14°
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La tolérance : manifestation de l’équilibre et
Non communiqué
La tolérance : manifestation de l’équilibre et de l’harmonie
Trois fois grand puissant Maitre et vous tous mes frères grands élus, parfaits et sublimes maçons.Me permettez-vous de débuter cette planche par une citation de Victor Hugo qui illustre à merveille le sujet qui nous concerne et que nous devrions garder à l’esprit tout au long de notre cheminement maçonnique:
« Le plus lourd fardeau est d’exister sans vivre« .
Exister sans vivre…
Cette phrase donne tout son sens au mot manifestation provenant du latin manifestus etmanus : « que l’on peut saisir par la main ». En effet, la tolérance n’est pas une vertu offerte le jour de notre initiation, comme une grâce quelconque qui ferait de nous le maçon idéal… La tolérance est bienle fruit de tout untravail initiatique et progressif. Le maçon doit « vivre et se prendre par la main » pour espérer devenir un véritable initié.
Comme le sujet de la planche l’indique : il nous faut trouver l’équilibre puis découvrir l’harmonie avant d’être capable de tolérance.Naturellement il conviendra de nous poser la question de savoir de quelle toléranceparle le franc maçon? Surtout, tenter de comprendre toute la place de la tolérance au sein de notre Rite Ecossais Ancien et Accepté ?
Que nous est-il demandé tout au long du cheminement ? Vous le devinez facilement : obtenir l’équilibre après tout un travail à réaliser sur la « connaissance de nous même ». Alors nous pouvons envisager vivre dans l’harmonie. L’harmonie étant notre comportement idéal avec les hommes et le monde qui nous entourent.Il est amusant de se souvenir que le mot harmonie vient du grec harmozein qui signifie : « ajuster ». Harmonie quand on peut s’ajuster avec les autres, comme peuvent s’ajuster les deux pièces du symbole… Deux grandes acquisitions maçonniques à pratiquer avant de prétendre à la tolérance.
Que nous indique la tradition initiatique de notre rite jusqu’au 14°degré ?
L’apprenti quitte la vie profane et débute une longue descente en lui-même afin de connaître sa vraie nature. Cela lui ouvre déjà le chemin d’un transcendant enveloppé d’obscurité, d’un infini qui est là, en lui, mais bien loin de sa conscience.
Le compagnon, qui se connait un peu mieux, poursuit le travail initiatique. Il doit se découvrir en action dans le mouvement de la vie. Il ne peut toujours pas établir de contact ni avec ce qu’il a de meilleur en lui, ni avec ce qu’il y a de meilleur chez les autres.
Le maître poursuit le travail de connaissance de soi et de connaissance du monde. Pour s’intégrer dans le mouvement de la construction collective et soulager la souffrance de ses semblables, il perçoit déjà la nécessité de combattre l’ignorance, le fanatisme et l’ambition. Malheureusement la fraternité et la compassion du maître se heurtent à ses propres limites et à celles des autres.Si le maître admire le comportement de sagesse et de pondération de certains frères, il considère encore que la vie l’empêche de pratiquer un tel niveau de vertu.
Au 4° degré, le maître secret découvre que le travail initiatique ne consiste ni à améliorer le monde, ni a y vivre plus facilement, mais à s’en dégager pour se tourner très secrètement, très intimement, vers une dimension métaphysique lui permettant de connaître les structures de l’âme. La perfection est là, dans cette marche vers le but de l’existence. C’est le devoir. Les rituels vont nous montrer le chemin du contact avec l’inconnu…
Pour le maître parfait, le mot sacré Jéhovah confirme la direction à suivre vers le monde invisible. La perfection du maître au 5° degré consiste à s’orienter ici bas, là où il est, vers l’axe divin de Jéhovah, pour répondre à ses aspirations naturelles de tendre vers une dimension surnaturelle.
Au 6° degré, le secrétaire intime doit prendre conscience de l’écart qui existe entre ses aspirations et le monde ordinaire.
