14° #411012

Historique et symbolisme du 2ème Ordre du rite français

Auteur:

D∴ B∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Historique du 2e Ordre

Le Grand Orient de France décida en 1784 de la création d’un Grand Chapitre Général de France qui fusionna en 1785 avec le Chapitre Gerbier pour donner naissance au Souverain Chapitre Métropolitain. Ainsi prit forme le système des quatre Ordres, le Grand Chapitre se réservant le 5e Ordre.

Déjà en 1782 une Chambre des Grades avait été créée au sein du Grand Orient de France pour fixer une doctrine propre à l’Obédience sur les grades au-delà de celui de Maître. Le F Roëttiers de Montaleau va s’imposer au sein de cette Chambre. Cette dernière effectue une remarquable analyse des grades connus et met en place des principes d’une grande cohérence.

Derrière le désordre apparent, un ordre logique s’ébauche depuis quelques années : un ensemble de rites de vengeance, caractérisant un grade d’Elu, puis les pratiques d’un grade d’Ecossais, suivi d’un grade chevaleresque Oriental. La Chambre des Grades va établir une synthèse raisonnable de chacun de ces trois niveaux, qu’elle va coiffer d’un 4e qui s’impose alors peu à peu comme le degré terminal.

Pour ce qui est du 2e Ordre, le F Roëttiers de Montaleau donne lecture le 18 décembre 1784 du grade d’Ecossais qu’il a lui-même rédigé. Malheureusement il n’existe plus de compte-rendu des débats autour de ce rituel.

Le 10 novembre 1787 la Chambre des Grades autorise le F Colson à faire faire une truelle de cuivre doré pour le grade d’Ecossais. Or, l’utilisation d’une truelle, atypique dans les grades d’Ecossais classiques, est caractéristique, pour Pierre MOLLIER, du 2e Ordre du rite français.

L’une des particularités du 2e Ordre du rite français est d’avoir intégré, avant une réception au grade d’Ecossais de la Voûte Sacrée, une cérémonie singulière. Le candidat est conduit progressivement vers le Saint des Saints, mais cette approche est ponctuée par des rites de purification, de manducation, de libation et d’onction. Ces éléments sont en fait tirés d’un grade atypique, qui ne semble pas avoir été beaucoup pratiqué au XVIIIe siècle, « L’Ecossais ou Parfait Maître Anglais ». La truelle y sert à oindre le récipiendaire sur le cœur, la bouche et les yeux.

En examinant les débats de la Chambre des Grades on constate que le 2e Ordre du rite français est la juxtaposition de deux grades : « L’Ecossais ou Parfait Maître Anglais » et « L’Ecossais de la Perfection ».

« L’Ecossais ou Parfait Maître Anglais » est le 5e grade de l’Université (nomenclature d’environ 300 grades dressée par Ragon).

« L’Ecossais de la Perfection » est le 39e degré de la collection du Chapitre Métropolitain (recensement des grades pratiqués à la fin du XVIIIe siècle).

Contrairement à une idée répandue, le 2e Ordre du rite français n’est pas inspiré des 12e, 13e et 14e degrés du R E A A. En effet, ce n’est que vingt ans après que le 2e Ordre du rite français eut été fixé que sont rédigés les rituels des 12e, 13e et 14e degrés du R E A A.

De plus, le grade de Grand Elu de la Voûte Sacrée ou Sublime Maçon, 14e degré du R E A A, est tiré du 33e degré de la collection du Chapitre Métropolitain (grade appelé « Ecossais de la Voûte Sacrée de Jacques VI »), grade dont la Chambre des Grades ne s’était pas inspirée pour fixer le 2e Ordre du rite français.

L’immobile : voûte souterraine et pierre cubique

Alors que le 14e degré du R E A A s’arrête sur le symbolisme de la voûte, le rite français se contente d’une évocation.

Le rituel d’ouverture du 2e Ordre nous indique que nous sommes dans une voûte souterraine. S’agit-il de la partie supérieure d’une caverne, le rituel laissant alors entendre que les travaux s’ouvrent sous terre ? Ou bien le rituel évoque-t-il un ouvrage de maçonnerie cintré, dit souterrain parce qu’il s’agit du sous-sol enterré d’un édifice et qu’il n’y a pas de fenêtre ?

Lorsque le récipiendaire entre en montrant le Delta, le Parfait Maître dit : « déposons-le dans ce souterrain ». Il s’agit de l’unique évocation d’une voûte souterraine pendant toute la cérémonie de réception.

