Le symbolisme des mages
J∴ C∴
Tremblante d’émotion à la pensée que la 9ème Voûte à failli être mon tombeau, le Trois Fois Puissant Grand Maître m’énonce le précepte « on n’est pas initié, on s’initie soi-même », et qu’il m’appartient de réfléchir sur les épreuves que je viens de subir, d’en chercher la signification symbolique ce que je vous propose à partir de la légende mettant en scène trois voyageurs : trois mages.
La démarche entreprise par les trois mages, telle qu’elle est rapportée par le mythe du 13ème grade, est une exploration du dessous des choses, une exploration de mon intériorité jusque dans mon centre le plus intime. C’est un nouveau voyage qui conduit chacune, selon sa sensibilité, à s’interroger sur le sens de sa vie. Il est pour moi une continuité logique de progression entre mes premiers pas dans le cabinet de réflexion et l’accession à la voûte sacré.
Toute progression suppose une régression apparente. Les trois mages, venus de Babylone, après avoir traversé le désert et confronté à tout ce que cela peut représenter, passent d’un cheminement horizontal à un cheminement vertical. On retrouve bien l’axe de l’œuvre qui demande de passer inlassablement de la perpendiculaire au niveau quelque soit les étapes franchies.
Ce pèlerinage extérieur se transforme en pèlerinage intérieur par la découverte du puits secret et par la volonté toujours sans faille des mages de rassembler ce qui est épars pour aller au bout du meilleur d’eux même, c’est à dire de nous même.
C’est en explorant les ruines du Temple qu’ils découvrent l’orifice du puits qui donnera accès à la voûte sacré. Le puits est le symbole de la connaissance, vaste et profonde par nature, mais il est aussi le symbole du sens, or le sens est caché, la vérité est au fond du puits, son exploration représente la voie initiatique que nous devons emprunter et qui nous fera progresser d’un état d’obscurité à celui de la réalisation spirituelle.
Parce qu’un objet digne d’attention attira leur regard, le plus expérimenté des mages entreprend de descendre et d’explorer. Il découvre et constate avec émotion qu’il s’agit là, du bijou d’Hiram portant le tétragramme sacré.
Rapportant sa grande découverte, ils entreprirent ensemble, au péril du danger de l’inconnu de descendre. Les trois mages éclairés de leurs torches (parcelle du feu sacré) unissent leur force en nouant leurs ceintures, en fixant l’extrémité de la cordée entre les vestiges des colonnes Jakin et Boaz, colonnes qui délimitent le champ des connaissances humaines mais que l’on peut interpréter aussi par la « stabilité s’établit dans la force ». C’est grâce à la préservation de cette stabilité, que les mages vont pouvoirs s’aventurer au fond du puits tout en restant relié à la réalité du monde.
Cette entreprise n’est rendue possible que par l’union des mages qui témoigne d’une fidélité, d’une solidarité et d’une confiance mutuelle, guidés par le mage le plus instruit, présenté comme l’initié parfait et qui faisant preuve des vertus et qualités authentique d’un maçon parachèvera l’initiation de ces compagnons.
La verticalité du puits met en évidence la liaison qui peut exister entre ce qui est en haut et ce qui est en bas. Nous la retrouvons dans la progression des sephiroth qui apparaissent comme une aide précieuse pour que la liaison entre le monde de la matérialité et celui de la connaissance s’opère. Les sephiroth sont les clés des portes, véritables symboles de passage.
Ce cheminement souterrain des mages qui passent successivement les 10 portes de Malkut le royaume à Kether la couronne, figure la progression jusqu’à l’essentiel de l’Etre, c’est la vérité intérieure en réponse à notre introspection.
Les sephiroth, littéralement « émanations » correspondent à une succession de forces, d’énergies qui s’équilibrent. Elles sont les champs de conscience, les forces en action dans la réalité que nous percevons. La Kabbale pose comme hypothèse que la grandeur de l’homme est d’avoir la capacité de sentir ces énergies et de les maîtriser.
Chaque voûte donc, est la découverte d’une connaissance supplémentaire, qui ouvre une porte de notre entendement.
Tout comme les mages, après avoir visité l’intérieur de la terre par paliers, en rectifiant ce qui devait être rectifié, dans la lumière resplendissante de la 9ème voûte j’ai découvert une pierre cubique surmontée d’un triangle d’agate où s’inscrit la Conception Suprême : Je suis au centre de l’idée.
Les faces du cube montrent des outils, des nombres, des figures géométriques qui récapitulent les apprentissages jalonnant mon parcours initiatique pour arriver à la révélation du Nom ineffable.
Ce Nom qui s’épelle « Y H V H » est le tétragramme sacré qui introduit le « Je suis » de l’existence, ces quatre lettres sont fondatrice de nous-même, c’est la révélation de la connaissance de soi, une dimension essentielle de la personne car elle nous donne notre identité parmi tout ce qui est manifesté. Je ne peux me connaître moi-même que par moi-même. Mon « Moi » est alors l’outil permettant la réalisation concrète de mon être qui me permet de dire : Je suis ce que je suis.
