14° #411012

Un Ordre de Vengeance

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À l’entrée de la récipiendaire, surprise non loin de la salle du Conseil et « ramenée », mains liées, comme une coupable probable dont on « ignore les desseins », un cri collectif, primal, retentit : « Vengeance ! »

Vengeance, violence, vociférations vindicatives. Ce sont de bien brutales allitérations qui font passer la M maçonne de sa L Bleue aux Chapitres du Rite français. Les mots de crime, vengeance, punition et leurs dérivés sont prononcés plus de trente fois lors de la cérémonie de réception au 1er Ordre. Et, lorsqu’on la libère de ses liens, ayant ainsi reconnu son innocence, c’est pour la faire passer immédiatement dans le clan des vengeurs, celui du Conseil des Élues qui a pour mission énoncée de « venger le crime ».

« Nekam, nekat ». « Vengeance, vengé ». Est-ce donc là le choix binaire et primitif qui articule la symbolique du 1er Ordre en l’enfermant dans un cycle clos de répétition, éternel « lieu de la stérilité » ?

Aussi, ce rituel, qui ne manque pas, à chaque fois, de questionner notre conscience d’êtres « civilisés », a fortiori notre conscience de FF MM, suscite-t-il un rejet spontané dont témoignent, souvent avec force, les impressions de réception des nouvelles élues. À la force de la réactivité, répond la rapidité de la rationalisation, visant à justifier intellectuellement, voire moralement, le rejet : comment admettre un message qui serait porteur de valeurs incompatibles avec notre modernité, avec notre éthique, voire avec notre féminité ? Il nous était déjà peu naturel de manier le glaive mais que penser de l’omniprésence du poignard ? Comment ne pas rejeter la sacralisation de la punition, l’exhortation à la dette de sang, le recours à la délation ? Comment adhérer à ce qui semble fouler aux pieds les fondamentaux de la maçonnerie et plus encore ceux de la Maîtrise ?

Faudrait-il d’emblée récuser ou modifier un rituel si dérangeant ? Faudrait-il, comme le proposent certains, qu’il n’énonce la vengeance que lavée par l’écho immédiat de la justice ? Certains Grands Chapitres ont tranché en ce sens. Ce sont là, aussi, des propositions que l’on entend, avec une âpreté variable, chez de nouvelles Élues.

À ces Élues, nous pourrions répondre que seul un rituel porteur de rupture, de déstabilisation, s’inscrit dans les fondamentaux de la démarche maçonnique. Pourquoi faudrait-il que nos rituels accusent la dérive d’une pédagogie laborieuse en faisant l’économie de cet entre-deux, celui de l’élaboration de la pensée et de la conscience ? Si la méthode maçonnique nous commande d’aller « visiter l’intérieur de la terre pour y trouver la pierre cachée », n’est-ce pas qu’il nous faut « travailler les résistances » comme dirait le psychanalyste ? Affronter les démons de la caverne ou ceux du miroir ? Bref, savoir qu’en matière de connaissance de soi et de rectification, il n’est jamais inutile d’explorer le terrain le plus sensible ? Nous ne souscrivons pas, quant à nous, à une lecture – a fortiori à une réécriture – unilatérale qui s’affirmerait moderne, d’un texte écrit au xviiie siècle, sans qu’il ait été interrogé à divers cribles : celui de la mise en perspective historique des notions que le rituel du 1er ordre met en mouvement, celui du nécessaire questionnement quant à l’articulation entre la vengeance et la justice, entre la violence réelle et la violence imaginaire.

Toutes les sociétés humaines connaissent la vengeance, acte à but strictement punitif qui s’inscrit dans une psychologie primaire où l’on fait souffrir celui par qui on a souffert et où seul l’offensé a qualité à punir l’offenseur. La vengeance, qui se veut mécanisme de simple réciprocité, destinée en quelque sorte à purger le crime, devient en fait, le plus souvent, un cycle infernal qui s’emballe et ne connaît plus ni origine, ni dénouement. Que ce soit la vengeance individuelle de celui qui s’estime attaqué et qui peut assumer sa propre vengeance ou en charger un allié : c’est le fantôme de son père qui arme le bras d’Hamlet, c’est Salomon qui dirige celui de Joaben ; ou que ce soit la vengeance collective, celle du groupe solidairement atteint qui se venge solidairement du groupe agresseur, lequel se vengera collectivement à son tour. La vengeance, spirale de destruction a, paradoxalement, un rôle constitutif pervers. Se venger de quelqu’un c’est lui reconnaître un statut identitaire comparable au sien et affirmer par-là même sa propre identité.

