14° #411012

De la notion de devoir au 4ème, à celle

Auteur:

J∴ P∴ R∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
: NC

De la notion de devoir au 4ème, à celle d’infini au 14ème

Le Devoir au 4ème

Trois fois puissant, et vous tous mes SS et mes FF Grands élus de la voute sacrée, Sublimes maçons, ce n’est pas dès l’initiation que l’on connaît son devoir. Chacun d’entre nous le découvre au fur et à mesure de sa progression et de l’élévation de son état de conscience.Plus la conscience s’élève, plus ses contours se font plus précis. Au fond, Le Devoir c’est la rencontre avec soi. Voilà pourquoi je ne crois pas que l’on naisse homme de devoir. Il me paraît donc plus probable qu’on le devienne.Par ses obligations et serments, le Franc Maçon se lie, à chaque passage de nouveau grade, à des engagements librement consentis. Mais, une fois cela établi, le Devoir entrave-t-il notre Liberté ? Non, car si l’on se soumet au devoir, c’est précisément parce qu’on peut ne pas le suivre. Dés lors le Devoir présuppose, comme condition, le principe de liberté. D’ailleurs, l’Homme n’est véritablement libre que dans la pensée de son être, dans ses choix. C’est même la seule liberté dont il est naturellement doté, et ce qu’il en fait est du ressort de sa responsabilité. Seulement si l’homme est responsable, alors la liberté de penser pour le Maçon, n’est plus seulement un droit, cela devient un devoir. Il est clair que seul un être libre peut choisir son action, et la penser… Les seules contraintes qu’un homme libre doit accepter sont celles que sa raison peut reconnaître comme valides.

Puisque nous parlons du devoir, il est bien possible qu’aucun devoir ne soit plus sous-estimé que le bonheur. Nul ne sait le temps qui lui reste à vivre dans cette vie. Il n’y a donc rien de plus urgent que d’être heureux, et rendre les autres heureux. A ce degré, le devoir s’exprime donc dans une prise de conscience de notre liberté et de notre libre arbitre.

Dès le troisième degré, le Devoir du Maître, est de veiller au respect et à la transmission de la Tradition Maçonnique. Cette transmission doit se faire, non pas comme un testament figé mais comme une force qui témoigne de notre engagement.

Au 4ème degré, lors de l’initiation à ce grade, il est dit « Etes-vous prêts à accomplir votre devoir parce qu’il est le Devoir ? » Je remarque qu’on parle d’un Devoir au singulier et non des devoirs, alors que Dans les degrés précédents on parlait des devoirs (assiduité, silence, soumission aux règlements). Au quatrième degré il est question du Devoir. Celui de rassembler ce qui est épars pour se rapprocher de la Lumière, bien sûr. Comme tous les maçons, nous sommes là, dans la continuité de la trajectoire. Mais la quête du Maître Secret repose sur le désir d’aller plus loin. La quête de la parole perdue. Et puisqu’il ne faut pas confondre les mots avec les idées, il convient de s’interroger sur l’idée cachée derrière le mot. C’est-à-dire le sens. Car le mot substitué ne donne pas du sens, il ne permet que la reconnaissance. Celle de donner du sens à la transmission de cette quête.

Une idée me traverse l’esprit : Puisque notre ordre est international, la multiplicité des langues ne serait-elle pas aussi une autre version de la Parole perdue ? Pourquoi pas ?

Bref, la parole perdue, nous le savons, c’est la parole d’Hiram, mais ce qui nous est présent, c’est un nom : Hiram… et un nom est un substitut d’un être abstrait, qui lui-même est un substitut de choses… Le mot Maçon, par exemple, est constitué de signes. Ces signes, qu’on appelle lettres, appartiennent à une langue qu’on appelle le français, censés représenter un homme ou une femme, engagés dans un processus de dépassement de soi, à caractère matériel et ou spirituel.

