14°
#411012
Pourquoi la Bible est-elle ouverte au 1° livre des Rois en Loge de Perfection ?
G∴ D∴
A la Gloire du Grand
Architecte de l’Univers
RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE
Ordo ab Chao
Au Nom et sous le Auspices du Suprême Conseil de France
Liberté-Egalité-Fraternité
TFPM et vous tous mes FMS
RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE
Ordo ab Chao
Au Nom et sous le Auspices du Suprême Conseil de France
Liberté-Egalité-Fraternité
TFPM et vous tous mes FMS
Lors d’une récente conversation avec un Frère Compagnon, nous avons disserté sur la transmission orale.
Il nous est apparu que face à un sujet de planche deux attitudes étaient possibles :
– celle qui est communément utilisée ; c’est-à-dire, plongée dans nos bibliothèques pour tracer un texte, souvent érudit, le plus complet possible sur le sujet dans le temps imparti, puis lecture du texte ainsi composé.
– celle qui est plus rarement suivie de s’interdire la plongée dans les livres maçonniques et abord du sujet selon son cœur et son maigre savoir.
C’est le challenge que je vais essayer de tenir ce midi.
Pour compléter ce propos , nous avions émis l’idée que chaque plancheur pourrait avoir devant lui , un simple plan de son travail ; notre mémoire étant parfois incertaine , qui l’aiderait dans son exposé tout en laissant à l’esprit l’initiative d’une composition renouvelée , se rapprochant de l’oralité pure.
On peut identifier ce choix à une prétention d’orateur, maisproche de notre tradition, force est de constater que la feuille presque blanche n’est pas très rassurante, mais quel risque y a-t-il à tenter l’expérience ?
Le bafouillage, quelques trous de mémoire, un peu de confusion dans le propos, bref, quelques petites claques à l’égo !
Dans cette enceinte, ce n’est pas grave puisque la fraternité nous accueille comme nous sommes, au point où nous en sommes dans notre progression et avec nos lacunes…
Je n’y suis pas parvenu cette fois, mais je ne désespère pas d’y parvenir un jour !
Autre préambule , je dois avouer que j’ai toujours eu des difficultés à aborder l’histoire de la franc-maçonnerie ; les ouvrages consultés font souvent assaut de science historique , ils sont aussi parfois divergents d’un auteur à l’autre ou remis en cause par des découvertes plus récentes.
Bref, je ne me suis pas encore senti à l‘aise dans cet exercice, jusqu’au jour où, prenant mon courage à deux mains, j’ai entrepris de lire intégralement le Regius, poème de 600 vers, écrit en1390.
Je fus récompensé de mes efforts et de ma témérité en constatant l’actualité étonnante de ce texte, au point d‘en rédiger une planche exposée dans notre Atelier.
Si l’on se pose parfois la question de l’actualité de la maçonnerie , une lecture de ces textes fondateurs apporte rapidement des réponses claires , malgré la langue employée et un saut dans le temps de plus de 6 siècles.
J’ai donc pris le parti de lire le premier livre des Rois de la même façon que le Regius et de tenter de répondre à la question posée, sans autre référence.
En loge bleue, nous sommes progressivement devenus plus ou moins possesseurs des outils de la construction du Temple et de notre Temple.
En Loge de perfection, nous avons enfin quelques indications sur l’architecture du Temple de Salomon ; précisions techniques abondantes sur le plan, les matériaux, les dimensions et les constructeurs.
Détail amusant, selon Flavius Joseph, les architectes avaient prévu de garnir les toits de pointes de métal acéré pour faire fuir les pigeons qui risquaient de salir le bâtiment de leurs déjections, technique très usitée à Paris de nos jours…
Je me sens à ce moment comme un nouvel ouvrier qui arrive sur le chantier avec sa besace remplie d’outils face à un terplin aplani, au milieu d’une foule de mes semblables s’agitants dans un grand désordre.
J’interroge donc mes voisins qui sont tailleurs de pierre, charpentier, terrassier ou fondeur et qui tous attendent que s’organise cette vaste entreprise.
Comme je suis étranger, j’en profite pour me faire expliquer les mœurs du pays ? Qui règne en ce moment ? La finalité du rassemblement de tant de métiers aussi divers ?
Ces informations sont fragmentaires mais cernent bien un projet gigantesque d’édification d’un Temple magnifique à la gloire d’un Dieu que je connais peu, mais aussi à celle d’un roi dont je connais la réputation.
C’est aussi pour moi, la perspective d’un long contrat de travail quasiment à vie, sauf accident, qui devrait assurer la prospérité de ma famille et de mes camarades de chantier.
Quelques fâcheux bruits courent cependant sur des rivalités meurtrières qui ont déjà perturbé le déroulement de la construction, ainsi que sur la versatilité des promoteurs qui perdent parfois le but ultime au profit de quelques états d’âme ou d’intérêts personnels.
Nous entrons ainsi avec le premier livre des rois sur une terre de contrastes :
Celles du règnedu roi Salomon où tout semble initialement positif puis devient bien plus discutable , allant jusqu’à miner le royaume.
Présenté comme une sorte de « roi soleil » choisi par Dieu pour protéger l’alliance dans un lieu, lui aussi choisi par Dieu, Salomon avait aussi comme mission l’unité de son peuple.
Tâche difficile de faire une sorte de synthèse entre une « mosaïque » de peuplades et de traditions véhiculées par les textes anciens, les traditions de la ville même de Jérusalem.