La justice est un principe moral qui s’inscrit dans une organisation sociale et qui exige le respect du droit dont on peut tenter ainsi une définition : un ensemble de règles dépassant le cas particulier pour définir des qualifications générales. Le principe moderne de légalisation de la peine pose qu’on ne peut poursuivre quelqu’un que si la définition de l’infraction préexistait à celle-ci. La justice impose la nécessité de distanciation, entre l’affect et le jugement, entre le coupable et la victime, entre le juge et la partie. Il s’agit là, sans contestation possible, d’un progrès de la civilisation.

Mais comment appréhender ces notions de vengeance et de justice sans les relativiser par une mise en contexte ? En ce qui concerne les Ordres Français, il existe plusieurs temps qui se superposent : les temps bibliques, où se situe la légende d’Hiram, les représentations qu’on pouvait avoir de ces temps bibliques au xviiie siècle, époque où ont été élaborés les rituels, le temps historique ou événements réels, du xviiie siècle, enfin, le temps d’aujourd’hui qui est celui de notre propre lecture, des textes. Il y a bien eu, par exemple, au cours des temps, un glissement sémantique : « Vindicare », c’était précisément : « réclamer en justice » une compensation en châtiant l’offenseur. On peut également suivre des grandes lignes d’évolution de la notion de vengeance à travers les représentations bibliques puis historiques.

Avec Caïn, les règles du jeu ne sont pas encore clairement établies. Il est certain que « le crime ne peut rester impuni », que, « l’œil, dans la tombe » est bien « la conscience, juge inflexible » mais puni par qui ? Comment ? Où ? Rien ne permet d’en préjuger. Et combien énigmatique peut apparaître l’injonction de Dieu de protéger Caïn.

Avec la loi du talion apparaît une première forme de proportionnalité. Elle est la première tentative de loi, c’est-à-dire de dépassement de la pulsion et du cas personnel pour poser une règle générale, de la reconnaissance du statut de victime et de la nécessité juridique et psychologique pour cette dernière d’être reconnue comme telle. On sait combien cette nécessité est, à l’époque actuelle, fortement valorisée. C’est, en outre, une tentative de poser des équivalences entre le crime et la peine : un œil pour un œil, et non la mort quel que soit le crime. Avec la proportionnalité on voit poindre l’évitement nécessaire des excès et de l’arbitraire.

Rome crée l’état en laïcisant la puissance vengeresse et en lui conférant le monopole légitime de la violence. La décision de punition, la nature et l’intensité de la peine, est alors confiée à la loi, dans un acte unique, qui punit la faute et rompt la spirale, sans pour autant exiger le pardon. Il est ainsi posé que « sans un pouvoir légitime, un bras armé ne peut être que criminel ».

Quant à cette légitimité, plusieurs approches coexistent, correspondant aux diverses strates historiques qui la fondent et la façonnent. Si la légitimité est celle de la transmission de droit divin, Salomon, sans aucun doute, incarne cet archétype de pouvoir. En ce sens, lui seul peut commander une juste vengeance. Aux regards de l’époque où nos FF rédigeaient les rituels, l’ordre émanant du sceptre royal était de même nature et légitimait tout acte punitif.

Mais on voit poindre là l’interrogation éminemment moderne de la violence d’état. Nous ne pouvons ignorer que le pouvoir légitime n’est souvent qu’un rapport de force qui a réussi, par le cycle du sang. Les têtes au bout des piques ne sont-elles pas une image sortie tout droit de la Terreur, passage de violence extrême entre l’Ancien Régime et la République dont nous nous réclamons ? Le renouveau peut-il se dispenser d’une rupture (re)fondatrice dont l’histoire anglaise et plus encore française du xviiie siècle nous offrent de singulières études de cas ?

