L’Epée
J∴ M∴
Je vous ferai part de mes réflexions suivantes :
- La présentation générale des épées p.1
- La comparaison des épées en Occident et en Orient p.5
- A travers deux millénaires : vers l’an zéro de l’ère chrétienne p.6
- L’évolution de l’épée p.6
- Quelques armes du XVIe siècle p.14
- Les épées en Orient et en Afrique p.25
- Le symbolisme de l’épée p.35
- L’Epée au grade de Compagnon p.41
- L’Epée (documentation retrouvée) p.44
Dans la forme définitive, l’épée apparaît comme une arme d’estoc et de taille, possédant une longue lame ainsi qu’un double tranchant (parfois, il y a un seul tranchant pour les épées à usage spécifique).
1. Présentation générale:
Née peut-être 2000 ans avant Jésus-Christ et dérivée du poignard grâce à la résolution des difficultés techniques posées par la fabrication d’une longue lame, suffisamment rigide et garantissant une résistance satisfaisante sous l’impact d’un coup, elle fut initialement une excellente arme d’estoc, comme l’attestent le système d’insertion de la lame dans la poignée par le biais d’une encoche peu profonde pratiquée dans cette dernière, et la fixation de la lame dans ce trou moyennant trois rivets rabattus.
Ce système permettait d’absorber et de supporter des contraintes même considérables lorsque celles-ci étaient parallèles à l’axe de la lame, mais s’avérait totalement inefficace quand les forces étaient appliquées perpendiculairement. On franchit un pas en équipant les lames d’un prolongement aminci à l’extrémité opposée à la pointe, dite “soie”, sur laquelle on pouvait introduire un manche, ou bien en coulant la lame et la poignée d’une seule pièce. On obtient ainsi une arme assemblée solidement et supportant très bien les pressions les mécaniques résultant soit de coups d’estoc, soit de coups du tranchant ou de fendants à la poitrine.
S’agissant de la forme des lames (droites, courbées, en mâchoire d’âne elle fut surtout liée aux traditions ethniques et culturelles des divers pays; notons en outre une supériorité présumée des lames courbes pour les coups de taille, et des lames droites pour les coups d’estoc; le fait les différentes formes de lames adoptées reflètent les préférences des diverses ethnies sur le plan des techniques de combat est par ailleurs discutable. En règle générale, on peut affirmer que les formes rectilignes 1’emportèrent dans les pays faiblement soumis à l’influence orientale, alors que les formes curvilignes prévalurent au Moyen-Orient et dans les pays d’Europe qui entretinrent avec ce dernier d’étroits rapports commerciaux ou qui furent envahis et dominés par ce dernier.
De l’alliage au métal:
L’acquisition du fer comme matériau de fabrication ne provoqua pas, durant plusieurs siècles, le déclin de l’épée de bronze : les deux armes coexistèrentlongtemps, avec leurs avantages et leurs défauts respectifs, jusqu’au moment où, vers 4000 av. J.-C., le fer prit résolument le dessus. Le gros handicap de ce nouveau métal était lié, du moins à l’origine, au problème de sa découverte, dans la mesure où l’on n’utilisait que du fer extrait de gisements à ciel ouvert (fer sidéral ou météorique), ce qui limitait considérablement sa diffusion, tandis que les matières premières servant à couler le bronze atteignaient pratiquement tous les groupes ethniques d’une certaine importance à travers les deux grandes routes “de l’étain” “du cuivre”. Par ailleurs, alors que le bronze pouvait être fondu, le fer devait être travaillé par forgeage, les procédés de trempe étant, de plus, loin d’être satisfaisants: si l’on souhaitait qu’une lame soit suffisamment rigide, il fallait la faire soit courte soit très lourde, et ce aux dépens de sa maniabilité.
Les lames en fer présentaient l’avantage de pouvoir être mieux affilées et de se déformer plus facilement sous l’action des coups: là où le bronze cassait, le fer pliait, mais pouvait encore être employé au combat, tant bien que mal, après une petite pause durante laquelle il était redressé à l’aide du pied ou d’une pierre.
De récentes découvertes archéologiques font nettement reculer le début de l’âge du fer, en faisant remonter la découverte de ce minerai au peuple mythique des Pélasges qui utilisèrent ce métal pour réunir, à l’aide d’une cheville à double queue d’aronde, les rochers de leurs murailles cyclo-péennes. Ce peuple, dont la splendeur date du règne de Sargon 1erfut chassé de ses propres lieux d’habitation par l’invasion des Iksos ou Hittites, les premiers, historiquement, à avoir fabriqué des armes de taille en fer. Il semble que les Hittites se soient contentés de recycler, sous forme de lames, le fer constituant les tiges d’assemblage des rochers cyclopéens. Au fil des siècles, les techniques de forgeage, l’invention de fours conçus pour fondre le fer afin d’obtenir un métal plus pur, l’adoption du traitement par laminage et compactage, les techniques d’enrichissement au carbone et le progrès des systèmes de trempe permirent, vers l’an 1000 apr. J.-C., de produire de longues lames de grande qualité: dans la Chanson de Roland, Roldus (ou Turoldus) raconte comment l’infortuné paladin tenta en vain de détruire sa propre épée en frappant un rocher de toutes ses forces à au moins dix reprises. Après un pareil traitement, l’épée du vaillant Roland ne s’était même pas déformée: “Oh, merveilleuse qualités des aciers antiques”! Par-delà l’emphase poétique, il est certain que les lames de cette époque avaient atteint un très haut degré de qualité qu’il était alors difficile d’améliorer sur le plan des caractéristiques du métal employé pour leur fabrication.
Les changements successifs :
Ce qui changera, ce sera la monture et, surtout, la forme de la poignée et des dispositifs de protection de la main qui saisit l’arme. Ceux-ci revêtirent au départ une structure extrêmement simple: une barrette de métal diversement profilée, placée transversalement entre la poignée et la lame, avait pour fonction de bloquer les coups du tranchant qui, glissant sur la lame elle-même, pouvaient blesser la main tenant cette dernière. Cette forme de garde cruciforme donna naissance à beaucoup d’autres typologies assurant une protection de plus en plus grande, très influencées par les différentes innovations de l’art du combat (perfectionnement des écoles d’escrime et techniques de l’estocade). On aboutit ainsi à un arceau qui, du côté de l’un des fils, partait du quillon de la garde pour rejoindre la partie supérieure de la poignée, et que l’on appela “branche de garde”. Cependant, dans le cas d’un coup d’estoc, la main restait encore dangereusement découverte, si bien que l’on vit apparaître des épées munies de systèmes de protection de plus en plus sophistiqués et allant même jusqu’à la fermeture complète du plan situé sous la poignée au moyen d’une “tasse” ou de deux “coquilles”. Dès l’époque protohistorique, la notion d’arme s’était modifiée en associant au caractère fonctionnel un concept esthétique qui se manifestait dans la production d’armes de plus en plus ornées et aux montures de plus en plus riches. De brillants orfèvres et ciseleurs furent engagés pour embellir de leur travail le plat des lames, puis pour ajourer, graver voire incruster les manches ou les gardes de pierres semi-précieuses ou précieuses; divers matériaux furent utilisés pour fabriquer les poignées: du simple bois au métal même précieux, de la corne à l’ivoire, du corail à la porcelaine, en ce qui concerne les épées courtes d’une époque donnée. Les fourreaux subirent des transformations similaires: conçus pour assurer la protection de l’épée (et du soldat), ils suivirent inévitablement son évolution (il en existe de splendides, décorés “en suite” avec leur propre lame) en s’ornant d’émaux, d’incrustations, de métaux précieux…
L’épée était destinée à être portée à cheval, accrochée à l’arçon, ou bien à pied, à l’aide d’une bande passée en bandoulière appelée “baudrier”, ou d’une “ceinture”. Ces différents usages influencèrent les fourreaux ou, mieux encore, leur système de suspension, de même que la forme des vêtements qui, dans le cas précisément d’une épée à porter sur soi, orientait le choix du système de suspension. Notons que les grandes épées à deux mains, les épées bâtardes et les estocs étaient portés soit nus soit dans un fourreau très simple placé dans le dos, afin d’en faciliter l’extraction ou de permettre de transporter plus aisément ce poids non négligeable.
Il est évident que le degré de finition d’une lame, la qualité de l’acier et la richesse de la monture dépendaient non seulement de l’époque (moyens techniques et goûts), mais également de la somme que le client était disposé à verser. Il y avait des épées pour toutes les bourses; de plus, le marché arriva très vite à une spécialisation, si bien que les lames forgées par exemple en Espagne étaient montées en France: d’innombrables ateliers fabriquaient des lames qui étaient par la suite exportées et assemblées dans des pays parfois très éloignés de leur lieu d’origine.
Les meilleurs ateliers, dirigés par des maîtres armuriers, garantissaient la bonne qualité de leur produit en signant la lame ou bien en y apposant leur propre marque de fabrique. Nombreuses sont ces lames qui nous sont parvenues; toutefois elles n’ont pas toutes la même valeur car la falsification des marques était plutôt fréquente.
En outre, beaucoup d’ateliers d’armuriers, même réputés, produisaient des articles de “deuxième choix” destinés aux marchés de ce que nous appellerions aujourd’hui les “pays tiers”, sur lesquels ils gravaient aussi clairement leur marque. Il est vrai, néanmoins, que certains des fabricants les plus honnêtes apportaient de légères modifications au poinçon en question afin de différencier cette production, mais il s’agissait de détails susceptibles d’être perçus exclusivement par les initiés et certainement pas par la grande majorité des acquéreurs.
Les moins riches avaient à leur disposition une autre source de fabrication: les braves artisans du fer qui, dans les forges des différents pays, martelaient de solides lames sans prétention à la demande du particulier ou du seigneur du lieu qui s’en servait pour armer ses troupes personnelles. Il s’agit en général d’épées au faible degré de finition, d’équilibrage douteux, de trempe convenable, mais sans aucune comparaison avec celles des lames de valeur. Il faudra attendre l’institution des grandes armées en uniforme pour trouver des lames aux caractéristiques homogènes affectées à la troupe, l’épée étant désormais, pour sa part, sur la voie du déclin, remplacée par le sabre et la dague militaire.
2. La comparaison des épées en Occident et en Orient :
En Occident, l’arme blanche enregistra une vaste progression typologique conditionnée, du moins pour ce qui est de son emploi à la guerre, par l’évolution simultanée de la cuirasse (qui de la cotte de mailles passa à “l’armure de plates” complète, puis à celle de joute, extrêmement résistante) ; les armuriers se voyaient contraints de battre des lames de plus en plus spécialisées et robustes, et de concilier les facteurs poids et solidité avec la recherche de nouvelles méthodes de forgeage jusqu’à ce que l’arme à feu rende la cuirasse désuète.
En Orient, où l’armure fut pratiquement toujours “imbriquée” c’est-à-dire à écailles ou lamelles superposées, les épées se cristallisèrent dans des formes fixes qui, des centaines d’années après, n’ont pas changé. On peut dire que les diverses ethnies orientales eurent, avaient et parfois ont leur type d’épée particulier. Dans ce domaine immense et peu connu, on a du mal a s’orienter.
Les lames orientales sont généralement en acier damasquiné, de bonne ou excellente facture, surtout en ce qui concerne les lames indiennes et celles du Moyen-Orient; leur monture est riche, quelquefois trop clinquante, mais atteint souvent des niveaux d’extrême finesse. Pour bon nombre de populations orientales, l’arme a assumé et conservé, parfois jusqu’à nos jours, un caractère sacré comparable à celui que lui attribuaient les chevaliers du Xe siècle, et le maniement de l’arme blanche implique encore maintenant, dans les pays d’Extrême-Orient, de profondes corrélations philosophiques et religieuses. Ce concept particulier de l’arme blanche explique également en partie que ses formes soient demeurées quasiment inchangées dans le temps.
3. A travers deux millénaires: vers l’an zéro de l’ère chrétienne :
Caractéristiques générales :
L’épée utilisée dans le bassin méditerranéen, et plus particulièrement dans les pays d’influence grecque et crétoise, est caractérisée par une poignée à une main se terminant par une calotte fongiforme, tandis que l’extrémité, destinée à recevoir la lame, s’élargit et finit par constituer une fausse garde dans l’épaisseur de laquelle un logement de quelques centimètres de profondeur est creusé.
La poignée de métal était indispensable puisque la lame se terminait à angle droit, sans soie, et était fixée sur la poignée moyennant deux rivetspassants qui bloquaient la lame encastrée dans le logement susdit. Celui–ci devait nécessairement être le plus robuste possible afin de pouvoir supporter, sur une surface réduite, les forces mécaniques résultant de l’emploi pratique de l’arme.
Les poignées de ces armes étaient en métal précieux si l’épée faisait partie d’un trésor funéraire ou en bronze. Dans ces deux cas, la forme ne change pas et le métal est finement ouvragé avec des motifs curvilignes et ou médaillons.
La lame, d’environ 70 à 90cm de long, à pointe aiguë, à forte arête médiane et à nervures latérales accessoires, était extrêmement rigide et convenait exclusivement, compte tenu de son mode d’insertion dans la poignée, aux coups d’estoc.
Les exemplaires dans les musées (musée de la cavaleries à Sancerres) nous donnent une idée du niveau des techniques d’orfèvrerie de l’époque: nous disposons en effet de lames de bronze remarquablement damasquinées, reproduisant des scènes de chasse ou de guerre où le dessin stylisé et les positions quasi rituelles se fondent harmonieusement, constituant un ensemble d’une grande force suggestive.
4. Evolution de l’épée :
L’origine de cette évolution est liée au besoin de pouvoir utiliser l’épée comme une arme de taille et de disposer, par conséquent, d’un instrument susceptible de supporter des contraintes mécaniques exercées pendiculairement à l’axe de la lame: il s’agissait donc de renforcer le point de jonction constituant le point d’appui d’un levier qui subissait l’action de deux forces contraires.
Une importante innovation dans le procédé de fabrication de l’épée survient vers la fin du IIesiècle avant. J.-C.: la lame est maintenue dans la poignée par le biais d’un prolongement appelé “soie”, destiné soit à la traverser de part en part, soit à servir d’appui pour l’application de deux plaquettes façonnées de manière à permettre une prise facile et fixées sur ce dernier à l’aide de clous passants et rabattus.
Un autre système largement utilisé consistait à couler d’une seule pièce la me et la poignée, créant ainsi une arme monolithique particulièrement solide. Le passage du système de fixation par rivets à l’assemblage sur soie ou à la monofusion s’effectua par l’intermédiaire d’une phase transitoire durant laquelle le logement de la poignée se fit de plus en plus profond et le nombre des rivets (deux ou trois) augmenta.
Quand l’épée devint également une arme de taille, la lame ne fut plus exclusivement droite, comme nous l’avons vu précédemment, mais adopta différentes formes, à l’image des épées assyriennes et égyptiennes.
Les types de poignées des épées de cette époque présentent parfois, à l’extrémité opposée à la lame, un prolongement en forme de clou. Pour tenter d’expliquer cette “option” plutôt curieuse, nous pourrions supposer qu’on s’en servait, lors du passage du combat rapproché à l’épée au véritable corps à corps, comme d’une sorte de couteau venant frapper la tête de l’adversaire d’un coup “en marteau”, ou bien son dos lorsque le contact était très étroit et la prise basse.
A la fin de l’âge du bronze, la partie supérieure de la poignée prit une forme dite “à antennes”, dans un but décoratif ou, peut-être, sous l’influence des doctrines ésotériques orientales, magiques et mystiques.
1cr siècle avant J. -C. :
Pendant la première moitié du 1ersiècle av. J.-C., les épées en fer reprirent le motif de la poignée à antennes et le transformèrent en sujet anthropomorphe dont les bras levés remplaçaient les antennes; le corps constituait la poignée à proprement parler, et les pieds et les jambes composaient une sorte de garde pour la lame qui s’y insérait. C’est de là que dérive la longue épée gauloisepossédant une lame mesurant jusqu’à 90cm, à la pointe tout d’abord ogivale puis aiguë. Elle était munie de fourreaux de bois et de cuir, et de poignées parfois en bronze; les gaines des armes les plus riches pouvaient être entièrement en bronze.
Cette épée découlait d’un modèle totalement différent qui exista en même temps que les lames de bronze, et que l’on reconnaissait soit par sa poignée anthropomorphe (type “la Tène”), soit par une poignée dont la partie supérieure se terminait par un pommeau en forme de tour à large base (type Hallstatt), réalisé en os, ivoire ou autres matériaux précieux finement gravés et parfois de couleur. En ce qui concerne la lame, ces épées de la première moitié du dernier siècle av. J.-C. se présentaient exclusivement comme des armes de taille: elles étaient en effet totalement dépourvues de pointe et possédaient un épaississement au centre.
Elles donnèrent naissance à deux types d’épées destinés à s’affronter sur les champs de bataille de l’Europe entière : la grande épée gauloiseet le glaive romainqui transforma le pommeau terminal de l’épée de Hallstatt en une sphère, tout en conservant sa masse et en raccourcissant la lame, munie d’une pointe renforcée, qui passa ainsi d’environ 1m à 50 ou 85cm selon la période historique.
Le plus petit dénominateur commun de ces deux types dérivés de l’épée de Hallstatt est la réapparition de la pointe, mais quelle différence au niveau des dimensions! Différence que l’on peut cependant aisément comprendre si l’on pense aux divers modes de combat de ces populations : d’un côté les Barbares se battaient en groupes organisés comme des tribus et concevaient l’affrontement comme une série de duels individuels, en ordre dispersé ou tout au moins ouvert, avec suffisamment d’espace pour pouvoir brandir leurs longues épées et les utiliser facilement en assénant des coups de taille; de l’autre les Romains, sévèrement encadrés en ordre fermé, opposaient à l’ennemi une muraille de boucliers, privilégiaient la courte distance et frappaient vivement d’estoc par les intervalles de leurs boucliers juxtaposés. Précisons que cette différence s’applique à l’infanterie romaine puisqu’aussi bien la cavalerie que d’autres corps spéciaux étaient équipés de longs glaives.
Des Francs à l’époque romane :
Dans les années qui précédèrent l’époque mérovingienne, des populations migratrices provenant de l’est et du nord-est de l’Europe réintroduisirent dans le bassin méditerranéen l’épée longue d’origine celtique. Celle-ci, repoussée aux frontières par les glaives romains, revint sur les scènes européennes simultanément à la dissolution et à la disparition des champs de bataille des grandes armées militairement organisées. Il s’agissait à nouveau d’une lame mesurant un peu moins d’un mètre, à double tranchant et à pointe qui, au lieu d’une arête médiane, présentait une large gouttière peu profonde. Elle possédait en outre une caractéristique innovatrice, bien qu’encore à l’état embryonnaire: entre la poignée et la lame, une plaque assez saillante, de forme ovale, faisait office d’arrêt de la lame quand on introduisait cette dernière dans son fourreau, mais servait surtout à protéger la main. C’est ainsi que naquit la garde, cette pièce de l’arme remplissant une fonction de protection spécifique. La partie supérieure de la poignée se terminait par un élément en forme de cône.
L ‘époque mérovingienne :
L’épée mérovingienne conserva cette apparence et améliora son esthétique (en marquetant richement les poignées) et son fonctionnement (en agrandissant et en épaississant la garde afin de mieux protéger la main).
