14° #411012

Le 14ème degré est-il bien le couronnement d’une préparation à la voie de l’amour et de la spiritualité ?

Auteur:

R∴ L∴

Obédience:
G O D F
Loge:
Non communiqué

Avant toute chose, je vais vous situer le 14ème degré dans le cycle de l’initiation maçonnique et essayer de trouver le chemin conduisant à la voie de l’amour et de la spiritualité.

La Franc-maçonnerie a une caractéristique particulière, qui est de s’adapter à des milieux sociaux variés grâce aux rites pratiqués dans les Loges. Elle permet une progressivité à pas comptés. Les rituels diffèrent au gré de l’approche symbolique afin de satisfaire les recherches et le niveau intellectuel de chacun.

Du premier degré au 14ème degré, les idées développées font référence à des récits fantastiques où se mêlent la légende, la réalité et les perspectives d’avenir.

En y regardant bien, cette progressivité est cohérente. Elle a comme objectif, l’élévation de la pensée, de la conscience. Elle tend à permettre la construction d’un homme nouveau et de lui permettre de se perfectionner. Nous recherchons un enrichissement de notre vie maçonnique. Je ne veux pas porter de jugement de valeur, mais simplement vous dire combien ma apportée la pratique de la vie maçonnique, en matière de compréhension de l’autre, d’ouverture d’esprit. J’ai pu mesurer et saisir la beauté, parfois la grandeur des différents degrés auquel j’ai eu accès. Chacun peut mesurer et apprécier l’expérience initiatique comme étant une aventure vécue spécifiquement personnelle, ce qui la rend incommunicable. La valeur de l’initiation reçue est liée à l’expérience vécue. Sa principale caractéristique étant d’avoir une dimension cosmologique, initiatique et métaphysique.

Le travail en Loge de Perfection du 4ème degré au 14ème degré se caractérise selon « Aristide QUILLET », par un état de ce qui est complètement achevé alors que le perfectionnement, correspond à l’action individuelle de se perfectionner.

Les thèmes et légendes développées dans ces degrés font référence à des extraits inspirés pour la plupart de l’Ancien Testament. Dans sa version actuelle, le rituel du 14ème degré explique et relate la réception des Chevaliers de Royale Arche ayant accédé à la neuvième voûte alors qu’ils étaient en captivité à Babylone. Il fût permis à trois mages de se rendre en Judée pour visiter les ruines du temple de Salomon.

Il est largement expliqué aux récipiendaires que les sephirot représentent un système cosmologique dans lequel la création est dominée par l’Ein Soph, l’infini et dont le monde est la représentation. L’infini a fasciné bien des savants et des hommes de sciences. Je n’en citerai qu’un, Giordano BRUNO, qui fut sacrifié au nom de ses convictions.

L’arbre de vie, ou l’arbre des sephirot correspond à un cheminement et plus particulièrement dans notre rituel à des portes que nous devons ouvrir. L’arbre de vie va peut-être nous permettre d’apporter une réponse au thème que nous avons abordé à savoir définir le couronnement.

En premier lieu, nous avons le monde de l’action qui caractérise la terre, en hébreu : MALKUTH. C’est la première des portes qu’il faudra ouvrir. C’est à ce moment-là que se transformeront nos pensées en événement matériel.

La seconde porte s’appelle : YESOD. Elle fait partie du monde Ethérique et caractérise le fondement.

La suivante sera : HOD, la vérité. Puis, nous prendrons le chemin de NETZAH ou la beauté.

De retour au centre, nous trouverons TIPHERETH qui caractérise le monde de la conscience. De là, nous irons à GUEBURAH : la justice, monde des puissances.

Ensuite, nous traverserons l’arbre de vie pour nous rendre à HESED : monde de la grâce et de la domination. Plus loin, le monde de l’intelligence appelée BINAH.

Ensuite, nous trouverons le monde de l’amour, la sephirah se nomme HOCHMAH. Nous terminerons par la couronne que l’on nommera :

KETHER, siège de la volonté.

De cette sephirah émane une force intensément positive. D’elle, vient la lumière qui éclaire toute chose, qui balaie toutes les obscurités pour transmuter constamment toutes les situations. Nous nous trouverons dans le monde de la pensée.

En décrivant l’arbre de vie, vous avez constaté que nous sommes passés d’une branche à l’autre en remontant du bas, monde physique en passant par le monde éthérique, puis par le monde du désir ou de la création pour aller enfin dans le monde de la pensée ou de l’émanation.