La substitution, nous le voyons alors, est dans l’ordre du discours, du verbe. L’élimination d’un mot par un autre qui en a pris le sens. La substitution de quelque chose, ne fait qu’en matérialiser l’absence. La substitution, c’est donc la matérialisation de quelque chose d’invisible … La chose substituée, est une chose, mais qui sait le sens substitué ?… En Maçonnerie nous utilisons les symboles, mais pour qu’il y ait du sens se substituant à la chose, il faut qu’il y ait un au-delà du symbolisme. La substitution n’est pas une simple opération translative (je remplace la chose par le mot, qui lui-même est agent de signification appartenant à une langue, elle-même expression d’une culture) … La substitution se réfère à l’essentiel : en quoi un être ou un signe a-t-il autant de réalité que ce qui le remplace ? Nous arrivons alors à l’idée de remplacement de l’absence, par une présence, elle-même métaphore, d’une présence ou réalité, comme on voudra, celle de l’univers symbolique.Le symbolisme met en œuvre l’imaginaire, et le décryptage du symbole permet la maîtrise de l’imaginaire. Une chose existe à partir du moment où elle a été nommée, fusse par la substitution d’un autre mot ou groupe de mots, par la représentation mentale. Et plus il y a de mots qui s’y rattachent, plus la représentation de l’objet, ou de l’idée est précise, à mesure qu’alors, l’imaginaire se réduit. Il est vrai qu’aujourd’hui la puissance de la parole s’est multipliée comme jamais : Radio, TV, Internet. Du coup, des erreurs et des vérités se sont propagées. Le tout est d’en faire le tri. N’y a-t-il pas plus d’erreurs que de vérités ?

Bien entendu, la parole est constitutive du verbe. Et le verbe, n’est-ce pas la lumière ? Que la Lumière soit ! La parole et la vérité maçonnique sont liées. Elles permettent de s’approcher d’une conception globale du PRINCIPE en retrouvant l’unité en toute chose.

Il est donc clair que si les mots ne remplacent pas l’idée, alors le Maître Secret a pour mission de rechercher le Sens.

Pour que la parole puisse avoir été perdue, encore faut-il que nous l’ayons eu. Peut-être en nous, d’ailleurs ? Pourquoi pas ? Depuis toujours, qui sait ? Et si la parole n’était perdue que pour ceux qui renoncent à la chercher ?

La volonté est la source de la conviction maçonnique perpétuellement en quête d’un idéal de perfection. Mais la recherche de ce maçon idéal est un combat intérieur sans cesse dévié ou en tout cas perturbé par des pressions extérieures. Le maçon doit travailler contre l’extérieur pour aller vers le centre.

Il n’est pas question de l’acquisition d’un savoir ou d’une culture, le Maître Secret entre dans un tout autre domaine, celui de la recherche d’une Connaissance métaphysique. Il doit aller au tréfonds de lui- même, à la découverte de son être intérieur. Et rechercher c’est supposer qu’il y a autre chose qui laisse libre cours à notre intuition.

L’infini au 14ème.

L’initiation n’est pas une fin en soi mais le début en tout ce qui est à venir. Et comme elle nous mène sur le chemin de l’inconnu, elle nous mène donc sur le chemin de l’infini.

Les rituels et le langage symbolique se décodent selon nos propres perceptions et sensibilités pour découvrir l’immatériel, modifier notre pensée et à terme, modifier notre manière d’être.

Le problème est que nous avons une réelle difficulté, à exprimer par des mots le concept d’infini. A plus forte raison de nous le représenter. Et cela, nous confronte bien sûr, à nos propres limites, voire à l’inaccessibilité d’une certaine connaissance.

L’infini, par essence, est inconditionné, incomposé et indéterminé. Aucune pensée précise ne le concerne. Il est autant le Rien, que le Tout. Il se consume et se prolonge. Nous sommes dans l’inconnu le plus absolu. L’inconnu inconnaissable. Il s’agit d’une vérité forcément virtuelle, puisqu’on ne l’envisage pas physiquement. Une vérité qui est réfractaire à toute représentation réelle… Einsof, c’est l’expression de l’ineffable, qu’on ne peut nommer en raison de son intensité et/ou de sa nature. Seulement, comme je l’ai évoqué plus haut, nommer par le biais de la représentation, c’est créer… Et comme on n’exprime que ce qui peut l’être, la façon dont on dit ce que l’on vit, ce que l’on ressent ou même pressent, peut avoir sa logique, et donner accès à la compréhension, en tout cas un bout…

Donc, l’infini, c’est l’absolu, le contenu et le contenant, le pensé et le pensant, le créé et le créant … Et c’est précisément ce que nous autres Maçons, nous sommes. Et par là-même, nous nous élevons, nous nous hissons au niveau des Dieux, ou d’un Dieu. Un Dieu d’ailleurs souvent représenté dan les cieux… Or nous le savons, ce qui est en haut est comme ce qui est en bas.

