J’ai été conduit ici par le besoin d’Être et l’Amour de la Vérité
R∴ V∴
Lors d’une discussion avec notre T F P G M nous avions évoqué la possibilité de continuer mon travail sur la symbolique du jeu de l’oie.
En continuant mes recherches j’ai hésité, puis reconsidéré cet objectif.
Aujourd’hui je préfère pendre comme sujet de ma planche la première question de notre rituel à laquelle je dois répondre au début de nos tenues.
« Par le besoin d’être et l’Amour de la Vérité »
En réalité, je pense que nous ne devons pas en rester à la première phrase de notre rituel, il faut prendre en compte les deux réponses suivantes.
« Mon zèle à servir la Maçonnerie, ma foi dans son idéal de perfection ». « Avoir une conscience pur, être persévérant dans l’effort, lucide sans défaillance, fraternel avec tous ».
C’est un ensemble qu’il est nécessaire de comprendre en complétant l’Être, l’Amour et la Vérité.
Nous pouvons considérer cette quête par une lutte permanente avec soi-même, afin de continuer à construire notre Temple, avec la recherche de l’Amour de la Vérité.
Il est évident que par notre parcours maçonnique, nous sommes dans la quête de notre Graal.Il faut noter qu’en philosophie, le besoin d’Être peut aussi s’interpréter par la recherche d’une réalité absolue, de l’essence naturelle de nous même.
Ce 14ème Grade, qui apparaît comme une étape, et peut-être plus encore comme un accomplissement.
Il nous rappelle le caractère moral de l’initiation maçonnique.
C’est là une ambiguïté dont il convient de retenir l’intérêt.
Lorsqu’un Maître Maçon devient Grand élu parfait et sublime maçon, sa progression initiatique correspond à un couronnement dont la pratique de la vertu est nécessairement devenue l’axe de son action au quotidien.
La société nous définit et nous détermine suivant des cadres convenus et cela peut être le départ de la servitude.Cette servitude, nous pouvons nous en affranchir par la conquête de nous même, afin de transformer une relation de subordination en une relation contractuelle.
Toutes les contraintes peuvent être sublimées en relations contractuelles pour peu que nous ayons l’intelligence des situations et la maîtrise de nos jugements et de nos actes.
C’est certainement la raison principale qui nous conduit à rechercher le besoin d’Être un maçon, à gravir les marches des Ateliers de Perfection.
À poursuivre notre quête vers la Lumière symbolique et maçonnique, à avoir le besoin d’Être parmi nous.
Celui-ci lui nous fait découvrir de nouveaux horizons qui nous ouvrent les yeux, le cœur, l’esprit vers les autres.
Le mythe ou la légende du grade, indique que le Temple est achevé, et que Les ouvriers sont dispersés.
Le Temple achevé signifie que la construction de l’œuvre commune qui a permis le rassemblement des talents et des volontés ne constituera plus le lien matériel entre les constructeurs, mais encore que le Trésor qu’il abrite est en sûreté.
En fait, ce triomphe entraîne l’orgueil et la ruine. Rien n’est plus fragile que les réussites matérielles. Le simple fait d’achever une Œuvre ouvre la voie vers sa ruine. Et, surtout, à l’inconsistance des démarches de la part des ouvriers du chantier.
Remarquons que cette circonstance n’a pas échappé aux rédacteurs du rituel qui marque bien que la réunion des Grands Elus est celle des chefs responsables ou de leurs représentants.La connaissance conduit-elle à la vertu, la connaissance est-elle forcément accordée à la morale ?
Le problème n’est pas négligeable, et seuls ceux qui tranchent avec assurance de la vertu, de la raison, et de la Vérité peuvent se laisser entraîner à des attitudes frisant l’inconséquence.
Le souci du Grand Elu est la perfection. Et, cette perfection doit s’élever d’un cœur rempli d’amour pour la vertu, dont toutes traces d’iniquité, de vengeance ou d’injustice ont été effacées.
Mais comment savoir où se trouve ce critère ? A quoi reconnaît-on les hommes vertueux ? Qui définit ce que doit être l’individu parfait ?
Il y a une réponse, dont la forme sibylline est plus riche de sens qu’elle ne paraît.
Je suis celui qui suis, Je suis ce que je suis, je suis, nous signifie notre Grand Maître des Cérémonies lors de notre élévation.
Encore faut-il comprendre que l’on n’est ce que l’on est, que par ce qui vous a fait. Et cela implique un parcours dont seuls les effets sont sensibles. Mais également, cela signifie que l’on est capable de trouver en soi la véritable identité de celui l’Être que l’on est.
L’endroit sacré, celui auquel on parvient par un retour au centre, dans notre moi.