Les techniques sidérurgiques atteignirent de remarquables niveaux; les artisans maîtrisaient désormais les secrets du laminage et du compactage, et produisaient des lames auxquelles la superposition de couches d’acier doux et d’acier dur conférait une grande solidité et un fil sans égal. Ils avaient en fait résolu le problème consistant à obtenir une lame suffisamment élastique pour absorber des chocs violents sans se casser (acier doux), assez rigide pour permettre de frapper vigoureusement d’estoc et dure pour pouvoir être parfaitement affilée. En raison de la méthode de forgeage, les lames de ces épées revêtent, lorsqu’elles sont bien fourbies, un superbe aspect moiré.
L’époque carolingienne :
La période carolingienne produit des épées à lame nettement plus longue et atteignant le mètre. Pour équilibrer le poids, le pommeau terminal de la poignée devient plus massif et la plaque ovale de la garde se transforme en une barrette à section quadrangulaire d’environ 12cm de long. Cette arme convient essentiellement aux coups du tranchant et aux fendants à la poitrine, et permet manifestement d’appliquer des coups puissants, spectaculaires et décisifs. La littérature chevaleresque de l’époque fait état de combats réglés par un coup bien asséné qui défonçait un casque ou tranchait net une cotte d’armes et une bonne partie du chevalier qui se trouvait dessous. De célèbres épées appartiennent à ces deux périodes :
Scalebor, Durendal ou Joyeuse de Charlemagne qui, d’après la légende, portait planté dans son pommeau un clou de la Sainte Croix.
L ‘époque romane :
Les lames de cette époque ne présentent plus de caractéristiques très différentes de celles des lames précédentes: elles s’élargissent légèrement et, sur la gouttière centrale, le nom du maître armurier apparaît quelquefois. Les modifications les plus notables concernent la monture: la garde s’allonge, spécialement dans les pays du Nord, le pommeau terminal prend la forme d’un oeuf ou bien, comme en Italie à la fin de cette période, celle d’un quartier d’orange à base convexe vers la poignée et partie concave vers le haut.
Une innovation fait son apparition dans la deuxième moitié du XIIIe siècle: la lame recouvre une pointe aiguë et non plus ogivale, témoignant ainsi d’un retour aux techniques d’estoc. Cela est dû à l’évolution simultanée de l’armure qui, partant d’un casque et d’une cotte de mailles, se compose alors de plaques d’acier reliées par des joints en mailles.
Le guerrier, protégé ainsi sur une grande surface, s’avérait davantage exposé à une estocade (qui décharge l’énergie du coup sur une surface très réduite) qu’à un coup du tranchant (qui disperse l’énergie sur toute la surface de contact de la lame). Les épées de la fin de la période romane s’adaptèrent à cette nouvelle exigence en se munissant, on l’a dit plus haut, d’une pointe aiguë, tout en conservant intacte leur capacité de frapper efficacement de taille les points de jonction entre les différentes plaques où la protection n’était assurée que par les mailles d’acier.
De l’Espadon à la Slavonne :
Le XIVe siècle :
Au début de cette période, l’épée subit de nombreuses transformations suivant l’usage auquel elle était destinée. Ces changements touchèrent tous les éléments, mais plus spécialement la lame, du moins au départ. On produisit des lames pour le combat à pied et à cheval; de plus, afin de satisfaire les préférences des hommes d’armes, on forgea des lames convenant plus particulièrement aux techniques de taille (à fils parallèles et pointe arrondie) et des lames réservées aux coups d’estoc (lames à section quadrangulaire ou triangulaire, étroites et pointues, appelées justement “estocs”).
Le modèle
d’épée le plus répandu fut néanmoins celui à fils convergents, en forme
de long triangle isocèle se terminant par une pointe extrêmement aiguë,
qui offrait la possibilité de frapper aussi bien de taille que d’estoc.
La garde reste cruciforme et le pommeau conserve une forme ovoïdale ou
lenticulaire, avec quelquefois des incrustations sur les faces
aplaties. C’est l’épée typique du chevalier du XIVe siècle,
comme nous le montre l’iconographie de l’époque.
L’évolution des conditions socio-économiques transforma l’homme
combattant à pied et servant d’appui au cavalier en fantassin,
c’est-à-dire en soldat faisant partie d’une unité militaire spécifique
et spécialisée, d’importance toujours croissante sur les divers champs
de bataille. Par conséquent l’armement de ces troupes subit lui aussi
une spécialisation: les lames affectées à l’infanterie sera
raccourcirent, ,mais on commença surtout à protéger la main du guerrier
par le biais de systèmes de garde de plus en plus compliqués; s’il
était relativement facile de protéger la main d’un coup du tranchant
qui glissait le long de l’axe de la lame, la défendre contre un coup
d’estoc insidieux tentant de la transpercer posait un tout autre
problème.
On assista ainsi à la naissance de défenses accessoires qui s’ajoutèrent à la garde cruciforme désormais insuffisante: branches de garde, pontats et quillons contribuèrent à augmenter la protection de la main et déterminèrent en outre un “recto” et un “verso” de la lame; la cage plus ou moins compliquée créée par ces défenses limitait en effet le pointage de l’arme spécialement dans les coups de revers.
Cette nouvelle notion ne s’étendit pas simultanément à tous les usagers et a tous les pays: des formes alternatives de lames continuèrent d’être affectées à des emplois tant civils que militaires. D’un point de vue géographique, on peut dire que les peuples du nord restèrent longtemps fidèles aux techniques de taille, tandis que ceux du sud et de l’ouest de l’Europe consacrèrent tous leurs efforts à affiner les techniques d’estoc, en fondant de célèbres écoles d’escrime surtout en Italie et en Espagne. Dans ces académies, on enseignait l’art de l’escrime avec une ou deux épées, une épée et une dague ou bien une épée et un petit bouclier de bras appelé “boce”. Ces écoles demeurèrent en vogue jusqu’au XVIIIe siècle, époque à laquelle l’art de l’épée commença à décliner si bien qu’un siècle après, on ne le pratiquait plus que dans les écoles militaires.
L’Espadon à deux mains du XVe siècle :
L’Espadon ou épée à deux mains est peut-être originaire d’Europe du Nord ; on en retrouve quelques exemplaires en Allemagne et en Suisse, autour de 1400 ; il est le fruit de l’évolution des lames d’infanterie ainsi qu’une arme symbolisant quasiment une époque.
Cette arme représente l’apothéose de l’arme blanche en tant qu’instrument de taille porté à son degré de puissance maximum : il s’agissait d’une épée mesurant environ 1,50m, à double tranchant, pointe arrondie ou aiguë, poignée suffisamment longue pour loger aisément les deux mains superposées, garde cruciforme simple ou parfois compliquée par des branches et un pontât.
Le pommeau, en forme de poire ogivale ou à facettes, pesait suffisamment lourd pour équilibrer cette arme. On connaît également une version d’estoc de l’Espadon (lame étroite, forte arête médiane, pointe aiguë). Ces exemplaires peuvent comporter, sous la garde, une partie de lame non affilée afin de permettre une prise réalisée en plaçant une main sur la poignée et l’autre très près du point d’équilibrage de l’arme : ce type de prise favorisait soit la précision des coups d’estoc, soit la rapidité d’exécution de certains mouvements de pointage.
Les formes des lames subirent à leur tour des changements notables : nous avons déjà vu comment des lames larges à pointe arrondie, on passa à celles triangulaires à pointe aiguë et forte arête, pour ensuite revenir aux lames larges à pointe ogivale ou aigu, mais présentant une large gouttière centrale. Une forme tout à fait particulière correspond à la lame “en zigzag” ou “flamme”. Ce modèle de lame est également appelé “flamberge”, du nom de l’épée d’un célèbre chevalier français de la littérature chevaleresque, un certain Renaud de Montauban.
L’origine géographique de cette singulière forme de lame, montée également sur des épées “à une main”, est difficile à déterminer: on sait avec certitude qu’elle était largement adoptée en Orient pour des lames courtes ou moyennement longues (cf. le Kris malais). Quant à l’épée, il s’agit exclusivement d’un phénomène esthétique; dans le cas des poignards, en revanche, on peut éventuellement considérer le dommage causé aux organes internes et provenant du fait que ce type de lame suit, en pénétrant dans un corps, une ligne oscillant autour de son axe principal.
Les dérivés de l’Espadon à deux mains :
L’Espadon à deux mains engendra une arme de dimensions plus réduites, à mi-chemin entre l’épée à poignée simple et celle à poignée double: on la qualifia de “Bûtarde”ou “d’épée à une main et demie” car la poignée permettait précisément la prise d’une main entière et de trois doigts de l’autre.
La Claymore(dérivant d’un terme gaélique signifiant Espadon) est une autre arme provenant de l’Espadon à deux mains. Sa caractéristique principale est la forme de sa garde cruciforme dont les bras sont inclinés en direction de la lame et se terminent en trèfle à quatre feuilles. Cette arme, d’origine écossaise, fut produite de la fin du XVe siècle au début du XVIIe siècle.
La Slavonne: du XVe siècle au XIXe siècle :
La Slavonneest un type d’épée dont le nom dérive des mercenaires levantins, les Slavons précisément, qui combattirent à la solde de la Sérénissime République de 1400 à la chute, provoquée par Napoléon, de la République de Venise. Il s’agit d’une épée initialement destinée à la cavalerie, mais qui équipa par la suite les troupes de piétons et, dans ses dernières années, les gardes du corps du Doge.
Elle mesure au total entre 90 et 100cm environ, la largeur de la lame au talon oscillant entre 3 et 5cm. Le pommeau, la poignée et un court ricasso représentent à peu près 15 à 17cm de la longueur totale. La Slavonne se composait la plupart du temps de lames d’origine vénitienne, espagnole ou allemande, à double tranchant et pointe, presque toujours à une ou plusieurs gouttières, rarement à arête.
Cette arme se caractérise par sa garde de fer en cage d’où sort un court quillon de parade, et par son pommeau terminal en forme de “tête de chat”. A l’intérieur de la cage, du côté où le pouce de la main qui tient l’épée vient se placer, se trouve un anneau dans lequel on introduit ce doigt et qui sert à renforcer la prise. Un trou, pratiqué dans le pommeau au niveau de l’oreille tournée vers la branche de garde, permettait le passage d’une “dragonne” maintenant l’épée au poignet du cavalier.
Chez les troupes d’infanterie, ce trou servit à fixer, moyennant un anneau, la boucle terminale de la branche de garde sur la tête de chat, constituant ainsi un deuxième point d’attache de la garde qui, tenue uniquement par la pression de la poignée contre le talon, avait fondamentalement tendance à “branler dans le manche”. Ce dernier, en bois, était ficelé et recouvert d’un manchon de cuir presque toujours noir; le filigrane était parfois réalisé par-dessus à l’aide de fil métallique. Le pommeau surmontant la poignée était initialement en bronze ou en laiton; c’est seulement dans un deuxième temps qu’il fut forgé en fer. Certaines Slavonnes possèdent un pommeau de forme rhomboïdale ou ovale.
5. Quelques armes du XVIe siècle :
La Rapière, appelée aussi “espada ropera” selon les aires de diffusion, fut une arme qui marqua une époque: son évolution s’étend du début du XVIe siècle à la fin du XVIIe siècle. Elle se répandit largement en Italie, en Espagne et en France, pays où elle obtint le plus gros succès qu’une arme blanche ait jamais remporté; mais dans les pays d’Europe du Nord comme l’Allemagne, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, la foule des amateurs fut également immense. Tout en ayant un double tranchant, il s’agit d’une arme essentiellement d’estoc que l’on peut faire dériver des estocs dont les cavaliers du XVe siècle se servaient comme armes auxiliaire.
C’est aussi sur elle que se fondèrent les plus célèbres écoles d’escrime italiennes et espagnoles. Celles-ci enseignaient le maniement d’une ou de deux Rapières simultanément, d’une Rapière et d’une dague, d’une Rapière et d’une boce (petit bouclier de main).
Chacune de ces écoles possédait son propre style et ses propres bottes secrètes, et il est intéressant de noter que dans deux contrées aussi éloignées et privées de contacts que l’Europe et le Japon, une méthode de combat reposant sur une épée et une dague d’appoint se développa presque en même temps (Rapière et Main-gauche pour l’Europe, Katana et Wakizashi pour le Japon).
Mais revenons à notre épée : elle eut également la particularité d’offrir la plus complète courbe d’évolution fonctionnelle de la monture, stimulée par les techniques de plus en plus sophistiquées des différentes écoles et par l’abandon progressif, de la part de l’utilisateur, du gant de fer qui protégeait la main.
Il s’agit néanmoins d’une épée aux lignes toujours agréables, synthèse presque parfaite de l’essence et du fonctionnement: même dans sa version la plus simple, ses proportions donnent une impression de plénitude fonctionnelle. Cette arme étant spécifiquement destinée aux coups d’estoc, au “jeu serré” pour reprendre la terminologie des écoles de l’époque, il fallait, afin d’augmenter la précision du coup, placer la prise de deux doigts plus le pouce au-dessous du croisement de la garde avec la lame. Il était par conséquent indispensable de protéger les doigts exposés à l’épée adverse et de prévoir un point de prise inoffensif sur la lame. D’où la naissance de deux branches qui, de la barrette à la garde, décrivent vers le bas deux magnifiques demi-cercles ou un plus large tracé circulaire, et se réunissent sur le plat de la lame, à une certaine distance de la garde. Le segment ainsi délimité n’est bien entendu pas affilé et l’on réalise ainsi un excellent point de prise pour les doigts appelé “ricasso”. La portion de main restante est protégée par un autre arc à une ou plusieurs branches reliant le milieu de la garde au pommeau.
Cette défense était déjà utilisée sur les épées précédentes sous la forme d’une seule branche de garde; initialement, elle se composait simplement d’une section de la garde s’incurvant en S sur le plat de la lame, divisant ainsi la protection en deux quillons: l’un “de garde” proprement dite, et l’autre “de parade”.
Cette forme de garde ne remporta pas un très grand succès auprès des armes essentiellement de taille, à double tranchant, car elle avantageait dans un certain sensl’un des deux fils et limitait le fendant à la poitrine de revers; pour les lames d’estoc, en revanche, elle devint un élément indispensable de la monture.
Au point de jonction des deux arceaux naissait une autre défense en forme d’anneau, simple ou double, appelé “pontât”, dont le plan se plaçait perpendiculairement au plat de la lame. C’est la forme de monture fondamentale et la plus ancienne de la Rapière, point de départ de son évolution qui la conduira à bloquer de plus en plus le passage de la pointe adverse vers la main: soit en intercalant des coquilles, soit en renfermant toute la poignée dans une demi-sphère en forme de tasse, garantissant ainsi une protection maximum.
Comme d’habitude, les artistes de l’époque donnèrent libre cours à leur fantaisie pour orner ces montures: certains recouvrirent les branches et les poignées de feuilles d’or, les gravèrent en reproduisant des scènes de bataille, des sujets mythologiques, des feuilles et des fleurs ou des motifs géométriques; d’autres sculptèrent des figures en ronde-bosse intégrées en tant qu’éléments fonctionnels de prise ou de défense. Sur les modèles à coquille ou à tasse offrant une plus grande surface, ils réalisèrent de remarquables travaux de “mise à jour” ou de gravure. La poignée, en bois, était ficelée ou recouverte d’un filigrane en métal, souvent doré ou précieux, dans le but d’alourdir le manche et de pouvoir réduire les dimensions du pommeau tout en assurant un bon équilibrage de l’arme.
Les lames de ces épées provenaient des centres de production spécialisés tels que Solingen et Passau en Allemagne, Tolède et Valence en Espagne, Milan et Brescia en Italie, et étaient ensuite montées par des artisans assembleurs. Elles mesuraient entre environ 1 m (85cm de lame plus ricasso et soie) et à peu près 130 cm (lame de plus d’un mètre), et pouvaient présenter une arête ou une gouttière (simple ou double), la largeur au talon oscillant entre 25 et 30 mm.
Le poids total de ces épées variait d’un kilo à un kilo et demi, et le centre de gravité correspondait à un point situé quelques centimètres en avant de la jonction du pontât sur le ricasso, si bien que l’épée était légèrement plus “lourde” vers la pointe. Les changements de poids et de longueur dépendaient davantage de la structure physique de l’acquéreur que de la mode du moment: il était sans aucun doute avantageux de sacrifier une partie infime de la longueur de la lame à la rapidité de maniement de celle-ci, en saisissant une arme parfaitement adaptée à ses propres caractéristiques squelettiques et musculaires.
L’épée à la franc-toupin :
Ce terme correspond à une épée utilisée au XVIe siècle, adoptée initialement par les troupes des “franc-toupin” et arrivée en Italie avec l’armée de François 1er. Cette lame, de forme caractéristique, possédait une extrémité très étroite et solide, en losange, convenant exclusivement à l’estoc; la deuxième section s’élargissait, atteignant même 4cm au talon, et présentait un double tranchant permettant les coups de taille. L’épée à la franc-toupinn’eut pas beaucoup de succès en Italie: poursuivie par des bans et des édits qui la qualifièrent d’arme insidieuse, son port fut “prohibé”.
On la connaît également sous le nom d’épée “à la colichemarde”, altération d’un mot d’origine allemande s’appliquant au même type de lame. Ce modèle doit être considéré comme une tentative de médiation entre deux grands courants de conception de l’arme blanche: l’estocade et le coup du tranchant.
L ‘épée de Lansquenet :
L’épée de Lansquenetdésigne l’arme équipant les troupes mercenaires de Maximilien d’Autriche si tristement célèbres en Italie. Elle comprenait une lame d’environ 80cm en forme de long triangle isocèle à pointe aiguë et talon large. Le tranchant était double et la garde simple, composée de deux quillons se repliant en 8, perpendiculairement à la lame.
La poignée était parcourue de rouelles superposées à deux torsades sculptées dans le bois, aux extrémités évasées. Comme on le devine, il s’agit d’une épée à double vocation, taille et estoc, qui fut utilisée du début du XVIe siècle à la fin du XVIIe siècle, période où, dans le sud de l’Europe, les longues lames affichaient une tendance très nette pour l’estoc. L’explication réside dans l’origine géographique de ce type d’épée: l’Allemagne, pays où la taille était au moins autant appréciée que l’estoc, et dans l’affectation de cette arme: les piétons qui, dans la mêlée, devaient être en mesure de frapper des deux façons. Il est néanmoins intéressant de noter que l’on revient à une forme archaïque de garde, en renonçant à protéger la main pour récupérer la possibilité de frapper de revers.
La révolution des typologies au XVIIe siècle :
L’épée wallonne :
Il s’agit d’une arme à large lame droite, à double tranchant et pointe, avec une longue gouttière médiane. Employée dans les territoires d’Europe du Nord et Centrale durant la deuxième moitié du XVIIe siècle, elle dérive probablement d’un type d’épée allemande utilisée lors de la guerre de Trente ans et appelée “pappenheimer” (du nom de von Pappenheim qui s’en servit pour équiper ses propres troupes).
La monture se compose d’une branche de garde fixée par une vis au pommeau, et d’un court quillon de parade se terminant en boucle. Du tiers inférieur de la branche de garde partent deux autres branches, dirigées vers le bas et l’arrière, qui se réunissent au point de naissance du quillon de parade en décrivant deux anneaux en forme de coeur. L’espace ainsi délimité est rempli par deux coquilles reproduisant des motifs d’étoiles et de fleurs. Sur la face interne de la poignée on distingue un anneau de prise réservé au pouce. Cette épée donne l’impression d’être une arme simple, robuste et parfaitement adaptée à l’emploi militaire.
