Le songe de Cyrus
F∴ B∴
Introduction :
Le songe de Cyrus, la vision de Saint Jean de l’Apocalypse et la voix mystérieuse posent tous trois la question du Pouvoir et de ces manifestations que nous pourrions qualifier venir de l’Au-delà dans un premier temps. Le but de notre exposé sera tout d’abord d’explorer ce que ces manifestations établissent comme rapport à cette notion – le Pouvoir – prise au sens large.
Et pour mieux exprimer la direction de mon propos je vais citer quelques éléments historiques concernant ces manifestations. Deux attitudes parfaitement opposées caractérisent ce rapport de l’homme au rêve et aux manifestations de l’au-delà :
D’une part, les anciennes civilisations et la médecine antique (égyptienne, grecque et romaine) accordent au rêve une très grande attention. Il est à l’origine de nombreuses croyances et étroitement lié à la vie des cités. Toutes ces civilisations bâtissent des « temples d’incubation » où l’on vient pour dormir et faire interpréter ses rêves. On y cherche, non sans raison, l’explication et la guérison de certaines maladies
D’autre part, au IVe siècle, l’église catholique devient la religion officielle de l’Empire Romain et l’étude des rêves est interdite avec toutes les pratiques magiques païennes. Ce rejet provoque une fracture, une dissociation psychique collective et pour 1500 ans, la conscience occidentale est séparée de l’inconscient ou de ce qui y ressemble…
Pourtant, dans la Bible les rêves et les songes ont une place très importante. Les « Somnia a deo missa » expriment la volonté divine, éclairent un destin individuel (le rêve de Jacob) ou annoncent un avenir plus ou moins éloigné (le songe prémonitoire de Nabuchodonosor et les visions de Daniel).
Le Livre de la Sagesse(Siracide) n’en met pas moins en garde contre les songes, « capables d’égarer les êtres humains, de donner des ailes aux sots et de punir les méchants »…
Le Talmud, (commentaires rabbiniques des textes bibliques), est très nuancé au sujet du rêve et insiste sur son ambivalence. Le rêve n’a de valeur que « selon l’interprétation qui en est donnée ».
Pour le Judaïsme moderne, le rêve affranchit la conscience des limites de la vie éveillée. On dit qu’un homme qui ne rêve pas pendant 7 jours devient méchant. Le rêve donne accès à un espace infini, et met parfois en relation avec la divinité.
Le rêve est imprévisible et il donne à certaines personnes un appui, une certitude intérieure. Son étude, déjà interdite, est assimilée aux pratiques de sorcellerie et de magie. Mieux vaut oublier les rêves bibliques, l’exemple de Joseph et des traditions millénaires. Dans les ordres monastiques, les prières nocturnes et un lever très matinal privent les moines de leurs rêves. Leur contenu est considéré comme diabolique et l’interprétation en est interdite. Les individus soupçonnés d’avoir de telles activités sont recherchés, dénoncés et traités comme des hérétiques, privés de leurs biens, torturés et parfois brûlés.
Les autorités catholiques provoquent ainsi une double dissociation : d’une part, la conscience occidentale est privée de sa fondation naturelle, l’inconscient ; d’autre part, le renoncement à la vie terrestre et la mortification sont présentés comme les bases de la vie spirituelle : le sommeil et le rêve, la vie concrète, l’amour et la sexualité éloignent l’homme du bien, de Dieu et le livrent au mal, au démon. Cette conception soi-disant chrétienne de l’homme va dominer la vie quotidienne, intellectuelle et religieuse occidentale depuis le moyen-âge jusqu’au XXe siècle :
« Avant que s’achève le jour, Dieu créateur de l’univers,Ensembles nous vous demandons que votre amour veille et nous garde.
Que loin de nous passent les songes et les fantasmes de la nuit.
Gardez nos corps de l’Ennemi, afin qu’ils ne soient pas souillés. »
(Complies du dimanche – XXe siècle)
Au XVIe siècle, les Réformateurs tentent de restaurer l’autorité de la Bible dans l’Église, et les premiers Luthériens sont exécutés. Dans l’Eglise catholique, le principe d’une lecture des textes sacrés sera enfin rétabli par le Pape Pie XII à la fin de la seconde guerre mondiale, devant le spectacle effrayant de l’effondrement des valeurs occidentales. Quant au subconscient et au rêve, l’église moderne, réformée ou non, l’ignore toujours.