Le royaume, où se conjuguent et s’équilibrent les forces et les sentiments, l’intelligence et la beauté, le triomphe et la gloire. Chacun soucieux de l’avenir s’interroge sur les conditions qui pourront permettre de préserver l’ordre de la société. Et, la réponse à apporter est simple : la vertu.
Le désir de perfection.
Mais, sur quel plan ? Professionnel, moral, fraternel, maçonnique ? Tous, à la fois sans doute, et sans véritable certitude d’y parvenir.
L’expression « Virtus junxit, mors non séparabit » peut s’appliquer à cette situation, en voici la traduction : « la vertu unit ce que la mort ne peut séparer ». Je préfère la traduire par « Ce que la vertu unit, la mort ne le séparera pas ». Cela permet de lui apporter une signification morale de toute première importance.
Il est en effet de l’engagement du franc-maçon de montrer l’exemple de l’homme moral.
La Vérité de l’homme, c’est précisément qu’il ne peut vivre en communauté que par la volonté d’accorder ses passions, ses désirs et ses forces aux services de la communauté.
La Vertu, n’est pas de la complaisance, ni de la soumission, c’est la force d’être. La force d’être soi, et la force d’être soi avec les autres, au service des autres. Mais, attention pas en serviteur contraint, en participant digne et respecté.
La grande idée qui est au cœur du projet maçonnique semble là se découvrir : le maçon comme tout autre individu reçoit de la communauté et de la tradition les facteurs de sa libération intellectuelle et morale.
En contre partie, il doit s’interroger sur ce qu’il doit à la communauté, et sa dignité lui commande de consentir librement ce que l’on attend de lui.
La clé, le mot, le secret, quels sont-ils en définitive ?Le candidat qui a successivement reçu les enseignements depuis la Maîtrise est-il déterminé sur sa voie ?
Est-ce la voie simple et directe du devoir civique ? Est-ce celle plus religieuse de la parole, et de la science de Dieu, de la connaissance de son nom, et donc de sa volonté ? Ou bien est-ce la connaissance de l’Etre, de l’univers, est-ce la science parfaite ?
Les trois propositions sont effectivement lisibles dans les figurations présentées dans Les loges de perfection.
Le secret est-il enfin autre chose, qui n’a pas été dit, ou qui ne peut être dit ?
Que savons-nous, que pouvons-nous retenir de la démarche effectuée depuis notre entrée dans l’Ordre ?
Il nous faut apprendre à nous connaître, à utiliser les moyens mis à notre disposition pour entreprendre l’œuvre commune.
Il ne faut pas compter sur une certitude, détenue soit par un homme, soit dans un Temple. Il n’y a finalement qu’en soi que l’on trouve la force de poursuivre la tâche, avec le sentiment de la ruine de tout ce qui n’est pas bâti sur la vertu intime, sur la force intérieure qui nous élève dans ce monde incertain.
Le devoir, tel qu’il est connu de chacun ; la mesure, telle qu’elle s’impose à quiconque à moins d’être irresponsable, prend en charge sa part du fardeau ; la vision élevée des choses, nécessaire à une appréciation raisonnable des rapports entre les êtres.
C’est là notre vocation. C’est là notre besoin d’Être.
Tout ce qui contribue à la vie matérielle de la communauté, tout ce qui travaille à l’édification d’une demeure pour l’homme, d’une demeure dans l’homme. Tout ce qui l’assure, dans la communauté et en soi est à parfaire incessamment. Voilà la leçon semble-t-il ?Mais est-ce suffisant ? C’est-à-dire, avons-nous la réponse à l’interrogation fondamentale ? Que suis-je sur cette terre, et pourquoi y suis-je ?
La vision mythique, définie rationnellement par la fiction du chantier peut-elle apporter un apaisement à nos inquiétudes ?
Rappelons-nous que le delta lumineux, aveuglant, de notre initiation nous était toujours apparu trop éblouissant pour être déchiffré.
Voici, maintenant que par un « recommencement » de notre parcourt maçonnique, nous pouvons enfin apercevoir ce symbole avec son contenu, son message.
Voici qu’apparaît le mot, le « mot sacré », « la parole perdue », « le savoir du Maître », en un mot : « La Vérité ». Mais sitôt découverte, cette vérité s’avère indéchiffrable !
La vérité est comme le soleil. Elle fait tout voir et ne se laisse pas regarder. Nous disait Victor Hugo.
Alors… Cherchons… Cherchons toujours !
Ouvrons un dictionnaire au mot VÉRITÉ, et nous trouverons la définition suivante : « Qualité de ce qui est conforme à la réalité ; conformité de l’idée avec son sujet », ou encore : « Qualité par laquelle les choses apparaissent telles qu’elles sont ».