Prévôt et juge. En proclamant l’absolu de Dieu, le rituel du 7° degré définit son implication dans la vie de l’initié. Pour atteindre cet absolu, il faut qu’il ouvre au centre de lui même la casette d’ébène et qu’il se réfère aux valeurs de justice et de vérité. Précisons ici que justice doit d’avantage prendre son sens originel de « réparer » que celui de son acceptation actuelle qui est : « punir ».
L’intendant des bâtiments s’efforce de comprendre l’organisation et la structure du territoire qui va du monde tangible au monde spirituel. Cette partie de pèlerinage intérieur est décisive, car elle définit par l’expérience une transformation de l’Etre. C’est à ce moment que la connaissance de soi devient connaissance d’un soi inconnu. C’est le bon moment pour prétendre répondre à la fameuse question : « Que suis-je ? » Une réponse universelle, intime et personnelle.
Au degré suivant, le 9°, le maître élu des neufs est l’Etre qui entreprend son expansion en pénétrant dans le mystère de la caverne afin que la flamme monte vers l’infini et qu’il puisse toujours se désaltérer à sa source. Le sacrifice est accompli avec rage sous l’emprise de la vengeance aveuglante. Une partie de son mental est décapitée.
C’est dans la poursuite de ce chemin de vigilance et de méditation que nous entraine le 10° degré, dit illustre élu des quinze.
Il faut être vrai en tout comme le devient le sublime chevalier élu du 11° degré. Etre vrai dans sa vie, et donc dans sa recherche, exige d’être libre de tous préjugés intellectuels, de toutes superstitions, exige aussi de s’être débarrassé de son ego et de se diriger vers l’arche d’alliance où Dieu peut se révéler.
L’humilité est une intelligence qui ne regarde pas le combat passé victorieux, mais qui appelle avec ferveur le fruit salutaire de la recherche. Maintenant que tous les outils sont réunis, que tous les plans sont expérimentés, le grand maître architecte doit achever la construction du temple et enflammer son cœur à la lumière abyssale du souffle divin.
Cette philosophie universelle des vrais initiés, chercheurs de vérité et de sagesse, enseigne à l’homme son cheminement d’initiation en initiation, c’est-à-dire de connaissance en connaissance, d’expérience en expérience jusqu’au lieu où l’homme peut recueillir l’énergie lui permettant de dépasser le doute et l’ignorance. C’est cette quête que le chevalier de royal-arche entreprend au 13° degré.
La vie du grand élu parfait et sublime maçon n’atteint pas encore la plénitude absolue. Bien qu’il sache où est la perfection, il a besoin de découvrir comment exprimer avec spontanéité, souplesse et modestie, tout l’amour qui fleurit en lui.
L’initié a vécu depuis le jour de son initiation une aventure extraordinaire. Il est passé de la caverne de l’inconscience à la conscience de soi pour trouver un premier équilibre. Puis il passe de la conscience de soi à celle de l’Etre pour appréhender avec harmonie les hommes et le monde. Deux valeurs fondamentales pour disposer d’une véritable liberté de conscience, conscience étant naturellement pris dans son sens étymologique de « connaissance ». Ainsi l’initié, grâce à une connaissance toujours plus affinée par une analyse critique positive des faits et des individus, peut porter des jugements motivés et peut se prendre en charge sans être le jouet de ses passions ou de ses illusions profanes. Nous sommes enfin face à un homme capable de tolérance !
Mais, de quelle tolérance parlons-nous ?
Concept bien difficile à définir… Il est sans doute plus facile de le découvrir en l’observant chez les frères qui en sont la manifestation vivante.
Le verbe latin tolerare signifie « supporter ». Issu de la racine indo-européenne « tel, tal, tol », il formera le nom Atlas, le géant qui supporte le monde sur ses épaules, tout comme la première vertèbre qui porte toute la boite crânienne. Peut-être peut-on déjà imaginer que tolérer suppose un effort. Effort pour arracher ce qui est en bas et le tirer vers le haut ?
