Croix
A∴ U∴
Je dis bien CROIX et non LA CROIX ; ce mot, même au singulier est marqué du X du pluriel.
Croix vient du latin crux qui a le sens de « poteau », « gibet », « potence ». Le terme grec pour désigner la croix est stauros, dérivé de la lettre tau, le T grec en forme de croix, lui-même apparenté à Taw, dernière lettre de l’alphabet Hébreux, qui signifie Yahweh.
La croix est un symbole qui, sous diverses formes, se rencontre à peu près partout, et cela dès les époques les plus reculées. Elle est fort loin d’appartenir proprement et exclusivement au Christianisme.
A l’aube de l’humanité, l’homme est arrivé nu sur terre, sans aucun moyen de défense que ses mains et son intelligence. Il doit se déplacer continuellement pour fuir les séismes en ces périodes de glaciations et rechercher sa nourriture. L’apparition du soleil apporte la lumière et la vie et sa disparition provoque le sommeil et ressemble à la mort. Il comprend qu’il ne peu vivre sans lui.
L’homme se place face au soleil levant, sur le même lieu et à des époques déterminées : c’est ainsi qu’il découvre les orientations. Le soleil trace un demi cercle dans le ciel avant de disparaître dans le monde mystérieux de la nuit.
L’homme jalonne le chemin parcouru par des pierres levées qu’il fixe sur le sol : les menhirs qu’il érige en des lieus telluriques comme Stonehenge, Carnac… Le parcours hémisphérique du soleil lui fait penser que celui-ci tourne autour d’une boule dont la partie inférieure lui demeure inconnue. Cela provoque en lui une peur religieuse et le conduit à penser que la terre est ronde. Debout, bras étendus, l’homme voit le soleil se lever à l’Est, il sait qu’il se couche à l’ouest ; ses bras lui indiquent le Nord et le Sud.
L’homme vient de faire une grande découverte, il marche vers l’avenir car il vient de découvrir l’Orientation, il connaît son chemin.
Il trace alors une croix dans un cercle représentant la terre. Croix d’orientation indiquant les quatre points cardinaux. C’est la croix de direction, mais et aussi la croix cosmique : elle apporte aux hommes des connaissances nouvelles provenant de ce cosmos auquel ils sont reliés, parce que l’homme, bras étendus face au soleil levant, forme avec son corps cette croix de vie, première manifestation réelle de sa connaissance céleste.
L’homme trace alors la croix droite (aux segments de même longueur, qui peus’inscrire dans uncarré) et aussi la croix en X.
– La « croix droite » lui indique les quatre directions de l’univers. On la retrouve bien souvent inscrite dans un cercle, roue solaire apparue dès le néolithique, 6000ans av. J.-C., C’est la croix Druidique. Voici une citation de René Guénon : « C’est l’ancêtre de la croix celtique complète, la croix de l’Atlantide, inscrite sur trois cercles concentriques. Dans les anciennes traditions de l’Amérique centrale aussi, le symbolisme du monde est toujours donné par le cercle dans lequel est inscrite une croix ».
– La « croix en X » quant à elle indique les quatre levers et couchers héliaques aux solstices d’hiver et d’été. Elle symbolisait un péristyle de temple ouvert. Elle était, Chez les Germano Scandinaves antiques, la Rune Gebo ou Marteau de Thor. Cette rune signifie « Don des Dieux », et c’est pourquoi les peuples « Indo-européens » la tracent avec leur couteau sur le ventre de la miche de pain qu’ils entament…
A la base de tous les symboles d’orientation, La croix a une fonction de synthèse et de mesure.
En elle se joignent le ciel et la terre, s’entremêlent le temps et l’espace. Elle est le cordon ombilical jamais tranché du Cosmos relié au centre originel. De tous les symboles elle est le plus universel, le plus totalisant. Elle est le symbole de l’intermédiaire, du médiateur, de celui qui est par nature rassemblement permanent de l’univers, et communication terre-ciel de haut en bas et de bas en haut.
La Croix fait partie des quatre symboles fondamentaux, avec le centre, le cercle et le carré. Elle établit une relation entre les trois autre : par l’intersection de ses deux droites qui coïncide avec le centre, elle ouvre celui-ci sur l’extérieur ; elle s’inscrit dans le cercle qu’elle divise en quatre segments ; elle engendre le carré et le triangle quand ses extrémités sont reliées par quatre droites.
La Croix jalonne le fil des millénaires :
La Croix celtique, Héritière « christianisée » de la croix druidique, au symbolisme d’une très riche complexité associe le temps et l’espace.
La « Croix en T », le marteau de Thor, qui a donné le Tau ou Taf héraldique.