L’épée courte :
Les grands progrès accomplis par les armes à feu et les magnifiques techniques élaborées par les écoles d’escrime entraînèrent la transformation progressive de l’épée de côté, représentée par la Rapière dans sa version la plus évoluée, en une arme plus légère et maniable, convenant mieux à une utilisation civile. C’est ainsi que naquit, au XVIIe siècle, l’épée courte. Cesera, tour à tour, une arme de duel, un symbole de richesse, un complément d’uniforme et un signe d’appartenance à “l’équipe” d’un souverain donné. Son emploi se poursuivra jusqu’à la fin du XIXe siècle; elle n’est plus, désormais, qu’une arme de parade et de cérémonie, portée par des militaires en grande tenue, des diplomates et des dignitaires de cour. Ce qui n’était pas le cas de la petite épée du XVIIe siècle: arme exclusivement d’estoc, elle possédait une lame à l’efficacité confirmée, produite dans quelques centres spécialisés qui desservaient les armuriers de l’Europe entière. On lui attribua ce qualificatif davantage en raison de la largeur de sa lame que de sa longueur, la rigidité de la lame, la qualité du matériau utilisé et la légèreté de l’arme en faisant une splendide aiguille mortelle.
Dans sa forme primitive, la monture est semblable à celle de l’épée de côté (stade ultime de l’évolution de la Rapière): arceaux prononcés, branche de garde, quillon de parade, ricasso permettant une prise confortable et coquilles.
L’origine des lames étant commune, la monture sert à établir la provenance de l’arme: une fine mise à jour des garnitures nous oriente vers un assembleur lombard, tandis que de lourdes décorations baroques indiquent des armes montées en Allemagne. Une poignée en porcelaine peinte caractérise les courtes épées saxonnes, alors que le remplacement du quillon de garde par une chaînette est typique des petites épées d’école anglaise. On attribue une origine européenne à celles possédant une monture en acier poli comme un miroir et aux surfaces réfléchissantes. En raison de son aspect bruni, on la qualifie parfois, à tort, d’épée “de deuil”.
Au début du XVIIIe siècle, cette petite épée réunit toutes les caractéristiques d’une arme d’usage pratique et d’un signe extérieur de richesse, atteignant ainsi son degré d’expression maximum, mais son déclin commence dès la fin de ce même siècle : les arceaux disparaissent et par conséquent, la possibilité de la tenir correctement; les lames gagnent en décorations sophistiquées ce qu’elles ont perdu en qualité. La mode consiste alors à garnir les épées courtes de pommeaux et de poignées à profil légèrement carré, afin de constituer des surfaces planes susceptibles de recevoir des incrustations de nacre ou de porcelaine dans un but décoratif. Au cours des dernières années, les montures de ces armes comprennent une branche de garde, un quillon de parade et une seule coquille extérieure, repliée sur la lame. Il s’agit des petites épées attribuées à des corps militaires dont elles portent le symbole sur la face visible de la coquille, ou bien à des dignitaires de cour, les symboles étant alors ceux de la maison régnante.
On peut occasionnellement trouver des épées courtes montées avec des lames à section triangulaire, carrée ou à la franc-toupin.
Les épées d’ordonnance :
L’apparition des épées d’ordonnance suppose l’adoption de l’uniforme, en réalité assez tardive, de la part des armées européennes. A l’exception de certains corps spéciaux (gardes personnels de souverain), les troupes étaient généralement armées aux dépens des divers feudataires qui, pour des raisons économiques, se souciaient uniquement de leur fournir un équipement adéquat. Il faudra attendre la centralisation effective du pouvoir pour assister à la naissance d’une armée en uniforme.
L’épée subit cette évolution, à de nombreuses exceptions près: cette arme étant réservée aux officiers qui devaient se la procurer à leurs frais, des montures d’ordonnance furent souvent assemblées sur des lames de famille dont les dimensions ne correspondaient pas exactement aux canons en vigueur. Par ailleurs le goût du propriétaire engendrait quelques petites variantes personnelles au niveau de la monture. Cette dernière ne sera rigoureusement uniforme que pour les épées destinées à la troupe (épées d’escadrons et Pallaschs) rattachée aux différents corps. Les épées d’officier du XVIIIe siècle dérivent de “l’épée de côté” portée par les gentilshommes du XVIe et XVIIe siècles, à savoir la Rapière, au stade ultime de son évolution.
Plus tard, vers la fin du XVIIIe siècle, on commence à trouver des lames gravées de devises évoquant la hardiesse ou la fidélité au souverain dont elles portaient presque toujours les armes. La monture de l’épée d’ordonnance subit à cette époque d’innombrables modifications: on peut dire que chaque armée et chaque corps de chaque armée posséda sa propre épée qui fit l’objet, excessivement fréquemment, de changements formels notables.
Il convient en outre de préciser que les modèles conçus pour les officiers supérieurs, tout en conservant la forme d’ordonnance, étaient beaucoup plus riches et plus soigneusement finis que les autres.
Ce phénomène d’éclatement des différents modèles fut encore plus manifeste pour les sabres qui, au siècle suivant, supplantèrent l’épée.
L’emploi, à la guerre, d’une arme plus courte et moins sophistiquée que l’épée fut la conséquence des excellents résultats obtenus sur les champs de bataille par la dague de chasse,dont la naissance date précisément de cette époque. Ses capacités, son coût réduit, sa double vocation à frapper efficacement d’estoc et de taille, sa longueur inférieure à celle d’une épée qui simplifiait son maniement, en firent l’arme privilégiée des troupes constituées d’hommes du peuple et de petits bourgeois non initiés aux secrets de l’escrime pratiquée avec une épée d’estoc. La constatation de toutes ces qualités conduisit à transformer la dague de chasse en une arme plus longue, adaptée à la cavalerie, qui conserva les mêmes avantages sur le plan de son usage : l’épée d’escadron et la Pallasch.
S’agissant de ces armes, il existe naturellement des exemplaires de facture raffinée et enrichis d’or et d’ornementations, qui étaient destinés soit aux officiers, soit à l’équipement de certains corps spécifiques.
Opportunément adaptées, la Pallasch et l’épée d’escadron équipèrent également la troupe: ce sont toutes les deux des armes de longueur légèrement inférieure à celle de l’épée, à lame robuste et lourde (surtout l’épée d’escadron), d’estoc et de taille. On a tendance à considérer que ces deux termes sont synonymes, en se fondant éventuellement sur le fait que ces deux armes furent chacune employées par la cavalerie, ou bien en raison de leur apparition simultanée: le début du XVIIe siècle.
A l’encontre de cet usage, il est bon de signaler que l’on connaît deux variantes principales de ces armes: l’une à lame droite, à un ou deux tranchants, et l’autre à lame courbe; pallasch est un mot d’origine turque tandis qu’escadron est résolument européen; de plus, on sait que l’arrivée des lames courbes en Europe s’effectua toujours des pays du Moyen-Orient, en passant par ceux d’Europe de l’Est. J’estime donc qu’il est préférable de réserver le terme “pallasch” pour l’épée à lame courbe et “escadron” pour celle à lame droite.
Le système de protection de la main était simple: branche de garde fixée sur le pommeau, branche subsidiaire formant, en s’élargissant, une étroite coquille, court quillon de parade. Cette garde, qui n’aurait pas suffi à protéger correctement la main d’un escrimeur, s’adaptait en revanche parfaitement au combat de cavalerie se résumant, en raison de la vitesse même du cheval, à un coup du tranchant ou à une estocade décisifs.
Les sabres en Europe :
Le sabre peut être, à juste titre, considéré comme l’apport le plus représentatif des armes blanches orientales aux armes blanches européennes.
Il était vraisemblablement déjà utilisé dans les pays slaves vers le début du XVe siècle, et devint tristement célèbre dans l’Europe entière une centaine d’années après, au terme de la poussée expansionniste de l’empire ottoman qui marqua si profondément la mémoire des peuples du vieux continent.
Caractéristiques morphologiques :
CaractéristiquesIl s’agit presque certainement d’une adaptation de la lame de l’un des premiers sabres turcs : le Kilij.
Cette arme extrêmement efficace, portée au côté ou à cheval, se caractérise par une longue lame courbe à un tranchant un tiers, avec un élargissement typique du dernier quart de la lame appelé “yelman” (ou jelman). Celui-ci constitue la pointe du sabre et présente un double tranchant s’étendant sur toute la longueur du dos du yelman.
La garde rappelle également celle en usage au Moyen-Orient: deux courtes barrettes droites (parfois courbées vers la lame) avec, au centre, deux écussons, de formes diverses, au niveau soit de la poignée, soit du plat de la lame. La poignée, en corne, ivoire, métal ou bois, se termine par une courbure orientée vers le tranchant de l’arme; l’extrémité, légèrement amincie, est recouverte d’une calotte de façon à offrir à la main un confortable point d’arrêt.
Ce modèle de sabre initial subit plusieurs modifications qui, dans différents pays et à diverses époques, visèrent aussi bien les dimensions de la lame que celles du yelman, la forme de la poignée que celle de la garde. On assista ainsi, au fil des siècles, à l’apparition de gardes plus compliquées et efficaces, avec une branche de garde simple, une garde en cage ou même en coquille. La poignée perdit sa courbure originelle pour devenir droite ou légèrement courbe.
Adoption du sabre en Occident :
Il est intéressant de noter que cette arme, principalement conçue pour frapper de taille et introduite dans les pays d’Europe de l’Ouest, abandonna petit à petit son yelman caractéristique. Cet élément déplaçait considérablement le centre de gravité de l’arme vers la pointe de la lame, en amplifiant l’efficacité des coups du tranchant, mais en rendant les coups d’estoc très improbables.
Les Européens, par respect des règles des écoles d’escrime et forts des traditions acquises durant des siècles de maniement de l’épée, commencèrent par arrondir considérablement la saillie créée par le yelman sur la ligne du dos de la lame, puis la supprimèrent complètement, du moins en ce qui concerne les sabres affectés aux troupes d’infanterie. Pour les différents corps de la cavalerie, le principe du centre de gravité déporté vers l’avant fut maintenu en forgeant des lames robustes, longues et alourdies à la pointe par une douce et harmonieuse amplification de la largeur.
Un autre type de sabre s’imposa en Europe à l’aube du XIXe siècle, au terme de la campagne des armées napoléoniennes en Egypte: ce modèle inspiré des Cimeterres persans, présentait une lame à courbure très accentuée, s’amincissant progressivement en une pointe extrêmement aiguë.
Le sabre fut, et reste, une arme essentiellement militaire qui participa comme telle aux deux derniers conflits mondiaux. Devant inévitablement s’adapter à de multiples conditions d’emploi, sa forme et, surtout, ses dimensions changèrent. On obtint ainsi des lames très courtes et larges, à dos épais, assemblées sur une garde comprenant une grande plaque façonnée en coquille et utilisées comme sabres d’abordage par les diverses marines. La monture de ces armes était souvent en laiton afin de limiter la corrosion engendrée par le sel. D’autres lames de ce genre équipèrent les troupes de piétons destinées à combattre en ordre fermé: ces sabres courts possédaient une garde simple composée d’une branche de garde et d’un court quillon de parade. La poignée, monolithique, était en métal fondu (presque toujours du laiton) ou en bois recouvert de cuir, filigranée afin d’empêcher la main de glisser, avec des garnitures de métal. Dans les armées européennes, le sabre d’officier conserva une lame beaucoup plus longue affectée également aux corps d’infanterie. Il s’avère dans ce cas simplement plus léger que celui de cavalerie, grâce à une réduction du poids du fourreau métallique et des garnitures.
Certaines armes, tout en étant d’ordonnance, suscitaient une véritable impression de somptuosité dans la recherche de la trame tissée par les différentes défenses de la garde, ou par la calotte terminant la poignée et revêtant quelquefois un aspect zoomorphe. La poignée pouvait aussi prendre une forme anatomique, décrivant un profil favorisant le positionnement des doigts; on finit par la recouvrir de chagrin afin d’obtenir un effet antiglisse.
Tout ce qui vient d’être dit n’est rien comparé aux ouvrages d’ornementation réalisés sur des épées ou des sabres d’époques antérieures, pour lesquels on employait l’or, l’argent et les émaux; mais il ne faut pas oublier que l’on parle ici d’armes de dotation ordinaires, et non d’exemplaires forgés à la demande spécifique d’un riche client. En outre, si le choix des matériaux se fait plus austère, la beauté fondamentale de l’arme, instrument de guerre, est mise en relief, beauté qui, en réalité, était un peu estompée par certains modèles trop clinquants.
Les épées à usages spéciaux :
Les épées de chasse :
D’après ce que l’on peut déduire de l’iconographie de l’époque, l’épée affectée jusqu’au XIVe siècle à la chasse était la même que celle destinée à des emplois militaires ou civils. Dans ses versions d’estoc ou de taille, ou bien exclusivement d’estoc (comme l’estoc, l’épée à forte arête, à section rhomboïdale ou triangulaire), elle accompagnait la noblesse au cours des chasses; celle-ci s’en servait comme d’une arme principale ou auxiliaire (venant à l’appui d’armes de jet ou d’hast) contre le gros gibier.
La chasse était alors considérée non seulement comme un moyen d’approvisionnement, mais aussi comme une activité ludique d’entraînement à la guerre. La similitude avec la guerre apparaît essentiellement dans les “chasses à courte”, où le cavalier affrontait le gibier à coups d’épée; le jeu était dangereux: les sangliers et les ours pouvaient gravement blesser le chasseur, et les accidents mortels n’étaient pas rares.
L’épée-couteau :
Cette arme spécifique apparue vers 1400, née dans les pays du sud-est européen où la chasse au gros gibier n’était pas aussi rigoureusement réservée et s’adressait également aux chasseurs à pied, se répandit dans l’Europe entière en passant par l’Autriche et l’Allemagne.
Elle se présente comme une robuste lame droite, mesurant environ 70cm, à forte arête dorsale, de section triangulaire, à tranchant unique et poignée d’une main et demie. La garde est cruciforme et comporte souvent, sur le plat de la lame, un arrêt pour le pouce. L’analyse des avantages offerts par ce type d’épée, comparée aux précédentes, permet d’énoncer ce qui suit :
a) il s’agit d’une arme qui, en fonction de sa poignée “à la bâtarde”, peut être tenue soit d’une main par un cavalier galopant à côté d’un cerf, soit à deux mains afin de faire face, sur la terre ferme, à une grosse pièce de gibier;
1. la garde, extrêmement simple puisqu’elle n’a pas pour but de protéger la main, laisse au poignet une grande amplitude d’action ;
c) l’arête dorsale permet d’utiliser l’arme en s’y appuyant d’une main pour “guider” l’estocade, et la poignée à une main et demie favorise les puissants coups du tranchant.
L ‘épée courbée :
Au XVIe siècle, l’épée de chasse ressentit l’influence des pays orientaux alors bien représentés sur les marchés et dans la culture européenne: ce nouveau modèle, qui prend le nom d’épée courbéeen raison de la forme de sa lame, est une arme à tranchant unique et arête, ou à un tranchant un tiers, mesurant entre 60 et 70cm de long de la pointe à la garde, et environ 3cm de large au talon. Le fil s’étend sur tout le bord convexe de la lame, tandis que le faux tranchant, quand il existe, concerne le premier segment de la pointe, sur le bord concave.
La garde est complexe, avec ses branches tournées en sens inverse, riche et ouvragée, tout comme le fourreau et le baudrier. L’ornementation s’applique aussi souvent à la lame qui présente des chefs-d’oeuvre de gravure et d’orfèvrerie. On peut dire de cette arme, dont le berceau fut vraisemblablement l’Italie, qu’elle associa le caractère fonctionnel et l’amour du beau; objet de prestige elle reflète le goût décoratif, chromatique et artistique des pays où elle se répandit. Divers exemplaires comportent, à l’image de l’épée de chasse, un anneau au talon servant d’appui au pouce. Comparée à l’épée de chasse, elle n’offre qu’un faible intérêt sur le plan de l’analyse technique et un avantage incertain quant aux coups de taille, en raison de la forme courbe de sa lame.
Cette arme fut également largement utilisée à la guerre, surtout dans les pays du Moyen-Orient où elle naquit au moins deux siècles avant d’être importée en Europe, comme l’atteste l’iconographie du XIIIe siècle qui la reproduit entre les mains des guerriers sarrasins.
L’épée-épieu :
Ce terme désignait un type d’arme à longue lame, sans fil, à section carrée, terminée par une pointe en forme de fer de lance, avec une forte arête médiane. Elle possédait souvent un trou pratiqué dans l’épaisseur de la lame, à proximité de la pointe. On y introduisait une courte barre transversale appelée “arrêt”, qui demeurait perpendiculaire à la lame et avait pour fonction d’empêcher que le gibier transpercé ne s’enferre trop profondément et ne vienne au contact du chasseur. Elle favorisait par ailleurs le retrait rapide de la lame enfoncée dans le corps du gibier et, au besoin, un e prompte réitération du coup. La dimension de la pointe était d’autant plus grande que les animaux auxquels elle s’adressait étaient dangereux; la structure de l’épée s’y adaptait logiquement: on connaît de grandes épées-épieu comportant une poignée à deux mains ou une main et demie, destinées au gibier le plus gros et le plus féroce tel que le sanglier ou l’ours.
La production de ces armes fleurit dans toute l’Europe au cours de la période s’étendant de 1500 à 1700.
Les épées de justice :
Elles correspondent aux Espadons réservés aux exécutions capitales, largement employés au XVIIe siècle dans bon nombre d’états européens. Ces armes possédaient un double tranchant, une pointe fortement arrondie, une courte garde généralement droite, parfois en S, un pommeau de forme variable et une longue lame d’environ 90cm. Ces Espadons se caractérisaient par la décoration de leur lame: motifs inhérents à sa fonction ou inscriptions d’inspiration morale en guise de viatique pour le condamné ou d’absolution pour le bourreau, on ne sait pas exactement. L’usage de ces armes se fit, par la suite, de plus en plus représentatif: ces dernières jouèrent en effet un rôle cérémoniel dans les cortèges des puissantspersonnages et des magistrats.
6. Les Epées en Orient et en Afrique :
Bien qu’ayant constitué le berceau des plus anciennes civilisations connues et la source historique des plus vieilles pièces d’armes, il faut bien reconnaître, à contrecœur, que les pays orientaux et ceux du Moyen-Orient enregistrèrent, comparé à l’Europe, une très faible évolution typologique de l’arme blanche de main. Cela est en partie dû à l’immobilisme des tactiques militaires et à l’insuffisance du stimulus concurrentiel des armures qui continuèrent, durant des siècles, à être de type imbriqué ou à cotte de mailles avec quelques pièces de renfort.
Les épées en Orient :
On peut attribuer cette absence de développement à la faveur dont bénéficia l’arc par rapport à l’arbalète (arme plus puissante et au degré de pénétration beaucoup plus élevé), aux facteurs climatiques qui, dans bon nombre de ces pays, déconseillaient l’utilisation d’armures “en statue creuse” et même, en ce qui concerne la cavalerie, aux dimensions des races chevalines indigènes, toutes de petite taille, extrêmement rapides mais tout à fait incapables de supporter le poids d’un cavalier lourdement cuirassé. L’armure orientale ne devant ni s’opposer à la force de pénétration de l’arbalète, ni repousser une pointe de lance propulsée à environ 35 km/h par un ensemble cheval-cavalier de600 à 650kg, conserva donc sa forme légère et ventilée et permit aux caractéristiques de l’épée de demeurer stables.