Le discours historique de l’Orateur parle de neuf Maîtres « qui avaient travaillé à la construction d’une voûte souterraine située dans la partie la plus profonde du Temple ». Plus loin on lit : « ils descendirent dans la voûte souterraine par un escalier de 24 marches divisées en repos par 3, 5, 7 et 9 ».

Le doute n’est plus permis. Notre voûte est un ouvrage de maçonnerie cintré situé en sous-sol du Temple. Les symbolismes de la voûte et du Temple idéal sont donc proches voire liés. L’escalier qui y mène est le symbole de la progression vers la connaissance.

Bien avant la découverte du Delta, on trouve dans la voûte souterraine une pierre cubique. Il s’agit d’une pierre d’Agathe taillée en forme de quadrangulaire sur laquelle Salomon fit graver à la face supérieure le mot substitué, à la face inférieure tous les mots sacrés de la Maçonnerie et aux quatre latérales, les combinaisons cubiques de ses nombres, ce qui la fit surnommer pierre cubique.

Pour Daniel LIGOU, l’intérêt du 2e Ordre dans son écriture de 1786 consiste dans l’occultation de la voûte au profit de la pierre cubique. Cette dernière est un des symboles les plus riches de la Maçonnerie qui fit l’objet de longs développements graphiques et de multiples démonstrations. Cette « cubicomanie » disparaît vers 1850 avec la mise en sommeil des grades de sagesse du rite français.

La pierre cubique n’existe pas dans la nature ; elle reste une perfection humaine. Elle est conçue et réalisée dans une conception géométrique ou alchimique car la pierre conique posée sur une pierre cubique permet l’union des deux principes séparés.

Elle est déposée sur un piédestal triangulaire, le piédestal de la science. A d’autres rites on peut trouver sur le piédestal dans la Voûte soit le livre de la Genèse soit l’Evangile de Saint Jean.

Dans la Maçonnerie des Lumières le travail est surtout considéré comme un art. Pourtant, le rituel du 2e Ordre donne une part importante non à l’art mais à la science qui donne son nom au piédestal. Elle est définie comme un accroissement de la connaissance. Ainsi, à l’ouverture des travaux, le Premier Grand Surveillant affirme que la « ferme volonté d’atteindre à la haute science » l’a conduit ici. De même, dès son entrée dans la Voûte, le récipiendaire doit manifester son « amour des connaissances ».

La réception

Dès son entrée dans la Voûte le postulant est remis à des sacrificateurs et menacé d’immolation par la hache et le couteau. Mais il est épargné parce qu’il montre des qualités maçonniques et qu’il sait garder le secret.

Le candidat est alors purifié par l’eau de « tout ce qui peut blesser l’innocence ». Le rituel de 1786 prévoyait aussi une purification par le feu, symbolisé par l’encens, qui a disparu dans le rituel de 2001 du Grand Chapitre Général du Grand Orient de France.

Après que l’Elu ait prêté l’Obligation du 2e Ordre, il doit « remettre l’objet de la demande ». Comme il n’a pas le « dépôt précieux » qu’il aurait dû avoir, il est conduit hors de la Voûte, dans la Chambre de préparation. Après avoir appris la marche et le mot de passe, il est habillé d’une cordelette verte et reçoit le triangle d’or accroché au bout d’une cordelette noire.

Dans le rituel de 2001 le triangle d’or, appelé parfois delta, symbolise les connaissances de l’architecte et identifie la fonction d’Hiram. Dans le rituel de 1786 le nom en hébreu du Grand Architecte de l’Univers, appelé la parole innominable, était gravé sur une face du Delta. Hiram l’avait jeté dans un puits creusé dans un coin du Temple en construction, juste avant d’être assassiné.

Dans le rituel de 2001 toujours, Salomon avait peur que le signe de la fonction d’architecte et les connaissances d’Hiram ne tombent entre des mains mal intentionnées. L’objet de la recherche était de retrouver ce triangle d’or.

Ici il n’est pas question de retrouver, comme au R E A A, le mot du Maître. Un mot substitué fut transmit au Maître de rite français à la fin du 3e grade. L’enjeu est donc bien une nouvelle transmission de connaissances de l’architecte, fondement de la théorie maçonnique.

Le postulant revient dans la Voûte en montrant le triangle d’or qu’il est sensé avoir trouvé. Ainsi les travaux sont sécurisés et la connaissance n’est pas perdue.

