14° #411012

L’initiation est un perpetuel voyage dans les méandres de son propre être

Auteur:

B∴ C∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

La loge de perfection, au travers d’un ensemble symbolique très dense, prépare ceux qui le souhaitent, à l’accès aux ateliers du chapitre.

Elle travaille du 4ème au 14ème grade dont certains sont conférés par l’initiation, d’autres par simple transmission : ces derniers  sont ceux du 5ème au 12ème degré.

Les temps forts de l’initiation en loge de perfection restent donc les initiations aux 4ème , 13ème et 14ème degrés.

Les 11 degrés pratiqués en loge de perfection peuvent être répartis en 3 classes :

La classe des Maîtres, du 4ème au 8ème degré,
La classe des Elus, du 9ème au 11ème degré,
Et enfin la classe que je qualifierai de la Consécration, marquant en quelque sorte, une nouvelle étape et non une fin du processus initiatique : c’est celle du 12ème au 14ème degré.

Je commenterai les 2 derniers degrés que sont ceux de Chevalier de Royal Arch et Grand Elu Grand Ecossais de la Voute Sacrée Parfait et Sublime Maçon.

Devant la très grande richesse de ces 2 grades, le fil conducteur de mon propos repose sur la phrase suivante :

Je me souviens de mes 1er pas de profane dans le Cabinet de réflexion, cachot noir dans lequel se trouvaient divers objets, des dessins symboliques et des inscriptions dont une, curieuse, qui retient immanquablement l’attention du nouveau postulant : « VITRIOL » « Visita Interiora Terrae Rectificandoque Invenies Occultum Lapidem », c’est-à-dire : « Visite l’intérieur de la terre et en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée ».

Quelle est la signification de ce mot (un acrostiche) ? Est-ce une indication, une mise en garde ou une référence à l’acide sulfurique pouvant dissoudre les choses ?

Sans le savoir, avec ces lettres initiales, j’avais l’indication de la méthode maçonnique qui me conduirait de l’Apprenti au Grand Ecossais.

Pendant tout mon cheminement maçonnique, j’ai dû utiliser des outils pour comprendre les secrets auxquels j’avais accès et me les approprier ; en loge de perfection, il me faut désormais pour avancer, faire appel au raisonnement analogique afin de saisir le sens des choses :

Pour le grade de Chevalier de Royal Arch, d’abord :

Bien longtemps après la destruction du Temple de Salomon, 3 mages de Babylone sont venus en pèlerinage et ont exploré les ruines du sanctuaire ; ils y ont trouvé une trappe donnant accès à un puits très profond , sont remontés à la surface, ont dissimulé les traces de leur passage et sont repartis vers Babylone, plongés dans leur méditation sur ce qu’ils ont vu. Ils ont donc effectué une descente sous la terre et sont revenus transmués : qu’ont-ils découvert ?

Pour le grade de Grand Ecossais, Grand Elu de la Voute Sacrée, Parfait et Sublime Maçon, ensuite :

Pendant que les Chevaliers de Royal Arch étaient en captivité à Babylone, il leur fut permis de se rendre en Judée pour visiter les ruines du Temple de Jérusalem. Ils pensaient trouver quelques-unes des vérités oubliées permettant aux hommes d’atteindre la plénitude à laquelle ils aspirent, car le Temple est à la fois le symbole de l’Univers et de l’Homme à la recherche de la perfection.

Ce grade est la continuité du précédent, et invite le Grand Ecossais à avancer aussi loin que possible dans la voie de l’initiation.

Que faut-il retenir de ces 2 thèmes ?

Le temple en ruine, le puits, la suite de marches (3,5,7,9), les voutes (8 obscures, une 9ème plus éclairée : le Saint des Saints), les portes de bronze (10 puis une 11ème), les séphiroth ; le mythe de quelque chose qui a été perdu mais qu’il faut retrouver pour donner du sens à la quête…

Les 13ème et 14ème degrés sont conférés par initiation ; mais de quel ordre est cette initiation ?

Le mot « Initiation » tire son origine du latin « initiatio » qui renvoie lui-même à la racine « initium », c’est-à-dire le début, le commencement. Ce mot latin est à rapprocher du mot grec « telete » qui exprime une idée d’achèvement, de fin.