La progression des armes à feu ne paraît même pas avoir influencé cette non-évolution: quand celles-ci devinrent d’usage courant dans les pays orientaux, le perfectionnement du mélange explosif et des systèmes de forage des canons avait en effet transformé les premières arquebuses en armes extrêmement puissantes et susceptibles d’avoir raison de n’importe quelle armure métallique employée rationnellement. On peut affirmer que les divers types d’épées orientales sont un phénomène lié à des ethnies spécifiques et cristallisé dans des formes traditionnelles.
Faute d’armes spécialement destinées à des usages particuliers, certains de ces pays élaborèrent, en l’espace parfois de plusieurs siècles, de remarquables techniques d’emploi de la lame nationale, en analysant minutieusement toutes les possibilités offensives et défensives. Les exemples les plus significatifs sont la Chine et le Japon, où les techniques d’escrime conformes au code de l’ancienne pratique martiale survivent encore de nos jours et sont exportées à titre sportif.
Epée et culture en Orient :
Comme en Europe durant les siècles dominés par les idéaux chevaleresques, l’épée devint dans plusieurs pays asiatiques un signe extérieur de richesse caractérisant la caste des guerriers. Elle eut droit à un nom propre qui nous a été transmis en même temps que celui du guerrier qui la possédait.
Certaines lames célèbres acquirent ainsi une sorte de personnalité obligeant les propriétaires successifs à “faire honneur”, par leur comportement, à une épée chargée de significations héroïques et ésotériques. De là à la considérer comme un intermédiaire vers Dieu ou vers sa propre perfection future (comme cela se produit pour les comtes palatins et les samouraïs), il n’y a qu’un pas: l’épée à garde droite fait office de crucifix entre les mains des chevaliers en cotte ou armure des bas-reliefs funéraires, tandis que les samouraïs japonais apportaient les lames de leurs Katanas à fourbir chez des artisans qualifiés de “nettoyeurs d’âmes”.
Les maîtres armuriers japonais jouissaient par ailleurs d’une considération et d’un respect semblables à ceux visant un grand dignitaire, avec, en plus, un soupçon de réputation magique. Il est curieux de noter que ces concepts se développèrent dans des pays aussi éloignés, tant géographiquement que culturellement, sans que l’on puisse prouver une quelconque interaction et sans avoir laissé la moindre trace dans les différentes nations limitrophes où l’épée indiquait l’appartenance à une classe sociale donnée, et où son éventuelle découverte sur un site funéraire ne doit être interprétée que comme une spécificité de caste.
Typologies et caractères; quelques exemples :
Du point de vue qualitatif, l’Orient nous offre une immense gamme de lames: on y fabriqua les meilleures du monde (au Japon, précisément), en exploitant la technique du compactage de deux métaux différents (lames en damas-soudure), mais on forgea également des lames de qualité très médiocre qui contraignirent des nations entières, comme la Chine, à s’approvisionner en produits manufacturés de valeur provenant de pays étrangers.
De superbes lames furent fabriquées en Perse et en Syrie où la technique du damas était florissante, et exportées vers tous les marchés, y compris européens, où elles entrèrent en concurrence avec celles de Tolède et de Passau.
Ces lames présentent un dessin ondé sur un fond sombre dû aux laminages et aux compactages successifs de l’acier en phase de forgeage. Ce traitement conférait élasticité et dureté à une arme qui, un fois polie, révélait par une moirure caractéristique (le damas précisément) les divers niveaux de soudure mis à nu sur le fond des couches sous-jacentes. Ce procédé de forgeage fut aussi utilisé en Inde, mais avec des résultats généralement médiocres.
Les formes des épées orientales sont on ne peut plus variées et correspondent presque toujours à une nation, parfois même à une ethnie. Exception faite du Japon qui, compte tenu du haut niveau atteint par la fabrication des lames et du goût raffiné de la monture, mérite d’être traité de manière plus détaillée, nous énumérons ci-après quelques épées typiques.
Le Kora :
Le Kora, épée caractéristique des tribus Gurkhas du Népal, populations guerrières auxquelles on doit également l’invention du Kukri (cf. chapitre sur les couteaux). La lame, épaisse et lourde, est droite sur les deux premiers tiers, puis s’élargit brusquement en une pointe en patte d’oie incurvée vers le dos. Le fil s’étend sur tout le côté droit-convexe de la lame et se prolonge sur les deux arcades concaves décrites par la pointe. A proximité de celle-ci, on distingue une fleur de lotus gravée à l’intérieur d’un cercle (symbole ésotérique d’origine bouddhiste). La longueur de la lame atteint approximativement 60cm et peut être enrichie de motifs décoratifs sur les deux plats. La poignée métallique est délimitée par une garde discoïde et fermée, en haut, par un autre élément discoïde, surmonté d’un grand bouton hémisphérique.
Le Kora une arme extrêmement compacte, au centre de gravité fortement déplacé vers la pointe, convenant essentiellement aux coups de taille.
Le Pata :
Le Pata, épée typique des tribus Mahratha, composée d’une longue lame à double tranchant et pointe, résolvait radicalement le problème de la protection de la main de l’escrimeur. La poignée était constituée d’un manche enfermé à l’intérieur d’une coupe d’acier prolongée d’un brassard, toujours métallique, atteignant la moitié de l’avant-bras de la personne qui tenait cette arme.
Le bord supérieur de ce dernier comportait une petite courroie en guise de dragonne. Les orfèvres donnèrent libre cours à leur fantaisie en créant des motifs ornementaux finement ciselés et dorés sur la surface plutôt large offerte par cette étrange poignée. Détail curieux: les lames de cette arme sont de fabrication européenne. Cette épée, d’emploi excessivement difficile en raison du type de poignée qui la transformait en un prolongement rigide de l’avant-bras, frappait aussi bien de taille que d’estoc, avec toutefois un penchant très net pour la deuxième solution.
Le Khanda :
Cette épée fut adoptée dans l’ensemble de l’Inde et peut donc être considérée comme une lame nationale et non comme l’instrument caractéristique d’un groupe ethnique. Elle comprend une large lame droite, à fils parallèles ou légèrement divergents vers la pointe, se terminant en forme de triangle. Il existe aussi des lames à tranchant unique au dos.
La poignée, recouverte de tissu pour permettre une prise confortable, est protégée par une large plaque de garde rejoignant le pommeau discoïde d’où sort un picot d’environ 8cm; celui-ci fait office soit de poignée supplémentaire pour la main gauche, soit d’appendice vulnérant, à utiliser dans un corps à corps. Compte tenu de ses caractéristiques, cette arme peut frapper de taille et d’estoc, avec une préférence à peine esquissée pour les coups de taille.
Le Talwar :
Cette arme se répandit en Perse et en Inde, et subit des modifications telles qu’on la qualifie tantôt d’épée à lame courbe, tantôt de sabre. Elle naquit sous cette dernière forme autour de 1500; soumise à l’influence mongole, la lame, à courbure douce, se terminait par le jelman typique du sabre, mais dès le siècle suivant, elle perdit cette particularité et devint une longue lame courbe à pointe progressivement fuselée. Les lames de production indienne se distinguent des lames persanes par la présence d’un court talon, absent de celles fabriquées au Moyen-Orient.
Toute la surface de l’arme était fréquemment enrichie de filigranes, d’émaux, de ciselures et de dorures reproduisant les motifs conformes aux goûts du pays à une époque donnée (animaux, fleurs, dessins géométriques).
La garde cruciforme se compose de deux quillons courts terminés par un renflement et comporte, au centre, deux écussons séparés de quelques millimètres du plat de la lame, et destinés à garantir une bonne fermeture du fourreau.
La poignée, fermée au sommet par un pommeau plat surmonté d’un bouton, présente une proéminence centrale qui la fait ressembler à un “bonbon”. Les Talwarspossédant, du côté du tranchant, une garde à une seule branche qui rejoint le renflement terminale du quillon orienté vers la partie convexe de la lame, sont assez fréquents. Il convient de préciser que sur les exemplaires les plus anciens, le pommeau plat était remplacé par un élément courbe, souvent sculpté en forme de tête de lion, indiquant ainsi une origine persane probable.
Les sabres en Orient :
Il est excessivement difficile de différencier une épée à lame courbe d’un sabre : l’élément typique du sabre est un élargissement particulier de la lame appelé “yelman” dont toutes les lames courbes ne sont pas pourvues; par ailleurs, une lame courbe sans yelman peut revêtir les caractéristiques d’usage spécifiques du sabre, arme conçue pour la cavalerie (du moins en Europe). Précisons en outre qu’à l’époque napoléonienne, des lames d’inspiration persane (les Shamshirs) ne possédant pas de yelman, furent désignées sous le nom de sabres.
Le Kilij :
Déjà utilisé vers 1500 dans les pays soumis à l’influence ottomane, il fut probablement l’arme qui diffusa la conception du sabre dans l’immense territoire de l’empire musulman.
La lame est en acier damas; les côtés, tout d’abord parallèles, deviennent légèrement convergents à mi-distance, créant ainsi un rétrécissement de la largeur. C’est là que prend naissance une courbure assez prononcée, la lame s’élargissant simultanément pour former le yelman. Le fil, s’étendant sur l’ensemble de la partie convexe, tourne autour de la pointe et se prolonge sur environ un tiers du dos, occupant pratiquement toute la longueur du yelman. Le plat de la lame peut être enrichi de décorations ou de versets du Coran.
La poignée, en métal, ivoire ou corne, se termine par un gros pommeau dirigé vers le tranchant de l’arme et comportant un trou réservé au passage de la dragonne. La garde est presque toujours en croix droite, avec des écussons au milieu qui retiennent soit le fourreau, soitla poignée. Comme tous les sabres, cette arme possède un centre de gravité très déporté vers la pointe, témoin de sa prédilection pour les coups de taille.
Le Cimeterre :
Sabre caractéristique des régions influencées par la Perse, le Cimeterreconstitue l’objet de plus grande valeur jamais produit par le Moyen-Orient dans le domaine des longues armes blanches.
La lame, épaisse et lourde, atteint une longueur de plus de 70cm et est généralement en acier damas. Elle présente une courbure extrêmement harmonieuse, le fil se trouvant sur la partie convexe, et se finit par une pointe aiguë.
Sur les faces de la lame, on distingue des gravures à caractère religieux ainsi que, parfois, la signature du maître armurier marquetée en or.
La garde est celle typique des épées Ottomanes: en croix, avec deux écussons au centre, contigus au plat de la lame. On connaît également des Cimeterres à lame flamme ou bien munis d’une garde à quillons repliés vers la lame afin de mieux retenir, lors des parades, les lames ennemies. La poignée, en bois, corne ou ivoire, se compose de deux plaquettes semi-rondes fixées sur la soie au moyen de rivets, et surmontées d’un pommeau replié vers l’avant et quelquefois recouvert d’une calotte de métal. En saisissant un bon Cimeterre, on réalise que l’on est en présence d’une arme dont le centre de gravité est agréablement déplacé vers l’avant, et dont le poids permet de l’employer avantageusement pour frapper de taille, sans que cela nuise pour autant à l’efficacité des coups d’estoc.
La Karabela :
Elle est très semblable au Cimeterre: conçue elle aussi dans l’empire Ottoman, vraisemblablement vers la fin du XVIe siècle, il en existe deux versions: l’une très ornée, avec une lame en damas, et l’autre plus simple, avec une lame en acier forgé et une monture spartiate. Celle-ci, adoptée par le peuple polonais à l’aube du XVIIIe siècle, se répandit sous forme de sabre dans tout le reste de l’Europe.
La Shashka (ou Shabshka) :
Les tribus du Caucase et les troupes cosaques choisirent un type de sabre totalement dénué de garde: la Shaslika(ou Shabshka). Cette absence est justifiée par le fait que, s’agissant d’une arme réservée à des populations habituées à combattre à cheval, les défenses de la main s’avéraient moins nécessaires que dans le cas des armes destinées à l’infanterie.
La lame, mesurant à peu près 80cm, suit une ligne quasiment droite, possède un tranchant un tiers (le yelman terminal) et se finit au talon, par une poignée de bois souvent recouverte d’une trame d’argent niellé et fermée; au sommet, un pommeau à deux crêtes constitue un léger bec tourné vers le tranchant.
Le fourreau est en bois doublé de cuir et, sur certains modèles, il s’élargit à l’embouchure afin de contenir une partie de la poignée. Le modèle militaire présente en outre deux bracelets à anneau destinés au logement de la Baïonnette.
Cette arme équipa les troupes cosaques de l’armée russe et fut également utilisée durant la dernière guerre mondiale. Les Shashkas militaires comportent une poignée de bois rainée en spirale et une monture de laiton marquée de la faucille et du marteau.
Le Yatagan :
Pour conclure cette brève liste des principales armes blanches à longue lame employées dans les pays du Moyen-Orient et d’Extrême-Orient, et dans ceux qui en subirent la domination ou l’influence directe, il ne faut pas oublier une arme utilisée dans les Balkans : le Yatagan.
Cette arme excessivement efficace fut produite dans des versions de longueur variable, si bien qu’elle apparaît tantôt comme une dague, tantôt comme une épée. On connaît également certains modèles à baïonnette.
La ligne de la lame est très particulière: tout d’abord droite, elle se plie immédiatement selon une courbe qui s’inverse dans le dernier segment, et se termine par une pointe aiguë orientée vers le dos. Le tranchant, unique, s’étend sur le côté concave de la lame; celle-ci s’insère dans la poignée, dépourvue de garde, moyennant plusieurs rivets qui maintiennent les plaquettes sur la soie.
Sur de nombreux exemplaires, on peut remarquer deux lamelles de métal tendre (laiton, argent, or) qui, placées sur chaque face, suivent la ligne du dos sur quelques centimètres en partant du talon, et occupent environ un tiers de la largeur de chaque face. Leur but est non seulement décoratif mais aussi défensif, puisque le métal plus tendre dont elles sont constituées permet de réduire l’angle d’incidence nécessaire pour arrêter une autre lame venant glisser sur elles. Elles font ainsi office de “garde à friction” grossière et partielle. Le fourreau est en bois doublé de cuir ou en métal repoussé “en suite” avec la poignée. Le pommeau comporte, ici aussi, deux larges crêtes en forme d’apophyse osseuse et est réalisé dans le même matériau que la poignée (corne, ivoire, os, métal).
Les épées en Afrique :
Les techniques sidérurgiques des pays africains n’atteignirent jamais le haut niveau de perfection dont témoignent les lames européennes ou orientales. Quand on trouve des épées africaines montées avec de bonnes lames, celles-ci sont des produits d’importation, essentiellement espagnole ou orientale.
Les lames d’origine européenne sont assez répandues, mais il s’agit la plupart du temps d’objets de mauvaise qualité forgés pour le marché africain, même s’ils portent les marques de poinçons prestigieux. Quoi qu’il en soit, les meilleures lames furent fabriquées en Espagne durant la domination mauresque.
Les épées “à la jineta” datent de cette période (vers 1400) : longues lames lourdes, à double tranchant, fils quasiment parallèles et pointe triangulaire.
La monture de ces armes était richement ornée d’émaux et de métaux précieux; la garde en croix, avec les quillons incurvés vers la lame, était souvent réalisée en métal sculpté en forme d’animaux. La poignée, légèrement courbée, se terminait par un gros pommeau parfois aplati.
La Kaskara :
Epée typique des tribus du sud-ouest du Sahara, elle remonte vraisemblablement au XVIe siècle et a continué d’être produite dans sa version classique jusqu’à l’époque contemporaine. Elle comprend une lame droite, à double tranchant, mesurant environ 1m. La garde est cruciforme, avec deux quillons droits, et la poignée finit par un pommeau plat. La partie terminale du fourreau, en cuir brut, s’élargit dans un but purement décoratif.
La Flyssa :
Dérivant clairement du Yatagan, cette épée propre aux tribus algériennes possède une lame caractérisée par une double courbure qui fait décrire au tranchant unique une ligne tout d’abord concave, puis convexe.
En partant du talon, la lame d’environ i m de long subit un rétrécissement de sa hauteur qui se poursuit sur tout le segment concave du fil. Quand, à un tiers à peu près de la pointe, celui-ci commence à devenir convexe, la lame s’agrandit à nouveau en hauteur en formant une sorte de yelman renversé. La Flyssase termine par une pointe aiguë.
Du côté de la poignée, la lame se finit par une sorte de virole polygonale entourant une soie aplatie sur laquelle sont appliquées deux plaquettes de bois recouvertes de métal décoré et surmontées d’un pommeau à tête d’aigle.
Le fourreau est composé de deux coques de bois diversement sculptées et assemblées à l’aide de nombreux anneaux de métal ; l’extrémité est garnie d’un bout.
Cette arme se prête parfaitement aux coups d’estoc et de taille, grâce à son centre de gravité déplacé vers l’avant qui favorise les puissants coups du tranchant.
Les sabres en Afrique :
La Nimcha :
Un sabre, forgé au Maroc vers la fin du XVIe siècle, se répandit ensuite dans l’ensemble du monde arabe: la Nimcha. On la range dans la catégorie des sabres car bien que l’on connaisse certains exemplaires à lame droite, la majeure partie des pièces présentent une lame à courbure douce.
En ce qui concerne les armes africaines en général, il faut rappeler que beaucoup furent montées avec des lames d’origine étrangère qui n’avaient pas été forgées pour un type d’arme spécifique et que, par conséquent, bon nombre de ces sabres et épées ne conservent qu’une vague unité typologique fondée sur le caractère fonctionnel du mode d’utilisation. L’artisanat local ne produisit pas non plus des lames de conception unitaire: pour un type de sabre donné, les lames indigènes étaient éventuellement toutes courbées, mais suivant des degrés de courbure extrêmement variables. Il ne reste donc plus qu’à tenir compte de la typologie des poignées si l’on veut tenter de procéder à une classification, en la complétant par la variation de la forme de la lame et non l’évolution de cette dernière, comme dans le cas des lames européennes.
La poignée de la Nimcha est presque toujours en corne, rarement en bois, cylindrique et terminée, au sommet, par un gros pommeau orienté vers le tranchant de la lame. La partie inférieure est garnie d’une virole en métal s’appuyant sur la garde dont la partie centrale s’élargit en rectangle et qui comprend un quillon de parade, tourné vers le dos de la lame et finissant par un bouton piriforme. La Nimcha possède parfois des quillons supplémentaires repliés vers la lame. Il existe des versions extrêmement simples de cette arme avec, pour tout ornement, des gravures symboliques, le poinçon ou le nom de l’armurier sur la lame; d’autres sont très luxueuses avec de l’or, des émaux et une profusion de gravures aussi bien sur le sabre que sur son fourreau.
Le sabre arabe ou Saij :
Le monde arabe produisit également un autre type de sabre, connu sous le nom de “sabre arabe” ou Saif. Ce terme générique désigne une arme de dimensions généralement réduites (60 à 70cm de lame), à courbure prononcée et grand yelman. La poignée, en corne ou en ivoire pour les pièces les plus précieuses, se termine par un pommeau forjetant vers le tranchant de la lame de manière à offrir, comme sur la Nimcha, un confortable point d’arrêt pour l’auriculaire. La garde est, fondamentalement, de deux types: à la musulmane, avec deux courts quillons horizontaux et un écusson central, ou bien très semblable à celle de la Nimcha. La différence entre les deux sabres, de conception similaire, est surtout liée à la présence du yelman très accentué sur le Saif et au mode de fixation de la poignée: soie passante et rabattue pour la Nimcha, soie plate maintenue par des rivets transversaux pour le Saif. En ce qui concerne les lames montées sur ce type de sabre, la remarque faite à propos de celles de la Nimcha s’applique.