Daniel LIGOU pensait que l’aspect ésotérique était entièrement occulté dans cette partie de rituel en 1786. Le rituel de 2001 a sans doute amélioré les choses en mettant en jeu la connaissance que le Maçon tente toujours plus d’acquérir pour tendre vers la Vérité et la Perfection.

Le triangle d’or, symbole de la connaissance, est posé sur le piédestal de la Science, sous la pierre cubique. L’ensemble doit être éclairé d’une manière continue, à la demande de Salomon. L’ensemble est de signification très importante.

Puis la truelle est appliquée aux yeux, aux lèvres et au front du candidat pour, symboliquement, lui transmettre la fraternité universelle. Sur le chemin de la recherche de la connaissance, elle cimente les pierres de l’édifice et en réalise l’unité, elle est le symbole de la bienveillance éclairée.

Le partage du pain et du vin consacre la réception de l’Elu au 2e Ordre.

Pour finir le nouvel initié illumine la Voûte. Il active ainsi la science, la connaissance, la pierre cubique.

En fin de discours historique, il est dit que Salomon donne à la voûte le nom de Voûte Sacrée. C’est pourquoi cette expression est reprise dans le rituel de fermeture en lieu et place de « voûte souterraine ». Ainsi cette voûte et les objets qui y sont entreposés appellent un respect absolu. Nous devons étudier leur symbolisme avec attention.

Epilogue

Les différences entre divers rites sont anecdotiques. La structure du mythe est immuable. Le lieu est le Centre du Monde, en fait la conscience humaine.

Comme l’Ordre d’Elu Secret, le 2e Ordre vise à compléter la maîtrise. Après avoir fait justice il fallait achever le Temple.

La connaissance est la pierre angulaire du 2e Ordre.

Après 1815, avec la défaite des militaires, les notables qui géraient les Loges françaises étaient assoiffés de paix et rebelles à tout souvenir chevaleresque. Ils mirent en sommeil les 1er et 3e Ordres ; ainsi passait-on du 3e grade au 2e Ordre. La fin de la pratique des hauts grades de rite français est proche. Pour Maurice ZAVARRO, « ce n’était pas la meilleure introduction à la Maçonnerie postérieure à la Maîtrise » et les hauts grades de « rite français se trouvaient ainsi privés de leur prologue brutal mais dont la valeur poétique et la densité de pensée font aujourd’hui, en notre XXe siècle finissant, l’un de ses attraits pour nos Frères ».

Bibliographie :
Rituels :
Grade d’Ecossais in « Rituels du rite français moderne 1786 » (éd. Champion-Slatkine, Genève, 1992).
Le Régulateur des chevaliers Maçons, 2e Ordre, Grade d’Ecossais in « Le Régulateur des Chevaliers Maçons ou les quatre Ordres supérieurs, suivant le Régime du Grand Orient de France de 1801 » (éd. du Prieuré, Rouvray).
Grand Elu (rituel de référence du Deuxième Ordre) (Grand Chapitre Général du Grand Orient de France, Juin 2001).
Articles :
Daniel LIGOU : préface (pages VII à XXXIV) in « Rituels du rite français moderne 1786 » (éd. Champion-Slatkine, Genève, 1992).
Guy VERVAL : Les Ordres supérieurs du rite français in « Rituels du rite français moderne 1786 » (éd. Champion-Slatkine, Genève, 1992).
Jean-Pierre LEFEVRE : Ce que je crois in « Miscellanées, de l’esprit du rite français » (éd. Cercle Neel O’Trac, Paris, 1995).
Maurice ZAVARRO : A propos du rite français in « Miscellanées, de l’esprit du rite français » (éd. Cercle Neel O’Trac, Paris, 1995).
Maurice ZAVARRO : De « L’esprit » du rite français in « Miscellanées, de l’esprit du rite français » (éd. Cercle Neel O’Trac, Paris, 1995).
Pierre MOLLIER : Le Grand Chapitre Général de France et la fixation du rite français in « Les grades de sagesse du rite français » (éd. A l’Orient, Paris, 2000).
Ludovic MARCOS : Une approche historique de la mise en place des hauts grades français et du Ve Ordre in « Les grades de sagesse du rite français » (éd. A l’Orient, Paris, 2000).
Ouvrage :
Jean-Pierre BAYARD : Symbolisme maçonnique traditionnel (Edimaf, Paris, 1982).
Dictionnaire de la Franc-Maçonnerie, sous la direction de Daniel LIGOU (P.U.F., Paris, 1987).
Jean CHEVALIER et Alain GHEERBRANT : Dictionnaire des symboles (collection Bouquins, éd. Robert Laffont, Paris, 1982).

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