14°
#411012
J’ai à me perfectionner
Non communiqué
Reçu au 14ème degré, du REAA, dernier degré de l’atelier de perfection, voilà que dans l’instruction de ce degré, la dernière réponse est « J’ai à me perfectionner ».
Le chemin parcouru jusque-là l’aurait-il été en vain ?
A bien y réfléchir, cette phrase m’interroge sur le sens profond de ma démarche et m’oriente dans le futur de mon parcours, me rappelant sans cesse l’humilité, qui doit être notre « compagne » tout au long de notre parcours et que la recherche est loin d’être terminée.
Cependant, il est à mon avis bon d’éclairer le pourquoi et le comment de cette réponse. Je tenterai donc de répondre à 2 interrogations.
Pourquoi ?
Cette question me semble ici être fondée.
En effet, tout au long des différents grades et degrés, ce souci de perfectionnement est toujours en filigrane de notre chemin.
Dès la cérémonie d’initiation il est clairement exprimé à travers cette déclaration du Vénérable Maître :
« Nous travaillons sans relâche à notre amélioration ; nous accoutumons notre cœur et notre pensée à ne se livrer qu’à de grandes et belles affections, à ne concevoir que des idées solides construites sur les valeurs de la morale éternelle, de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain.
Ce n’est qu’en réglant ainsi ses inclinations et ses mœurs que l’on parvient à donner à son âme ce juste équilibre qui constitue la Sagesse, c’est-à-dire la science de la vie. »
Ce travail est pénible et demande beaucoup de sacrifices, auxquels il faudra vous résoudre, si vous êtes admis parmi nous. »
Tout semble dit dès cette phrase de l’initiation. Le but est défini, semble-t-il.
Nous avons ainsi, la cible à atteindre mais comment faire pour que notre Flèche l’atteigne, en paraphrasant l’image de Khalil GIBRAN.
Devant l’immensité de la tâche, il nous faut des moyens, des méthodes et du temps pour arriver à ce but.
Ainsi, les différents degrés gravis au fur et à mesure du parcours vont nous accompagner pour cheminer. Ils vont nous donner des méthodes pour organiser notre Chaos personnel.
La réponse au « Pourquoi » posé plus haut dans ce travail se trouve dans la première partie de la Devise de notre Ordre « Ord Ab Chaos ». L’Ordre issu du Chaos
Comme le décrit fort bien Marc HALEVY, dans le SALIX d’avril 2022, « le chaos n’est pas le contraire de l’ordre ; il est le ferment à partir duquel l’ordre va jaillir… Le chaos n’est pas le contraire de l’ordre, mais il est la condition initiale pour l’émergence d’un ordre quel qu’il soit. »
Les différentes traditions sacrées font toutes références à un chaos originel qui précède l’action de Dieu ou de divinités organisant ce Chaos.
Culturellement, la référence « naturelle » ou plutôt la plus évidente, pour nous, est la Genèse, dont le 2eme verset dit : « Or la terre était un chaos…… ».
Ce chaos crée le mouvement et l’action, il crée un dynamique, qui aboutit, en dernier lieu, à la création de l’homme
Construire son temple intérieur, ainsi que nous le dit le rituel, ne serait-ce pas en ce cas ordonner notre chaos personnel pour arriver à la Sagesse et s’approcher de l’Indicible de l’Ineffable. D’ailleurs ne se mettons pas à « l’Ordre » en loge lors de nos tenues ?
Quelles ont les causes de ce chaos, A mes yeux elles sont de 2 ordres, exogènes et endogènes.
Exogènes, en ce sens que depuis que l’homme existe, il a dû s’adapter à son environnement, ainsi que le décris Yuval Noah HARIRI dans son livre « Sapiens » ou sous forme plus romancée, Éric Emmanuel SCHMITT dans sa série « La traversée des Temps ».
Chaque situation nouvelle a engendré une réaction adaptative. En quelque sorte, la nouveauté crée une forme de chaos et de ce chaos un mouvement adaptatif, permettant d’intégrer cette nouveauté et de progresser et de se perfectionner.
La relation de l’Eglise avec les découvertes scientifiques au cours des siècles en est une illustration frappante. De peur de déstabiliser les croyances, de perdre son influence sociétale, cette dernière combattait fortement voire violemment toute nouvelle idée, tout progrès. Certains l’ont payé de leur vie ou comme Galilée ont dû se rétracter pour avoir la vie sauve.
Mais avec le temps le mouvement crée par le chaos novateur, finit par s’ordonner et devenir la norme ou être intégrer par l’humanité.
Plus personne aujourd’hui ne conteste que la terre tourne autour du soleil.
De même la révolution technologique que nous vivons, pose-t-elle à l’humanité » de nouveaux défis, en termes de déontologie et de morale, de circulation de l’information et ses conséquences, internet…
Notre qualité de Franc Maçons ne nous exonère pas de vivre ces mouvements de sociétaux, nous sommes dans le monde ici et maintenant. Nos sens, nos pensées, nos convictions, qui sont parties intégrales et constituantes de nous-mêmes, sont sans cesse sollicitées, interpellées par ces changements.
Mais étant des cherchants, nous sommes plus circonspects et prudents dans l’analyse de ces évènements tout en essayant d’être ou d’approcher de l’état d’Excellent EMETH, d’homme vrai, véritable en toutes circonstances. Ce qui fait écho à la phrase de l’initiation, citée au début de ce travail.