Les Shotels :
Sur les marchés européens, et plus particulièrement italiens, on peut parfois trouver des sabres d’importation éthiopienne provenant des panoplies de l’époque coloniale : les Shotels.
Il s’agit de sabres de facture excessivement simple, composés d’une lame droite au niveau du talon qui, après un court segment, se recourbe au point de ressembler parfois à une faucille, et se termine par une pointe aiguë. Cette arme, à forte arête médiane, présente la particularité de posséder deux tranchants s’étendant sur toute la longueur de la lame. La poignée, entièrement dépourvue de défense, comprend un manche de bois ou de corne en forme de fuseau.
Datant toujours de l’époque coloniale, les épées abyssiniennes possèdent une lame droite, à double tranchant, fils parallèles et pointe triangulaire. La poignée est en bois recouverte de cuir, de forme conique, et munie de pseudo-éléments elliptiques s’arrondissant vers le sommet qui lui confèrent ainsi une silhouette “pagode”. Le fourreau est en bois recouvert de cuir ou bien en cuir dur; il comporte, dans sa partie inférieure, un élargissement en feuille de laurier probablement emprunté à la Kaskara.
7. Le symbolisme de l’Epée :
Au Rite Opératif de Salomon le manoeuvre choisi voit la scène du cadavre quand le F.. Terrible lui enlève un coin du voile. Le V M d’Oeuv lui rappelle alors : “Voici la rigueur du Châtiment de votre Obligation qui ne saurait être moins, pour servir d’exemple, que d’avoir la langue arrachée, la gorge tranchée, le corps découpés en morceaux, la tête détachée du tronc, les mains sectionnées et jetées en pâture aux bêtes sauvage, les restes sur un brasier dispersés aux quatre vents, les cendres aux vers de la rivière et tout ceci pour que le parjure disparaisse afin qu’il n’en subsiste rien, pas même le plus infime grain de poussière. Que votre Foi vous vienne en aide “.
Cette pâle clarté vous fait entrevoir le sort qui attend celui qui se parjure. Ces glaives symbolisent notre justice.
Si vous étiez assez malheureuse pour renier votre engagement, assez indigne pour trahir notre confiance, vous subiriez le bannissement qui vous rejette dans les ténèbres du monde profane. Ainsi pour nous, vous ne seriez qu’un mort, conclut le V M d’Oeuv.
Quand le bandeau nous est retiré, notre regard se porte sur des épées pointées sur nous, épées qui se veulent protectrices ou vengeresses.
Le V M d’Oeuv dit au manoeuvre choisi : “ Les glaives vers vous ne le sont pas contre vous; ils signifient que nous dirigeons toutes nos forces, toutes nos énergies, toutes nos volontés dans votre direction afin de vous aider dans vos efforts sur le chemin de votre perfection “.
Pourquoi met-on l’épée à la main lorsqu’on reçoit et dévoile le récipiendaire sous la Grande Lumière ?
C’est en premier lieu pour chasser les manoeuvres et les indiscrets, c’est ensuite pour montrer notre condition d’Homme Libre, c’est encore pour indiquer que nous tendons toutes nos volontés et que nous dirigeons toutes nos énergies pour soutenir un ami dans ses efforts vers la perfection et c’est enfin pour signifier que si nous défendons un Frère ou une Sœur contre l’injustice, même au péril de notre vie, nous le rejetons impitoyablement dans les ténèbres du monde profane lorsqu’il est assez indigne pour trahir ses engagements et il n’est plus alors qu’un mort pour nous.
La présence de l’épée peut surprendre dans une société dont le symbolisme est essentiellement fondé sur les outils des bâtisseurs, des outils de construction plutôt que de guerre et de destruction. Pourtant lors du cérémonial d’initiation et du passage de la perpendiculaire au niveau, elle m’a paru un élément déterminante qui méritait une attention particulière, d’autant que son symbolisme semble rarement évoqué.
Je ferais part à présent des mes réflexions en trois points :
L’Epée, arme blanche :
D’après le Larousse encyclopédique, l’Epée, du latin “spatha”, désigne une arme portée au côté et formée d’une lame d’acier droite et pointue emmanchée dans une poignée munie d’une garde. Elle permet de frapper d’estoc et de taille, c’est-à-dire par la pointe ou par le tranchant de la lame.
L’Epée remonte à l’aurore de l’humanité. Nous la trouvons dans toutes les civilisations et traditions tant sacrées que profanes. Son origine et sa transformation sont liées à l’origine et à l’évolution de la métallurgie, si mystérieuse et extraordinaire, que les hommes en ont donné une interprétation mythique.
Virgile raconte, dans l’Enéide, que les Cyclopes installèrent leurs forges aux lies Eoliennes et qu’ils y faisaient gémir l’enclume dans le fracas des fournaises alimentées par le vent. C’est dans une de ces îles que Vulcain descendit de l’Olympe pour forger la première épée… de même étymologie que le Tubalcaïn biblique, le dieu romain du feu et du travail des métaux forgeait les armes des dieux et des héros mythiques, les foudres de Jupiter et les flèches du Soleil.
Avec l’or, le premier métal travaillé par l’homme est le cuivre. Trop malléable, il permet seulement la fabrication de couteaux et se prête guère à l’usage martial.
Au IIIe millénaire avant notre ère, c’est la révolution du bronze, obtenu par l’alliage du cuivre et de l’étain et découvert selon toutes probabilités par les indo-européens. Les premières armes sont des poignards fabriqués au moule. Avec le temps et la maîtrise des fondeurs, la lame s’allonge et le poignard devient épée. Son apparition modifie radicalement la pratique de la guerre et la physionomie des sociétés. Les combats prennent une autre portée et il se produit une sorte de course aux armements.
Vient le travail du fer découvert également par les indo-européens qui ont apporté 1.300 ans avant notre ère, l’épée de fer plus tranchante, légère et résistante. Il se généralise au cours des siècles suivants.
Le procédé de carbonisation qui transforme le fer en acier est découvert, au Ve siècles avant notre ère, par les Celtes et leur permet de fabriquer une épée longue et très résistante. A la même époque, on commence à forger ensemble du fer doux et de l’acier plus dur, pour créer des lames à la fois souples et tranchantes c’est l’acier damas d’une trempe exceptionnelle.
L’épée connaît bien des variations suivant les époque, lieu, tactique, tenue de combat. Epées courtes d’estoc pour l’infanterie, longues pour la cavalerie; épées pour le combat rapproché ou le maintien à distance de l’ennemi ; épées longues, plates, à deux tranchants de l’époque carolingienne, épées d’arme du Moyen Age à longue lame qui se manient à deux mains, épées du XIVe siècle servant à frapper de taille pour fausser les défenses de mailles, épées de guerre du XlVe siècle à lame longue et forte pour frapper de pointe et fausser les joints des armures de plates.
Après les XVIe et XVIle siècles qui marquent l’apogée du développement de l’épée avec les magnifiques gardes et contre-gardes des épées artistiques, rapières allemandes, italiennes et espagnoles, s’ouvre la période industrielle. C’est le déclin. L’épée ne dépasse plus 75cm de long; les petites épées à lame triangulaire se portent à la ville; les lames plates sont réservées aux usages militaires ; le sabre supplante l’épée l’arme à feu a fait son apparition. Progressivement abandonnée comme armement de combat, seule la pratique du duel pour vider des querelles d’honneur en maintient l’usage jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Elle n’est plus portée aujourd’hui qu’avec les tenues de parade de certaines écoles, par l’institut de France, en Suisse par les Vieux-Grenadiers et utilisée en escrime.
L’histoire de l’Epée en a fait le symbole de l’état militaire dans toutes ses acceptions bravoure, loyauté, puissance. En Occident comme en Chine et au Japon, elle est l’emblème premier de l’empereur et du roi. Sur les sceaux du Moyen Age, les rois et leurs barons sont représentés l’épée à la main.
En fait sous l’influence indo-européenne, les sociétés anciennes se sont organisées en trois ordres ou castes, castes des agriculteurs, des guerriers et des prêtres. L’épée était l’emblème des guerriers et recevait la bénédiction des prêtres. Dans les traditions chrétiennes, la caste des guerriers est la Chevalerie dans laquelle on était admis après la longue initiation de l’épée et sous réserve de faire preuve de bravoure, générosité et fidélité. “Ce passage”, rite de l’adoubement ou armement est la consécration d’une prise de possession de soi. Le jeune écuyer qui vivait jusque là en tutelle, ne doit plus dépendre que de lui-même et de son épée, arme par excellence du chevalier ; plus qu’une arme, son double.
Les histoires d’épées dont les vertus sont chantées dans des récits mythiques ou épiques sont nombreuses au Moyen Age. Les plus célèbres portent un nom qui les personnalise Joyeuse, l’épée de Charlemagne, Excalibur du roi Arthur, Durendal de Roland, Nothung de Siegfried… sans oublier pour nous Maçons, l’épée du Roi David qui, dans le Cycle du Graal, est placée par Salomon sur une nef après qu’il ait gravé sur la lame l’interdiction à tout chevalier qui ne serait pas le meilleur des meilleurs de la retirer de son fourreau. Ce chevalier, descendant de Salomon, et qui est Galaad, devra rapporter la coupe d’émeraude, le Saint Graal.
Le symbolisme de l’Epée (signification) :
L’épée a une signification double à la fois maléfique et bénéfique. Les deux tranchants dégagent une dualité qui s’exerce suivant son axe à la manière des deux serpents qui s’enroulent autour du caducée. L’Epée est destruction et création, ténèbres et Lumière, matière et esprit, menace et protection, guerre et paix, haine et amour. Les Celtes plantaient des épées de guerre dans la terre des champs de blé pour la fertiliser.
Comme tout symbole ayant deux interprétations opposées qui doivent s’unir pour obtenir son sens complet, son double tranchant symbolise l’union des contraires, la synthèse, le centre de l’équilibre parfait; idée que nous retrouvons notamment dans le blanc et le noir du pavé mosaïque, l’aigle à deux têtes et autres…
L’Epée est Lumière, éclair, foudre, feu. Sa lame brille et scintille. Elle est liée au rayon solaire comme la flèche, à la foudre comme le Vajra védique. Apollon perce de ses flèches le serpent Python. lndra tue le dragon avec le Vajra. Adam et Eve sont chassés du Paradis sous la menace d’une épée de feu tournoyante. En alchimie, l’épée des philosophes est le feu du creuset.
Arme offensive de la divinité, elle représente son pouvoir temporel en même temps que son autorité spirituelle exercée par le Verbe. En pays d’islam pendant la prédication, le Khitâb tient une épée de bois, et dans la tradition biblique, l’Apocalypse décrit une épée à deux tranchants sortant de la bouche de Yahvé et dont “ l’aspect était celui du soleil quand il brille dans tout son éclat ”. L’épée de lumière est symbole du verbe avec son double pouvoir créateur et destructeur.
Elle figure en effet l’énergie ignée en tant que manifestation de la volonté de Yahvé. Souvent symbole destructeur et vengeur lié aux guerres, catastrophes, épidémies, elle est l’arme qui sert à punir les méchants, l’instrument de la vérité agissante que nous retrouvons à l’époque médiévale sous la forme du Jugement de Dieu.
De fait associée à la verticalité et la balance, l’épée est symbole de la justice. Elle permet de peser le pour et le contre, de séparer le bien du mal, de constater le juste équilibre.
Elle défend la veuve, l’orphelin, l’opprimé, soutient le Juste…C’est par elle que l’ange frappe les ennemis de Jérusalem, que Saint Michel protège la Vierge et terrasse le dragon, que Salomon reconnaît la mère d’un enfant, que Saint Martin partage son manteau pour en couvrir le pauvre Samaritain. Si l’épée est liée à des instruments qui peuvent blesser et même désintégrer, elle est aussi une forme de paratonnerre et joue un rôle protecteur.
Car la trempe de l’épée naît de l’union forcée des éléments ; à partir du minerai, elle est forgée dans le feu à coups de marteau et plongée dans l’eau. De par sa double origine terrestre et céleste, elle est l’axe cosmique et polaire qui unit le monde souterrain au ciel à travers la terre, l’arme du Logos, du Verbe-Lumière qui combat l’obscurantisme et l’inconscience.
L’Epée symbolise, en effet, la conquête de la Lumière et de la Connaissance. Sa puissance s’exerce par le tranchant de la lame qui frappe d’estoc et de taille les forces du mal, de l’ignorance et l’enchevêtrement de leurs noeuds. Elle s’exerce par le feu céleste de l’éclair et de la foudre. Elle s’exerce par la lumière de la lame qui agit par illumination et transfert de la Connaissance. Elle s’exerce enfin par la pointe qui transperce pour introduire la lumière dans les ténèbres, là où nous ne savons pas la saisir. Image de la connaissance enfermée au fond de notre être, I’Epée est parfois fichée dans le roc comme Excalibur ou dans l’arbre comme Nothung.
La forme de l’épée n’a guère varié. Elle a très souvent une garde perpendiculaire à la lame, dessinant une croix qui étend l’ambivalence de sa signification comme la double hache, le marteau de Thor, le maillet. Les deux axes représentent l’Homme universel et l’extériorisation de son individu dans toutes les directions, l’union du ciel et de la terre, du temps et de l’espace. Elle dessine une croix elle-même formée de deux équerres. Or selon une théorie exposée par Raoul BERTEAUX, le “centre”, lorsqu’il est “centre de figure” de la croix, apparaît comme cinquième point. En tant que tel, il figure “la quintessence” des alchimistes, concept parfois représenté sous la forme de I’étoile à cinq branches.
Nous retrouvons la plupart de ces significations de l’Epée dans le rituel maçonnique.
Trois officiers ont une épée, les Frères et Soeurs employant dans certaines circonstances le glaive, son synonyme. Cependant, elles n’ont pas les mêmes fonctions. L’épée du Couvreur, Gardien du Temple, est une arme défensive qui sert à chasser les profanes. L’épée de l’Expert, Gardien du Rite, est une arme offensive qui sert à maintenir le respect du rite et de la progression initiatique.
Le VM d’Oeuvre pour sa part dispose essentiellement de deux outils : le maillet symbole du pouvoir temporel, emblème des dieux de la foudre, et l’épée flamboyante, symbole du pouvoir spirituel dont la lame ondulée représente le feu du ciel. Ils sont notamment associés à la création du Franc-Maçon, son élévation au grade Compagnon, au Rite Opératif de Salomon, à la réception des Dignitaires et l’installation du V M d’Oeuv : voûte d’acier, maillets battants.
L’épée, instrument de transmission de la Lumière, permet de créer tout en purifiant. V M d’Oeuv conduit la Lumière sur le candidat qui est initié par le choc du maillet sur l’Epée flamboyante. Par la conjonction de la foudre et de l’éclair il est mis en relation avec les forces cosmiques. Adoubé, le nouveau Maçon est “ armé ” pour devenir peu à peu un combattant, défenseur de la Veuve.., et de l’éthique maçonniques et pourfendeur des entraves qui sont en lui.
Dans le passage de la perpendiculaire au niveau, les cinq Lumières dirigent leur glaive vers nous à hauteur du plexus solaire. Formant les cinq branches de l’Etoile, elles nous placent en son centre, reproduisant l’homme écartelé. Elles nous perforent symboliquement pour faire pénétrer la Lumière à l’emplacement du “ G ”, étoile terrestre allumée par la Lumière céleste et capable d’illuminer à son tour les non-initiés placés dans le champ de son rayonnement.
De fait en Extrême-Orient, l’épée est symbole de sagesse, de pénétration et au Japon elle revêt un symbolisme cosmologique car “elle a substance des étoiles”. Nous retrouvons cette origine dans l’étymologie de “ fer ” du latin “ sideros ”, lui-même du latin “sidus” “étoile”. Les métaux, ne sont-ils pas pour certains auteurs les élément planétaires du monde souterrain et les planètes les métaux du ciel car “ce qui est en haut est comme ce qui est en bas est en bas est comme ce qui est en haut” ?
8 L’Epée au grade de Compagnon :
Comme l’on trempe l’acier, I’Epée nous rappelle que nous devons “forger” notre âme maçonnique pour chasser peu à peu les ténèbres qui sont en nous, tendre vers la sagesse, la vérité et devenir un foyer de Lumière, une Etoile. Mais, la forge des épées est elle-même oeuvre d’initié. Le métal est extrait des entrailles de la terre, la forge en relation avec le feu souterrain et les forgerons sont les gardiens de trésors cachés. Il nous faut par conséquent être déjà engagés dans l’investigation de notre moi, visiter l’intérieur de la terre pour trouver “ le pur métal ” et “ forger ” un “ nouveau maillon ” de la chaîne d’union.
Nous devons apprendre à nous connaître, frapper d’estoc et de taille les ennemis que nous portons en nous-mêmes, les multiples obstacles à notre progression initiatique pour tenter de nous libérer de nos angoisses, passions, préjugés, conditionnements issus de notre hérédité, de notre milieu et de l’éducation reçue.
Si au XVIIIe siècle, le port de l’épée en loge symbolise la condition libre et l’égalité des droits, son souvenir, le cordon orné de la rosette rouge, n’est porté que par les Maîtres, car l’épée peut être un instrument de vie mais utilisée sans discernement, elle peut être dangereuse. Sa puissance et son éclat sont si forts que nous devons la manier avec prudence, adresse, volonté et la soumettre aux contrôles rigoureux des autres outils, notamment de la règle, de l’équerre et du compas.
Pour nous, moins expérimentés, elle peut s’identifier à la canne, au bâton avec lequel nous formons la voûte symbolisant “ la conduite ” du nouveau Compagnon qui part sur le “Tour de France”. D’ailleurs, dans la terminologie militaire, le bâton était, avant l’invention de la poudre, le nom générique des armes droites. Dans le langage symbolique, il est l’arme magique, le soutien, la défense, le guide. Comme l’épée, il est l’axe cosmique. Il accompagne notre marche, notre voyage initiatique. En rapport lui aussi avec le feu celui de l’étincelle, de l’éclair, de la foudre qui est fertilisant, il nous montre “I’Etoile polaire”.
Mais épée ou Canne qu’importe, si elle contribue à notre recherche de justice, d’harmonie, de connaissance, à notre voyage initiatique qui, toujours inachevé, doit nous permettre d’intégrer un état d’esprit qui modifie nos comportement, méthodes de raisonnement, réflexions et réciproquement. Il n’est pas facile d’oublier nos habitudes profanes, de trouver rectitude et équilibre entre actes et pensées, idées et paroles, engagements et désirs, devoirs et droits, d’utiliser différemment nos acquisitions et possibilités et les rectifier. Comme le symbolise la marche du Compagnon, notre recherche est tâtonnante ne sachant plus faire comme avant, parfois maladroits en voulant faire autrement.
Pour nous aider, de nouveaux outils nous sont remis et les cinq points de la méthode de travail révélés. Nous apprenons à nous servir des uns et essayons de mettre en pratique les autres dans notre vie quotidienne tant maçonnique que profane. N’aspirant pas au repos, chaque jour, nous remettons sur le métier notre travail vers les autres apprenant à donner et servir dans toute la mesure de nos moyens. Nous appréhendons et expliquons les choses autrement, de façon plus clairvoyante, responsable, courageuse. Nous savons un peu mieux écouter, contrôler nos réactions, discerner les choses et les relativiser, un peu moins écouter le chant des sirènes de notre imagination et des gens que nous côtoyons. La difficulté est de trouver nos repères pour que notre tolérance, notre respect de l’autre ne soient pas assimilés à de la faiblesse et exploités.
