Le Bâton de pélerin
A∴ T∴
ORDO AB CHAO,DEUS MEUMQUE JUS
AU NOM ET SOUS LA JURIDICTION DU SUPREME CONSEIL POURLA FRANCE
DES SOUVERAINS GRANDS INSPECTEURS GENERAUX DU 33ème
ET DERNIER DEGRE DU RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE
A LA VALLEE DE MONT DE MARSANT
18ème DEGRE :
CHEVALIER ROSE – CROIX
Bien que l’intitulé du thème de travail semble limiter la réflexion au « bâton », il m’est difficile de dissocier le bâton, du pèlerin et du pèlerinage. Par la suite je m’interrogerai pour savoir si la maçonnerie peut-être mon bâton de soutien pour m’aider à accomplir cette longue errance qui nous mène tous vers l’ultime initiation en essayant d’être justes et vertueux
Les pèlerinages sont multiples et variés, mais conduisent tous vers des lieux sanctifiés par le Christ, Mahomet, Bouddha pour les plus connus. En se rendant vers ces lieux sacrés, sanctifiés, le pèlerin cherche à s’identifier à l’objet de sa foi. La particularité du pèlerinage c’est qu’il est très souvent collectif et pourtant engagement très individuel.Le pèlerin poursuit un objectif intérieur en allant à la rencontre d’un lieu ou d’un objet chargé pour lui de toute les sacralités : la Jérusalem terrestre, la Kaaba, les Stupas, ou Lumbini lieu denaissance de Bouddhadans la ville de Kapilavastu. La première grande migration collective nous est rapportée par la Bible lorsque Moïse reçoit la mission de YHWH de conduire les Hébreux hors d’Egypte :
« Fais sortir mon peuple, les fils d’Israël, du pays d’Egypte, pour les faire monter vers un pays bon et vaste, un pays ruisselant de lait et de miel »Exode 3 8.
Nous pouvons encore observer et retenir que la pulsion pèlerine n’implique pas forcément l’idée de retour, même si celui-ci est implicite.Le pèlerinage prend dans la conscience collective le sens de départ, il sous-tend l’idée de détachement et de rupture avec l’habituel et le quotidien. C’est un départ pour un ailleurs qui espère le pèlerin le rendra « autre ». C’est l’épreuve acceptée, l’espace et le temps qui feront le pèlerin. Dans cette sortie de chez lui pour un ailleurs autre, que vit le pèlerin il y a éclatement, rupture de l’espace quotidien ancien, comme il y a rupture avec le temps habituel desjours anciens.Le substrat même de l’acte pèlerin c’est le temps et l’espace qu’il faut parcourir à pieds comme s’effectuèrent les grandes migrations bibliques.Le déplacement à pieds constitue un acte courageux du corps vers un ailleurs sacré et pose également un fondement thérapeutique au pèlerin qui par la perception de l’effort passé entrepris et réussi trouve la ressource de la poursuite victorieuse de sa marche vers le terme voulu et choisi.
Les vieux textes bouddhiques stipulent : « aller à pieds c’est obtenir un fruit quadruple. » Souvent d’ailleurs le seul fait d’avoir entrepris rend le pèlerin « autre ».En Inde le pèlerinage prend le nom du lieu sacré originel : « tirtha » qui désigne dans le langage :le gué, le point de franchissement de l’eau, traduisant clairement cette transformation qui s’opère en arrivant sur l’autre riveaprès avoir franchi (réussi l’épreuve) le gué qui banalise presque l’effort le gué étant le point de passage le plus facile accessible à tous. De Moïse au pèlerinage de St Jacques de Compostelle l’expérience nous montre que certaines cultures privilégient le terme d’autres le voyage. Cette séparation nous semble réductrice tant la complémentarité des deux constitue la base de ce que nous appelons « le pèlerinage ». Celui de St Jacques de Compostelle très en vogue de nos jours illustre bien cette recherche.Notons que ce « départ » est un acte libre un acte nouveau pour celui qui s’engage, qu’il affiche clairement aux yeux de tous par des signes extérieurs facilement reconnaissables : large chapeau, cape, coquille du pèlerin
bâton. La nudité des Sadhus en Inde n’a pas d’autre prétention sinon que d’afficher encore plus clairement leur humilité et le renoncement aux plaisirs terrestres ; ils ne possèdent plus qu’un bâton pour les aider dans leur marche qui les mène à la conquête de l’Eternel.L’engagement pèlerin constitue pour chacun une volonté affichée de disposer de sa vie de se faire étranger à soi-même jusqu’à découvrir « l’autre » en soi. Puissance de se faire pauvre et humble pour découvrir et atteindre les richesses spirituelles de « l’autre rive ».En ce sens le pèlerinage apparaît comme l’une des formes les plus totales de l’accomplissement.Il est très répandu d’entendre de la bouche des pèlerins Jacquaires « on ne revient pas de St Jacques comme on était parti »
