18°
#415012
Le Pélican nourrissant ses sept petits
F∴ C∴ L∴
Très Sage Atirshata
Et vous tous mes Frères, Chevaliers Rose-Croix
LePélican nourrissant ses sept petits
Et vous tous mes Frères, Chevaliers Rose-Croix
LePélican nourrissant ses sept petits
Tout au long de notre parcours maçonnique nous nous efforçons de vivre dans le bruissement des symboles qui constituent le support de notre démarche initiatique.
Dans le Temple tendu de rouge – couleur du Soleil et de la Lumière à son foyer, symbole de l’Amour – avec le Phénix ces deux oiseaux siègent à l’Orient. Au septentrion, le Pélican est l’emblème de la Charité, au midi, le Phénix est l’emblème de l’immortalité.
Notre Temple se transforme ainsi en une symbolique recouvrant la Connaissance des symboles qui, bien mieux que des mots, permettent d’exprimer avec justesse une langue très spécifique.
Ici tout est symbole, dit le rituel d’initiation, comme l’alchimie qui affirme que « Tout ce qui est symbolique est observable « , que même
le symbole suprême – à savoir l’Unité – est observable et que, Emerek – « homme vrai en toute circonstance » – peut ainsi contempler l’incarnation du logos dans la matière. Tel est le processus d’élaboration du Grand Œuvre. A la conscience endormie du profane se substitue la conscience de « veille » de l’initié, conscience inquiète qui cherche sans cesse et qui se cherche, pour parvenir à la « conscience d’éveil ».
Dans la Symbolique, les animaux figurent en bonne place en tant que symboles moraux ou religieux ; utilisésde façon universelle par différentes civilisations avec des nuances qui parfois viennent bousculerles idées véhiculées.
Pour situer notre sujet de ce soir sur le Pélican, il faut dire que depuis la très haute antiquité déjà , les voyageurs se sont émerveillés devant un animal étonnant, de stature si diverse selon les continents – quelque fois déformée par telle ou telle civilisation -, et de mœurs si curieuses. Ils ont recueilli en même temps, les légendes qui entouraient cet oiseau quasi fabuleux, tantôt avec admiration tantôt avec scepticisme.
Que le Pélican du désert, animal impur dans la Bible, soit devenu l’image du Christ Rédempteur, représente un étonnant travail d’imagination au cours des siècles ! Ou bien est-ce tout simplement la résultante des interférencesavec les Légendesd’origines diverses.
Animal aquatique lié à l’eau, le Pélican met en relation le monde extérieur avec notre monde intérieur. Il symbolise la voie humide de la transformation interne et lentedes matériaux dans le creuset de l’Athanor, la matrice de l’Etre. Réceptif comme la lune il ne se contente pas de renvoyer les rayons froids de la raison mais il capte en même temps la chaleur solaire, pour transformer son eau en « eau ignée », en feux aqueux, en chaleur douce de l’amour, en fluide universel qui irrigue toutes choses.
A toutes les époques, l’Art religieux s’est emparé du Pélican et l’a représenté sous différentesfigures, fresques, peintures, sculptures, gravures…On en retrouve des traces multiples et diversesde par le mondequi, souvent relèvent de l’Art. C’est le cas pour Rome à la Basilique Saint Pierre où le Pélican figure au dessus du siège du grand pénitencier car il symbolise la rémission des péchés.
Dans l’église Saint Sulpice à Paris on le retrouve dans la Chapelle de la Vierge où il symbolise l’Amour maternel.
On le voit également dans l’église de Léau en Belgique, fondée au VIIème siècle par Saint Rémacle, dans la tour du Saint Sacrement.
Il semblerait que les plus ancienneslégendes, à propos du Pélican viennent d’Egypte transmises par l’Horapole. Le Pélican, imprudent, fait son nid en terre où il a déposé ses œufs qui éclosent, exposant ainsi les nouveaux-nés aux prédateurs. Dès le second siècle de notre ère, les premiers chrétiens ont utilisé la fable égyptienne à l’origine du Pélican, vivifiant ses petits à l’aide de son sangfaisant de cet animal l’emblème du Rédempteur. Cette légende aurait commencé, selon l’Horapole, avec le vautour qui faute de nourriture se perce la cuisse avec son bec pour faire jaillir son sang dont il nourrit ses petits.
Au XIIIème siècle, Albert le Grand a écrit des commentaires à propos du Pélican ce qui expliquerait l’origine de cet animal dans la Tour du Saint Sacrement dans la région de Louvain, à Léau. Mais c’est surtout Saint Thomas d’Aquin, élève d’Albert le Grand, qui a attaché au Pélican l’idée du rachat de l’âme humaine par l’ablution purificatrice du sang divin. Il en composa un poème pour l’office du Saint Sacrement qu’il inséra dans son hymne, « Adoro te » :
« Pélican
plein
de bonté, ô Seigneur Jésus
Lavez dans votre sang nos souillures,
Une goutte suffit pour effacer
Toutes les scélératesses de ce monde »
Lavez dans votre sang nos souillures,
Une goutte suffit pour effacer
Toutes les scélératesses de ce monde »
Au XVIèmesiècle cette image du Pélican sanglant sera largement exploitée et allégorisée par l’église, interférant ainsi avec la légende la plus féconde et la plus exploitée. Charbonneau-Lassay a repris à son compte le symbole du Pélican que Villard de Honnecourt avait déjà utilisé dans la première moitié du XIII ème siècle comme emblème du sacrifice – tout comme l’agneau – et de la Charité comme emblème chrétien. L’agneauest sacrifié, le Pélican se sacrifie lui-même pour donner vie à ses petits. On trouve ce genre de représentation sur les stèles du XIV ème siècle à Bar le Régulier.