Or, sauf dans les cas où nous pouvons nous limiter à des questions ultra simples, qu’est-ce qui est VRAI. Et de même, à moins que nous ne nous contentions d’un examen très sommaire et, superficiel des choses, comment savoir si ces choses nous apparaissent telles qu’elles sont.
Pour faire apparaître un peu plus de lumière sur la notion de vérité, faisons donc appel à la sagesse maçonnique et ouvrons le dictionnaire philosophique de notre Frère Voltaire.
Au mot Vérité, nous lisons : « Humainement parlant, définissons la vérité, en attendant mieux : ce qui est énoncé comme IL EST. On n’a jamais tant aimé la vérité que ces temps-ci : il ne reste plus qu’à la trouver ».
Ce n’est ni un trait d’esprit ni une boutade, car c’est bien ainsi qu’après avoir été fait Franc-maçon, chaque Frère se retrouve seul pour parcourir, avec dignité et sincérité, la route initiatique pour orienter sa quête de la vérité.Le langage vulgaire confond bien souvent les deux termes réalité et vérité. En fait, il convient de les distinguer soigneusement.
Un objet, une montre, ou une chaise, seront qualifiés de réel.
Cette montre est réelle, autrement dit elle existe, mais cela n’aurait aucun sens de dire que cette montre est vraie, ou fausse.
La vérité est une valeur qui concerne un jugement. La vérité ou la fausseté qualifient la valeur de mon assertion et non l’objet. La vérité n’est pas garantie par la seule réalité. La vérité et la fausseté ne qualifient que les jugements que nous portons sur la réalité.
Mais, que vaut mon assertion, mon jugement ?
Le pragmatisme soutient que le seul critère de la vérité est le succès, ce qui est avantageux de n’importe quelle manière. Autrement dit, si cette religion est consolante, elle est vraie ; une théorie philosophique est vraie si elle calme mes inquiétudes.
Pour le pragmatiste, cette échelle des valeurs est la vérité de l’homme.
Mais, attention…dans cette perspective, il peut y avoir plusieurs vérités contradictoires car différents individus peuvent trouver leur utilité dans des systèmes opposés.
Que la science énonce des vérités définitives semble aller de soi : les manuels scolaires, les revues éclairées où nous les apprenons font apparaître les découvertes scientifiques comme des trésors légués par les savants à la postérité et que personne ne songerait à remettre en cause.Pourtant, les vérités scientifiques ne sont pas des acquis invariables au sens absolu de l’expression.
L’entendement a ses limites.
De ce fait, il faut admettre que la raison ne peut pas tout connaître. Voilà une première vérité qui n’est pas d’ordre scientifique.
D’autre part, la science, si tant est qu’elle demeure objective, doit reconnaître ses propres limites. Voilà une deuxième vérité.
Enfin, la réalité humaine ne peut en aucun cas se réduire à ce que la raison scientifique est capable de connaître. Voilà une troisième vérité.
L’école maçonnique, instrument initiatique précieux, libère l’homme de l’ignorance et des faux savoirs, par la mise en place d’une technique d’investigation méthodique et rigoureuse, obligeant le Franc-maçon à remettre en cause sa propre conception de ce qui est rationnel, sans jamais atteindre de vérité fixe.
C’est à partir de cette quête de la vérité, qui se situe au-delà des apparences, que le Maçon découvrira quelles valeurs peuvent constituer le socle de la sagesse qui fera éclater le carcan de la raison et jaillir ses ressources intérieures, portant en elles les prémices de cette vérité tant recherchée.
Pour atteindre la vérité, il faut une fois dans la vie se défaire de toutes les opinions qu’on a reçues, et reconstruire de nouveau tout le système de ses connaissances. [René Descartes]
Le soleil effectue toujours la même course, 1+1=2.Ces faits paraissent indiscutables et pourtant n’a-t-on pas remis en cause l’idée d’une rotation autour de la terre ?
1+1 n’est-il pas égal à 10 pour les informaticiens ?
On ne sait pas au juste pourquoi la vie, à un moment donné de l’évolution à « inventé » la mort.
Toutes les hypothèses avancées peuvent être discutées. Comment l’homme est-il parvenu à poser une égalité comme 1+1=2 ?
Philosophes et psychologues n’ont, jusqu’à ce jour, apporté aucune réponse définitive.
Chacun voit le monde selon sa sensibilité, sa propre histoire, ce qui laisserait à penser, comme le soutient Protagoras que « l’homme est la mesure de toutes choses ».
Cela signifie que chacun mesure le réel selon ce qu’il est, ce qu’il perçoit est toujours sa vérité, autrement dit : « …à chacun sa vérité… ».
Alors, peut-on légitimement parler de vérité personnelle ?
Dès lors qu’on parle de vérité personnelle, on se contredit. Ou bien la vérité a une dimension universelle, ou bien elle n’est qu’une simple opinion.