Si les pèlerinages et les buts peuvent sembler différents tout au moins dansleur apparence nous retrouvons toujours un élément commun dans tous les pays et toutes les religions : le bâton qui soutient le pèlerin.C’est qu’ en effet le bois l’arbre est aussi vieux que la terre.L’ Homo-faber a naturellement disposé de la branche qui a constitué sa première massuepour ensuite s’affiner et devenir arme de jet ; puis après l’apparition des métaux devenir soutien pacifique de sa marche.Depuis lorsle bâton a gardé cette bivalencearme de défense et soutient pacifique.Par extension symbole du pouvoir.Ainsi le bâton est l’arme du gardien des morts dans l’hindouisme ; le kakkhara du moine bouddhiste est appui pour la marche et arme de défense paisible. De nos jours encore chez les Japonais parmi les arts martiaux figure le Kendo qui est l’art de manipuler habilement un bambou pour en faire une arme redoutable.
Déjà dans la Bible YHWH dit à Moïse :
– Qu’est-ce que tu as dans la main ?
– il dit :un bâton.
– jette le par-terre !
Il le jette, il devient un serpent et Moïse s’enfuit.
YHWH dit à Moïse : attrape le par la queue et il redevient un bâton
Exode 4 1
C’est ce même bâton qui va permettre à Moïse de réaliser plusieurs prodiges et en particulier faire jaillir la source en Horev quand les Hébreux meurent de soif en plein désert. Exode 17 6Symbole que nous retrouvons dans la représentation d’Esculape l’ancêtre de tous les médecins dont l’attribut est un bâton autour duquel s’enroulent plusieurs serpents.
Chez les Taoïstes les bâtons de bambou portaient 7 ou 9 nœuds qui correspondaient au nombre des cieux et étaient d’usage courant mais on a pu dire aussi qu’ils correspondaient aux degrés d’initiation, aux ouvertures à franchir avant de parvenir à la connaissance.
Chez les Hindous les mêmes nœuds sur un bambou mais seulement 7 représentent les chakras (roues ou lotus)qui marquent les degrés de la réalisation spirituelle.Après le bain rituel, le jeune garçon est conduit devant son gourou ; celui-ci le revêt alors d’une peau de cerf à porter sur tous autres vêtements et lui remet un bâton et le fil sacré qu’il devra garder toute sa vie.
Si le bâton est le symbole des voyages réels ou spirituels vers une destination ou un but il symbolise tout autant le pouvoir : celui que confère YHWH à Moïse pour faire sortir les Hébreux d’Egypte, pouvoir de faire des prodiges mais aussi pouvoir de commander à la foule qui l’accompagne. Ce que nous retrouvons en Amérique centrale dans les villages Indiens de l’ancien Mexique ou le bâton est l’insigne du pouvoir et prend un caractère sacré.
Dans l’antiquité bergers rois et dieux portent de longs sceptres qui sont le signe de leur pouvoir et de leur autorité sur le troupeau ou sur le peuple. Chez les Ibos dans l’est du Nigeria l’aîné de la famille étendue détenait Le bâton qui concentrait toute l’autorité des ancêtres. Janus paré des emblèmes du portier :le bâton et la clé, veille sur le seuil de la maison.Il protège le passage de l’intérieur vers l’extérieur et inversement, ce faisant il détient le pouvoir de celui qui autorise ou pas, sans lui rien n’est possible dans ce domaine. On comprend ainsi que les rois Carolingiens aient transformé légèrement ce bâton pour en faire un sceptre couronné d’une fleur de lys long de 6pieds pour affirmer leur autorité. La verticalité du sceptre figurait à la fois l’axe de la terre mais aussi l’axe autour duquel toute vie s’organisait, mais surtout cet axe établissait la jonction entre le ciel et la terre le roi détenteur du sceptre tenant alors son pouvoir de Dieu lui même.Charlemagne protecteur de la papauté et couronné par Léon XIII instaure cette pratique qui trouvera son apogée avec louis XIV qui affirmera qu’il est le lieutenant de Dieu sur terre et que son pouvoir est de droit divin. Enfin c’est à travers sa crosse que l’évêque affiche son pouvoir sur le troupeau des fidèles qu’il doit étymologiquement surveiller.