Les causes endogènes sont liées à l’histoire de chaque individu.
C’est là la diversité et la difficulté qui se posent aux individus et aux sociétés.
De ce fait, les réponses sont nombreuses et individuelles et peuvent paraître inadéquates pour certains.
L’autre nous aide à grandir et les rencontres faites, les confrontations et difficultés rencontrées nous amènent à réagir, donc un mouvement se crée et de là tire-t-on des expériences et des nouveaux savoirs faire parfois, permettant de reproduire la solution si une situation identique se présente.
Notre confrontation individuelle au monde, nos lectures, nos rencontres nous amènent à reconsidérer nos perceptions, créant une forme de « chaos intérieur ».
La Franc-Maçonnerie nous invite à prendre conscience de notre désordre individuel pour nous ordonner, nous perfectionner. C’est, en quelque sorte, l’invitation qui nous est faite par l’acronyme V.I.T.R.I.OL, descendre ne nous même pour nous connaître, de nous rectifier pour trouver la pierre cachée. Donc se mettre en ordre mais avec mes Frères pour travailler ensemble à l’Harmonie.
Pour clore cette partie et résumer mes propos, l’image, qui me vient, ; est celle d’une éruption volcanique entrainant la destruction et le chaos pour après un retour à la vie et à une renaissance de la nature.
J’ai donc à me perfectionner.
De quels moyens disposons-nous dans notre Démarche pour continuer notre perfectionnement. C’est au « Comment » posé plus haut que je vais essayer d’apporter un éclairage.
L’outil ou les outils principaux pour ce chemin sont Nos Rituels ; ils sont des guides précieux dans l’accomplissement de ce perfectionnement.
Le degré de compagnon dans son Instruction nous donne la direction à suivre. Je cite :
« D: Qu’avez-vous appris dans le premier degré ?
R: Qu’il existe un Dieu, auteur de tout ce qui est.
D. : Comment avez-vous été conduit à cette connaissance ?
R: Par le spectacle des merveilles de la nature et avec le secours de l’intelligence dont m’a doté le Grand Architecte de l’Univers.
D: Comment a-t-on procédé pour cette instruction?
R: Par l’étude des sens, que le Grand Architecte de l’Univers a attribués à l’Homme, et par l’étude des arts »
Ce passage de l’instruction nous explique dans quel état d’esprit nous nous devons d’être pour cheminer.
L’Humilité est une vertu cardinale du Franc Maçon et son regard doit être attentif à toute la création pour mieux comprendre l’œuvre divine et sa place au sein de cette œuvre.
Cette humilité participe à nos recherches, questionnant sans cesse nos certitudes.
Je mettrais cependant en exergue 3 « Phares » dans mon parcours
Au 4ème degré, il nous est dit « Que nous ne comprenons pas bien comme nous ne voyons pas bien ». Je dirais, peut-être qu’il s’agit d’une belle piqûre de rappel au niveau de l’humilité.
Les sentences, prononcées par le Trois Fois Puissant Maître, lors de la cérémonie de réception, nous avertissent des dangers et des travers dans lesquels nous pouvons nous fourvoyer.
Je me permets juste de mettre en exergue 3 de ces sentences qui, pour moi, sont constituantes dans mon parcours.
« Tu répondras toi-même de tes actes et tu ne prendras point les mots pour la réalité ».
« Accueille toutes les opinions mais ne les déclare justes que si elles apparaissent telles à ton examen propre »
« ‘Ce que la Maçonnerie te demande est de promouvoir la justice ».
Notre intégrité, notre Responsabilité sont par ces sentences sollicitées et nous amènent à plus de prudence dans notre recherche.
Autre phare qui éclaire ma démarche est le 9ème degré, que j’interprète comme une acceptation outre de ma finitude, de ma mort, mais aussi de mes imperfections avec lesquelles je me dois de vivre comme faisant partie intégrante de moi, mais que je me dois de museler. Je dois m’accepter tel que je suis et continuer à avancer dans mon perfectionnement.
3eme phare que je vois est le 12ème degré en ce sens, que l’affirmation « Je veux et Je construis » marque fortement la volonté de construire notre temple spirituel, d’ordonner notre chaos.
Je pressens aussi que l’Arbre Séphirotique, rencontré au 13ème degré, nous donne des voies d’exploration pour accéder à Dieu, à l’En Soph, l’Inaccessible. Mais il me faudra du temps pour en comprendre toutes les arcanes et emprunter les différents chemins menant vers l’Indicible.
En conclusion, cette phrase, qui m’a été proposée comme sujet de travail, constitue tout à la fois un constat et un avenir comme souvent en Franc Maçonnerie.
Constat que bien qu’arrivé au degré ultime de l’Atelier de Perfection, je n’ai pas atteint cette perfection ou La PERFECTION, et un avenir, car le travail continue pour s’approcher de cette sagesse, de cette perfection, à moi de trouver, de défricher pour cela, les chemins possibles que les prochains degrés me feront découvrir.
Je finirai par 2 citations qui peuvent être des « garde-fous » dans notre démarche ;
La première de Paul de Tarse , dit ST Paul, dans sa 1ere lettre aux Corinthiens :
« Tout m’est permis mais tout ne m’aide pas à grandir »
La seconde de Sénèque : « Celui qui cherche la Sagesse est un sage, celui qui croit l’avoir trouvé est un fou ».
J’ai dit.