18° #415012

L’attente et la descente de la Jerusalem céleste

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:  NC

Emprunté au Livre de L’Apocalypse, le Thème de la Jérusalem Céleste apparaît dans le Rite Ecossais Ancien et Accepté au 17ème degré et constitue l’assise sur laquelle est construite la symbolique du Grade. Cependant, si le Rituel privilégie ce symbole et celui du Livre des sept sceaux, à la lecture des instructions correspondantes, nous pouvons remarquer, qu’à côté d’éléments prélevés dans les traditions chevaleresques et templières, c’est en fait, d’une façon plus large, l’ensemble du texte de l’Apocalypse qui est soumis à la Réflexion des Chevaliers d’Orient et d’Occident.

Attribué à Saint-Jean l’Evangéliste, l’Apocalypse évoque les mystères de l’avenir et renferme, pour beaucoup d’hommes qui le considèrent comme un texte sacré, une vérité révélée. Le récit est composé d’une profusion d’images audacieuses à haute valeur symbolique mais parfois difficiles à saisir ; les maux et catastrophes qui y sont décrits laissent présager l’imminence de la fin d’un monde et l’utilisation d’une figure de rhétorique comme l’hyperbole, lui donne une force dramatique et spectaculaire. Avec sa poésie et sa beauté fulgurante, quoique non dénuée d’obscurité, l’Apocalypse ne cesse depuis deux mille ans, de frapper les esprits.

Avec ce thème d’une Jérusalem nouvelle, Saint-Jean nous fait une description de ce qu’il avu et vécu en esprit :

« Puis je vis un ciel nouveau et une Terre nouvelle…et je vis aussi la Ville Sainte, la Jérusalem nouvelle, descendre du ciel d’auprès de Dieu…Mais je n’y ai pas vu de Temple, car le Seigneur Dieu en est le Temple ainsi que l’Agneau » (l’Agneau désignant Jésus Christ). La Ville n’a d’ailleurs besoin ni du soleil ni de la lune pour l’éclairer… Jamais n’y entrera de profane… mais ceux-là seuls dont le nom est inscrit au Livre de Vie de l’Agneau »

Avec cette vision de la fin des temps, ou après leur fin peut-être, Jean nous annonce donc, qu’il n’y a plus de Temple matériel. A sa place s’est édifié un Temple spirituel et éternel, descendu des cieux, empli de paix, où la mort n’existe plus, d’où la nuit a disparu et qui n’a plus besoin du soleil pour l’éclairer.

Le Rite Ecossais Ancien et Accepté a repris cette symbolique et au 17ème degré, renonce à l’idée d’élever un Temple terrestre, fil conducteur des degrés initiatiques précédents. Ainsi, après nous avoir fait vivre entre 3ème et 13èm e degrés, la construction du Temple du Roi Salomon, puis au 14ème sa destruction par Nabuchodonosor; après nous avoir fait partager les efforts de Zorobabel pour le relever de ses ruines au 15ème, annoncé son achèvement par les Princes de Jérusalem au 16ème degré, voici qu’après une seconde destruction, cette fois par l’envahisseur romain, le Rituel, se référant désormais à l’Apocalypse, ouvre un nouveau cycle dans lequel, la symbolique du temple matériel, n’a plus de raison d’être. Selon les écrits dont il s’inspire, il ne faut plus tirer gloire de ce qui est édifié par la main de l’homme, car cela est source d’orgueil et de pouvoir. Ces maux, facteurs de désordre et de corruption, forment des obstacles à l’harmonie de la société, ainsi qu’au partage et à la concorde entre les hommes. Il s’en suit que toute construction ainsi élevée, est tôt ou tard, condamnée à disparaître. 

Pour le Chevalier d’Orient et d’Occident, ce changement de cycle est synonyme de rupture avec le passé. Le Rituel l’en avertit « Les Temps sont proches » ; une annonce qui sous-entend qu’à une Chevalerie terrestre va succéder une Chevalerie de l’Esprit. Le temps d’une prise de conscience est donc venu : le Temple qu’il construit en lui, nécessite qu’il élève le niveau d’exigence du devoir d’intériorité auquel il se soumet depuis sa première initiation, afin de favoriser la conversion du cœur et le développement des facultés spirituelles telles que la Conscience, la Sagesse et la Volonté.