Avant la cérémonie de la cène le Maître de Cérémonie remet à chaque Chevalier Rose-Croix une baguette en roseau longue nous précise le rituel de 6 pieds.
« la baguette que vous portez représente le bâton qui doit vous accompagner dans vos voyages.Elle soutiendra symboliquement votre pèlerinage Elle est à la fois la mesure sacrée et le signe de commandement, emblème modeste de la vigilance et du droit de l’exercer ».
Depuis le 4ème degréle rituel nous dicte de chercherl’idée sous le symbole.La déambulation du T S A et des chevaliers Rose-Croixpuis du T S A et des deux excellents gardiens avec la liberté qu’accorde ce même rituel au T S A d’effectuer 7 ou 3 tours du Temple nous amène immédiatement aux pèlerinages et à la liberté fondamentale dupèlerin qui a toujours le choix de l’itinéraire et de sa durée.Le roseau de la baguette ne peut qu’évoquer tout d’abord pour tous la fable de La Fontaine :le chêne et le roseau, dont tous les écoliers de France savent qu’il plie mais ne rompt pas ; nous soulignerons qu’il plie sous une influence extérieure mais retrouve ensuite sa forme initiale. Soutenus par cette baguette nous pouvons subir de nombreuses tentations qui peuvent faire vaciller notre engagement mais elle nous ramènera toujours dans notre posture initiale ou dans notre foi originelle. Sa longueur de 6 pieds nous indique le rituel, la superpose au sceptre des rois de France et elle prend alors toute la puissance de l’autorité et du commandement.Chaque chevalier recevant une baguette elle ne peut conférer aucune autorité sur les autres, il est clair alors, que c’est sur le porteur c’est à dire sur moi que s’exercera cette autorité. La maçonnerie, l’art royal, avec les rituels qui m’ont été communiqués à chaque augmentation de salaire ou élévation a-t-elle pu jouer ce rôle ? est-elle ce bâton de pèlerin que nous venons d’évoquer ? Me voilà donc porteur du sceptre royalqui dans sa verticalité fait de son détenteur un intermédiaire entre leciel et la terre ;nous avons tous été VénérableMaîtreet avons tous levé puis rabaissé l’épée flamboyante au moment de l’invocation. « Que vos regards se tournent vers la lumière » … du Vénérable intermédiaire entre le ciel et la terre par l’entremise de l’épée flamboyante. Le Vénérable organise la vie de l’atelier, il commande aux autres.Aujourd’hui, clairement commence un nouveau cycle et ce sont mes hésitations mes déviations, mes erreurs qu’il me faut redresser.