Quoi qu’il en soit, dans le rituel du 1er Ordre, ce n’est pas une exécution sommaire qu’ordonne, ou encourage, le pouvoir légal en garantissant l’impunité. Il n’envoie pas un commando punitif, mais un groupe d’Élus munis, en quelque sorte, d’un mandat d’amener. C’est une comparution devant le tribunal de Salomon, symbole aussi de la loi morale et de la justice au service de l’équité qui se prépare. « Pour leur faire subir une punition proportionnée à leur crime ».

Car le sort réservé à « l’assassin du père » le coupable du sacrilège absolu, n’est nullement identique à celui de ses acolytes. Leur fuite séparée montrait déjà qu’on n’était pas dans le même registre. Deux compagnons, ensemble, tentent de s’enfuir, et c’est seulement sur le point d’être rattrapés qu’ils se précipitent là où leur terrain s’effondre. Le chef, le plus responsable, se plonge un poignard dans le cœur après avoir reconnu le regard et la face d’un Maître. Ces autos jugements et autopunitions paraissent bien représentatifs de l’esprit dans lequel nos FF rédacteurs et metteurs en scène du rituel ont travaillé. En homme de progrès, dans leur époque, ils avaient sans doute présents à l’esprit à la fois la représentation bien connue de la sagesse de Salomon, et la nécessité de réduire la cruauté des procès de leur époque.

À cet égard, il est intéressant de comparer le rituel du 1er Ordre, tel que fixé par la Chambre des Grades du Grand Orient de France, puis repris par le Grand Chapitre Général en 1784, avec diverses versions d’Élus alors pratiquées, et qui se retrouvent dans les 9e, 10e, 11e degrés du REAA. Dans ces derniers, l’Élu outrepasse ce que Salomon lui a demandé. Il tue et décapite lui-même, le chef des assassins, avec le propre poignard de ce meurtrier, au lieu de le ramener pour le jugement, lequel, de toute façon, aurait sans doute produit la même sentence. Il participe plus tard, lors d’une autre expédition, à la capture des deux autres assassins que cette fois, il ramène devant Salomon pour qu’ils soient jugés,

Dans les comptes-rendus des travaux la Chambre des grades, la volonté d’éliminer d’emblée tous les excès sanguinaires et mélodramatiques de certains grades d’Élus est clairement affirmée : L’examen des grades de « Petit Élu », « Élu de l’Inconnu », « Élu des 9 », « Élu des 15 », fait conclure aux FF « qu’on pourrait tirer de ces trois grades un élu raisonnable qui n’aurait rien de l’odieux qu’elle a aperçu dans certains d’entre eux »[1]. Par ailleurs, l’élimination des « petits grades donnés comme intermédiaires » qui, selon la Chambre des grades « sont superflus et ne fournissent aucun chaînon qui puisse unir ces deux grades » marque explicitement que point n’est besoin de grades propédeutiques entre le Maître et l’Élu, point n’est besoin de sas pour amortir le choc refondateur.

La priorité est donnée, non pas à la recherche spirituelle, prioritairement individuelle, mais à la reprise de la construction ; elle-même ne pouvant résulter que d’une entreprise collective de refondation. Contrairement à ce qui est proposé au REAA, Joaben n’est ni l’ami du roi ni un individu ; il est, au sens littéral, le bras armé, sans visage et sans corps, que l’on voit sur certains tabliers d’Élus, un archétype de la classe des Maîtres. Nous sommes toutes Joaben.

L’évitement des excès et le non-passage à l’acte qui, si l’on y prête attention, maille le rituel du 1er Ordre en contrepoint de la violence supposée, illustre parfaitement cette option. Si nous parvenons à prendre une certaine distance par rapport au rituel, c’est-à-dire à faire une nécessaire « mise au point », au sens quasi optique du terme, alors nous pouvons appréhender la globalité d’un récit qui, loin des excès figuratifs sanguinaires que nous avions cru y déceler, nous propose, en fait, un processus de socialisation.