Sous le Premier Empire, les règles très sévères qui restreignent les libertés de pensée et d’expression sont maintenues. Le rêve semble capable de déranger un pouvoir totalitaire, et il reste considéré comme dangereux car les anciennes interdictions religieuses sont reprises dans le code pénal.
L’ancien Code Napoléon, en vigueur jusqu’en 1992, punit « de l’amende prévue pour les contraventions de la 3° classe les gens qui font métier de deviner et pronostiquer, ou d’expliquer les songes. » (article R. 34, 7°)
Le rêve pose d’abord la question délicate de son sens et reste ainsi exclu de toute étude rationnelle. Même la psychanalyse, en partie basée sur l’interprétation des rêves, pouvait être considérée comme illégale (en France) avant la parution du nouveau code pénal. Un médecin qui s’intéressait aux rêves de ses patients pouvait être inquiété. L’interprétation des rêves reste légalement interdite jusqu’en 1992 (dans la loi française).
Ensuite apparurent les premières démarches scientifiques : Malgré ces interdictions religieuses et légales, l’intérêt pour les rêves renaît au XIXe siècle et profite de l’affaiblissement du pouvoir de l’église. L’occultisme devient à la mode et c’est l’époque des cercles spirites, de l’écriture automatique et des tables tournantes.
Des savants, des écrivains et des hommes célèbres prennent note de leurs rêves, ils racontent les songes à l’origine de leurs découvertes et de leurs destins. L’existence d’une activité psychique méconnue devient une certitude. Ainsi le chimiste August von Kekule (1829-96) tente d’élucider la structure du benzène. Dans un rêve, « il voit l’image d’un serpent qui se mord la queue », et sa réflexion le conduit à imaginer un noyau cyclique avec six atomes de carbone.
En 1924, le Larousse Médical Illustré donne du rêve la définition suivante : »Désordre psychique à contenu absurde et sans valeur pratique. »
Il associe ensuite le rêve aux récents travaux de Freud sur les maladies mentales. La crainte viscérale inspirée par la folie écartera les esprits trop curieux : le rêve concerne les malades mentaux et leurs psychiatres, et la psychanalyse se construit sur ces préjugés pseudo-scientifiques négatifs.
S. Freud exerce d’abord dans un laboratoire de physiologie, puis il s’établit comme médecin neurologue à Vienne. Il s’intéresse à l’hypnose et aux hystéries et se heurte aux névroses et aux puissants refoulements sexuels de son époque. En 1897, il commence son autoanalyse et en 1900, il publie son « Interprétation des rêves ».
Hystérie et refoulement : Les observations de Freud mettent en évidence le rôle de refoulements sexuels au cours des hystéries. Il montre comment certaines pulsions refoulées au cours de la petite enfance sont à l’origine de manifestations hystériques et décrit ainsi un mécanisme à l’origine de névroses.
Freud généralise ces observations. Il leur donne une valeur universelle et définit l’inconscient comme le réservoir obscur de pulsions sexuelles refoulées dans l’enfance.
Mais des études plus récentes et en particulier celles de Tobie Nathan, ethnopsychiatre de l’école de Georges Devereux , retracées dans « la Nouvelle Interprétation des Rêves », « Du commerce avec les diables » et « Les Secrets de vos rêves », entre autres font la part belle à la divination, au chamanisme et à un retour vers une explication du Pouvoir de ces manifestations, plus « archaïques ».
Et que dire des aborigènes australiens et de leur société basée sur le Rêve et leurs représentations des chemins qui y mènent comme dans une contrée réelle !
On voit à la lecture de tous ces faits l’importance du rapport de ces manifestations avec la notion de pouvoir, qu’il soit occulte, religieux, scientifique ou légal et c’est en tant que telle que l’interrogation sur sa validité et son inscription dans un corpus cohérent de faits liés par des causes et des effets sont à prendre en compte. Le songe de Salomon est un exemple du rapport qui préexiste entre toutes les notions de pouvoir et le songe (celui-ci est à l’origine de sa sagesse), il est roi comme Cyrus et reçoit du Tout Puissant les instructions et les enseignements en songe, c’est la voix du Ciel qui se manifeste surtout aux Puissants.