Si nous avons une âme de Don Quichotte, prenant des “coups ” sans toujours bien comprendre pourquoi, ce “voyage” peut faire un peu mal. Si notre bonne volonté se heurte à l’injustice, l’incompréhension, l’ingratitude, la malveillance, il arrive que nous nous révoltions et doutions de tout, de la tâche entreprise, de l’humanité de nous-mêmes. D’autant que notre cheminement se fait dans la solitude alors que les déviations et les erreurs seraient moins grandes avec l’aide fraternelle des Maçons confirmés.
Dans ces moments, il faut nous souvenir de notre désir non altéré, lui, d’un idéal hors du commun et y “retremper” notre courage, nous souvenir du sens profond du travail maçonnique, reprendre confiance et croire en nos possibilités, tourner le regard vers “l’Etoile polaire” et nous efforcer de respecter “la règle”, il nous faut rassembler ce qui est épars pour reconquérir un centre d’équilibre et ne pas gaspiller notre énergie. Ces “passages à vide” surmontés, notre travail reçoit son salaire si nous décelons des évolutions positives dans nos relations avec autrui. Alors, nous poursuivons notre chemin vers la connaissance et la Lumière dont c’est le but. Notre “guerre sainte” est intérieure mais elle ne doit pas être seulement centrée sur nous-mêmes. Elle doit être portée à l’extérieur dans la vie de la cité.
Avec sa lame droite, l’épée est une arme prête à défendre les causes justes, dirigée contre ceux qui portent atteintes aux libertés fondamentales de l’Homme, atteintes générant intolérance, intégrisme, fanatisme et leurs moyens extrêmes, prises d’otage, terrorisme, assassinats avec tout ce que cela comporte de lâcheté.
Arme loyale, arme d’honneur, de rectitude, de droiture, arme de noblesse du coeur et de ‘esprit, l’épée est le symbole de cette lutte ininterrompue et toujours inachevée du Franc-Maçon pour défendre la justice et la vérité. Notre combat au quotidien, c’est défendre pour tous le droit à la liberté d’opinion, à la différence, au travail, le droit tout simplement le vivre dans des conditions décentes. Dans la vie profane, c’est un combat de proximité, un combat professionnel, en Loge des débats sur les problèmes de société. C’est ainsi que l’Epée maçonnique devient pour moi “liberté, égalité, fraternité”.
Pour terminer, je dirai que mes réflexions sur l’Epée m’ont appris qu’elle était un outil de Bâtisseur. C’est l’épée à la main que les Chevaliers sont partis défendre le Temple de Salomon, que les moines soldats ont lancé la construction des cathédrales, que nous, Francs-Maçons, tranchons, perforons, séparons le “bon grain de l’ivraie” pour conquérir la Connaissance et la Lumière ; mais aussi la truelle dans l’autre main qu’en même temps nous travaillons à réunir, unifier, cimenter les pierres de l’édifice et construire le Temple universel.
Pour se joindre à sa construction, chacun travaille sa pierre à tout moment car notre cheminement sans fin vers toujours “ plus de Sagesse, plus de Lumière ” est semé d’obstacles et exige un effort constant, une persévérance sans relâche. Mais l’épée, lieu où toutes les oppositions se concilient, axe de l’équilibre parfait, symbole du verbe qui nous incite à rechercher la parole perdue peut selon notre sensibilité nous accompagner, nous montrant la quintessence de l’Etoile Flamboyante, l’initiale du Graal dans lequel se trouve le feu créateur, l’initié en qui le feu est éveillé et qui peut le conduire à approcher l’Art Royal.
Le Franc-Maçon qui se veut adepte véritable de l’Art Royal pense que chaque personne humaine constitue un trésor unique, car il sait que “la perle rare” peut se trouver sous la coquille qui semble la moins belle et que le plus beau joyeux peur resplendir dans l’écrin le plus simple.
Chaque être humain possède une certaine noblesse d’esprit ou d’intention et la tâche d’un Franc-Maçon véritable consiste d’abord dans la découverte de ce qui est beau dans chaque personne, afin d’aider ensuite au bon développement des meilleures facultés.
Le Franc-Maçon quelque peu avancé dans la pratique de l’Art Royal enseigne que chaque personne peut trouver sa vraie place dans la vie grâce à l’usage d’une méthode qui développent les facultés physiques et mentales afin de permettre la méditation contemplative comme la concentration constructive.
C’est pourquoi sa généreuse disponibilité le porte à rechercher constamment l’intégration dans l’Ordre du plus grand nombre possible de profanes sincères.
Car les Maçons sont fils de la Lumière.
L’Epée (documentation retrouvée) :
Abordons également les l’éclairages :
Selon Jules
BOUCHER
Selon le Dictionnaire maçonnique (Roger RICHARD)
Selon le Dictionnaire de la FM (D. LIGOU)
Selon les Rites et Symboles de la FM (D. BERESNIAK)
Selon le Dictionnaire des symboles (J. CHEVALIER et Alain
GHEERBRANT)
Le cahier du Maître par J.B.G. (Le maillon – Detrad)
Le manuel pratique du Grand Expert et du Maître des Cérémonies
“Collection : Les officiers de Loge dirigée par Gilbert Alban”
La Symbolique Maconnique ( par Jules Boucher) :
L’Epée
Flamboyante :
On lit dans la bible : “Le Seigneur Dieu mit des * Chérubins
dans le jardin de délices, qui faisaient étinceler une épée de feu,
pour garder le chemin qui conduisait à l’Arbre de Vie (Genèse, III,
24)”.
Les “Chérubins” forment une classe des Anges dont le Pseudo-Denys l’Aréopagite nous a donné la nomenclature. Les Chérubins, d’après l’Ecriture, tiennent une épée de feu.
L’Epée flamboyante “maçonnique” est une représentation de cette épée des gardiens angéliques ; c’est pourquoi l’on donne à sa lame une forme ondulée, qui concrétise le mouvement ondulatoire et vibratoire de la flamme.
L’Epée flamboyante, dit Ragon, est une arme symbolique signifiant que l’insubordination, le vice et le crime doivent être repoussée de nos Temples.
Wirth, plus près de la vérité métaphysique, écrit “ Le Glaive flamboyant est le symbole du Verbe, autrement dit de la pensée active. C’est l’arme unique de l’initié, qui ne saurait vaincre que par la puissance de l’idée et par la force qu’elle porte en elle-même. Marius Lepage, dans la revue Le Symbolisme,a longuement étudié l’Epée flamboyante. Pour lui elle revêt deux significations essentielles : celle de création, par l’intermédiaire du Verbe-Lumière-Son, et celle de purification et d’expiation sous les épreuves du destin.
En Maçonnerie, l’Epée flamboyante sert à la consécration du Récipiendaire et si les Rites divers varient sur quelques points de détail, l’idée essentielle reste la même.
Le plus souvent, le Vénérable Maître d’Oeuvre, tenant l’épée de la main gauche, dirige la lame au-dessus de la tête de l’impétrant et applique, sur la lame, trois coups de maillet.
D’autre fois, il pose l’Epée successivement sur la tête, l’épaule gauche et l’épaule droite, frappant un coup à chaque fois ou encore trois coups de maillet.
D’accord avec Marius Lepage, nous pensons qu’il conviendrait de placer l’Epée successivement sur la tête, l’épaule gauche et l’épaule droite, suivant les correspondances séphirotiques Kether(Couronne) ; Binah(Intelligence) ; Hokhmah(Sagesse).
Dans les rites de réception de la Chevalerie ancienne, l’acte qui créait le Chevalier consistait à frapper trois coups sur la nuque ou sur l’épauleavec le plat de l’épée tenue de la main droite. On dit aussi que la “collée” se donnait en frappant avec la main trois coups violents sur la nuque, acte qui nous étonne tant par sa brutalité que par ses conséquences physiologiques importantes et incontestablement voulues, que nous n’avons pas à expliquer ici. Qu’il nous suffise de rappeler simplement que la nuque, au sommet de la colonne vertébrale et à la base du cervelet, est le siège du bulbe qui serait, d’après la physiologie, l’organe de relation entre la sensibilité et le mouvement.
Nous signalons ceci pour montrer qu’il y a analogie, mais non identité, entre la consécration d’un chevalier et celle d’un Apprenti Maçon.
“La consécration rituelle d’un nouveau Maçon commence, dit Marius Lepage par ces termes: Je vous crée…”C’est donc bien un acte créateur, qui procède d’une volonté, celle du Vénérable Maître d’Oeuvre agissant au nom de la Maçonnerie, par l’intermédiaire d’une vibration sonore, épée frappée. Un être totalement nouveau doit naître, et l’effet des effluves, issus de l’Epée, qui le traversent, doit constituer une sorte d’imprégnation qui pénétrera définitivement le Récipiendaire.
Cet auteur est un de ceux qui, assez rares, ont su comprendre le véritable symbolisme du Rituel de la consécration maçonnique. Malheureusement, ceux qui sont chargés d’accomplir cette cérémonie n’en saisissent pas toujours complètement l’importance considérable.
Il faut aussi se rappeler que le nombre trois est celui du grade de l’Aprenti si l’on pose l’Epée sur la tête du Récipiendaire, il convient de frapper trois coups; mais si on l’applique sur la tête et les épaules, il faudrait alors ne frapper qu’un seul coup àchaque fois et non trois, car alors on frapperait en réalité neuf coups et le nombre neuf, ainsi que nous le verrons, correspond au grade de Maître.
D’ailleurs, le Rituel donné par le Convent de Lausanne, en 1875, précise queleVérable Maître d’Oeuvre frappe trois coups égaux avec son maillet sur la lame du glaive en la posant légèrement sur la tête du Récipiendaire ”.
L’Epée flamboyante doit être tenue de la main gauche (côté passif et le maillet de la main droite(côté actif). Cette épée n’est pas une arme ; elle est un instrument de transmission et c’est pourquoi elle doit être tenue de la main gauche.
On ne devrait utiliser I’Epée flamboyante que lors des seules consécrations et se servir des épées à lame droite pour les autres cérémonies.
En Loge, l’Epée est toujours tenue de la main gauche’.Seul le Couvreur doit tenir lai sienne de la main droite ; en effet, c’est un défenseur chargé de veiller à la porte du Temple dont il doit impitoyablement écarter tout profane.
Les Epées servent deux fois lors de la réception au premier degré
Elles sont utilisées durant le second voyage du Récipiendaire pour produire le cliquetisqui symbolise, dit le Rituel, les combats que l’homme doit soutenir pour triompher de ses passions et de celles des autres hommes. Ce bruissement hostile, c’est celui de la sylve profonde et dangereuse que l’initié doit traverser.
Au moment où le Récipiendaire “reçoit la Lumière”, tous les membres de la Loge dirigent vers lui la pointe de leur Epée, apportant ainsi leur aide au néophyte en canalisant vers lui un puissant effort bénéfique.
Bien entendu, les antimaçons n’ont pas manqué de voir dans ce geste une menace de mort contre l’Initié qui faillirait.
“Au bruit du Maillet le bandeau tombe, dit Jean Kotska qui devait pourtant bien connaître la signification de ce rite et le néophyte aperçoit la synagogue de Lucifer qui le menace du glaive vengeur”.
Il est vrai que le Rituel dit que les Epées dirigées vers le Récipiendaire indiquent, d’une part, l’aide qu’il peut attendre de ses Frères et Soeurs et, d’autre part, le châtiment auquel il s’expose s’il se parjure.
C’est là une explication tout exotérique dont l’initié ne doit pas se satisfaire.
Les Epées maçonniques sont faites d’une lame étroite à eux tranchants; leur poignée est cruciforme et généralement ornée de figures symboliques. Ces Epées n’ont ; il faut encore le préciser ; aucun pouvoir homicide. Ce sont des instruments dont il importe cependant de ne pas méconnaître la vertu. Leur présence en Maçonnerie indique que l’Initiation transmise est active, c’est-à-dire en rapport avec la volonté même du néophyte, qui devra lutter pour s’initier lui-même.
Il n’y a pas lieu d’assimiler l’Epée à une Epée magique, Cependant toute cérémonie rituelle est magique, c’est-à-dire que le geste accompli sur le plan matériel s’accompagne d’une action réelle sur le plan hyperphysique, à condition que celui qui opère possède les qualifications indispensables.
Les transmissions “ initiatiques“ sont de véritables opérations magiques. Les Maçons “rationalistes “ a, qui voient dans la Magie des croyances d’un âge révolu, ne se doutent pas qu’ils se sont prêtés, lors de leur initiation, à ces pratiques magiques qu’ils qualifient de billevesées… parce qu’ils ne les comprennent pas.
1.
Quelquefois on fait tenir au Récipiendaire une Epée contre sa poitrine.
C’est une erreur qu’il conviendrait d’éviter. Le Récipiendaire doit
appliquer la pointe d’un Compas et non la pointe d’une Epée contre sa
poitrine.
2. Le Rite Français fait maintenant tenir l’Epée de la main droite et
s’éloigne ainsi de la valeur initiatique de I’Epée à laquelle il donne
un sens purement profane.
La Voûte d’Acier :
La “Voûte d’Acier” est un honneur spécial rendu aux Dignitaires en certaines occasions.Les Maçons, placés en deux rangs parallèles, croisent leur épée,tenue de la main droite, de façon à former une voûte sous laquelle passe celui auquel on rend cet honneur. Le signe d’ordre est alors fait exceptionnellement de la main gauche.
Ce cérémonial date, dit-on, du XVIIIe siècle. Lorsque Louis XVIe entra à l’Hôtel de ville de Paris, le 17 juillet 1789, les Maçons présents formèrent la Voûte d’Aciersur l’escalier du monument.
Le symbolisme de la Voûte d’Acier est assez parlant par lui-même sans qu’il soit besoin d’insister. Les Maçons indiquent par là qu’ils mettent leur force au service de celui qu’ils honorent, et l’espèce de toit figure la protection qu’ils apportent. L’Epée est tenue de la main gauche, car il s’agit alors d’une action physique et non pas d’une transmission initiatique.
Cette cérémonie a été conservée ou adoptée par les militaires lors de leur mariage et constitue un rite de Klzsatrias.
Selon le Dictionnaire maçonnique (Roger RICHARD)
L’usage de l’Epée est fondamental pour les Initiations. Lors de la consécration des nouveaux initiés ; les Frères et Soeurs placés sur les Colonnes prennent l’Epée de la main gauche et font le signe d’ordre de la main droite. Par contre, pour la réception des Dignitaires, les Frères et Soeurs des premiers rangs forment la voûte d’acier, qui est un acte chevaleresque, et l’Epée doit être tenue de la main droite. Au cours de ses fonctions, le Frère ou la Sœur Expert se met à l’ordre en tenant l’Epée verticalement de la main droite, la garde étant à hauteur du menton.
Au R E R chaque Frère doit avoir son Epée. Lors de la consécration ils tiennent l’Epée de la main droite, pointe haute.
Traditionnellement, aux trois premiers degrés, suivant les Rites, une ou des Epées figurent sur les bijoux de l’Expert, du Messager, du Couvreur ou du Tuileur.
Le R:. E:. R:. donne l’explication suivante dans le catéchisme :
D: Que signifie l’Epée du V:. M.: D’Oeuv:. posée sur la Bible ?
R: Elle est le symbole du pouvoir qui est confié au V M D’Oeuv, lequel, étant fondé sur la Loi, sert de base aux travaux des Frères.
L’épée flamboyante :
L’Epée flamboyante a une lame ondulée rappelant les oscillations d’une flamme. Elle sert à consacrer les nouveaux initiés selon une gestuelle empruntée à la Chevalerie. Le V M D’Oeuv la tient de la main gauche tandis qu’il frappe dessus avec le Maillet tenu de la main droite. Remarquons qu’en chevalerie l’armement se fait par une Epée droite tenue de la main droite et suivant un autre rituel.
Le Tuileur du R:. E:. a une épée nue à la main. Elle peut être flamboyante, droite ou courbe, suivant l’iconographie britannique.
Le RE R n’utilise pas d’Epée flamboyante.
Symbolisme : (Genèse 3, 24) :
“il bannit l’homme et il posta devant le jardin d’Eden les chérubins et la flamme du glaive fulgurant pour garder le chemin de l’arbre de vie”.
Fulgurant signifie “Qui jette une lueur vive et rapide comme l’éclaire” . On a donc associé l’idée de feu et de lumière à l’Epée, et ainsi donné une valeur mystique et une puissance purificatrice à la lame.
Dès lors,
il est malaisé de comprendre pourquoi, au
R O S (Rite Opératif de Salomon) les
étoiles sont éteintes avec la lame de l’Epée. Il est en effet,
symboliquement parlant, impossible d’éteindre le feu par le
feu !
Le dictionnaire de la Franc-Maçonnerie (Daniel LIGOU)
L’Epée :
Cette arme ancienne doit être examinée sous deux aspects :
L’épée flamboyante ;
L’épée traditionnelle, en Maçonnerie Symbolique et dans les Hauts Grades. (Syn. Glaive).
L’épée flamboyante. Cette épée est constituée par une lame ondulée qui représente le mouvement ondulatoire de la flamme intérieure qui doit exister dans le tréfonds du coeur de tout Maçon.
Ainsi que l’indique Marius Lepage dans sa revue Le Symbolisme (1939, p. 122 et suiv.), l’épée flamboyante a deux significations principales :
celle de création ;
b) celle de purification.
Outre la Maçonnerie, on trouve cm effet cet emploi de l’épée dans certaines religions et notamment dans la religion chrétienne (par exemple, l’épée des gardiens du jardin d’Eden).
En Maçonnerie, l’épée flamboyante sert principalement à la consécration de tout récipiendaire.
Cette épée n’est pas une arme mais un instrument de transmission et c’est pourquoi, reprenant le rite de réception adopté par l’ancienne chevalerie, le Vénérable Maître d’Oeuvre, lors de la consécration d’un récipiendaire, place l’épée flamboyante sur la tête, l’épaule gauche et l’épaule droite du candidat, cette consécration étant réalisée sur les paroles rituelles obligatoires accompagnées de trois coups frappés sur l’épée, par le maillet du Vénérable Maître d’œuvre officiant, ladite épée étant placée successivement sur la tête, sur l’épaule gauche et l’épaule droite du néophyte ainsi consacré et devenu Franc-Maçon.
A signaler que l’épée flamboyante doit être tenue par le Vénérable Maître d’œuvre de la main gauche, le maillet l’étant de la main droite.
2) L’épée traditionnelle à lame droite.Outre l’épée flamboyante, la Maçonnerie utilise l’épée à lame droite qui est tenue par chacun des membres de la Loge non seulement lors de la consécration d’un nous Frère ou d’une Sœur,, mais à l’occasion de toute cérémonie officielle (réception de dignitaires, manifestations maçonniques, etc.).
Ces épées sont tenues de la main gauche par les membres de la Loge, une exception étant faite pour la “Voûte d’Acier”, honneur tout particulier rendu Frères et Soeurs Visiteurs Dignitaires, les épées étant a tenues de la main droite afin de permettre aux Frères et Soeurs l’accomplissement du signe d’ordre par la main gauche.
Du point de vue historique, l’emploi de l’épée d les loges maçonniques date du XVIIIe siècle. En effet, cette mesure a été prise sous Louis XVe,en vue d’appliquer dans les Loges maçonniques les principes d’égalité qui alors, exprimaient même ceux de liberté.
Aux Hauts Grades, très marqués par leur origine chevaleresque, l’épée joue un rôle important. Elle le thème essentiel du Chevalier d’Orient ou de l’Epée.