Les mages sont arrivés aux limites, dans cet espace-temps où fleurit la conscience humaine, conscience qui élargit la perception de l’univers, qui éveille à l’existence d’un « Principe Créateur », Principe Créateur qui évoque pour moi la transcendance comme le dépassement par rapport à soi, comme développement de sa propre puissance d’agir, en d’autres termes : la liberté.
La parole est retrouvée, elle était cachée dans l’endroit le plus secret, le cœur de l’initiée. Sa découverte est à la fois le réconfort d’une recherche accomplie, et l’intuition de nouveaux champs ouverts et inconnus.
Dans cette 9ème voûte, l’horizontal et la verticale se croisent, au centre de l’idée, agissant l’une sur l’autre, le pôle terrestre ne fait plus qu’un avec le pôle céleste, il n’y a plus d’axe, il est résorbé en ce point unique qui symbolise le commencement compréhensible de l’existence, la pensée créatrice. C’est la conjonction de l’idée et de l’acte parce que sans action l’idée est stérile, mais un acte sans idée n’aura pas de direction.
Dans ce centre de l’idée à l’abri des influences profanes, j’ai reçu tout comme les deux mages, le dernier enseignement qui fait de moi une initiée complète et la plus grande découverte est que c’est en moi, qu’est le lieu même du secret, le foyer de la Connaissance qui donne un sens à ma vie, lieu où se conjuguent et s’équilibrent les forces et les sentiments, l’intelligence et la beauté, le triomphe et la gloire.
Le centre de l’idée a rassemblé le proche et le lointain, le haut et le bas, il est le siège de l’idéal Kether, sommet de l’émanation, qui constitue une frontière coiffée par l’En Soph l’infini, l’inaccessible. C’est la frontière que l’humain ne doit pas franchir. C’est ici qu’intervient la notion de transgression. Malgré les mises en garde, les mages en ouvrant le seuil de l’illimité nous donne une première approche d’En Soph en nous ramenant à la situation qui est la nôtre, nous sommes des êtres finis et éphémères ce qui rend impossible, aux mortels que nous sommes, d’approcher En soph. La deuxième approche est que si les mages n’avaient pas tenté de passer outre l’interdit ils auraient stagné et les limites de leur Connaissance se seraient arrêtées à la 9ème voûte sans pouvoir entrevoir cette autre dimension ouvrant sur l’Infini.
Certes, un vent de désastre a soufflé la lumière, cependant, c’est par les revers que nous rencontrons sur notre chemin que nous pouvons mesurer nos limites, chaque pas est un apprentissage, même un faux pas. Assurément je franchis la porte, je franchis les limites établies, mais avec la conscience que cette transgression ne peut s’effectuer qu’à partir de l’instant où j’ai la maîtrise de mon propre Être, la liberté intérieure qui conditionne l’esprit critique et le sens des responsabilité. Ici, le précepte « on n’est pas initié, on s’initie soi-même » prend toute sa valeur, le seul échec serait le renoncement.
La transgression peut être considérée comme « recevable » quand il s’agit d’accroître son champ d’investigations et qu’elle ait mû par une volonté pure et désintéressée, mais en aucun cas il ne peut être question d’une transgression contre l’esprit qui nous amènerait à se détourner du chemin initiatique tels les trois mauvais compagnons.
Les mages ont été confrontés à de terribles dangers après avoir franchi le seuil inaccessible à leur entendement humain, mais plus que jamais solidaire face à l’adversité, dans cette chaîne d’union fraternelle, ils ont su sortir des voûtes profondes de la matrice. Ils remontent métamorphosés au cœur de la nuit sous la voûte étoilée, lueur d’espérance. Les mages sont désormais les pèlerins de la Lumière. Incarnant les valeurs de loyauté, de courage et de persévérance, ils repartent, ressourcé intérieurement, vers Babylone pour accomplir leur devoir de transmission, à l’image d’Enoch, l’initié initiant.
Dans ce 13ème degré, le voyage des mages est à comprendre comme le développement de soi afin d’aller au centre de notre intériorité là où s’opère la transmutation de nôtre Être, nous mettant par là même face aux limites et à la fragilité de notre condition humaine. Ce voyage vous en conviendrez, est incompatible avec l’impatience. Il implique une recherche volontaire, progressive et constante, il réclame à celle qui s’est mise sur le chemin une discipline personnelle d’élimination progressive des métaux qui encombrent le mental l’empêchant d’être consciente de sa dimension spirituelle.
Les mages ont fait le sacrifice d’une vie pleine de préjugés qui entravent la liberté de pensée pour cheminer vers toujours plus de lumière, pour se projeter au delà d’eux même car la connaissance de soi est indissociable de la connaissance de autres. Elle permet un enrichissement réciproque et la construction d’un savoir dans une ouverture humaine et universelle. Les mages sont prêt à s’engager dans l’action qui les attend au 14ème degré : partager leur savoir, transmettre comme un sacerdoce ce qu’ils ont appris et compris pour éveiller ceux qui sont toujours sur le chemin. Chemin qu’ont emprunté les mages.
J’ai dit.