18° #415012

La fraternité : première étape vers la découverte de la parole perdue

Auteur:

P∴ N∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
Deus Meumque Jus
Rite Ecossais Ancien et Accepté
Ordo Ab Chao
Au nom et sous les Auspices du Suprême Conseil de France

LIBERTE – EGALITE – FRATERNITE

Plusieurs thèmes importants dans l’énoncé de cette colonne gravée. Certains nous sont familiers comme celui de la fraternité, encore faut-il savoir de quelle fraternité nous voulons parler ? Familier aussi comme celui de la Parole perdue, thème essentiel de notre démarche depuis le troisième degré. D’autres le sont moins comme : découverte, à prendre ici au sens de création, de construction et puis le mot : étape qui lui me parait essentiel.

Le sang flamand qui coule dans mes veines apprécie tout naturellement ce dernier mot qui provient du néerlandais : « stapel » signifiant : entrepôt, en fait un endroit abrité dans le quel on s’arrête pour se coucher et se reposer avant de reprendre son voyage. A l’époque du mot « stapel », les voyages étaient bien plus laborieux qu’aujourd’hui, c’étaient de véritables épreuves, aussi des moments de pauses s’imposaient après l’effort. On avait alors tout le temps de méditer, de se construire avant de reprendre sa route…

Le thème annuel de nos travaux étant : « de la Fraternité à l’Amour », nous allons ensemble essayer de dérouler cette planche sans reprendre ce que les Chevaliers ont déjà dit lors des dernières tenues et sans trop dévoiler les sujets des travaux à venir…

La situation est claire, nous sommes en plein cheminement pour découvrir un jour la Parole perdue. Si nous voulons y parvenir, une première étape s’impose à nous : c’est celle de la fraternité.

Je ne sais pas encore si vous partagerez cet avis, mais je pense que le cheminement proposé par le Rite Ecossais Ancien et Accepté est composé de cycles. Cycles indispensables pour passer par exemple de la tolérance à la fraternité, puis de la fraternité à l’amour… Aller trop vite en grillant les étapes serait, comme souvent, voué à l’échec.

On ne peut pas oublier notre émotion le jour où le Vénérable Maître nous a appelé pour la première fois « mon frère » ! Cette fraternité n’impliquait nullement des identités de situations sociales, politiques ou religieuses. C’est une fraternité qui exige une identité de cœur, véritable ouverture à l’altérité.

La première étape sur le chemin proposé est naturellement celle de la tolérance. Tolérer c’est supporter, accepter et aider les autres avec toutes les limites que cela entraine… Combien de fois ce thème est-il abordé en loge bleue : faut-il tout tolérer, quelles limites avec le laxisme ? La tolérance est une attitude que l’on nous demande d’adopter dans un premier temps tant que les véritables conditions permettant « d’aller en fraternité » vers l’autre ne sont pas totalement acquises.

Que devons-nous acquérir avant d’être capable de fraternité et d’envisager de poursuivre la démarche ?

L’Apprenti quitte la vie profane et débute une longue descente en lui-même afin de connaître sa vraie nature. Cela lui ouvre déjà le chemin d’un transcendant enveloppé d’obscurité, cela lui ouvre le chemin de l’infini qui est là, en lui, mais bien loin de sa conscience.

Le Compagnon, qui se connait un peu mieux, poursuit son travail initiatique. Il doit se découvrir en action dans le mouvement de la vie. Il ne peut toujours pas établir de contact ni avec ce qu’il a de meilleur en lui, ni avec ce qu’il y a de meilleur chez les autres.

Le Maître poursuit son travail de connaissance de soi et du monde. Pour s’intégrer dans le mouvement de la construction collective et soulager la souffrance de ses semblables, il perçoit déjà la nécessité de combattre l’ignorance, le fanatisme et l’ambition. Malheureusement la tolérance et la compassion du Maître se heurtent à ses propres limites et à celles des autres. Si le Maître admire le comportement de sagesse et de pondération de certains frères, il considère que la vie l’empêche encore de pratiquer ce niveau de vertu.

Il lui faut trouver l’équilibre et atteindre l’harmonie avant d’être capable d’une  vraie tolérance.