Le postulant au 5egrade (Maître Parfait) prête obligation “avec la pointe de l’épée sur le cœur” Il y a deux épées nues sur l’autel au 6e grade (Secrétaire Intime) et deux épées croisées au 9e (Maître Elu des Neuf), au15e(Chevalier d’Orient) qui signifient “Vérité et Justice”, au 17e(Chevalier d’Orient et d’Occident). Au même grade, il existe également une épée à deux tranchants qui signifie que le Conseil est “toujours armé pour la Défense du Droit”. En théorie des Frères ou des Soeurs portent l’épée et font mine la tirer du fourreau à divers grades dont le 6e, le 15e et surtout aux divers grades de Kadosch. Elle figure enfin dans le signe et le bijou du 33e(Souverain Grand Inspecteur Général) en relations avec l’Aigle.
Les Rites
et Symboles de la Franc-Maçonnerie
(Daniel BERESNIAK)
L’épée ou la gloire :
L’épée est le symbole du guerrier. Elle est l’arme par excellence. Sa puissance est positive ou négative, selon qu’elle est le moyen de protéger l’innocent contre la malfaisance ou qu’elle est une fin en soi. Associée à la balance, l’épée donne une image de la justice elle sépare le bien du mal et elle frappe le coupable.
Sous le double aspect destructeur et créateur, elle est aussi un symbole de la Parole et elle est le symbole de l’ambivalence elle-même.
Tout remède est aussi poison. Ce qui différencie l’un de l’autre n’est pas d’ordre qualitatif, mais quantitatif : dose et rapport avec le terrain. Au plan de la nature, il s’agit de la même chose.
L’homme est capable du meilleur et du pire. On peut dire cela autrement : capable du meilleur donc du pire, et inversement lorsque le pire se manifeste d’abord. L’épée est la force qui deviendra poison dans la main de certains et remède si elle est confiée à de véritables chevaliers.
Lorsque, à l’issue de la cérémonie de l’initiation au degré d’apprenti, tous les participants pointent l’épée vers le néophyte, l’ambivalence du geste est commenté : protecteur ou menaçant.
Arme blanche individuelle, l’épée accompagne souvent le guerrier barbare dans sa tombe. Childeric 1er père de Clovis (mort en 481/482) fut inhumé avec une épée à poignée d’or enrichie de grenats. Plus tard, au cours de la codification des rites de chevalerie, vers le 10e siècle, l’épée sera intégrée à la cérémonie du sacre du roi.
C’est l’archevêque, représentant le pouvoir spirituel, qui la donne au roi. Le souverain sera le protecteur de l’église, du royaume, il exercera la justice et il pratiquera les vertus pour régner, enfin, avec Celui dont il est l’image sur la terre. Telle est la prière de l’ordo dite au cours d’une cérémonie vécue par Philippe Il Auguste en 1179 et, pour la dernière fois, par Charles X en 1825.
Au cours de ces sept siècles et demi, le symbolisme de l’épée est récupéré par le pouvoir et les terribles confusions mortifiées s’installent dans l’imaginaire collectif la spiritualité est confondue avec l’institution qui prétend l’incarner. Pour l’église, la vertu est associée à la soumission au pouvoir établi et à l’adhésion aux dogmes obligatoires. Ces confusions génèrent des comportements aberrants mais elles sont entretenues parce qu’elles permettent de manipuler et de dominer.
Signe de noblesse sous l’ancien Régime, l’épée est devenue le signe de l’égalité parmi les Francs-Maçons. En décidant de la porter, les Francs-maçons signifient que la noblesse est associée au travail et non à la naissance. L’égalité, chez les Maçons, n’est pas un nivellement par le bas, mais un droit qui correspond au devoir de produire un effort. L’épée est à double tranchant. La promesse est inséparable de la menace comme le droit est indissociable du devoir.
L’égalité dans les loges s’établit “parle haut” l’Art Royal et l’Art de faire des rois.
Aussi la lame à double tranchant, comme symbole du verbe, est à pointer sur soi-même. C’est le sens originel et mystique du “Djihad”, de la “guerre sainte”, telle qu’elle a été commentée par de nombreux soufis au sein de l’Islam. Nous disons “mystique” parce que le mysticisme est la pulsion qui nous invite à dépasser nos limites, et non pas la soumission à un dogme. La substitution de l’effort par la soumission est le fruit amer des terribles confusions dont il vient d’être question. Ces mêmes confusions font de la guerre une guerre contre l’autre. Or, personne n’appartient, de droit, à un groupe d’élus.
L’épée est un outil, essentiellement. Sa finalité est de qualifier.
Dictionnaire
ses symboles par :
(Jean CHEVALIER et Alain GHEERBRANT)
L’Epée :
1. L’épée est d’abord le symbole de l’état militaire et de sa vertu, la bravoure, ainsi que de sa fonction, la puissance. La puissance possède un double aspect destructeur, mais la destruction peut s’appliquer à l’injustice, à la malfaisance, à l’ignorance et, de ce fait, devenir positive constructeur elle établit et maintient la paix et la justice. Tous ces symboles conviennent littéralement à l’épée, lorsqu’elle est l’emblème royal (épée sacrée des Japonais, des Khmers, des Chans, cette dernière aujourd’hui conservée par le Sadet du Feu de la tribu Jaraï). Associée à la balance, elle se rapporte plus spécialement à la justice elle sépare le bien du mal, elle frappe le coupable.
2. Symbole guerrier, l’épée est aussi celui de la guerre sainte(et non celui, comme on le prétend à propos de l’iconographie hindoue, des conquêtes aryennes à moins qu’il ne s’agisse de conquêtes spirituelles). La guerre sainte est avant tout une guerre Intérieure, ce qui peut être aussi la signification de l’épéeapportée par le Christ (Matt. 10, 34). Et c’est encore sous son double aspect destructeur et créateur un symbole du Verbe, de la Parole. Le khîtab musulman tient en main une épée de bois pendant la prédication; l’Apocalypse décrit une épée à deux tranchants sortant de la bouche du Verbe. Les deux tranchants sont en rapport avec le double pouvoir. Elles peuvent aussi signifier un dualisme sexuel ou les tranchants sont mâle et femelle (c’est ce qu’exprime un texte arabe), ou les épées sont fondues rituellement par couples et par un couple de fondeurs, au cours d’opérations qui sont des mariages (ainsi dans les légendes chinoises).
3. L’épée, c’est aussi la lumière et l’éclair la lame brille ; elle est, disaient les Croisés, un fragment de la Croix de Lumière. L’Epée sacrée japonaise dérive de l’éclair. L’épée du sacrificateur védique, c’est la foudre d’Indra (ce qui l’identifie au vajra). Elle est donc le feu les anges qui chassèrent Adam du Paradis portaient des épées de feu. En termes d’alchimie, l’épée des philosophesest le feu du creuset. Le Bodhisattva porte l’épée flamboyante dans le monde des assura c’est le symbole du combat pour la conquête de la connaissance et la libération des désirs ; l’épée tranche l’obscurité de l’ignorance ou le noeud des enchevêtrements (Govinda). Semblablement, l’épée de Vishnu, qui est une épée flamboyante, est le symbole de la pure connaissance et de la destruction de l’ignorance. Le fourreau est la nescience et l’obscurité ce qu’on ne peut sans doute séparer du fait que l’épée sacrée du Sadet du feujaraï ne peut être tirée du fourreau par un profane, sous peine des pires dangers. En symbolique pure, ces dangers devraient s’exprimer par l’aveuglement ou la brûlure, l’éclat ou le feu de l’épée ne pouvant être supportés que par les individus qualifiés.
Si l’épée est l’éclair et le feu, elle est encore un rayon du soleil le visage apocalyptique d’où sort l’épée est brillant comme le soleil (c’est effectivement la source de la lumière). En Chine, le trigramme li, qui correspond au soleil, correspond aussi à l’éclair et à l’épée.
4. Inversement, l’épée est en rapport avec l’eau et avec le dragon : la trempe de l’épée est mariage de l’eau et du feu étant feu, elle est attirée par l’eau. L’épée sacrée nippone fut extraite de la queue du dragon; celle du Sadet du Feu fut trouvée dans le lit du Mékong. En Chine, les épées se précipitent d’elles-mêmes dans l’eau où elles se transforment en dragons brillants; les épées plantées donnent naissance à des sources. On sait que l’éclair est lié à la production de la pluie.
5. L’épée est encore un symbole axial et polaireainsi de l’épée s’identifiant à l’axe de la balance. En Chine, l’épée; symbole du pouvoir impérial, était l’arme du Centre ; chez les Scythes, l’axe du monde, l’activité céleste étaient représentés par une épée plantée au sommet d’une montagne. L’épée plantée produisant la source n’est pas non plus sans rapport avec l’activité productrice du Ciel.
6. Dans la tradition biblique, l’épée fait partie des trois fléaux guerre-famine-peste. Cette trilogie se trouve en particulier dans Jérémie (21,7; 24, 10) et dans Ezéchiel (5, 12-17; 6, 11-12; 12, 16, etc.); ici l’épée symbolise l’invasion des armées ennemies.
L’épée de feu désigne, suivant Philon (De chérubin, 25, 27) lelogos et le soleil.
Quand Dieu chasse Adam du Paradis, il établit deux chérubins munis d’une épée de feu tournoyante, afin de garder le chemin conduisant à l’arbre de vie (Genèse, 3, 24). Selon Philon, les deux chérubins représentent le mouvement de l’univers, le déplacement éternel de l’ensemble du ciel, ou encore des deux hémisphères. Selon une autre interprétation du même auteur, les chérubins symbolisent les deux attributs suprêmes de Dieu la bonté et la puissance. L’épée se réfère au soleil dont la course fait le tour, en un jour cosmique, de l’univers entier. L’épée se rapporte encore à la raison qui réunit à la fois les deux attributs de bonté et de puissance c’est par la raison que Dieu est à la fois généreux et souverain (De chérubin, 21-27).
7. Dans les traditions chrétiennes, l’épée est une arme noble appartenant aux chevaliers et auxhéros chrétiens. Elle apparaît souvent mentionnée dans les chansons de geste. Roland, Olivier, Turpin, Charlemagne, Ganelon et l’émir Baligant possèdent des épées individualisées portant un nom. Parmi ceux-ci, retenons Joyeuse, Durandal, Hauteclaire, Corte, Bantrame, Musaguine etc. Les noms prouvent la personnalisation de l’épée. A l’épée est associée l’idée de luminosité, de clarté; la lame est dite scintillante (cf. Jeanne Wathelet-Willem. L’épée dans les plus anciennes chansons de geste. Etude de vocabulaire, dans Mélanges René Croizet,Poitiers, 1966, pp. 435-441).
L’épée symbolise aussi la puissance; étant l’instrument du massacre, de la mort, elle est synonyme de guerre, de force. Ses deux tranchants distincts opèrent une division profonde. C’est pourquoi la parole, l’éloquence sont parfois désignées par l’épée.
Le Cachier du Maître “Le maillon“ No. 50 – mai 1995
Le symbolisme de l’épée par J.B.G. (DETRAD) :
“La
connaissance totale étant adéquate à la possibilité
universelle, il n~ a rien qui soit inconnaissable”
R. GUENON
1. L’épée du Franc-maçon :
Tout commence par une histoire simple, du moins en apparence, où il y a un serpent “le plus rusé de tous les animaux que l’Eternel Dieu a fait”, qui séduit la femme, laquelle croque le fruit de l’arbre qui est au milieu du paradis. Trouvant le fruit bon, elle le fait goûter à son mari.
Remarquons
tout de suite que si cela n’avait pas eu lieu, nous ne serions pas ici,
maintenant vous, en train de m’écouter…et moi en train de
parler !
…Et ceci n’est pas une simple boutade.
Quoiqu’il en soit, la suite des événements nous conduit à, suivant les versions :
–
la flamme du glaive fulgurant
(traduct. Ecole Biblique de Jérusalem)
ou
–la flamme de l’épée
tournoyante (traduct. Crampon)
ou
– l’épée flamboyante (traduc.
Segond) des 4 Kérubin ayant pour fonction d’assurer la “couverture
extérieure” du Paradis terrestre.
Nous trouvons là, dans notre volume de la Loi Sacrée, la première référence concernant l’épée flamboyante.
R.G. nous dit: “La nature duel de l’Arbre de la Science” n apparaît d’ailleurs à Adam qu’au moment même de la “chute”, puisque c’est alors qu’il devient “connaissant le bien et le mal”. C’est alors, aussi, qu’il est éloigné du centre qui est le lieu de l’unité première, à laquelle correspond “I’Arbre de Vie” et c’est précisément “pour garder le chemin de l’Arbre de Vie” que les Kérubim (les “tétramorphes” synthétisant en eux le quaternaire des puissances élémentaires) armés de l’épée flamboyante, sont placés à l’entrée de l’Eden.
Nous ferons tout de suite deux autres citations :
Dans la première R. G. nous parle de la condition spirituelle de l’époque actuelle :
“ Mais, de même que le Paradis terrestre est devenu inaccessible, le centre suprême, qui est au fond identique, peut, au cours d’une certaine période, n’être pas manifesté extérieurement et alors, on peut dire que la tradition est perdue pour l’ensemble de l’humanité, car elle n’est conservée que dans certains centresrigoureusement fermés, et la masse des hommes n’y participe plus d’une façon consciente et effective… contrairement à ce qui avait lieu dans l’état originel”.
Et, en note “ La tradition hindoue enseigne qu’il n’y avait à l’origine qu’une seule caste qui était appelée Hamsa; cela signifie que tous les hommes possédaient alors, normalement et spontanément, le degré spirituel qui est désigné par ce nom et qui est au-delà de la distinction des quatre castes actuelles”.
La seconde citation s’applique à la simple connaissance théorique et donc, à fortiori, au degré de connaissance effective qui est celui de l’humanité primordiale :
“Tout résultat, même partiel, obtenu par l’être au cours de la réalisation métaphysique l’est d’une façon définitive. Ce résultat constitue pour cet être une acquisition permanente que rien ne peut jamais lui faire perdre; le travail accompli dans cet ordre, même s’il vient à être interrompu avant le terme final, est une fois pour toutes, par la même qu’il est hors du temps. Cela est vrai,même de la simple connaissance théorique, car toute connaissance porte son fruit en elle-même”.
Après ces
trois citations, nous nous trouvons devant une alternative très simple
à définir :
– ou bien R.G. s’est contredit,
– ou bien il va falloir mettre en
oeuvre l’épée, avec le plus de force et de vigueur possibles.
Comme ce travail porte sur l’épée, c’est la deuxième éventualité qui a été retenue…dans l’optique où nos travaux collectifs nous permettrons, tous ensemble, d’oeuvrer avec notre Epée, et ceci avec Force et Vigueur pour réellement “trancher le Vif du Mort”.
Et nous commencerons par poser cette question très simple.
Pourquoi y a-t-il, dans le volume de la Loi Sacrée, deux récits de la “Création du Monde” ?
“Premier récit de la création”
Avant d’aborder le plus succinctement possible ce premier récit nous commencerons par rappeler une notion donnée par R.G., notion qui nous servira à la fois de technique et d’outil.
Voici “ Il faut partir ici de la première de toutes les dualités cosmiques, de celle qui est au principe même de l’existence ou de la manifestation universelle, et sans laquelle nulle manifestation ne serait possible, sous quelque mode que ce soit cette dualité est celle de “l’essence” et de la “substance”. Celles-ci doivent être envisagées comme des principes universels étant les deux pôles de la manifestation”.
Et R.G. nous dit un peu plus loin (et c’est cela qui nous intéresse surtout dans le cadre de ce travail) que cette notion peut s’appliquer à des niveaux multiples, plus ou moins particularisés, où ces mêmes termes, dans un sens relatif, peuvent s’appliquer pour désigner ce qui correspond à ces principes ou ce qui les représente plus directement par rapport à un certain mode plus ou moins restreint de la manifestation.
Revenons maintenant à notre vol:. de la Loi Sacrée :
“Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre.La terre était informe et vide il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’Esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres. Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit.Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le premier jour ”.
Le second, Dieu crée le firmament qu’il appelle Ciel, séparant les eaux qui sont en dessous d’avec les eaux qui sont au-dessus.
Troisième temps (et nous verrons dans nos travaux collectifs le pourquoi de cette formulation troisième temps, qui nous situe au coeur même de ce qui nous intéresse le plus et qui est la F M) troisième temps donc, Dieu sépare les eaux en dessous du ciel en terre et mer. “ Puis Dieu dit que la terre produise de la verdure, de l’herbe portant de la semence, des arbres fruitiers donnant du fruit selon leur espèce et ayant en eux leur semence sur la terre ”.
Quatrième jour Dieu crée les deux grands luminaires et les étoiles qu’il place au firmament du ciel pour séparer la lumière des ténèbres et pour qu’ils soient des signes marquant les époques.
Le cinquième, Dieu crée les animaux aquatiques et les animaux célestes.
Le sixième, il crée les animaux terrestres puis dit :
“ Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les animaux domestiques et sur toute la terre, et sur les reptiles qui rampent sur la terre.Et Dieu créa l’homme à son image il le créa à l’image de Dieu il les créa mâle et femelle ”.
Premier récit de la création :
Après cette courte étude, appuyée sur des notions indiquées par R.G., il sembleraitque ce premier récit puisse s’interpréter de cette manière : Dans le Principe, le Verbe manifeste le Ciel et la Terre, puis ce ciel et cette terre, puis l’homme primordial dans lequel la nature céleste et la nature terrestre sont respectivement réalisées dans une égale mesure.
En d’autres termes, le “cosmos” entant “qu’ordre” (ou ensemble de possibilités) est produit à partir du “chaos” (où ces mêmes possibilités sont contenues à l’état potentiel ou indistingué) par l’opération de la “Parole divine qui est l’ordre” (dans le sens de “commander” ou “ordonner”) par lequel est effectuée la création, c’est-à-dire la production de la manifestation universelle, soit dans son ensemble, soit dans l’une quelconque de ses modalités.
Nous devons ici faire une remarque :
Si nous considérons le plan de la manifestation (déterminant dès le troisième temps du récit), plan au centre duquel se trouve “homme primordial” auquel nous avons abouti, le “6ème jour”, en suivant le processus contenu dans ce premier récit, il semblerait bien que rien, dans ce récit, ne nous permette de fixer le plan horizontal le long de l’axe vertical “Ciel-Terre” qui le traverse en son centre.
Enfin le “septième jour” Dieu se repose, ce qui symbolise, nous le savons bien tous, la phase de retour au Principe.
Mais…sommes-nous bien sûrs que Dieu n’a fait que se reposer “de l’oeuvre qu’il avait créée en la faisant”, le “septième jour” ?
La question est posée.
Si l’on se réfère à la “version des Septante” la réponse est oui, puisque cela y est dit expressément.
Cependant si l’on se réfère à d’autres traductions, on note que le “septième jour” est celui de la “conclusion” de l’oeuvre, en un premier temps, puis celui du repos, en un second temps. Quelle est donc cette mystérieuse “conclusion”, pourrions-nous dire mystérieuse “Pierre angulaire” que Dieu pose avant de se reposer ?
…“Pierre angulaire” dont, nous le savons, la pose est l’opération ultime de la construction d’un édifice sacre.
Second récit de la création. Le Paradis :
Dès les premiers mots nous voyons que le point de vue est complètement différent. Citons la première phrase :
“Voici l’histoire du ciel et de la terre quand ils furent crées, lorsque Yahvé Dieu (ou l’Eternel Dieu) eut fait une terre et un ciel”.