Elle ne peut pas être les deux à la fois. Un savant, un philosophe, aussi objectifs puissent-ils être, n’en défendent pas moins des idées qui leur appartiennent en propre.
Le monde qu’a conçu Newton n’est pas le même que celui qu’Einstein nous a fait découvrir.
Au-delà de cette diversité de conceptions, de points de vue, ils utilisent les armes de la raison pour défendre leurs idées.C’est ainsi qu’une vérité, à partir du moment où elle repose sur une argumentation logique, n’est déjà plus simplement personnelle.
Elle s’élève à un certain degré d’universalité puisque tout le monde peut la saisir en raison et en critiquer les fondements.
Est-ce toujours une vérité ?
Il semble donc que dès qu’on désire ne serait-ce que définir la vérité, nous nous en éloignons d’office.
Faut-il être sceptique, douter et renoncer à chercher la vérité ?
Effectivement, si l’homme et le Franc-maçon en particulier, puisque il a choisi le chemin de la connaissance, a foi dans son entreprise, le doute ne signifie pas l’indifférence.
Le doute est le point de départ de toute quête rationnelle de la vérité. Le doute est, avec l’étonnement, à l’origine des progrès de la connaissance.
La foi, la foi maçonnique, pour nous, ne peut pas être remise en cause.
La quête de la vérité n’a de sens que par l’espoir de toujours mieux juger. Le doute est l’école de la vérité. Doit-on dire qu’il n’y a pas de vérité ?
Si rien n’était vrai, il serait faux que rien n’est vrai !
D’ailleurs, s’il n’y avait pas de vérité, il n’y aurait pas non plus de différence entre nos connaissances, nos opinions, nos illusions, entre le faux et le vraisemblable.
Quelles vérités !
Le concept de vérité renvoie à celui d’universalité. Sera absolument vrai un fait, un calcul, une démonstration que nul esprit ne songe à remettre en cause.
Il existe des vérités logiques, scientifiques, mais aussi des vérités psychologiques, des vérités du cœur. Même si la notion de vérité s’applique à des réalités extrêmement différentes, il n’en demeure pas moins que là où il y a contradiction on n’est plus en droit de parler de vérité.
Nous devons constater que la vérité d’aujourd’hui ne sera pas celle de demain. La vérité, en quelque domaine que ce soit, n’est jamais une réalité figée.
Comme un symbole aux diverses facettes, nous appréhendons la vérité en fonction de l’évolution de nos connaissances.
Comme la connaissance et la raison ne peuvent atteindre pleinement le fond des choses, nous ne connaissons véritablement qu’une vérité partielle qui n’est donc pas la vérité !
Pour autant que les limites de la connaissance soient constamment reculées, si l’esprit était capable d’atteindre la connaissance absolue et donc d’atteindre la Vérité Absolue, ne serions nous pas tentés de dire d’avoir atteint le divin ?
Il n’y aurait alors, plus aucune recherche, plus aucun but, plus aucune activité le justifiant et n’y aurait donc plus de raison d’être !
Faisons-nous toujours la distinction entre connaître et penser ?
N’oublions pas que nous avons des devoirs envers la vérité, dès lors que celle-ci concerne directement nos relations avec les autres, et tout d’abord, respecter la vérité c’est respecter autrui.
Lorsque un Franc-maçon dit la vérité à un Frère, à un ami, c’est lui prouver toute la confiance qu’il a en lui. Faire preuve de probité et de rigueur intellectuelle, vouloir la vérité et rien que la vérité, tant dans sa vie maçonnique que dans sa vie profane, c’est, pour le Franc-maçon, contribuer au progrès de l’humanité et à la pérennité de notre Ordre.
Avec le triomphe d’une vérité incontestée nous mettons fin aux disputes et aux guerres et nous conduirons l’homme au bonheur.Malheureusement, ce n’est pas si simple. Si la vérité nous était donnée, il n’y aurait plus de philosophie, ni de science, ni de religion.
Cela ne veut pas dire que toutes les vérités soient relatives, ni que l’on puisse affirmer n’importe quelle vérité.
Si la vérité est plurielle, il faut accepter et tolérer celle des autres, sous peine de tomber dans l’erreur et le fanatisme.
La vérité ne saurait être contraire au bien de l’homme. Peut-être est-ce là le meilleur critère pour déterminer ce qui est vrai.
Il est clair que tout ce que nous savons du vrai, c’est que nous savons qu’il est impossible à saisir tel qu’il est exactement.
La vérité est une nécessité absolue.
Elle se présente à notre intelligence comme une possibilité.
C’est par ma quête de Vérité, que je suis venu en Maçonnerie avec l’Amour de l’humanité et en cherchant cette réalité.
J’ai dit T F P G M