Le Maçon a appris à travailler avec le symbole.

Le symbole éclaire l’inconscient par le sens conscient (que peut-être avions-nous déjà en nous), qu’il lui donne. C’est une façon, d’ailleurs de devenir complice du non-dit, de l’indicible, en devenant le contraire du défini et de l’évident, c’est pourquoi il ouvre sur l’inconnu et l’illimité.

Concernant l’inexprimable, seule la forme symbolique peut être utilisée. En nous hissant à la hauteur d’un créateur créant un créateur, notre quête devient celle de l’Homme, car la F :. M :. n’a de sens que parce qu’elle s’intéresse à l’Homme, à sa compréhension et à son perfectionnement… Telle est notre quête, qui ne saurait être sans amour et sans fraternité, et cela se confond avec une certaine idée du bonheur.

Les Grands Elus de la Voute Sacrée sont passés de la perpendiculaire au niveau, puis de l’équerre au compas et enfin, du fini à l’infini. Dans ce passage du fini à l’infini, il s’agit de passer de l’unité de nos représentations à celle du tout, que forme l’Univers. On touche alors à l’universel. Le passage du fini à l’infini, c’est quitter le port rassurant qui protège, pour affronter la haute mer. Par conséquent, dans l’exploration de l’infini, l’imagination est indispensable à l’esprit. Or s’il y a quelque chose qui est bien sans limite, c’est bien l’imagination. L’imagination est capable d’imaginer des choses impossibles. Capable de réduire l’Univers en un point : Nous ! Ou pas nous, qu’importe. Capable d’imaginer des univers parallèles qu’on pourrait rejoindre en creusant des tunnels dans l’espace, de voyager dans le temps… L’infini, dans le sens de non fini, n’est pas celui d’une imagination débridée. Il est celui des possibles. De tous les possibles, même celui de l’utopie.

Ce sens du possible constate les processus dynamiques inscrits dans des mouvements cycliques, ou l’équilibre se réduit à un instant d’éternité.

L’élévation spirituelle d’un individu ce n’est pas de s’affranchir et de se détacher de toute chose, pas du tout !… C’est prendre conscience qu’il est un des éléments nécessaires d’un ensemble spirituel plus vaste.

En poussant les recherches en direction de l’infini, et d’Einsof, qu’il s’agisse de Dieu ou d’un Principe créateur, nous entrons alors, dans le domaine de la métaphysique.Mais il ne faut pas espérer fournir une définition rationnelle de la métaphysique, car définir reviendrait à limiter. Cependant, nous pouvons par la négative, tenter d’approcher une définition, comme certains philosophes l’ont fait, en particulier les nihilistes qui ont utilisé cette méthode en développant le concept du RIEN pour évoquer le TOUT.

En se plaçant au-delà du monde fini, il convient de dépasser nos propres limites car l’objet de la métaphysique est précisément de se situer au-delà des limitations.

Toujours est-il que faute de définition, il nous faut envisager que la métaphysique ne soit pas une connaissance humaine, que c’est une approche qui dépasse le raisonnement humain, lui-même étant limité à une faculté humaine. Mais alors, s’il ne s’agit pas d’une connaissance humaine, est-ce que l’individu humain, n’étant qu’une manifestation transitoire et même contingente du Principe, peut appréhender le problème ? Peut-être… Car ce qui est en dehors de l’être, s’absorbe par la prise de conscience effective des différents états de l’être.La concentration dirige la recherche à l’intérieur de soi, pour retrouver un état primordial. Ceci passe par un affranchissement du temps, en délaissant la condition temporelle. La succession des événements est parfois remplacée par une simultanéité, donnant un sens à l’éternité, donc à l’infini.

Passer du monde fini à l’infini, c’est passer du particulier à l’absolu, qui englobe dans une plénitude le domaine manifesté et le non-manifesté, jusqu’à tenter d’atteindre l’universel. Cet universel devient une globalité, donc une unité, qui est symbolisée par le point, lui-même étant l’image du centre. Ainsi, infini, absolu et unité se rejoignent dans l‘idée du centre, et même dans le centre de l’idée. Le centre de nous-mêmes ?