La Croix du Nord Rune de vie Alce, qui figure la petite ourse, est aussi dite Croix de Rédemption.
La croix possède aussi la valeur d’un symbole ascensionnel : dans un comte de Germanie médiévale, il est question « d’un arbre, dont les racines sont en enfer et le sommet au trône de Dieu, et qui englobe le monde entre ses rameaux » cet arbre est précisément la Croix.
La croix ansée égyptienne, l’Ânkh est le hiéroglyphe égyptien représentant le mot Ânkh, qui signifie « vie ». C’est un attribut des Divinités égyptiens et des pharaons. Sa forme de clé faisait qu’elle était le symbole ouvrant le passage vers la vie éternelle après la mort. Elle exprime donc principalement la vie éternelle et le pouvoir.
Dans les légendes orientales, la croix est le pont ou l’échelle sur laquelle les âmes des hommes montent vers Dieu. Le bois de la croix a sept échelons, de même que les arbres cosmiques représentent les sept cieux.
De la chine ancienne, on a retrouvé un ancien dicton : « Dieu a modelé la terre en forme d’une croix », Et l’idéogramme Chinois du mot terre est une croix équilatérale dans un carré.
Pour les alchimistes, la branche verticale de la croix symbolise le principe masculin, et la branche horizontale, le principe féminin ; leur conjonction est signe de vie. Pour eux, la quintessence du creuset régénérateur était symbolisée par le globe surmonté d’une croix polaire.
Dans la bible, la croix est l’arbre de vie (genèse 2 : 9), Sagesse (Proverbes3 : 18), elle est le bois de l’Arche, celui des baguettes de Moïse qui firent jaillir l’eau.
La mort du Messie sur la croix a été annoncée dans la bible :
Lors de la traversée du désert par le peuple de Dieu,Moïse prend un serpent (le Teth, 9), le cloue sur le Tav, sur une croix, pour qu’il soit signe de rédemption et de guérison pour tous ceux qui se mettent sous son regard (Lamèd). Tous les rabbins disent clairement que c’est sur un Tav que le serpent, c’est à dire la sagesse de Dieu, est cloué, pour être source de salut pour ceux qui regardent Dieu et qui se mettent sous le regard de Dieu à travers ce signe.
Isaïe a encore été plus explicite en disant que ce serpent sur la croix de Moïse symbolise ce qui se réalisera concrètement derrière le serviteur souffrant dans le Messie d’Israël qui sauvera tous les hommes.
Le Tav existe en tant que signe de croix, en tant que signe de rédemption, en tant que signe et en tant que croix : C’est le Tav, le signe de la Croix, qui, originellement, était tracé sur le front avec le pouce de la main droite.
Le livre d’Ezéchiel annonce que les membres de la communauté messianique seront marqués au front du signe Tav. « Passe par le milieu de la ville, et marque d’un Tav le front des hommes » (Ézéchiel 9 : 4-6).
La croix de la passion du Christ, croix gibet de ces temps anciens où les hommes infligeaient aux condamnés a mort cette torture abominable. C’était la peine la plus cruelle et la plus honteuse. Un supplice qui exposait le condamné à une agonie publique, une agonie qui pouvait durer des heures, voire plusieurs jours !
Il fallait le sacrifice de la Croix, et par conséquent la mort du christ pour que l’homme devienne libéré des suites du péché. Elle figure le rachat des fautes de l’humanité, sa rédemption.
Selon une légende du moyen âge, la Croix du Christ a été faite du bois de l’« Arbre de la Science », de sorte que celui-ci, après avoir été l’instrument de « la chute », serait devenu ainsi celui de « la rédemption ».
Ceci nous renvoie à la source, au jardin d’Eden, à l’« Arbre de la Science du bien et du mal », caractérisé par la dualité, puisque nous trouvons dans cette désignation deux termes opposés. L’« arbre séphirotique » de la Qabbalah hébraïque, désigné comme l’« Arbre de Vie », où la colonne de droite et la colonne de gauche offrent la figure de la dualité; entre les deux est la colonne du milieu, où s’équilibrent les deux tendances opposées, et où se retrouve ainsi l’unité de l’« Arbre de Vie ».
Les Kerubim armés de l’épée flamboyante sont placés à l’entrée de l’Eden pour garder l’« Arbre de Vie ». « Ce centre est devenu inaccessible pour l’homme déchu, ayant perdu le « sens de l’éternité », qui est aussi le « sens de l’unité » ; revenir au centre, par la restauration de l’« état primordial », et atteindre l’« Arbre de Vie », c’est recouvrer ce « sens de l’éternité ». » (RG, p. 86)
L’« arbre séfirotique » peut synthétiser en lui les natures de l’« Arbre de Vie » et de l’« Arbre de la Science », comme si ceux-ci se trouvaient réunis en un seul.