Le concept de tolérance se rencontre aussi bien en philosophie, en religion, en médecine ou en technologie que dans le langage courant. Sur le plan philosophique, ce terme était relié à l’erreur religieuse et à l’immoralité – c’est de là que vient le terme « maison de tolérance ». Pour Montaigne, la tolérance est la capacité à endurer, elle représente une épreuve et une souffrance portées par celui qui tolère. Au plan théologique, la tolérance représente l’indulgence à l’égard de l’opinion d’autrui sur les points de dogme que l’église ne considère pas comme essentiels. Nous sommes ici dans le domaine de la condescendance. Pour la médecine et la pharmacie, c’est l’aptitude de l’organisme à supporter plus ou moins bien un remède. Le technicien y voit une marge d’écart dans la taille d’une pièce par exemple. Dans le langage courant, la tolérance consiste à ne pas interdire ou à ne pas exiger quelque chose alors qu’on le pourrait ou qu’on le devrait. C’est un comportement relevant de l’abstention, de la faiblesse voire de la lâcheté…
Souffrance, indulgence, condescendance, capacité à supporter, écart, abstention, lâcheté : voila des attitudes de caractère bien négatif.
De par l’essence même de notre Rite, on comprend que ces diverses acceptations ne peuvent être retenues par un initié dont la démarche est par nature positive.
Pour le franc-maçon, la tolérance est une attitude qui consiste à admettre chez autrui une manière de penser ou d’agir différente de celle qu’il adopte pour lui-même. Cette aptitude nous l’avons vu, n’est pas offerte le jour de l’initiation, elle est le fruit d’un long cheminement fait de travail et de perfectionnement.
Notre liberté de conscience et de jugement nous met à même de pouvoir accepter les positions de nos prochains sans pour autant renier nos propres convictions. Nous savons que de la discussion et de la confrontation peuvent naître la lumière, car nul ne détient la vérité. Car dans sa quête de vérité, le franc-maçon sait qu’il ne pourra jamais atteindre la Vérité absolue. Nous savonsaussi que la Vérité ne peut être perçue dans son intégralité.
C’est pour ces raisons que nous devons pratiquer la tolérance en faisant preuve d’humilité face à nos ignorances mutuelles. Etre le plus humble de tous…
Avec cette démarche initiatique, la raison nous pousse à tendre vers notre prochain, c’est-à-dire vers tous les hommes, y compris nos ennemis que la nature et la loi nous pousseraient à haïr. C’est bien ce qui nous fut demandé lors de notre initiation au 1° degré, lorsque le vénérable maître demande : « Si vous rencontriez parmi nous des ennemis, seriez vous disposé à leur tendre la main et à oublier le passé ? » Si nous répondons en toute sincérité par l’affirmative, c’est parce quetout se dissout dans l’amour, la faute la plus grave est abolie. Si nous appliquons ce précepte, nous aurons fait un grand pas vers notre propre épanouissement.
C’est dans cet esprit que nous procédons à la naissance d’un homme nouveau, c’est-à-dire à une création nouvelle. Ainsi conçue, notre ascèse est une source de libération et d’accomplissement. Notre action devient une lutte pour la paix intérieure, source de salut de l’homme en paix avec lui-même et avec les autres. Alors, oubliant ses aspirations individuelles, l’initié devient un être rayonnant de charité, qui est la dimension supérieure de l’amour. C’est la prise de conscience de l’existence de l’autre qui devient nous même.
Alors pourquoi ne pas comprendre que l’inaccessible est diffus mais présent, occasionnel mais infini, imprévu mais réel ? Cette prise de conscience bouleverse notre vie intérieure et notre intellect, notre capacité à aimer et à souffrir. Elle bouleverse nos actes et notre disponibilité, mais elle conforte toujours la nécessité d’agir en humaniste dans le monde.
Une action pour le grand élu, parfait et sublime maçon est une action de création. La seule création possible n’est elle pas un acte d’amour ?Partout où se trouve le grand élu, l’amour est là et agit à travers lui.
Avec la tolérance, manifestation de l’équilibre et de l’harmonie, nous devenons des créateurs de Justice, de Paix et d’Amour, nous sommes au centre des choses et au cœur des hommes. L’initiation peut se poursuivre…
Nous ne nous ne contentons plus d’exister, nous vivons !
Alors la vie peut devenir « bonheur » !
Trois Fois Puissant Maître, j’ai dit.