Le rite français sait échapper à la tentation de transsubstantiation, c’est-à-dire de l’irruption de la croyance selon laquelle le signe (ou le mot) est la chose elle-même. Il récuse, par exemple, le processus opératoire qui vise à introduire la sacralisation du Temple et en arrive à interdire aux officiants de franchir l’espace séparant le plateau du Vénérable d’un autel des serments, parce qu’il représenterait l’axe de l’énergie supérieure reliant le delta à la loge dont il fortifierait le travail. Ou encore, au 3e grade, le collectif des MM décide-t-il volontairement, pragmatiquement pourrait-on dire, d’un mot substitué et ne confond-t-il pas cela avec ce qui ne « doit ni se dire ni s’écrire » mais n’est nullement perdu. Quant à la « relève » du nouveau Maître, elle est d’une tout autre nature que la « réapparition » et n’entraîne pas vers la dérive transsubtantationnelle de renaissance ou de résurrection qui a pour effet d’interrompre le processus symbolique. Au premier ordre, tout s’accomplit sans que les maîtres aient à verser le sang des coupables. « Le passage à l’acte, c’est le manque inhérent au symbolique et au désir. Il est dans le comblement, il écrase le fantasme en l’accomplissant. Le passage à l’acte c’est ne pas supporter l’entre-deux du fantasme et de la pensée. Le passage à l’acte c’est un acte de guerre contre l’infini ! » (Daniel Sibony).

La maîtrise nous a enseigné la substitution du mot. Le 1er Ordre s’articule autour de la substitution de l’acte et par là même, s’ancre dans le registre de la symbolisation.

À la violence des imprécations (mais cette violence nous avait-elle donc échappé chez les héros – et les héroïnes – des tragédies grecques, shakespeariennes ou cornéliennes ? Nous avait-elle donc échappé dans les menaces lancées aux potentielles parjures que nous étions à chacun de nos serments ?) répond la sobriété mesurée des ordres : « n’utilisez la force que s’ils attentent à votre vie » et l’interrogation sur la justice des hommes qui n’est pas la loi divine : « Quelle vengeance est permise aux maçons ? La juste punition des assassins ».

« Saisi de frayeur, il s’est fait justice lui-même ». Thème extrêmement décliné dans les mythes religieux ou littéraires que celui de la justice immanente qui témoigne de l’intériorisation de la règle et de la prise en charge de sa part de culpabilité. L’exemple qui vient spontanément à l’esprit est celui de la statue du Commandeur se dressant devant Don Juan, que rappelle étrangement le fantôme d’Hiram, convoqué à la réception du futur maître « Je vous conjure, ô mânes de notre R M de paraître à nos yeux pour nous dire si ce Comp n’a point trempé dans le sang innocent[2] ».

C’est ainsi par une étrange illusion d’optique ou un étrange affadissement, que le rituel du 3e grade, celui du meurtre d’Hiram, est perçu comme moins violent que le rituel du 1er ordre où aucun acte criminel n’est perpétré, pas même au nom de la légitime défense comme les Élus y étaient pourtant autorisés. Ainsi, comme le dit la TS, le Rituel du Grade d’Élu, où « tout annonce la vengeance », « l’Ordre est bien loin d’inspirer un pareil sentiment. » Il s’avère être une œuvre de mesure et de régulation entre les représentations de traditions bibliques et les mœurs de l’époque, qu’il dépasse dans ses visées humanistes.

Il n’est bien sûr pas innocent que Joaben se saisisse de l’arme du traître, s’appropriant ainsi l’idée de punition sans avoir trempé dans le crime, devenant simultanément coupable et vengeur. Car nul n’est totalement blanc comme nul n’est totalement noir. Le diptyque « Nekam/Nekah » prend dès lors un tout autre éclairage : celui de l’ambivalence, celui, aux multiples facettes, des doubles qui se répondent : Joaben, Abi Baal, l’inconnu, le sacrificateur, le sacrifié sont les persona d’un même et unique personnage. Il apparaît que l’Élu Franc-Maçon, gardien de son mauvais frère, tue en lui sa propre part de noirceur. Il s’agit finalement de mettre en valeur la notion de prise de conscience des assassins, plutôt que celle de vengeance des Élus. Cette prise de conscience n’est possible que si nous n’avons pas éludé le face à face avec nous-mêmes, dans cette interrogation que porte le 1er Ordre, quant à notre capacité à supporter l’existence de la violence à l’extérieur et à l’intérieur de nous-mêmes.