Si le rêve, la prémonition, la vision, la claire audience ne doivent s’interpréter qu’au regard de la notion de Pouvoir, de quel pouvoir s’agit-il donc ? Pouvoir de quoi ? Ici nous allons le voir il s’agit du pouvoir de « libérer un message », je préfère cette expression à celle de « délivrer un message » car il y est alors plus question d’un pouvoir à proprement parler. Il semble que dans les trois manifestations en cause, il y ait eu comme « une pression » du contenu du message sur le contenant du message soit dit la réalité considérée alors soit comme psychique, humaine, sociale, ou intellectuelle. Mais alors ce contenu, le message à libérer dans quel contenant premier se trouvait-il pour se déverser dans un autre ? La divinité, l’inconscient, le surconscient cher à Guénon, dans quel détour de l’anatomie psychique était-il ?
Pour ce qui est du songe de Cyrus, l’inspirateur est connu, il est cité dans le rituel, c’est Dieu lui-même qui suggère au roi de libérer les Israélites et de leur laisser regagner leur patrie à défaut de quoi sa vie serait menacée. Mais il y a là un élément troublant que nous devons relever, Cyrus n’est pas de religion juive et pourtant le dieu des juifs lui parle. Comment se fait-il même si l’on accepte qu’il puisse y avoir communication inter-religieuse, que Cyrus croit en la puissance de ce dieu étranger ? C’est bien là qu’il faut replacer le phénomène du songe et de la prédication à cette époque. Le songe est plus puissant, plus porteur de sens que la religion elle-même. Les Prophètes étaient alors les envoyés de Dieu et les songes les inspiraient. Cyrus avait établi que la religion juive avait autant de fondement, de raison d’être que celle de Zarathousthra ; il ne la pratiquait pas bien sûr, mais s’il combattait le peuple juif, il ne combattait pas sa religion. Le message d’un dieu étranger avait valeur à ses yeux et parvenu en songe était doté d’une puissance immense. Nous en arrivons à ce paradoxe singulier que ce qui rend crédible une prémonition est plus le médium, en l’occurrence le songe, que sa source divine, celle-ci paraissant particulièrement éloignée des croyances du roi rêveur. Le Pouvoir du songe se communique aux Israélites renvoyés chez eux pour reconstruire le Temple de Salomon.
Pour ce qui est de l’Apocalypse de Jean de Patmos (si c’est bien lui qui en est l’auteur, ce qui se discute toujours), il est dit dans le rituel qu’il a vécu « en esprit » ses visions. Reprendre le texte entier de l’Apocalypse est le sujet de plusieurs planches et n’est pas le projet que j’ai élaboré, il est plutôt question ici de la nature de ces visions au regard des autres événements « paranormaux ou surnaturels » évoqués dans les grades capitulaires. Donc, Jean voit « …un ciel nouveau et une Terre nouvelle…Et je vis aussi la Ville sainte, la Jérusalem nouvelle, descendre du ciel d’auprès de Dieu…Mais je n’y ai pas vu de Temple, car le Seigneur Dieu en est le Temple, ainsi que l’Agneau ; La Ville n’a d’ailleurs besoin ni du soleil ni de la lune pour l’éclairer…Jamais n’y entrera de profane…mais ceux-là seuls dont le nom est inscrit au Livre de Vie de l’Agneau ». Il n’y a pas d’origine précisée de ces visions et Jean semble tirer de sa substance propre ces images. Ce serait un pouvoir spécifique du Saint apôtre que de « voir » comme en songe ce qu’il adviendrait. On sait qu’à l’époque du Christ, la fin des temps et la venue du Messie attendu par les juifs étaient prophétisées. C’est donc à une prophétie que nous avons affaire et une prophétie de nature eschatologique. Le Saint rédacteur est un Prophète, ce qui à l’époque toujours était regardé comme tout à fait plausible et normal au sens étymologique. La pression exercée par la culture vouée à la fin des temps et en particulier les visions d’Ezéchiel, un environnement facilitateur, un subconscient adéquat et un psychanalyste un peu hâtif aurait tôt fait de nous brosser un tableau clinique approprié. Il y a dans la débauche d’images une créativité, inégalée dans les autres écrits anagogiques du Livre, qui relève à n’en pas douter d’un esprit doué d’une imagination très grande mais les valeurs numériques et les descriptions peuvent bien heureusement s’interpréter symboliquement en fonction de l’Hermétisme chrétien ce qui en fait un message « libéré » lui aussi, comme le songe de Cyrus. La différence en est que la source divine est là tout intérieure c’est la divinité ou la puissance divine inscrite dans l’âme même du Saint qui est à l’origine des visions. C’est ce qu’un hindouiste appellerait l’atman plutôt que le Brahman. Il y a trop de symboles chargés (les cavaliers, leurs couleurs, les sept sceaux…etc.) de sens pour qu’il s’agisse d’un pur « trop-plein » au sens clinique. On peut se poser la question de la réalité du chemin emprunté, et de la possibilité d’une invention posée de ces images par un rédacteur conscient du message à délivrer. C’est improbable vu la datation de l’écrit au 1er siècle. Ce type de contrefaçon n’était pas de mise, et ne semble pas réaliste.