Que nous est-il donc demandé tout au long du cheminement ? Vous le devinez facilement : c’est obtenir l’équilibre après tout un travail à réaliser sur la « connaissance de nous même ». Alors nous pouvons envisager vivre dans l’harmonie. L’harmonie étant notre comportement idéal et fraternel avec les hommes et le monde qui nous entourent. Il est amusant de se souvenir que le mot harmonie vient du grec harmozein qui signifie : « ajuster ». Harmonie, oui quand on peut « s’ajuster » aux autres, comme s’ajustent les deux parties d’un symbole…

Comme tous les mots du langage symbolique, le mot « frère » contient une vérité que nous devons nous efforcer de réaliser en toutes circonstances. La fraternité qui unit les francs-maçons de Rite Ecossais Ancien et Accepté est par nature et avant tout initiatique. Cette fraternité initiatique a besoin de temps pour se construire, car elle est le résultat de la prise de conscience d’une solidarité vitale, essentielle, et de la mise en œuvre d’une spiritualité active. Vous devinez déjà tout le cheminement à parcourir à travers les différents degrés de notre rite pour inventer et construire notre qualité de maçon.

Naturellement nous comprenons mieux l’absolu nécessité de faire des pauses, de respecter l’étape suggérée par le sujet qui nous est proposé aujourd’hui. Alors nous pourrons affirmer : « Mes frères me reconnaissent comme tel » !

En loge de perfection le devoir assigné au Maître Secret est celui de rechercher la Parole perdue, la Vérité et la Lumière. La Vérité et la Parole perdue sont complémentaires, il faut retrouver son unité intérieure et s’approcher du Principe, véritable message de Lumière. Il nous est proposé un vécu spirituel quand on nous dit que le Saint des Saints est en l’Homme : « C’est la Lumière que vous portez ». Cela doit provoquer le passage de l’édification du temple matériel vers celle du temple spirituel.

Il faut du temps pour que s’opère cette lente et méthodique ascension, le rituel nous réserve divers paliers au cours des quels la fraternité sera mise à l’épreuve.

Johaben le Maître Elu des Neuf transgresse l’ordre du Roi Salomon ; de justicier il devient vengeur. Oubliant son devoir, il passe outre le Buisson ardent sans entendre la Parole ; il pénètre dans la caverne sans prendre le temps de se retourner et aveuglé par la passion, il tue Abiram, l’un des meurtriers d’Hiram. De retour à Jérusalem, Johaben évitera de justesse la colère du Roi. C’est par la démonstration de fraternité de tous ses frères qui se jettent à genoux devant le Roi que Johaben ne sera pas châtié par Stolkin et qu’il obtiendra la grâce du roi Salomon. Cela prouve bien que la fraternité de tous est indispensable. Comment pourrait-on s’en passer ?

Plus tard encore, devenu Guibulum et Chevalier de Royal-Arche, la descente dans les neuf arches successives serait aussi impossible sans l’aide fraternelle de ses compagnons. Une fois la neuvième arche atteinte, ébloui par la Lumière réfléchie depuis le triangle d’or sur la pierre d’agate, Guibulum reçoit l’initiation directe avec la découverte du Tétragramme Iod Hé Vav Hé. La fraternité entre Johaben, Stolkin et Guibulum est là aussi indispensable.

Plus tard encore, Salomon demande aux Chevalier de Royal-Arche de jurer solennellement de vivre en paix, union et concorde entre eux, de pratiquer les devoirs de charité, de bienveillance…avant de les reconnaître comme Grands Elus Parfaits et Sublimes Maçons. N’est-ce pas là aussi une belle définition de la fraternité ?

La fraternité initiatique, cette Perfection vers laquelle nous tendons, suppose des qualités de l’âme, du corps et de l’esprit. Une telle investigation basée uniquement sur l’intellect, la culture, la morale ou la pensée serait stérile car elle tournerait seulement autour de l’homme. Un homme artificiellement isolé de la vie et du partage.

Le Rite Ecossais Ancien et Accepté, Ordre Maçonnique par excellence, nous invite à une ouverture réelle sur la vie, le moyen d’y parvenir qui nous est proposé par la tradition est celui de la Fraternité initiatique.