L’actualité contemporaine nous prouve assez l’impossible résolution du processus d’unification en ce lieu.
Nous vivons dans ce Temple où nous nous réunissons, les mêmes écueils dans ce projet, malgré notre engagement sincère, nos efforts et nos serments solennels.
Nous croyons pourtant parler la même langue, ce qui est un avantage que n’avait pas Salomon face aux tribus rassemblées sous son autorité ; mais défions nous de la charge des mots et de leur compréhension qui n’est pas acquise dans un simple vocabulaire commun, ni dans la portée de leurs sens.
Le premier livre des rois ouvert devant nous me semble être le récit d’un constat d’échec exposé à nos yeux comme signe d’avertissement muet sur les errements possibles de notre projet maçonnique.
Le propos s’il peut sembler provocateur ou pessimiste ne l’est pas, je vous l’assure.
Le Temple dont on connaît le désastreux destin montre assez la fragilité des constructions humaines quand elles perdent leurs références à des énergies bien plus puissantes et permanentes.
Notre T F P M, assis sur le trône du Roi Salomon est à la fois le symbole d’un très juste monarque, gouvernant avec une sagesse légendaire et dirigeant de main de maître un gigantesque projet
qui fit l’admiration des témoins de son temps.
Comme le pavé mosaïque, il est aussi le symbole des déviances humaines qui nous guettent quand le pouvoir nous est donné et que nous pouvons nous laisser aller à en user plutôt qu’à le servir.
Il y a dans notre assemblée, assez de passés vénérables maîtres ou encore en fonction pour bien sentir que maintenir l’harmonie entre homme élu et fonction reste un projet à reconstruire pour chaque tenue et dont l’heureuse issue n’est pas acquise malgré des années d’expérience, du travail, du respect et de l’énergie.
Hiram devra mourir pour renaître ensuite ; comme le Temple doit être construit, détruit et reconstruit.
Mais Hiram gardait sa liberté de révéler les secrets et vivre, ou de se taire et mourir.
Ainsi, Salomon reste responsable de ses décisions politiques, son autonomie reste totale dans le respect des exigences de l’alliance ; qu’il soit sage et juste et le peuple sera apaisé, qu’il soit absolutiste et le peuple se révoltera.
Notre T F P M nous rappelle par sa fonction qu’un Salomon individuel dirige notreroyaume microcosmique ; nous retrouverons tous en notre mémoire les instants où nous avons été justes et sages, ces occasions ont une réminiscence de quiétude ; mais aussi les instants où nous avons été tyranniques qui appellent à nos lèvres l’amertume du breuvage de l’initiation.
J’ai abordé la lecture du texte comme une nième lecture sans surprises.
J’avais bien tort, car le livre de la sagesse ne se laisse découvrir que par bribes au moment seulement où nous devenons capables d’en percevoir le message.
Je suis certain de n’avoir pas pu, il y a quelques mois, aborder ce texte comme je le fais ce midi.
Non pas que ce texte me soit inconnu, mais il me fallait vivre mon parcours maçonnique encore plus longuement, avec des émerveillements, des révoltes, des rancoeurs, de l’amour, avant qu’un peu de lucidité me soit accessible.
Tenir un temps le premier maillet est une partie de ce chemin de vie que je devais parcourir avant de revenir dans l’ombre et souffrir parfois, en communion avec mon V M,
qui dirige notre royaume ,les vicissitudes de cette fonction.
N’étant ni très patient, ni très humble, je m’insurge souvent de mon manque de lucidité et de la lenteur de mon apprentissage.
Combien j’aimerai être une sorte d’Archimède qui comprend soudain, dans le confort matinal de sa baignoire !
N’ayant pas ce destin légendaire, je dois construire, déconstruire et reconstruire, en me défiant de perdre pied avec moi-même et avec la tradition.
J’ai détesté le terme « ateliers supérieurs », non à cause du vocable, mais parce que certains témoignages que j’en avais me laissaient à penser que des confusions existaient entre supérieur et prétention.
Une expérience de quelques années en Atelier de Perfection me rassure un peu sur cette confusion, bien qu’une vigilance reste de mise puisque le roi Salomon lui-même ne fût pas assez attentif !
N’ayant nulle envie de passer sous la guillotine pour tyrannie vis-à-vis de mon petit monde intérieur, je regarderais désormais cette Bible ouverte au premier livre des rois comme un constant rappel aux exigences de nos rituels et à la grande tradition de notre rite.
Un dernier constat : plus mes décors maçonniques changent et s’enrichissent , plus je ressens un dépouillement intérieur qui remet en question mon honnêteté intellectuelle quand je travaille une planche ; bien sûr , ma mémoire est nourrie par des lectures diverses , maçonniques ou non , par des rencontres initiatiques ou profanes , mais le projet secret de « briller »un peu plus que je le peux , avec mes seules ressources , ne m’amuse plus et même , « clignote » comme un signal d’alarme si la tentation surgit à nouveau.
Je dois cette réforme d’un de mes défauts à la fréquentation de cet Atelier et à la présence de la Bible ouverte au premier livre des Rois.
Cette citation pour conclure :
« Attention, la réussite n’est jamais définitive. Il faut savoir que lorsque l’on a gravi tout en haut de la montagne, on aura parfois l’obligation de redescendre afin d’atteindre d’autres cimes ».
J’ai dit