L’Apocalypse de Jean remet en vigueur des éléments vétéro-testamentairesqui refont vivre leur violence. Le Tout Puissant se présentait comme un dieu de vengeance, sa puissance se manifestait par des luttes sanglantes. L’esprit du rédacteur semble possédé par sa culture judaïque plus que par celle non encore qualifiée de chrétienne. Il semble que la formidable construction de ce récit rappelle l’environnement culturel de l’époque et les extraordinaires contraintes spirituelles qui s’ensuivaient. Les archétypes mis au jour par cette « libération » par la parole sont tellement nombreux et intriqués qu’un seul suffit à entrevoir la densité de l’ensemble. Les quatre cavaliers et leurs montures montrent des symboles et sont associés à des couleurs. Si le cheval est symbole de « passion » au sens de pathos et celui qui le monte celui qui la réfrène, les couleurs et les symboles sont en eux-mêmes les vertus, les pouvoirs portés par ces passions et sont à même d’agir sur le spectateur de ces visions. Nous avons encore là – comme exemple – le rapport de Pouvoirs avec une réalité.
La voix mystérieuse, elle, dit : « Depuis que le soleil a disparu, que les ténèbres se sont répandues sur la terre, que les outils ont été brisés et que l’Étoile flamboyante s’est éteinte, les ouvriers se sont dispersés et la Parole a été perdue. La misère a accablé la Maçonnerie, et les Frères attendent que cette Parole soit retrouvée afin de faire renaître l’antique splendeur de l’Ordre. Vous vous êtes engagés dans cette mission difficile, mais la Foi vous manque ! Prenez courage, le Flambeau de l’Espérance vous éclaire. Vos Frères vous attendent et vous sortirez des ténèbres. »
Le texte dit, avant qu’ils étaient tombés accablés, contrits de ne rien trouver. Le texte continue et parle de la défaillance des Chevaliers d’Orient et d’Occident. Il y a eu perte de conscience. Sommeil ? Rêve ? Nul ne sait dans quel état d’inconscience, tous entendent la Voix. Le constat semble unanime. Désespérés, anéantis, ils retrouvent l’Espérance car la Foi leur a manqué. Il y a comme un deuxième souffle, la matière physique annihilée, l’Esprit est libre de les guider et cette Voix mystérieuse qui est la leur ni intérieure ni extérieure, ni immanente, ni transcendante à la jonction de la croix, au cœur où tout se réunit parle, venant du Centre là où il n’y a plus de dualité. Les exercices spirituels comme la petite philocalie ou prière du cœur orthodoxe nécessitent une très grande fatigue de la respiration pour être pratiqués. Et cette fatigue éveille l’Esprit. Les exercices de Yogafavorisent la concentration sur l’Esprit et le détachement du corps. De même, nos futurs Chevaliers Rose-Croix sont dans un état second, aptes à recevoir le message du Centre immobile.
Mais ce que Tobie Nathan nous apprend de l’interprétation des rêves dans « La Nouvelle interprétation des rêves » et « Les secrets de vos rêves » c’est l’importance de la solution apportée par l’onirocrite, celui qui interprète les rêves. Sans ce tiers personnage, la solution que le rêve peut offrir n’existera pas. Il faut du tiers pour que le rêve ait son effet dans la vie du rêveur Aussi les trois manifestations prophétiques, le songe de Cyrus, la vision apocalyptique de Jean, et la voix mystérieuse ne font pas intervenir ce genre de mage aussi devons-nous rester perplexe sur le message réel car il est bien des exemples – en particulier dans le Talmud – de rêves similaires interprétés différemment par des onirocrites différents qui ont eu des « solutions » différentes. C’est l’onirocrite qui porte à maturité le message. Qu’en est-il dans nos trois exemples de la croyance à la valeur littérale du message sans interprétation ?
