14° #411012

Que vous suggère l’Epreuve de la 11éme porte dans la Légende des Trois Mage ?

Auteur:

S∴ R∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué


Pour une meilleure compréhension de mon propos je vous invite à vous remémorer cette légende.



J’en retiens :



Que la sagesse est un idéal qui règle l’action et non, un état que nous pourrons réaliser. L’action est ici dans la marche qui porte les trois mages, de porte en porte.



Qu’il faut connaître ce qui dépend de nous et s’exercer à ne pas désirer ce que nous ne pouvons pas maîtriser. L’absolu paraît hors de notre portée.


Que pour autant… cela ne doit pas nous dissuader de chercher au-delà de la matière l’essence des choses « Le plus grand péché de monde moderne, c’est le refus de l’invisible » (Julien Green). Ce qui vient d’être dit à l’instant est en contradiction avec ce qui précède, j’en suis conscient, mais il faut vivre avec de telles contradictions.



Que pour cette recherche la légende, qui emprunte ici à la tradition hébraïque, nous propose de méditer les différents noms donnés à Dieu.



Qu’il faudra lutter contre soi-même pour acquiescer à l’ordre du monde qui ne se découvre pas seulement dans les apparences.



Et enfin que la pesanteur de nos vies nécessitait une fois encore de passer par une transgression pour nous permettre de ré amorcer la recherche. Nous étions en effet parvenus à un point où – trop présomptueux ou inconscients des difficultés – nous aurions pu penser que nous étions parvenus au terme de notre chemin.



Peut être faut il dire maintenant comment je suis parvenu à ces conclusions.



Tout ceci m’a été inspiré par

:


Les Mots Sacrés et l’Arbre des Séphirots


Rencontrés dans la légende et qui se présentent comme autant d’exercices spirituels permettant de se livrer à un travail sur soi même, d’ordre intellectuel et moral embrassant tout le psychisme de l’individu. L’expression recouvre donc la pensée, l’imagination, la sensibilité et la volonté.



Les 10 mots sacrés prononcés pour passer les 10 portes sont autant de supports pour la méditation, quoiqu’ils ne nous soient pas familiers. Nous sommes bien plus hélléno-romains que judéo-chrétiens.



Jusqu’à présent et tout occupés à la construction du Temple intérieur nos spéculations portaient essentiellement sur les hommes que nous sommes, envisagés individuellement et dans les rapports que nous entretenons les uns avec les autres (c’est particulièrement évident au 2ème degré et dans les grades dits de vengeance).



La Kabbale avec l’Arbre des Sefirots met à notre disposition un diagramme, nouvel outil qui suggère des questions et des réponses aux questions essentielles concernant le rôle de l’homme, son devenir et aussi l’origine de l’univers.



On rencontre une figure identique ou très largement comparable dans les Upanishad avec l’ashvatta, arbre impérissable dont les racines sont en haut et les branches en bas, dont il est dit que les hymnes du Veda sont les feuilles, celui qui les connaît « celui là connaît le Veda », ses bourgeons sont les objets des sens et ses racines qui se ramifient sont liées aux actes dans le monde des hommes.



L’arbre des Sefirots invite l’homme, comme le faisaient les philosophies antiques à prendre conscience qu’il fait partie du cosmos : « souviens toi que, bien que tu sois mortel et que tu n’aies qu’une vie limitée, pourtant tu t’es élevé par la contemplation de la nature, jusqu’à l’infinité de l’espace et du temps et que tu as vu tout le passé et le futur (Marc Aurèle).



Les mots sacrés successivement prononcés pour ouvrir les 10 portes constituent la trame de l’arbre fait d’un tronc, de branches et de fruits. Ils tracent un chemin, ils esquissent une progression.



Cet arbre présente une structure plus complexe que celle – binaire – du pavé mosaïque qui nous est plus familier.



Plus complexe aussi que celle du labyrinthe, autre figure rencontrée à l’occasion de nos travaux (consultez les programmes des Loges Bleues, le sujet revient tous les ans)



Ce parallèle entre l’arbre et le labyrinthe me paraît fécond.



Dans le labyrinthe les chemins entrelacés sont longs et difficiles ; ils ne peuvent être parcourus sans revenir souvent en arrière ; ils figurent le long chemin de l’initiation. Pour en sortir Thésée a recouru au fil d’Ariane qui figure l’intercession de l’amour.