L’étude de la Kabbale nous permet de trouver une forme de transmission du savoir. Elle révèle l’œuvre cosmique et constitue à la fois un mode de connaissance et d’action. Cette très ancienne sagesse venue du fond des âges offre à celui qui cherche, la possibilité de trouver une voie afin d’agir en harmonie avec les forces cosmiques, de se mouvoir aussi dans un espace humain libéré.

En ce qui nous concerne, l’étude de la Kabbale nous permet d’avancer dans notre réflexion sur notre moi, et peut être aussi une source d’enrichissement personnel nous conduisant sur le chemin de la perfection. En ce sens on peut dire que le 14ème degré symbolise « un couronnement ».

Maintenant, essayons de préciser ce que l’on entend par « préparation à la voie de l’amour ».

Comme souvent, lorsque l’on a atteint un degré, s’installe en nous un sentiment de non finitude. En effet, il y a toujours une porte à ouvrir. Particulièrement au 14ème degré, nous découvrons qu’il peut exister une alternative à notre parcours maçonnique. D’une certaine façon, nous nous préparons à une nouvelle étape. Nos réflexions, nos études, nos travaux sont des prémisses à marcher sur le chemin de l’amour. Encore faut-il essayer de préciser ce que nous vous appelons l’amour en maçonnerie.

Nous sommes sur le chemin d’une approche philosophique et métaphysique de ce qu’est l’amour, non pas en tant que sentiment mais en ce qu’elle peut être dans ce qu’elle a de plus grand. La compassion, l’acceptation de l’autre dans ce qu’il est, l’humilité, la miséricorde et la sagesse.

Nous avons appris la tolérance, l’acceptation de la différence. Nous sommes allés au fond de nous-mêmes, parfois nous avons trouvé la noirceur d’un passé.

Nous avons aussi appris à remettre l’ouvrage sur l’établi afin d’ôter les aspérités à notre pierre.

Ce chemin que l’on trouve dans l’arbre de vie est dans le monde de la pensée. Ce n’est pas une coïncidence. C’est aussi l’amour de la vertu reconnue sous toute ses formes, y compris de disposer de soi-même. Elle se caractérise par l’épanouissement du cœur dans la paix intérieure et la sérénité. La vertu est synonyme de force d’âme. Par la teneur de nos travaux, par l’application du rituel, je ressens un sentiment de sérénité, d’acceptation de la différence. De découvrir autrement un autre moi et par là même un autre toi.

Évoquer « l’amour » sans faire allusion à l’altruisme qui qualifie une attitude morale concrète qui, au-delà de toute crainte et même de toute norme, privilégie autrui serait un oubli.

L’altruisme manifeste un débordement de l’amour-propre naturel, soucieux de se préserver du désir érotique qui porte éperdument vers autrui, mais un autrui à posséder. Une sorte de roi entoure le terme d’altruisme. On est dans le domaine de l’exceptionnalité : l’individu, par l’autre pour l’autre est élevé au-dessus de lui-même. La Bible entière fait de l’amour du prochain, égal à et même critère de l’amour de Dieu, une exigence.

De même, dans la philosophie ancienne, stoïcienne épicurienne ainsi que chez Montaigne, par exemple. La célébration de l’amitié que l’on trouve exprimée remarquablement par la rareté et le bienfait inattendu de la générosité, qui met l’autre au-dessus de soi. Elle se traduit par l’effet de la relation généreuse, une façon d’exprimer une vie nouvelle.

Montesquieu a donné une formule sublime : « si je savais quelque chose qui me fut utile, et qui fut préjudiciable à ma famille, je la regretterais de mon esprit. Si je savais quelque chose utile à ma famille et qui ne fut pas utile à la patrie, je chercherai à l’oublier. Si je savais quelque chose d’utile à ma patrie, et qui fut préjudiciable à l’Europe ou bien qui fut utile à la même Europe et préjudiciable au genre humain, je la regarderai comme un crime ».

Pourtant, à travers l’immense littérature produite, il faut bien constater que l’altruisme paraît ne relever que de la morale ou de la psychologie et contient un manque évident d’entrée dans le discours philosophique. La pratique de l’altruisme est souvent source de conflit entre les hommes et d’incompréhension. Afin de ne pas entrer dans la polémique, il me semble que faire la lumière par la parole, permet à chacun de conserver son intimité et de lui permettre de rester à l’énigme qu’il demeure.

« Le mystère d’autrui n’est pas autre chose que le mystère du moi ».

Qu’en est-il de la charité ?

Dans son usage courant, elle ne recouvre pas toutes les significations du concept. Le terme provient du latin Caritas qui désigne un amour d’affection, de tendresse, de bienveillance dans les relations sociales et s’oppose à « Amor », amour passion.