Et bien c’est à chacun de nous que le rituel s’adresse nous invitant à devenir celui-là qui choisit, et apporte la solution. Cyrus n’est autre qu’une partie de nous dont l’autre décrypte le rêve et par le jeu des rôles nous en arrivons à interpréter un songe d’un autre nous-même. Alors la Force de la solution que nous aurons trouvée rejaillira et nous serons capables de faire face au destin que nous aurons fabriqué.
De plus Tobie Nathan nous apprend aussi que le rêve est un être. Dans notre cas ce qui s’adresse lors du songe à Cyrus est un être protecteur mais son interprétation aurait pu être toute autre. Le sens littéral qui lui est attribuée est né de son origine divine. Il n’y a qu’à se rappeler le tableau de Füssli représentant un cheval chevauchant une dormeuse. C’est bien un être doué d’autonomie. Il suffit de lire « Les Praticiens du rêve » pour voir combien la civilisation indienne d’Amérique a pu le considérer tel, il est chez eux un guide de l’individuation. La Voix qui parle aux Frères dans le désert, considérée comme un être, un esprit, rend plausible la Foi communiquée.
En 1911, A. Adler est le premier collaborateur de Freud à prendre son indépendance. Pour lui, le psychisme et la volonté de puissance d’un individu évoluent à partir d’un sentiment initial d’infériorité. Le rêve est une création tournée vers l’avenir et vers la réalisation d’un désir de puissance. On retrouve professée ici, le rapport que l’on a voulu expliciter du Pouvoir au Rêve.
En revenant à nos trois expressions surnaturelles dans le rituel, le songe de Cyrus, l’Apocalypse de Jean et la Voix dans le désert, nous pouvons les voir comme des expressions du Pouvoir divin ou du Soi et en tant que telles comme volonté de Puissance. Cette volonté de Puissance est le pendant du désir du Chevalier Rose-Croix de faire du Monde le règne de l’Amour. Il semble qu’il soit donné pour ce faire un nouvel outil des plus fameux, sa capacité à se relier à son Surconscient. C’est dans le développement des états modifiés de conscience que le Rose-Croix, devient un chaman et peut interpréter les visions extatiques qu’il manifeste. Il semblerait que la voie proposée au Chevalier Rose-Croix soit une voix de développement de ses pouvoirs – on peut en trouver une preuve dans la quête de nombreux mouvements Rosicruciens-et de développement de ses états de conscience. Il est rare dans le REAA de trouver ainsi, la volonté délibérée de trouver un autre langage avec la transcendance et l’immanence, une autre médiation que le symbolisme.
En conclusion, je dirai que le grade de Rose-Croix s’est construit sur des courants nombreux dont l’aspect occultiste et magique n’est pas à renier. L’Amour semble se décliner ainsi dans un prisme différent des autres grades dans une volonté de Puissance qui ne ferait pas mentir Nietzsche, qui s’impose comme un canal surnaturel, une voie secrète d’action et de passion. Le chemin est ici plus considéré comme une mystique en prise avec les origines du mystère et ses moyens d’expression que comme une voie humaniste de développement personnel. L’exigence du grade est plus grade, elle fait fi des méthodes antérieures, elle nous plonge directement dans le surnaturel et nous oblique à communiquer par ce moyen. L’intuition n’est plus ici suffisante, les certitudes acquises sur la base du bon sens et d’un occidentalisme peu enclin aux pratiques chamanistes ne sont plus de mise, il faut se confronter au Réel tel qu’il se présente purifié de ses voiles. L’intellect et le discours rationnel, la pensée font place à l’expérience directe avec le Réel et ce qu’il suppose : l’irruption dans un nouveau Monde qui nous fait oublier l’Ancien. L’habitude confortable du raisonnement ne sert de rien, seule la confrontation avec la Nature numineuse du moi est permise.
J’ai dit Très Sage Atirsata