade
de Secrétaire Intime) ; au 11ème degré
(grade de Sublime Chevalier Elu) et au 14ème
degré (grade de Grand Elu de la Voûte
Sacré) un même attouchement se retrouve consistant
à se prendre mutuellement la main droite le premier disant,
en la retournant : Berith (ou b’rith) ; le second tournant la main de
l’autre côté en disant : neder ; enfin le premier
revenant à la première position, dit : shelemoth
(ou schel’moth).
Ces trois mots placés dans les 3 classes d’instruction de la
Loge de Perfection, ne sont certainement pas des coïncidences
ou placés là par hasard.
Arrêtons-nous maintenant à leur
signification individuelle telle que le définit le
dictionnaire maçonnique universel :
BERITH : dans l’ancien testament, ce mot signifie « alliance
» ou mieux « pacte de
vassalité ».
NEDER : mot prononcé au deuxième attouchement
signifie « promesse ».
SHELEMOTH : Mot prononcé au troisième
attouchement signifie « pur
», « inaltéré ».
Associés, ces trois mots selon l’interprétation
de Vuillaume pourraient signifier « Voue
d’une alliance complète ».
Le récit historique qui sous-tend ce degré nous montre deux rois en désaccord au sujet de la cession de 20 villes que le roi Salomon doit en paiement au roi de Tyr. Le récipiendaire qui joue le rôle d’un personnage nommé Jhaoben, assiste incidemment à la dispute. Menacé de mort puis gracié, il prend la place qu’occupait Hiram Abi.
Derrière l’anecdote historique se cache un sens symbolique à travers un synthème géométrique. La transposition géométrique associée au symbole est figurée par le triangle équilatéral. La disparition d’un des trois termes détruit le triangle préalablement établi. Le triangle étant rompu ; et de fait ; au ternaire se substituent le binaire et son corollaire l’opposition duale.
L’enseignement initiatique du grade consiste à placer le récipiendaire en position de substitution à Hiram Abi, afin que le processus symbolique ternaire fonctionne à nouveau ou, en d’autres termes, afin que le triangle brisé soit reconstruit.
Sur le tablier du grade figure les lettres B, N et SH. Ces trois initiales de Bérith, Neder et Shélémoth prononcées avec l’attouchement du grade constituent le mot sacré.
Le modèle ternaire reconstitué est placé sous les signes de :
B’rith Neder Schel’moth.
Comme nous l’avons vu la signification première peut se traduire de la manière qui suit :
Alliance Promesse, voue Pur, inaltéré
Ou : « Voue d’une alliance complète ».
A partir de ce concept ternaire, une ligne de comportement est proposée au néophyte du grade se présentant également sous la forme d’un modèle ternaire :
Fidélité Abnégation Générosité.
Il est enfin à remarquer qu’à l’ouverture des travaux à ce degré le temple est tendu de noir, à la consécration, lors de l’établissement de la nouvelle alliance, le tablier ceint au nouveau Secrétaire Intime ou Maître par curiosité, est décoré de rouge. De même aux deux degrés suivants le temple sera tendu de rouge. La transposition symbolique étant le passage de l’ « Ouvre au Noir » à l’ « Ouvre au Rouge ».
Nous retrouvons Bérith, Neder et Shélémoth une seconde fois au 11ème degré, en tant qu’attouchement du grade.
A ce degré, le néophyte est reçu au titre de « Nasia Emeth » ou Prince de Vérité ; celui qui a triomphé des épreuves sacrificielles des 9èmes et 10èmes degrés.
Poursuivant le récit historico-mythique, il est proposé au roi Salomon de ne plus affermer les impôts ; un nouveau mode de prélèvement des impôts est adopté. Il s’agit donc d’une mutation, d’un renouveau complet et profond qui est proposé au néophyte.
On retrouve donc en filigranes les mêmes ressorts d’une alliance nouvelle, à l’issue de la punition des 3 meurtriers du Maître.
Une fois de plus le ternaire est réalisé dans le sens négatif que représente la punition de mort infligée aux meurtriers.
Enfin, au 14° degré et pour la troisième fois on retrouve ces trois mots associés. La légende du grade commémore la cérémonie de la dédicace du Temple. Le récipiendaire, vêtu du tablier et du cordon de Royal Arche traverse le couloir aux 9 arches et aux 9 noms. Il pénètre dans la crypte où figurent tous les objets du Saint des Saints. Il simule un sacrifice à l’autel des Holocaustes ; il se purifie en passant devant la mer d’airain et devant la Table des parfums ; il prête serment. Le triangle d’or avec les signes lui est montré. Une bague d’alliance lui est passée au doigt. Il participe à des agapes, en partageant le pain et le vin.
Dans la rituélie de réception les premiers et seconds surveillants relèvent le néophyte en le soutenant par les aisselles pour le conduire à la table des propositions. Par ce geste un « nouvel ordre » est institué, au sein duquel deux initiés pourront recevoir « un troisième tel que eux » ; la pérennité du ternaire est ainsi assurée et pour une troisième fois le ternaire est réanimé.
En guise de conclusion On peut remarquer que cet attouchement « ternaire » participe du symbolisme principiel de la franc-maçonnerie qui se réfère souvent aux symboles ternaires :
Liberté Egalité Fraternité
Force Sagesse Beauté
Discrétion Obéissance Fidélité
Corps Ame Esprit
Espérance Foi Charité
Pour ne citer que quelques uns.
De même, l’allégorie et la légende du symbolisme maçonnique poursuivi en Loge de Perfection ne font que magnifier les processus de la pensée et de la créativité occidentale basées sur le modèle ternaire :
Thèse Antithèse Synthèse
Observation Mesure Raisonnement
Formulation Intention Expression
C’est également le principe et le fondement du royaume de l’éternel décomposé en le père, le fils et l’esprit saint.
Ou encore Osiris Isis Horus.
Enfin le mot berith pris isolément est
également un concept essentiel du judaïsme dans
l’Alliance (berith) entre Dieu et le peuple juif.
Selon la tradition, le Dieu de la création proposa son
alliance au peuple hébreu sur le mont Sinaï. Le
peuple dut reconnaître Dieu comme son seul roi et
législateur suprême et accepter d’obéir
à Ses lois ; en retour, Dieu le reconnut pour Son peuple
particulier sur lequel Il veillait.
La Bible et la tradition juive ont replacé l’Alliance dans
un contexte universel : c’est après avoir
échoué plusieurs fois à
établir une alliance avec l’humanité rebelle que
Dieu se tourna vers une partie de cette humanité.
Israël devait devenir un « royaume de
prêtres » et instaurer un ordre social
conforme aux lois divines, offrant ainsi un modèle pour
toute l’humanité.
Israël se trouvait de la sorte placé en
médiateur entre Dieu et l’humanité. Par
delà les mythes et les légendes cette notion
d’alliance a influé sur la vision juive de l’histoire. Un
lien causal fut ainsi établi entre l’action des hommes et
leur destin déterminé par Dieu. Toute l’histoire
d’Israël fut dès lors
interprétée en fonction de son
obéissance aux lois divines.
Par le renouvellement de l’alliance, à trois reprise et
à trois grades différents, le cherchant se
prépare, par le signe, le contresigne et la
métamorphose à changer de plan ; l’acte
communautaire réalisé au 14°
degré de partage du pain et du vin annonce la
cène et les mystères de l’Eucharistie. Ce
degré met fin à la putréfaction et au
deuil et annonce la transmutation de l’être ; soit le passage
de l’ouvre au noir à l’ouvre au rouge. Mais là
c’est une autre histoire.
J’ai dit
H J