Cette prise de conscience et ce niveau d’exigence supérieur, le Chevalier va devoir en témoigner face aux événements que déroule l’Apocalypse et face aux épreuves que recèle le livre des sept sceaux, présent sur le plateau du Très Puissant, où il demeure volontairement fermé. Au plan du symbole, le Rituel préfère contenir les événements prophétiques qui sont relatés, évitant ainsi que la rupture des sceaux, entraîne la libération de forces dévastatrices. Mais évoquons néanmoins cette dernière hypothèse qu’offre le symbole : Le risque est effectivement grand pour le Chevalier de se trouver devant un formidable combat à mener contre l’incohérence d’un monde tel qu’il nous est dépeint par Jean, un monde qui voit la perte de ses repères et l’inversion de ses valeurs. Un monde où se propagent le mensonge et le mal sous toutes leurs formes ; où s’étalent les méfaits de l’intolérance, les préjugés, le fanatisme et l’ignorance qui engendrent erreurs et obscurantisme ; un monde en fait, qui ressemble étrangement par bien des aspects, à notre monde actuel.

Face à ces fléaux, la quête qui est la sienne, lui commande de mobiliser ses ressources intellectuelles au service de son idéal, de mettre en pratique les vertus dont il est censé être porteur en faisant preuve de beaucoup de lucidité et de s’opposer, avec patience et persévérance.

Le titre de Chevalier d’Orient et d’Occident qui lui a été conféré signifie qu’il doit concilier les oppositions extrêmes « Orient pôle lumineux, Occident, pôle obscur, oppositions qui se manifestaient déjà dans le « Midi/Minuit des trois premiers grades. Cette dualité domine l’action du Chevalier qui est censé aller d’un côté, à la rencontre de la lumière de la Connaissance émanant de l’Orient, quand de l’autre il lui est demandé, d’aller vers l’Occident pour éveiller les consciences ; mais qu’en est-il pour lui, sur le plan intérieur ? Entre ombre et lumière, entre confrontation et conciliation, ne se retrouve-t-il pas, comme le suggère l’heptagone qui orne le Tableau de Loge, face à un autre combat, peut-être encore plus redoutable ? un combat qui consiste à lutter contre ses imperfections en faisant appel aux vertus qui sont censées orner son cœur.

Chercher la vérité qui est en soi pour accéder à la Vraie Lumière afin que celle-ci irradie toujours davantage notre conscience et notre cœur ; cette quête en perpétuel devenir a pour but de nous rapprocher des valeurs essentielles et du sens de la vie. Quête de sens que le Rituel, nous invite à accompagner désormais, d’une forte espérance : l’édification ici-bas, d’un temple spirituel, semblable à la Jérusalem Céleste, laquelle concentre toute la splendeur de l’Univers.

Jean transporté « en esprit sur une grande et haute montagne » nous décrit, avec une poésie brillante et de nombreux symboles numérologiques, une immense cité céleste, de forme carrée, entourée de remparts monumentaux ; l’ensemble est fait d’or pur et de pierres précieuses. Tout cela donne le sentiment d’une ville à la solidité inébranlable mais laisse une impression de froideur ; cependant tout est étincelant car il est dit que la gloire de Dieu l’éclaire. Quand dans le récit apparaît au milieu de la ville, un fleuve à l’eau limpide comme du cristal ainsi que l’arbre de vie qui fructifie autant de fois, qu’il y a de mois dans l’année, l’allusion au jardin d’Eden est clairement affichée.

Dans sa prophétie, Jean établit un lien très fort avec notre idéal quand il nous parle d’une Jérusalem descendant des cieux, semblable à un Royaume de Lumière et de Vérité. Toutefois, je m’interroge et vous avoue être tenté par un certain scepticisme lorsqu’il évoque une nouvelle terre où règneraient la pureté des sentiments, le partage universel et la paix éternelle :

« Alors les nations marcheront à la lumière de la ville, et les rois de la terre y apporteront leur gloire… Il ne rentrera chez elle rien de souillé, ni personne qui ne se livre à l’abomination et au mensonge »  

Il me faut cependant prendre de la distance et relativiser car, en s’insinuant dans mon esprit ce doute naissant, ne ferait que jeter une ombre sur cette espérance en un monde nouveau que le Rituel me demande de porter au plus haut ; et comment pourrais-je nier cette espérance sans sous-estimer la vertu des esprits les plus généreux ? cette vertu qui est censée justement, habiter le cœur et l’âme de tout Chevalier.