Donc les Romains désignaient par son début un mécanisme que les Grecs considéraient comme un aboutissement ; il faut en conclure que le mot « initiation » est d’une telle richesse qu’il peut entrainer une différence d’interprétation majeure au point de vue lexical .Dans la loge de perfection, l’initiation peut se définir comme un long processus volontaire de lente transformation individuelle par une profonde introspection de son être ; ce thème de la descente en soi revient de façon récurrente  dans les 2 degrés.

Cette descente s’effectue par le puits, symbole de connaissance. Mais de quelle connaissance s’agit-il ?

Une connaissance rationnelle et pragmatique ou une connaissance permettant de comprendre le monde et ses manifestations ?

Un Tr Ill Fr écrivait dans la revue « Perspective Ecossaise » que l’on pouvait décomposer le mot « Connaissance » d’une part, en « co-naissance », c’est-à-dire naître avec, et d’autre part, phonétiquement en « connait sens », s’agissant à la fois de la perception et de la direction, ce qui permet de s’orienter consciemment.

Le rituel de ces 2 degrés invite à découvrir seul cette connaissance qui donnera sens à notre vie. De par sa profondeur, le puits révèle son secret dans l’obscurité et se dévoile progressivement ; il est la transposition de l’être parti en voyage à la recherche de son intériorité.

Dans le dictionnaire des symboles, il est précisé que le voyage exprime un désir profond de changement intérieur et un besoin d’expériences nouvelles.

Pour y accéder et en sortir, il faut emprunter le chemin de la verticalité, représentation symbolique d’ascension et de progrès ; cette verticalité met en évidence la liaison qui peut exister entre ce qui est haut et ce qui est bas.

Au travers de cet axe du monde, la liaison entre le plan matériel et le plan spirituel s’opère : peut-on y voir un passage de l’état de conscience à l’état d’inconscience ?

Cette verticalité se retrouve également dans l’arbre de vie (l’arbre des sephiroth) dont le tronc est triple : 2 axes verticaux extérieurs, colonne de rigueur et de miséricorde, relié par un axe central qui représente l’homme.

La Kabbale apparait à ces grades comme une aide pour l’homme dans sa quête de la genèse du monde  et de sa place dans l’univers qu’il lui faudra approfondir pour comprendre l’indicible, l’ineffable, ce qui dépasse l’entendement humain, la conception humaine. Comment franchir la 11ème porte qui va relier le fini à l’infini, l’Ein Sof ? Le Maitre qui souhaite progresser au-delà de ses connaissances doit, à un moment donné, prendre l’initiative de dépasser les limites établies, mais il ne peut effectuer cette transgression qu’à partir du moment ou il maitrise son propre être.

Sous la surface de la Terre, le Chevalier Royal Arch va effectuer un voyage à la recherche et à la découverte de son centre spirituel.

Ce voyage est orienté vers la source de la lumière rayonnante qui brûle dans la 9ème voûte, le Saint des Saints. Mais ce centre de la terre représente  également la conscience de soi : qui suis-je en fait ? Un amalgame de chair et d’os ?

Le passage de porte en porte marque la progression jusqu’à l’essentiel de l’Etre, notion à rapprocher du Moi profond, vérité intérieure  répondant à notre introspection.

Nous touchons là à l’Ego et aux conséquences que cela engendre dans les interactions entre l’Homme en tant qu’individualité et les hommes  en tant que collectivité.

Le Maître est transformé quand il sort du puits ; il a beaucoup appris sur la connaissance de soi, sur la nécessité de perdre l’ego quand il pose problème s’il n’est pas maitrisé.

Je retiens cette phrase du rituel qui résume bien, à mon sens, la méthode maçonnique de progression : « On n’est pas initié, on s’initie soi-même ».

C’est à la fois un travail individuel et collectif :

Individuel car l’engagement dans la voie initiatique résulte d’une démarche personnelle nécessitant de la volonté pour faire face aux épreuves.

Mais elle n’est réalisable que s’il y a transmission dans la Loge, c’est-à-dire du collectif qui relie chaque maillon à la chaine.

J’ai dit, T F P G M

Bibliographie :

Christian GUIGUE : « Le Maître Secret » (Editions Guigue),
Albert PIKE : « Morales et Dogmes : 4 au 18ème grade » (Editions Guigue), Perspective Ecossaise,
Jean CHEVALIER- Alain GHEEBRANT : « Dictionnaire des Symboles » (Editions Robert Laffont).

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