Nous sommes bien là au cœur du sujet proposé, cette étape est bien indispensable avant de reprendre le chemin vers la découverte de la Parole perdue. Pourquoi cette étape est-elle essentielle ? Tout simplement par ce que si nous ne la respections pas avec succès, il deviendrait alors illusoire de vouloir poursuivre sans courir inévitablement à l’échec…

L’accession aux degrés capitulaires (15-18° degrés) est souvent vécue comme une phase de remise en cause du fait des références chrétiennes et par le passage de l’Ancienne Loi à la Nouvelle Loi. Le questionnement devient important. Ces degrés nous permettent de vivre un nouveau cycle en progressant de la fraternité vers l’amour. Que nous réservera la suite des rituels ? Sans doute une nouvelle progression de notre vie d’homme et de notre vie de maçon.

Le quinzième degré, Chevalier D’Orient et de l’épée, prépare la réédification du second Temple qui devient possible quand Zorobabel obtient la Liberté De Passer. Le second Temple sera détruit. L’espérance sera désormais dans la construction d’un Temple spirituel semblable à la Jérusalem céleste. Au dix-septième degré, Chevalier D’Orient et d’Occident, s’opère le passage de l’ancienne à la nouvelle Loi.

Ayant atteint Jérusalem, le nouveau Chevalier doit comprendre le message et la marche septénaire du degré lui indique qu’à chaque pas, un sceau se rompt et un autre se scelle, ainsi jusqu’au septième pour « y trouver la Lumière de la Tradition et de la Connaissance ».

L’initié est préparé pour recevoir une parole : I N R I qui est « la révélation d’une Lumière nouvelle ». Cette parole inspirée par l’évangile de Jean n’est pas une révélation correspondant à une attitude dévote, elle est l’expression d’une Connaissance, celle d’une quintessence initiatique symbolisée par la rose mystique sur la croix. Cela correspond au message d’amour désormais perçu comme le fondement de l’universalité.

Cette nouvelle perception de la progression initiatique est résumée dans la question d’ordre : « J’ai ce bonheur ». C’est la première et unique fois que la réponse fait appel au sentiment et au cœur ! C’est la traduction d’une approche nouvelle que l’on retrouve dans l’évangile de la femme adultère (Jean 8, 3-11) quand Jésus dit : « Que celui qui n’a jamais pêché lui jette la première pierre ». Cette première pierre est la seule à ne pas avoir de modèle, c’est le dernier obstacle au mécanisme victimaire des foules antiques et j’ai envie d’ajouter comme celui des foules modernes… Avec cette parole, Jésus n’abolit pas la Loi, il la transcende. Un temps nouveau, celui d’un message de lumière et d’amour est annoncé : « Celui qui prétend être dans la lumière tout en laissant son frère est encore dans les ténèbres » (Jean 2, 9-10).

Les Chevaliers Rose+Croix sont invités à traduire en actes cet idéal fondé sur l’amour et le partage durant la cérémonie de la Cène lors de l’échange des mots Emmanuel et Pax Vobis. Cette paix intérieure n’est plus imposée comme pouvaient l’être le silence et la tolérance de l’apprenti, cette paix apparait comme un nouvel horizon vers le quel on s’avance.

La recherche de la Parole perdue du troisième au dix-huitième degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté est un cheminement fait d’avancées et de pauses nous permettant de passer d’une Vérité que l’on croyait détenir à la Vérité de ce que l’on est. C’est la quête de l’homme qui apprend à relier l’ombre et la Lumière par la prise de conscience progressive d’une spiritualité plus grande.

Un ancien quatrain de la « Bau-hütte » maçonnique allemande du quinzième siècle traduisait bien ce regard vers le centre :

« Un point dans le cercle
qui se place dans le carré et le triangle.
Quand tu connais le point, tout est bien,Mis impresiones de exaltación al grado de caballero Rosa + Cruz
si tu ne le connais pas, alors tout est vain ».

Le lien entre l’ancienne et la nouvelle Loi n’est-il pas maintenu par l’inflexion qu’apporte la transcendance de la Loi avec une valeur universelle : l’Amour ? Ne reste t’il pas au maçon d’ajouter à la Connaissance l’éthique et les valeurs morales portées par notre Rite en sachant réunir en soi et autour de soi ?

Très Sage et vous tous mes f C R+C, j’ai dit.

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