Je m’en tiendrai donc à ce qui m’apparaît être l’essentiel et dirai que pour le Chevalier d’Orient et d’Occident, cette image représentant une Jérusalem céleste qu’il doit chercher à faire descendre sur terre, illustre le combat dans lequel il est engagé, le seul combat qui soit juste et qui a pour finalité, la conquête de l’esprit.

L’utilisation symbolique de Jérusalem, centre spirituel des trois religions monothéistes, par le Rite Ecossais Ancien et Accepté, n’est pas propre à ce 17ème degré et à ceux de Chevaliers auxquels il succède. Comme nous venons de le voir, durant les grades de Perfection, Jérusalem a constitué le cadre où se sont déroulées les péripéties de la construction du Temple du Roi Salomon : Cependant, quel que soit la légende qui s’attache à chacun de ces grades, nous pouvons remarquer que toutes les allusions à cette cité, qui dans l’esprit de beaucoup évoque l’idée de « Ville Sainte », sont pour notre Rite, autant de références au « symbolisme du centre ».

Si l’on se réfère au récit biblique, le centre spirituel de Jérusalem est constitué par le « Saint des Saints ou Tabernacle » qui est la partie la plus secrète du Temple, lequel est construit sur la Sainte Colline, montagne sacrée considérée comme centre de la Terre Sainte qui à son tour, passe pour être la représentation du cœur du monde. Pôle spirituel dont le centre le plus intérieur est le réceptacle de l’esprit divin, Jérusalem est présenté ici, comme étant également le propagateur de cet esprit ; une Jérusalem en somme, qui d’une part recevrait et de l’autre dispenserait, les influences célestes.

Cependant, après la deuxième et ultime destruction du Temple, Jérusalem se voit privée de son prestigieux sanctuaire ; la Jérusalem terrestre a cessé symboliquement d’être un centre et perdu ses influences spirituelles.

Dès lors, le Chevalier d’Orient et d’Occident qui se situe entre l’Ancien et le Nouveau Testament peut mesurer combien il est vain de vouloir élever un Temple extérieur. Désireux d’accéder à la Loi Nouvelle, à la Loi d’Amour, la nécessité de perpétuer la présence d’un lieu secret et sacré, reste pour lui essentielle. Afin de mettre cette présence à l’abri de toute altération, il n’a plus d’autre choix que de l’intérioriser en tant que centre spirituel.

Cette recherche du « Centre », que nous menons depuis notre initiation, à l’aide de prises de conscience successives, constitue bien la voie qui nous permet d’aller à la découverte de notre intériorité pour nous amener un jour, à constater que ce Centre, véritable sanctuaire intérieur, ne peut se trouver que dans nos cœurs. C’est d’ailleurs ce que nous rappelle le Vénérable Maitre, lors de la clôture des travaux au premier degré, quand portant la main droite sur son cœur, ilnous invite à «  enfermer nos secrets dans un lieu sûr et sacré, et de nous unir en fraternité »

Quête de la lumière du cœur que chacun porte en soi, mais aussi quête de la lumière du monde et de son principe créateur, cela afin d’édifier son propre temple intérieur, un temple qui soit le reflet de la Jérusalem céleste, n’est-ce pas là, la teneur du message que nous a laissé Paul lorsqu’il proclamait : « Ne savez-vous pas que votre corps est le Temple du Saint-Esprit qui est en vous ? ».

Au moment où nous sommes initiés au grade de Chevalier Rose-Croix et n’œuvrons plus qu’au seul plan spirituel, avoir été armé Chevalier de l’Esprit, être né une seconde fois, être né d’esprit nous aide peut-être à comprendre qu’il nous faut plus que jamais, aller vers ce monde que symbolise la Jérusalem céleste ; un monde où règnent, la paix, la sagesse et l’amour, et que seuls les chemins de la Foi, de la Charité et de l’Espérance, nous permettrons de nous en approcher.

La tâche n’est certainement pas facile, elle est la quête que nous poursuivons depuis notre initiation en tant que Francs-Maçons de Rite Ecossais Ancien et Accepté. Cette quête de l’inaccessible, quête de toute une vie, restera probablement inachevée lorsque nous atteindrons l’Orient éternel, où qui sait, il nous sera peut-être donné de la poursuivre, parmi ceux de nos Frères, qui nous ont précédés……

Très Sage Athirsata ;Très Illustres Frères

et Vous Tous mes Frères Chevaliers Rose-Croix ;

j’ai dit

A V

Références:


De la symbolique des  Chapitres en FM d’ Irène Mainguy

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