Dans l’Antiquité, les stoïciens ont affirmé l’égalité des hommes, tous citoyens du monde, pour autant qu’ils partagent la même raison. Ils ont fortement insisté sur la valeur sociale d’une Caritas, qui finalement est en réalité une philanthropie. « Un amour des hommes au nom de leur parenté avec nous » (Marc Aurèle, les pensées).

Le Sage stoïcien ne peut pas, face à la douleur d’autrui, demeurer impassible, tel une statue. Il faut se garder de toute émotion, car la compassion, précise Cicéron, peut être une source de désordre si elle n’est pas régulée par la raison qui purifie toute passion. La charité stoïcienne est par définition une charité passive. Cet amour n’est pas un Dieu mais peut-être la raison universelle.

Sans doute, mon propos ne serait pas complet, si je n’évoquais pas la concupiscence. Du latin concupiscere, désirer ardemment, d’où est tiré le nom romain du Dieu de l’amour (Cupidon). La concupiscence désigne le penchant à jouir des choses de la vie, voire l’attachement au plaisir sensuel. Dans le langage philosophique et théologique, l’amour de concupiscence tend à la satisfaction des désirs éprouvés par le sujet qui aime (c’est un amour égocentrique, intéressé). Par opposition, l’amour de complaisance qui trouve son plaisir dans le bonheur que ressent l’être aimé. La concupiscence à comme tendance fondamentale, comme désir naturel, comme puissance de conservation de soi, de persévérance dans l’être. Toutes ces notions inspirent la psychologie morale des penseurs du XVIIIème siècle, en particulier, Thomas d’Aquin. Elles prennent leur source dans les textes platoniciens, aristotéliciens, stoïciens, néoplatoniciens.

En ce sens le 14ème degré est une préparation à la voie de l’amour.

Le 14ème degré nous conduit-il sur le chemin de la « Spiritualité » ?

La tradition dans le Rite Ecossais Ancien et Accepté nous donne les outils pour accéder à la conscience humaine qui semble la plus accomplie en nous permettant de nous découvrir, de mieux appréhender notre être intérieur.

S’agit-il pour nous, de répondre aux questions : d’où venons-nous, qu’avons-nous à réaliser sur la terre, quelle serait notre entreprise, où devons-nous aller ?

Aujourd’hui, suis-je capable d’entrapercevoir l’univers caché que le chemin parcouru jusqu’alors m’a permis de découvrir ?

Être dans l’harmonie, n’est pas chose aisée. La réalité relative de notre conscience qui donne vie à notre moi, qui donne un sens à la compréhension des buts à atteindre. Elle doit s’affirmer dans notre vie matérielle, aussi bien que dans notre vie spirituelle.

Dans certaines obédiences, il est fait référence au grand architecte de l’univers. Les travaux en loge sont ouverts sous ses auspices. Pour ma part, il est essentiel de laisser libre choix de croire ou de ne pas croire.

La spiritualité, ne se borne pas au religieux mais peut avoir un autre sens.

Ce dernier, peut aller sur la voie de la sagesse universelle. Celle qui peut perfectionner l’homme et améliorer la société. Cette sagesse ainsi définie englobe une conscience unique cumulant tous les savoirs, dépassant l’idée. Elle ne doit pas nous faire rejeter la raison.

Le 14ème degré ouvre réellement des voies nouvelles. Il faudra découvrir des lumières complémentaires pour entreprendre une construction nouvelle de l’humain que je suis.

Nos paroles spirituelles et nos actes souvent ne coïncident pas, nous aurions bien voulu suivre scrupuleusement ce que nous pressentons, nos projets initiatiques mais nos idées, nos émotions, ne sont pas encore toutes maîtrisées.

Apprendre à renoncer à soi pour remplir sa vie de lumière nécessite de nouveaux efforts.

Notre monde est bâti sur la dualité, la haine et la suspicion. Toute idée de sagesse qui dérange les conceptions du monde dans lequel nous vivons sont pour nous des sources de réflexion et sûrement de bonification. La perfection, c’est le passage d’une conscience limitée et personnelle à une conscience universelle qui respecte l’homme et le sens du soi.

A l’évidence, ma proposition fait grand cas d’une ascèse qui ne place pas la religion au premier plan. Rien n’empêche le Franc-maçon de croire ou de ne pas croire, mais il doit faire preuve de tolérance et s’attacher à comprendre les préoccupations de celui, ou de celle qui est en face de lui, afin de préserver l’espace de liberté qu’il revendique.

Je conclurai simplement en faisant référence aux créationnistes par opposition aux évolutionnistes. Il y a peut-être du vrai dans les deux camps !

Vous devez être abonné pour accéder à ce contenu


S'abonner

Retour à l'accueil