Dante le mentionnera dans sa « Divine comédie », lorsqu’il parle de Saint Jean (Le Paradis, XXV) : « Voilà celui qui reposa sur le sein de notre Pélican. Ce fut lui que, du haut de la Croix, Jésus élut pour le grand devoir ».
En réalité cette Légende découle d’une attentive observation, purement ornithologique, du Pélican donnant à manger à ses petits les poissons qu’il a ramené et emmagasiné dans la poche intérieure de son bec et, qu’il essore sur sa poitrine. D’imagination en imagination et de dérive en dérive il est devenu symbole de sacrifice, puis symbole de la mort sacrificielle du Christ puis enfin du sacrifice Suprême par Amour pour l’humanité pervertie. Nous sommes loin du Pélican impur de la Bible…
En France le Pélican est représenté, depuis la Renaissance, de face avec trois petits oisillons. En Italie, à la même époque il était représenté avec quatre petits.
Dans le Physiologus de l’Antiquité tardive, le Pélican va jusqu’à tuer ses petits qu’il peut ressusciter, trois jours après, en les abreuvant de son sang, au sacrifice de sa vie !
Cette notion de revivification constitue la base mêmedu sens alchimique du Grand Œuvre. Il apparaît dans le Mythe de la Génèsedans l’œuf, de l’Opus Magnum. Le grand Œuvre représente tout le processus alchimique qui mène de la « Matéria Prima », où les forces antagonistes encore isolées, s’opposent violemmentdans le chaos originel. Tout au long du processus ces forces sont intégrées progressivement pour atteindre une parfaite harmonie sous la forme de la « Pierre Philosophale ». Avant ce stade ultime, vers lequel tendent les efforts de l’initié, nous retrouvons étrangement associé, le Pélican dans son image classique, s’ouvrant le cœur avec son bec, pour en faire jaillir le sang – la teinture – qui redonnera vie à ses petits – les vils métaux avant la transmutation définitive. C’est en effet dans le sens de purification intégrale que les Alchimistes ont considéré le Pélican, quand ils ont désigné sous le nom de « sang de Pélican » l’état des éléments destinés au Grand Œuvre, après une longue série de purifications préalables.
C’est la fin de la réalisation de l’homme sur terre. Le Pélican est encore terrestre, mais totalement réalisé. Il est blanc comme la pureté nécessaire à toute réalisation et Rouge à la fois car il annonce l’étapesuivante où surgit le Phénix.
En Franc-Maçonnerie le Pélican est toujours représenté au pied de la croix avec sept oisillons dans son nid. Comme en alchimie, le Pélican est un père nourricier, une matrice active, un androgyne passif et actif tout à la fois.
Le sang humain est comme le vin de la terre , une boisson purifiée, fermentée, distillée, digérée. Il est nourriture spirituelle et rappelle l’une des missions du Chevalier Rose-Croix : donner à boire à ceux qui ont soif !
Le Pélican devient l’Athirshata, l’échanson du roi, le tonnelier divin. Il illustrele Chevalier Rose-Croix que l’on appelait autrefois « Le Chevalier du Pélican ».
Le sang du Pélican est ici, la quintessence naturelle. Il représente la Charité, une des vertus théologales que les Chevaliers d’Orient et d’Occident font siennes : La Foi, la Charité et l’Espérance.
Le sang versé est le symbole du sacrifice qu’exigeait la voie du devoir pour atteindre la Vérité et la Parole Perdue. Il concrétise la mort du Fanatisme, de l’Egoïsme et de l’Ambition, mais en même temps il ouvre la voie du Cœur – centre de l’Être – et siège de l’Âme et de l’Amour. Il symbolise la grande voie universelle du sacrifice et de l’altruisme. A l`époque du compagnonnage et dans les signes secrets de reconnaissance, il y avait : le triangle ‑ la truelle ‑ l’équerre ‑ le compas et, également – le Pélican ‑ symbole d’ entraide et de charité.
A l’instar des sept pélicaneaux qui tendent vers le haut, le bec entrouvert, les hommes ont faim de connaissance et soif d’Amour et de spiritualité. Le Chevalier Rose Croix a pour mission de « donner à manger à ceux qui ont faim et à boire à ceux qui ont soif » Il se doit de reconnaître avec discernement l’âme en détresse de spiritualité, et lui donner ce dont elle a besoin pour grandir et prendre son envol. Le Chevalier, comme le Pélican ne peut laisser mourir le sentiment de l’amour divin, qui étend ses ailes sur la terre.
Le symbole a été intégré par l’église chrétienne pour représenter le Don du Christ Rédempteur, dans le mystère de l’Eucharistie.
Le phénix, oiseau mythique qui renaît de ses cendres, est toujours associé au Pélican. En rapport avec le feu qui couve sous les cendres, il indique l’étape suivante de réalisation qui ne peut plus être terrestre.
On peut reconnaître cette dualité fondamentale entre le Pélican qui représente la nature humaine, et le Phénix, symbole de la nature divine, maisl’un et l’autre contiennent les deux natures à la fois, selon le dessein du Principe Créateur que nous reconnaissons sous le nom de Grand Architecte de l’Univers.
C’est la réalisation spirituelle de l’initié parfait qui ne peut avoir lieu qu’au dessus du Coeur de la Croix, point où la Rose Mystique s’épanouit. Associé à la couleur verte – le Phénix transporte son nid sur une branche de palmier – et au rouge du feu purificateur, nécessaire pour fixer définitivement le lapis en renaissant de ses cendres.
Ensemble ils symbolisent le signe et le contre signe.
J’ai dit très Sage Athirshata.