On retrouve quelque chose de comparable dans la figuration de la croix du Christ entre les deux autres croix, celles du bon et du mauvais larron, à la droite et à la gauche du Christ, comme les élus et les damnés le seront à la droite et à la gauche du Christ triomphant au « Jugement dernier ».
Ils correspondent, par rapport au Christ, à la « Miséricorde » et à la « Rigueur », les attributs caractéristiques des deux colonnes latérales de l’« arbre séphirotique ».
La signification du mot hébreux « TAV », la croix, est : « philosophie de l’accomplissement jusqu’au bout, le terme »
Tav est Le Signe, dans sa signification archaïque. Son nombre est 400. Il symbolise « Emet » : la Vérité, celle qui prévaudra…à la fin ! L’alphabet commence par aleph, trouve Meym en son centre, et se termine par Tav : La Vérité dans l’alphabet ! « Le Sceau du Saint, Béni soit-il, est la Vérité » dit le Talmud : La vérité est « Signe »… Il est la dernière lettre, le dernier signe de l’Ecriture, signe parfait, signe terminal de l’Ecriture : tout se termine à la croix, tout aboutit à la croix, même l’anéantissement de Dieu dans l’humanité se termine là. Si Dieu s’est incarné (Shin), si tous les trésors du Verbe et du Messie se sont incarnés dans la nature humaine, c’est pour aller jusqu’à la croix.
La croix glorieuse, croix de la parousie qui doit apparaître avant le retour du Christ, est le signe du Fils de l’Homme, celle du Christ ressuscité.
Voici une citation de Dante : « Sur cette croix le Christ resplendissait tant que je ne sais trouver d’image pour le représenter ; mais qui prends sa croix et suit le Christ, m’excusera encore de ne point l’exprimer, quand il verra dans cette clarté, le Christ briller comme l’éclair… »
La Croix de Saint André, Croix en X choisie par Saint André pour son supplice, parce qu’il ne se sentait pas digne de mourir sur une croix de même forme que celle du Christ. Il choisit la Croix en X qui sera quelques siècles plus tard de même forme que celle de l’homme de Vitruve de Léonard de Vinci qui figure le microcosme humain.
On lui attribue la valeur universelle du secret ou de l’inconnu (tout le monde connaît le x des mathématiciens représentant une inconnue et le X qui multiplie).
Pour les astrologues, elle désigne le Verseau. Pour les Alchimistes, le signe de l’union du Soufre et du Mercure. Elle peut se voir comme la jonction d’un V (descente céleste) et d’un A (élévation terrestre), le cosmique et le tellurique qui se rejoignent.
Union du Ciel et de la Terre, Par l’arbre de vie ;
A cette image, Jésus nous invite à le suivre : (Évangile de Marc 8,34-35)
« …Puis Jésus appela la foule avec ses disciples et leur dit : « Si quelqu’un veut me suivre, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive. Car quiconque voudra sauver sa vie la perdra, mais quiconque perdra sa vie à cause de moi et de la bonne nouvelle la sauvera » … »
Et puisque dans le cœur, Toujours de notre enfance une étincelle demeure, Souvenez-vous de La Croix de la marelle de nos jeux d’enfant, Où l’objectif consiste à envoyer, À cloche pied, Un petit galet bien poli au sommet, dans la demi sphère nommée « ciel », Tout en haut.
A cette image nous cheminons dans l’arbre de vie séfirotique, Nous efforçant à la rigueur et à la miséricorde.
Parce que, bâtis de toute éternité à l’Image du Divin, Nous sommes sur terre pour œuvrer à l’amélioration de l’Humanité ; Depuis Makult, notre mère la terre, par Yesod, par Hod puis par Netzach, Illuminés par le pilier central, la lumière provenant de Kether et transmise par Tiphereth. A cloche pied ainsi nous cheminons vers Tiphereth, Pour porter notre pierre polie au temple de l’Humanité, Par la grâce du Très Haut Ainsi Soit-il et pour Sa Gloire ; Pour notre rédemption, notre réintégration au cœur du Divin, Du Grand Architecte de l’Univers.
J’ai dit.
Bibliographie :
Wikipédia et autres
sites Internet.
Marcel Moreau « les civilisations des
étoiles ».
Jean Chevalier et Alain Geerbrant « dictionnaire
des symboles ».
Bible Hébraïque.
Evangile selon Saint Marc.
René Guénon « le symbolisme
métaphysique de la croix ».