Icare tenta d’en sortir autrement, seul, de façon plus radicale, purement technique, entièrement intellectuelle, et, en se rapprochant trop du soleil il se brûla les ailes et s’abîma dans la mer.



Cette légende nous présente une mise en garde vigoureuse contre l’orgueil et le mépris des limites imposés à l’être humain ; il faut savoir tenir sa place, ne pas commettre le péché de démesure, ou, comme dans notre légende : ne pas ouvrir la porte dissimulée aux yeux de qui ne devait pas la voir, ne pas se laisser emporter par une trop grande curiosité, un trop grand empressement et un relâchement de l’attention que les mages « novices » devaient porter à ce qu’ils venaient de vivre.



L’Arbre présente les 10 mots sacrés, schématisées par des cercles reliés par des sentiers. Soient : 10 Sefirots et 22 sentiers qui les relient, où 22  est le nombre des points qui entourent chacune des figures inscrites sur chacune des portes, 22 : nombre symbolisant la manifestation de l’Etre dans sa diversité et dans son histoire, c’est-à-dire dans l’espace et dans le temps.



La numérotation des éléments de l’Arbre n’est pas arbitraire. Elle correspond à une succession de forces qui s’équilibrent jusqu’à la 10ème et ultime séphirah. Et à chaque numéro correspond un mot, des attributs et une porte.



Sans même connaître les attributs des Séphirots, il est déjà possible de les relier entre elles, en suivant l’ordre des chiffres qui leur sont associées. On reconnaît ici la pédagogie du symbolisme. Ce diagramme m’était jusqu’alors inconnu, ce qu’il présente est encore confus mais déjà il est possible de travailler, un peu, avec.



Cette opération de liaison fait apparaître une figure connue sous le nom d’éclair fulgurant qui symbolise l’étincelle divine engendrant l’univers.



Eclair ou glaive qui n’est pas sans rappeler ce qui est écrit au verset 24, chapitre 3 de la Genèse « (l’Eternel) bannit l’homme et il posta devant le jardin d’Eden les chérubins et la flamme du glaive fulgurant pour garder le chemin de l’arbre de vie » Chassés du jardin Adam et Eve venaient tout juste de commettre la 1ère transgression



Glaive fulgurant qui n’est pas sans rappeler non plus l’épée flamboyante du V.M. qui permet de garder l’Orient, qui est au-delà de la 11ème porte.



Car vient enfin par delà la Couronne (KETHER), le dernier mot : EIN SOPH, mot qui ne devait ne pas être prononcé, porte où figurait le vase brisé, porte où ne figurait pas le cercle à 22 points, porte dont l’ouverture a provoqué la tempête et l’extinction des lampes magiques.



Il ne vous a pas échappé que les 3 mages ont parcouru le chemin inverse de cet éclair, qu’ils ont remonté l’arbre, allant du monde manifesté vers le principe (le Royaume), de la terre vers le ciel où se trouvent les racines et que c’est par mégarde, inattention, maladresse, que deux d’entre eux, les plus novices, ont prononcé le mot « Infini », devant cette 11ème porte.



Comme je l’ai dit avant, la tradition hébraïque n’a pas l’exclusivité du symbolisme des arbres inversés. En INDE, l’Asvattha (ou arbre Pippal, ficus religiosa) est l’arbre du savoir, il abrite l’âme de l’être humain et présente peu ou prou un symbolisme assez voisin.



L’arbre inversé aux racines implantées dans le ciel, au feuillage qui s’épanouit vers la terre, permet à la divinité de descendre dans le monde humain. Ses branches sont la manifestation de ce qui s’épanouit, ce qui s’ouvre, et ses racines sont le principe de cette manifestation vitale.


Revenons maintenant à nos mages novices : j’ai dit qu’ils s’étaient rendus auteurs d’une transgression par maladresse en prononçant le mot EIN SOPH, qu’il ne fallait pas prononcer. Eh bien non, car, tout bien considéré, parvenu à ce stade la légende me paraît enseigner qu’aucune erreur n’était permise, que toute maladresse est nécessairement fautive, ou « intentionnelle par inattention ». La transgression était volontaire. Point de vue que je vais maintenant illustrer au pied de cette 11ème porte.



La 11ème Porte


Tout comme les autres est un lieu de passage entre deux états, entre ce que l’on croit connaître et… l’inconnaissable : EIN = Néant Absolu – EIN SOPH Tout Absolu.