En nous provoquant et en nous déstabilisant – la marche en miroir symbolise bien cette impossibilité d’utiliser les appuis et les équilibres familiers – ce rituel du 1er Ordre nous oblige à un examen de conscience et à un examen de mémoire : quelles zones obscures traversons-nous dans cette plongée ? Quels souvenirs de sang versé, de gorge tranchée, de cœur arraché ? Pour la première fois, il ne nous est pas possible de trouver de lénifiantes échappatoires. Au « vous êtes innocents de ce crime » du 3e degré, répond l’incontournable nécessité d’énoncer qu’Abi Baal, l’assassin du père, est le mot de passe. Autrement dit, le 1er ordre affirme que la position assumée du coupable est nécessaire pour que l’héritage soit possible.

À ce point de la réflexion, nous pourrions nous interroger sur le rapport singulier qu’il nous est donné, en tant que femmes, d’entretenir avec des récits et dramaturgies maçonniques auxquels nous sommes, à tous les sens du terme, profondément étrangères. Il est déjà légitime, pour les francs-maçons du xxie siècle, d’interroger la pertinence de paraboles dont le substrat culturel, social, religieux est si éloigné du leur mais alors, comment éluder la question fondamentale du sens et de notre capacité de Franc-Maçonnes à adhérer à des mythodrames si marqués par l’imaginaire masculin ? Comment nous, femmes initiées, pouvons-nous avancer dans notre démarche, nous structurer et nous approprier l’histoire assignée par des pères qui ne nous reconnurent pas ? Comment faire entendre qu’il ne s’agit pas tant de réécrire les rituels, de les féminiser, que de les rendre opératoires, pour nous, femmes ? C’est là un questionnement qui, on le voit, dépasse largement le 1er Ordre et qu’il nous faudra poursuivre.

Quant à la question, plus prosaïque, de savoir si les femmes sont capables de violence ou de désirs de vengeance, elle trouve une réponse assez évidente dans la littérature, dans l’histoire et dans l’actualité, de Médée aux Borgia, des femmes Kamikazes à Lyndie England, la juvénile tortionnaire de la prison d’Abu Ghraib. Pourquoi, d’aillleurs, ce concert de cris horrifiés à l‘idée que des femmes puissent, elles aussi, atteindre à la monstruosité ? On parle beaucoup, et à juste titre, de la violence faite aux femmes mais on parle peu de la violence des femmes. Il est indéniable qu’elle est plus exceptionnelle, ou plus refoulée, en tout cas moins visible. Il est sûr que l’idéologie dominante produit très largement des bourreaux masculins et des victimes féminines. Mais poser d’emblée que la cruauté, la violence et le crime sont une stricte affaire d’hommes, c’est renforcer la vision essentialiste d’une « nature » féminine qui serait à tout jamais faite de soumission et non de combat, c’est leur interdire la confrontation avec leur propre mauvais compagnon afin de lui tordre le cou ou de le maîtriser.

Grades de Vengeance ? Grades de Sagesse ? Pourquoi les opposer ? Si ce rituel dérange, c’est qu’il nous donne à explorer ce qu’en nous-mêmes, nous aimons à croire sublimé, civilisé, socialisé, dépassé. Nous, filles de la lumière, sommes-nous prêtes à explorer individuellement et collectivement notre part d’ombre ?



[1].Mollier Pierre, Les Grades de sagesse du rite français « La Fixation des 5 ordres français, Procès-verbaux des réunions de la chambre des grades », éditions À l’Orient.
[2].Berté, Rituel de 1788, éditions À l’Orient.  

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