Lorsque notre pensée découvre une nouvelle Vérité, nous constatons que ce n’est pas une création de notre mental, mais plutôt le dévoilement soudain d’un aspect de la Réalité qui préexistait depuis toujours, mais qui nous était restée cachée à cause de notre absence de lucidité et l’étroitesse de nos conceptions humaines. Il ressort de cela que tout homme est né potentiellement parfait, et que s’il le désire et s’il y travaille, il a accès en lui, à l’ensemble de la Connaissance.

Le centre n’a pas de volume, pas de surface ni de dimension. C’est un point. Juste un point, qui par rapport à la multiplicité contient tout. Il unit et dissout les oppositions, il se situe au-dessus, et englobe tout ce qui est intelligible. Cela pourrait même faire penser d’une certaine façon, à la théorie du Big-Bang… Cette explosion du Tout pourrait-elle donner naissance au particulier ? Est-ce cela se rencontrer soi-même ? Devenir celui que nous sommes ?

Durant cette descente vers l’inconnu et donc dans l’approche de l’absolu, Guibulum porte le flambeau allumé, mais cette lumière artificielle est soufflée brusquement, et elle est remplacée par une autre d’une intensité bien différente. Et même tellement différente, qu’il en est presque aveuglé. Est-ce le rayonnement de lui-même provenant de son cœur qui se projette sur le triangle d’or sur lequel le Nom ineffable a été gravé par Enoch ?Est-ce son mini Big-Bang ? Je ne sais pas, mais c’est une hypothèse.

Pour autant, quand le Moi est devenu principe et que l’individu se perçoit en tant que « Je Suis » (Je Suis le Un, Je Suis le Tout, ou le Tout devenu Un), le risque de délire ne doit pas être confondu avec l’intuition intellectuelle qui permet d’être, en continuant d’envisager le Tout. Par notre statut d’homme, nous sommes et restons dans la mesure et le mesurable. Ce dont il s’agit, c’est de dépasser notre dualité « matière-esprit », en empruntant une autre voie : celle de l’équilibre. L’équilibre des complémentaires et non des opposés. Il s’agit de Spiritualiser la matière et de matérialiser l’Esprit pour devenir un Etre dans sa totalité. L’examen des 10 séfiroth nous enseigne les liens, et des sentiers secrets et compliqués qui conduisent d’Einsof, qui est l’infini, jusqu’à Malkhouth où se trouve l’homme, donc la matière. En somme nous passons de l’abstrait au concret, afin de retourner au spirituel. Tout est lié avec tout, ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est à l’intérieur est comme ce qui est à l’extérieur pour la réalisation d’une même chose.

Et même, je n’exclue pas qu’il puisse s’agir de l’occultation du nom ineffable, car il fallait sans doute qu’il en soit ainsi. La perte du mot est peut-être plus une dissimulation protectrice, qu’une perte réelle, puisque cette parole, ce mot perdu ne sont rien moins que l’inconnu qui se propose à nous… Cet infini a toujours existé, existe, et existera toujours, dans une représentation spirituelle qui conserve la tradition intacte. Héritage pour que celle-ci ne soit pas affecté par les changements du monde extérieur.

Les voyageurs sont passés de la Voûte étoilée à la Voûte sacrée, du macrocosme au microcosme, comme il est d’usage au Rite Ecossais Ancien et Accepté où, depuis notre initiation, la démarche introspective est privilégiée. Les Grands Elus Parfaits et Sublimes Maçons sont devenus des porteurs de sens. Avant cela, ils parcouraient la terre à la recherche la Parole perdue alors que maintenant « Ils voyagent par toute la terre … Pour y porter la Lumière en faisant connaître les Vérités acquises, et enseigner la morale pure de la Franc-Maçonnerie ».

C’est précisément ce à quoi nous devons nous attacher. Nous ne sommes que les dépositaires de la Tradition, et avons le Devoir de transmettre, car ce que nous gardons pour nous, nous le perdons pour tous. Toute œuvre dépasse sa propre existence et ne s’inscrit dans la Tradition universelle que si la transmission perdure. Infinie est la distance entre notre possibilité d’augmenter le savoir par la connaissance, et ce qui est.

Ai-je trouvé la Parole perdue ? Non.Ai-je trouvé une voie d’accès à la Connaissance ? Surement. Me suis-je trouvé ?Peut-être… En tous cas j’ai commencé.

J’ai dit.

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