Ouvertes par des mots les portes que les mages ont franchies étaient sans gardiens ; sans gardiens dans la mesure où… le symbolisme des gardiens relève plutôt de la première initiation (Janus, gardien des portes solsticiales, rencontré déjà au 1er degré, et qui met sur la voie de la transcendance : porte des hommes, porte des dieux).



Alors que parvenus dans les degrés de perfectionnement chacun d’entre nous est le gardien et ce qu’il garde, à la différence de ce qui est dit dans la parabole de la Loi où l’unique porte destinée à Joseph K était flanquée d’un gardien (tirée du roman de F. Kafka : le Procès).



La parabole de la Loi a suscité bien des interprétations et j’ai retenu celle-ci:



L’homme de la campagne (synonyme en hébreu de celui qui ne connaît pas la Loi et les Ecritures) s’est laissé intimider : ce n’est pas la force qu’il prêtait au gardien qui l’a empêché d’entrer, mais la peur, le manque de confiance en soi, peut être aussi la fausse obéissance à une autorité dont il n’avait pas évalué la légitimité (absence d’esprit critique… vous n’accepterez aucune idée que vous ne compreniez et ne jugiez vraie !). Bref : ce n’était pas un cherchant, ce n’était pas un initié.



Ayant abandonné l’hypothèse de la maladresse pour expliquer ce qui conduisit les mages novices à prononcer le mot « infini » je serais tenté de dire, de manière iconoclaste, qu’ils ont bien fait de tenter par tous moyens d’ouvrir la 11ème Porte, car il ne faut assigner aucune limite à la recherche de l’Absolu.



C’est ici qu’il peut être intéressant de comparer notre légende des 3 mages, le récit de F Kafka et un Midrash qui conte comment, Moïse, un Grand Initié, ne s’est pas laissé décourager par le gardien du seuil. Grâce à une action hardie il s’est ouvert le chemin vers la Loi.



Ce court récit nous enseigne t’il que cette transgression n’est réservée qu’aux grands initiés ? Transgression qui n’est pas sans risques puisque la tradition rapporte qu’après avoir entendu Dieu Moïse devint bègue…



Ou que : pour nous, « initiés ordinaires » la frénésie de puissance et de connaissance risque d’entraîner la destruction ? N’est pas Moïse qui veut !



Comme l’écrit Balzac dans la Recherche de l’Absolu: « L’idée de l’Absolu avait passé partout comme un incendie ». Certes le personnage que l’auteur met en scène, Balthazar Claes, découvrira le principe unique de la nature en s’écriant, peu avant de mourir: « EUREKA j’ai trouvé », mais à quel prix !



La destruction ou la déstructuration par la folie guette celui qui recherche par trop l’absolu ou qui le recherche de manière désordonnée. La folie qui menace est sous-jacente au symbolisme des arbres inversés puisque si l’on y prend garde nous nous trouvons face à un monde retourné où il n’y a plus de repères, plus de jalons, plus d’échelle de valeurs.



La 11ème porte évoque donc l’Absolu, d’accès « toujours déjà » possible et pourtant interdit. Il faut vivre avec (ou dans) ce paradoxe, ou cette contradiction.



Deux indices témoignaient de cette interdiction : la 11ème porte était non seulement dissimulée mais aucun mot ne permettait de l’ouvrir, dans les règles.



Car EIN SOPH n’est pas un mot, puisqu’un mot est un acte créatif, qui délimite.



On ne crée pas par mégarde, semble dire la légende, on ne créé pas « par hasard » On ne crée qu’en conscience. EIN SOPH, l’infini, c’est le principe qui repose et qui peut produire la manifestation. Du moins est ce l’impression que j’en retire. A ce principe nous n’avons pas accès. Il n’y a pas de mot pour le dire et tout ce qui en tient lieu est dérisoirement insuffisant pour le signifier.



Pour conclure, très provisoirement



Et pour conclure, si tant est que l’on puisse conclure, tout mon propos inclinant à penser le contraire, j’emprunterai à Edgar MORIN, auteur sans doute familier du symbolisme des Sefirots, le mot de la fin (ou presque) : « L’homme – a-t-il écrit – porte le mystère de la vie qui porte le mystère du monde ».



Nous ne viendrons assurément à bout d’aucun de ces mystères. Raison de plus pour redoubler d’efforts et chercher, sans freins !



TFPGM, j’ai dit.



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