Les voyages accomplis pour chaque degré, bien codifies, me font penser à des étapes d’un grand voyage initiatique entrepris à l’entrée en maçonnerie que j’assimile au pèlerinage évoqué plus haut, qui vise, parce que je l’ai librement choisi à me faire découvrir « l’autre » qui est en moi. « La maçonnerie t’a libéré de l’ignorance des préjugés et des superstitions elle t’a tiré des servitudes et de l’erreur …tu répondras toi même de tes actes » que je retrouve dans le pouvoir attribué à la baguette. Notons que dès mon initiation mes frères m’ont fait découvrir que mon principal ennemi c’était moi à travers le miroir qui m’était présenté quand mes yeux ont retrouvé la lumière et que je me suis engagé à fuir le vice et pratiquer la vertu.Devenu compagnon l’acquisition des arts libéraux m’apermis de lire le monde d’en bas, reflet du monde d’en haut.La mort d’Hiram révélée au troisième degré va motiver les premières étapes du pèlerinage :la quête « de la parole perdue » par le savoir qui combat le fanatisme et l’ambition. Au quatrième degré les sentences vont diriger et encadrer mon itinéraire vers le but. Le cinquième degré voit le travail porter ses premiers fruits du Savoir sourd la Connaissance.La curiosité mise en exergue au sixième degré justifie la suite du voyage en exaltant l’envie de savoir ce qui se passe de l’autre côté du miroir. Que cherche le pèlerin lorsqu’il se lance dans son périple ? L’étranger qui aide à la découverte de l’assassin n’est il pas un peu la maçonnerie qui me fait prendre conscience de mes insuffisances ? Le onzième degré me laisse penser qu’une étape importante a été franchie puisque me voilà « Homme vrai ».Le treizième me prépare à la vigilance proposée plus tard puisqu’il me met en garde : « quand on a été initié on est responsable de sa propre réalisation ». Le quatorzième degré renforce encore cette responsabilité en me mettant en garde « l’ennemi du dehors n’a pu en approcher (et détruire le Temple ) que par la faute de l’ennemi du dedans et par la disparition des valeurs morales et spirituelles » que je vais chercher dans une nouvelle étape du pèlerinage commencé dès l’initiation. La vigilance me sera nécessaire contre tout ce qui pourra faire plier ma détermination car le signe et le contre signe me rappellent à chaque fois que sur cet axe vertical qui relie le ciel à la terre nous occupons une place intermédiaire la tête tournée vers le ciel mais les pieds accrochés à la terre.
En conclusion je peux penser que ce dix-huitième degré, que je
découvre, m’entraîne vers de nouvelles réflexions. La Parole est retrouvée un cycle est terminé désormais je dois combattre en moi « l’orgueil, l’égoïsme et l’ambition » pour mettre mes acquis, mon dévouement au service des Autres.
Les objectifs sont tracés, les travaux ne sont plus clos pour bien montrer à chacun qu’il est attelé à une tâche sans fin. L’étape suivante du pèlerinage commence, me voilà désormais sur le chemin de la vérité soutenu par la FOIl’ESPERANCEet la CHARITE.
J’ai dit T S A.
Résumé
Dans une
première partie le conférencier essaye
d’analyser
les motivations du pèlerin. Est-ce
s’imprégner d’un lieu saint pour lui ou
aller au contact d’une relique ou d’un vestige
sacré ? Lorsque Moïse
entraîne les Hébreux hors d’Egypte il
leur annonce la Terre Promise par Dieu un
pays ruisselant de lait et de miel.
Ensuite il montre que le pèlerinage est rupture de l’espace et du temps quotidiens.Pour prendre toute leur valeur les pèlerinages s’effectuent à pieds.
Cet engagement pèlerin est un acte libre une volonté individuelle et affichée de sa vie pour devenir « autre ».
Enfin si tous les pèlerinages peuvent être différents ils ont un élément commun :le bâton.Ce bâton de pèlerin qui va soutenir sa marche.Des origines à nos jours le bâton a toujours eu une double potentialité : soutien pacifique ou arme de défense et affirmation d’un pouvoir. Le bâton de Moïse est chargé de toute la puissance que Dieu lui transmet et permet à Moïse d’accomplir tous ces prodiges. Chez les Ibos de l’est du Nigeria le bâton devient sacré et concentre l’autorité des ancêtres ; les sceptre des rois Carolingiens long de 6pieds est l’emblème de leur pouvoir.
Avant la cérémonie de la Cène le Maître de Cérémonie remet à chaque Chevalier Rose-Croix une baguette de roseau longue de 6pieds nous précise le rituel qui rappelle au conférencier le sceptre des rois.Cette baguette sera le soutien pacifique des déambulations de tous dans le Temple mais elle se chargera de touts les valeurs du bâton de pèlerin et en particulier de l’affirmation d’un pouvoir qui doit s’exercer sur le porteur lui même.C’est l’occasion pour le conférencier de rappeler les étapes successives franchies depuis l’initiation qu’il compare au pèlerinage du thème de travail. Le « tu répondras toi-même des tes actes » du 4ème degré lui semble être bien rappelé par le pouvoir symbolique de la baguette de roseau. Le 18 ème degré l’oriente maintenant à combattre l’orgueil et à mettre son dévouement au service des autres.