Nous apprenons, ensuite, qu’il n’y avait qu’il n’y avait sur la terre aucun arbrisseau, ni aucune herbe “car Yahvé Dieu” n’avait pas fait pleuvoir sur la terre, et il n’y avait pas d’homme pour cultiver le sol.
Mais … (et nous reviendrons un peu plus loin sur ce “Mais”)
Mais une vapeur (ou “une source” d’après les Septante et la Vulgate) montait de la terre et arrosait toute la surface du sol. Alors Yahvé Dieu modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant.
Puis c’est l’Eden où est placé l’homme, pour lecultiver et le garder. Eden où sont plantés “ toutes espèces d’arbres agréables à voir et bons à manger, et au milieu l’arbre de vie et l’arbre de la connaissance du bien et du mal”.
Ensuite c’est le fleuve, divisé en quatre bras, qui sort de l’Eden l’interdiction, sous peine de mort, de goûter au fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Enfin Yahvé Dieu fait une aide, semblable à l’homme, car il n’est pas bon, dit-il, que l’homme soit seul. Il forme donc, de la terre tous les animaux terrestres et tous les oiseaux du ciel et les fait venir “ pour voir comment il les appellerait, et pour que tout être vivant portât le nom que lui donnerait l’homme”.
Mais…
Traduction
Crampon (et sans doute La Vulgate et les Septante) “mais
il ne trouva pour l’homme une aide semblable à lui ”,
Traduction Segoud;
“mais pour l’homme il ne trouva point d’aide semblable à lui” Traduction Ecole biblique de Jérusalem : “mais pour un homme il ne trouva pas d’aide qui lui fût assortie”.
Dans ces quelques traductions, si nous considérons la phrase complète, dans laquelle l’homme nomme tous les animaux mais où l’aide semblable à lui n’est pas trouvée, et si nous considérons cette phrase très attentivement, rien ne permet en toute rigueurde déterminer si le pronom “il” désigne Yahvé Dieu ou l’homme.
D’où une
première question Qui est désigné par ce “il” ?
Et cette seconde question cette première question n’est-elle pas, en
fait, une fausse question ?
Quoiqu’il en soit, ce qui est sûr c’est qu’après ce “Mais” Yahvé Dieu intervient pour “former une femme” comme il est intervenu après le premier (… “mais une source montait de la terre) pour “former l’homme”.
Après cette étude rapide de ce deuxième récit qui apparaît comme “centré sur l’homme primordial, manifesté en premier, ou presque, (premier de toutes les créatures vivantes, en tout cas) nous ferons quelques remarques qui se placent avant la formation d’une femme” En effet dès les premiers mots nous voyons que le point de vue est totalement différent. Citons.
“Voici l’histoire du ciel et de la terre quand ils furent crées lorsque Yahvé Dieu eut fait une terre et un clef”.
Ce deuxième récit apparaît comme “centré” sur l’homme primordial, manifesté en premier ou presque, premier des créatures vivantes en tout cas (“Pivot de la normination”).
Une étude très serrée permet donc de faire les quelques remarques suivantes (mais il y en aurait beaucoup d’autres).
Première remarque :
L’homme primordial “placé” dans “le jardin en Eden du côté de l’Orient” a pour fonction de le “cultiver et de le garder”.
– Que peut-il “garder” si ce n’est la Tradition primordiale à laquelle, comme nous le dit R.G., tout homme primordial participe d’une façon consciente et active.
La question est posée.
– Que peut-il “cultiver” ? R.G. nous donne la réponse “Le développement de l’essence végétative” dans l’Eden, c’est le développement des germes provenant du cycle antécédent.
Deuxième remarque :
Dans ce second récit, il n’est pas fait mention des animaux aquatiques. Nous avons les animaux terrestres et les animaux célestes.
Troisième remarque :
L’homme primordial est encore, ici, l’androgyne primordial c’est-à-dire qu’il contient en lui, en puissance mais non encore actualisée, la dernière détermination, en mode unifié et non encore “séparé”, de l’expression de la première dualité cosmique qui semble bien être le fil conducteur du “Premier récit de la création”.
Ces trois remarques étant faites, nous avons encore la seconde interprétation de ce travail.
Ne peut-on pas dire que nous retrouvons dans ce deuxième récit…comme l’illustration d’un procédé employé par R.G. quand il rabat(au sens mathématique du terme) sur le plan horizontal, le domaine inférieur à ce plan (domaine inférieur symbolisant les états inférieurs de l’être ou nos évolutions antérieures à l’état humain)…procédé permettant ainsi de donner à la partie de l’axe supérieur vertical, dont le pied centre le plan horizontal, un sens purement métaphysique ?
Si la réponse est positive, nous dirons que “l’Arbre du Milieu” c’est-à-dire “l’Arbre de Vie” symbolise ce demi axe vertical qui est le domaine purement métaphysique (*), et, pour être plus précis, il représente le lieu métaphysique de la manifestation de la ‘Volonté du Ciel” vers notre état humain dont le centre est l’homme primordial symbolisé alors par ce que nous appellerons : le “point-base” de “l’Arbre de Vie”… Et pour que ce “point-base” animé de ce mouvement propre qu’il tient de l’affinité essentielle du “Rayon Céleste” vers son origine mouvement qui l’aiguille invinciblement vers sa fin (la Perfection) qui est identique à son Commencement, avec une force directrice ascensionnelle et divinement bienfaisante (c’est-à-dire harmonique) qui n’est autre que la force attractive de la Divinité pour que ce “point-base”, donc, puisse “continuer” son ascension…il doit, d’abord, exécuter un “travail” qui implique sa polarisation.
Grâce à R.G., nous pouvons déterminer, au moins, un aspect de ce “travail”. C’est celui qui est lié à la réalisation (sous forme d’épuisement) de toutes les possibilités contenues synthétiquement au centre de notre manifestation humaine et qui caractérisent essentiellement et d’une façon rigoureusement spécifique et unique, les deux conditions qui sont liées à l’existence en ce monde le temps et l’espace.
(*) … et nous retrouvons ici la perpendiculaire du (de la) deuxième Surveillant (e) qui donne à voir la même caractéristique.
Mais revenons à ce “point-base”, pied de la Perpendiculaire du lien métaphysique de la “Volonté du Ciel” vers notre état humain, point où se situe aussi l’homme primordial participant consciemment et effectivement à la Tradition primordiale.
Et nous poserons cette question :
Peut-on concevoir qu’en ce point, la “Volonté divine” et la volonté humaine ne soient pas en coïncidence totale et parfaite ?
Nous nous retrouvons ici devant le deuxième terme de l’alternative très simple à définir :
– ou
bien la réponse est non, il n’y a pas coïncidence totale et parfaite
des deux volontés. Dans ce cas il y a faute et nous prenons au pied de
la lettre le récit biblique.
– ou bien la réponse est oui, il y a coïncidence des deux
volontés. A ce moment là il n’y a pas “faute”.
Remarquons que R.G. met ce mot “faute” entre guillemets ce qui semblerait indiquer qu’il aurait sans doute donné une réponse positive…et on peut, raisonnablement, le penser.
En tout cas nous nous retrouvons devant la première alternative indiquée au début du travail ; mais peut-être pouvons nous maintenant donner, au moins essayer de donner, un premier coup d’épée.
Troisième interprétation :
Nous remplacerons le mot “faute” par celui de fonction. A l’humanité primordiale est attribué différentes fonctions :
la première, nous l’avons vu, est une fonction de “cultivateur et de gardien”
– la deuxième, est la réalisation sous forme d’épuisement des deux conditions spécifiques l’espace et le temps, en partant du centre vers les points de plus en plus périphériques dont l’ultime limite est l’époque actuelle la fin du Kali-Yuga.
la troisième, directement liée à la seconde, offre un aspect, aussi et surtout, par lequel nous sommes directe ment concernés.
C’est celui de transmission ininterrompue qui nous a permis, et nous permet, à nous qui ne sommes pas nés dans l’état primordial, de commencer à plus ou moins remonter le fil qui en ouvre la possibilité, puisque, nous le savons le Paradis terrestre n’est pas perdu mais tout simplement, et plus simplement.., il n’est plus manifesté extérieurement.
– enfin, il y aurait, peut-être, un quatrième aspect de la fonction de l’homme primordial en tant qu’il est représenté par l’ensemble “Adam-Eve”.
R.G. nous dit que, dans l’ésotérisme islamique, “il est enseigné que l’Homme Universel”, en tant qu’il est représenté par l’ensemble “Adam-Eve”, a le nombre d’Allah (qui est 66) ce qui est bien une expression de “l’identité Suprême”.
Mais…“Identité Suprême” réalisé seulement virtuellement au stade “édénique”. Cela correspond à la distinction entre “l’immortalité virtuelle” et “l’immortalité effective” dans la réalisation de “l’identité Suprême”.
Nous oserons avancer cette question, ponctuée de 2 points d’interrogation pour bien marquer la prudence avec laquelle elle est posée :
Peut-on dire que la fonction de l’Homme primordial peut-être définie, dans son ordre, c’est-à-dire sur le plan, comme l’analogue de la fonction avatarique dans le sien (c’est-à-dire l’axe) de l’Homme Universel qu’est le Christ ?
En supposant cette troisième interprétation plus ou moins correcte, certains des points de ce “Second récit de la création” deviennent plus accessibles :
– Un certain “Mais”, qui par deux fois semble bien déterminer l’action de Yahvé Dieu et qui pourrait bien nous rappeler ce qui a été dit dans nos derniers travaux : cette terre qui semble s’élever et appeler le Ciel dans la manifestation de la foudre.
Adam qui donne un nom aux animaux terrestres…puis aux animaux célestes (1).
La fuite d’Adam et Eve parmi les arbres en entendant la voix de Yahvé Dieu. Le sens de la “punition” d’Adam et, sans doute, d’autres points sur lesquels nous pourrons revenir dans nos travaux collectifs.
Dans l’immédiat, et comme nous voici revenus à l’épée flamboyante des Kérubin, nous allons aborder la deuxième grande partie de ce travail, après avoir montré ce dessin de Dürer où Adam et Eve se retournent une dernière fois vers le Paradis terrestre…et ce qu’ils regardaient, peut-être.
(1) “Et l’homme donna des noms à tous les animaux domestiques, aux oiseaux du ciel et à tous les animaux des champs” (pour être plus précis….et où on pourrait, peut-être, trouver une indication).
Il. Quelque aperçus sur le symbolisme de Pépée en Franc-Maçonnerie :
Que nous parlions de la “flamme du glaive fulgurant” ou de la flamme de l’épée tournoyante ou tout simplement de l’épée flamboyante, les épées qui arment les quatre Kerubin se retrouvent synthétisées ici, dans l’épée de notre Fou S Couvreur.
Cette épée, comme nous l’avons dans nos derniers travaux, a pour fonction de “foudroyer” tout profane non qualifié qui tenterait de pénétrer dans le Temple.
Nous savons d’autre part d’après un travail antérieur (R.G. et la métaphysique) que cette fonction de Couvreur, en apparence des plus modestes, pourrait bien être l’expression de ce que R.G. appelle “la réalisation descendante”.
Cette épée à l’intérieur du Temple est lame nue, (comme toutes les épées, du reste, ce qui les caractérise ainsi comme armes spirituelles), et a une lame droite, à double tranchant…et étant située sur l’axe Orient-Occident nousla définirons comme un “rayon solaire” issu du flamboiement de l’Epée flamboyante du Vén M d’Oeuv.
Epée flamboyante, dont notre F…nous dit “C’est avant tout le symbole du Verbe, de la pensée active. C’est l’arme unique de l’initié qui ne saurait vaincre que par la puissance de l’idée et par la force que celle-ci porte en elle-même”.
Cette épée, du Vén M d’Oeuv, dont la structure reproduit exactement, on devrait reproduire, la forme d’un éclair (cela nous a été montre par un de nos F, il y a peu) est effectivement la “foudre” qui tue au monde profane (et plus précisément, le point de vue profane) et qui nous fait naître au point de vue initiatique lors de notre initiation au premier degré.
Dans tous les autres cas, elle “repose” sur le plateau du Vén M d’Oeuv le F Expert porte aussi une épée droite. Comme il a été longuement question de cette épée et de cette fonction dans deux travaux précédents nous n’y reviendrons pas, sauf pour apporter une précision :
– dans la formation de l’arche caténaire, c’est la lame de l’épée et sa pointe qui symbolisent le céleste (ou le spirituel) la poignée symbolisant le terrestre, ce qui est parfaitement dans l’ordre puisque les influences spirituelles sont “appelées” par la pointe et descendent du Ciel en Terre.
– En dehors de cet instant, dans l’épée de notre F Expert, c’est la poignée qui symbolise le Céleste, une partie intermédiaire symbolise l’âme sur laquelle est posée la lame, qui est la partie terrestre de l’épée.
Notre F … nous dit, dans son travail, qu’une épée doit être décrite la pointe en bas, et que c’est dans le pommeau (la partie a plus haute) qu’étaient quelques fois enfermées des reliques saintes.
Cela est parfaitement dans l’ordre puisque c’est la lame qui tue (épée : arme défensive) ou qui permet de trancher le “Vif du Mort” (épée : arme spirituelle).
En face du FExpert est situé le M des Cérémonies, qui dans sa fonction porte la Canne dont il a été longuement question dans les travaux précédents…, mais dont il reste encore beaucoup à dire surtout si l’on considère les deux épées qui s’entrecroisent sur la Canne et que notre F porte à son cordon.
…Et c’est ce symbole que nous allons maintenant essayer de traiter.
La Canne et les deux Epées entrecroisées du M:. des Cérémonies :
Prenons, en vue de cet essai d’interprétation, deux éléments fournis par RG.
a : Dans “Les armes symboliques”
“Quant aux armes à double tranchant, la dualité y étant marquée dans le sens même de l’axe …”, le reste de la phrase concerne un autre symbole.
b : Dans “La double spirale”
R.G. nous apprend que la double spirale (autre expression de la dualité) est (citation)“en étroite relation avec les deux sens de rotation du swastiska, ceux-ci représentant en somme, la même révolution du monde autour de son axe, mais vue respectivement de l’un et de l’autre des deux pôles”.
Le swastiska est défini ici comme symbolisant l’action du Principe sur le monde, et si nous voulons représenter sur un seul symbole les deux sens de rotation du swastiska, on obtient un double swastiska.
c : Ces deux éléments précisés, nous en rappellerons un troisième c’est un certain angle de 65 qui est celui sous lequel devraient s’entrecroiser les deux épées au milieu de la Canne.
Si nous faisons apparaître les deux doubles swastiskas (1 par épée) plus l’angle de 65, plus la Canne qui est l’axe de la figure, nous nous trouvons devant ce qu’il faut bien appeler par son nom c’est-à-dire un “noeud” de swastiskas. Et ce noeud là il va bien pourtant falloir essayer de le dénouer.
Nous ferons d’abord des remarques simples qui nous permettront de poser un postulat simple de travail qui nous permettra d’opérer point par point.
– Ces deux épées se font face et peuvent apparaître comme étant le reflet l’une de l’autre, d’où notion de rapport analogue.
– Il y a un angle de 65, donc le nombre il qui est un nombre axial.
– la Canne a deux pôles, l’un céleste (le pommeau), l’autre terrestre (la pointe inférieure)
– Enfin, nous rappellerons la notion de point limite.
C’est un point qui borde deux domaines différents (ici, nous dirons deux états différents), sans pour cela appartenir ni à l’un, ni à l’autre…mais cette limite apparaîtra sous deux aspects différents selon que l’on est, ou dans un état, ou dans l’autre et ceci nous permettra de garder la notion de continuité, sur laquelle nous reviendrons un peu plus loin.
Ces remarques étant laites, nous poserons comme postulat que nous pouvons placer une épée (donc un double swastiska) au sommet de la Canne, et l’autre à sa pointe inférieure.
c : Ces deux éléments précisés, nous en rappellerons un troisième c’est un certain angle de 65 qui est celui sous lequel devraient s’entrecroiser les deux épées au milieu de la Canne.
Si nous faisons apparaître les deux doubles swastiskas (1 par épée) plus l’angle de 65, plus la Canne qui est l’axe de la figure, nous nous trouvons devant ce qu’il faut bien appeler par son nom c’est-à-dire un “noeud” de swastiskas.
Et ce noeud là il va bien pourtant falloir essayer de le dénouer.
Nous ferons d’abord des remarques simples qui nous permettront de poser un postulat simple de travail qui nous permettra d’opérer point par point.
– Ces deux épées se font face et peuvent apparaître comme étant le reflet l’une de l’autre, d’où notion de rapport analogue.
– Il y a un angle de 65, donc le nombre il qui est un nombre axial.
– la Canne a deux pôles, l’un céleste (le pommeau), l’autre terrestre (la pointe inférieure).
– Enfin, nous rappellerons la notion de point limite.
C’est un point qui borde deux domaines différents (ici, nous dirons deux états différents), sans pour cela appartenir ni à l’un, ni à l’autre … mais cette limite apparaîtra sous deux aspects différents selon que l’on est, ou dans un état, ou dans l’autre et ceci nous permettra de garder la notion de continuité, sur laquelle nous reviendrons un peu plus loin.
Ces remarques étant laites, nous poserons comme postulat que nous pouvons placer une épée (donc un double swastiska) au sommet de la Canne, et l’autre à sa pointe inférieure.
Il y a ici quelques précisions importantes à donner :
– Par cette opération, nous avons “universalisé” la Canne, ce qui veut dire que le segment vertical de droite, délimité par les deux doubles swastiskas, est le lieu géométrique de l’indéfinité des points de ce que nous pouvons alors appeler l’Axe Universel de la Manifestation Universelle…et tout point de cet axe contient en puissance la possibilité d’un état de manifestation qui serait alors symbolisé (si nous le tracions) par le plan perpendiculaire à l’axe et ayant ce point pour centre.
Et nous nous retrouverions là au “sixième jour” du “Premier récit de la création du monde”.
– D’autre part, sur cet axe tel que nous venons de le définir, les deux doubles swatiskas (reflets l’un de l’autre) expriment un rapport d’analogie qui ne pourra pas s’établir entre le manifesté et le non-manifesté.
Maintenant nous n’allons étudier que la partie supérieure de l’axe. Par simple souci de simplification de l’expression, nous supposerons que le double swastiska est tracé au centre d’un plan symbolisant l’ultime état de manifestation de la Manifestation Universelle.
Ce double swastiska, comme nous l’avons dit, symbolise la révolution du monde autour de son axe, mais vue de l’un et l’autre pôle de la manifestation. Il représente cela, certes, mais symbolise aussi l’expression de la première dualité cosmique, en tant qu’il est dans la manifestation.
De là, ne pouvons-nous pas en déduire que l’expression du Principe de la manifestation, qui, lui, se trouve de l’autre côté de cette limite pourra être symbolisé par un seul swastiska.
R.G. nous dit :
– Dans “Le Symbolisme de la Croix” que le swastiska est le signe du Pôle.
– dans “Les Symboles Fondamentaux” que le swastiska est un symbole de l’Etoile polaire.
– dans “Le Roi du Monde”, (en note), que le swastiska est un des symboles du Christ, le Christ-Verbe principe de la manifestation.
Si maintenant nous considérons l’autre extrémité de l’axe, nous y trouvons aussi un autre swastiska.
Et comme le rapport d’analogie entre les deux doubles swastiska n’est pas celui du “non-manifesté” au “manifesté”, il ne nous reste plus qu’une phrase pour l’exprimer :
Tout part du Principe et tout y revient, parce que rien n’en sort réellement…en d’autres termes nous avons intégré la Canne et les deux épées en un seul point “spatial”.
Nous pourrions dire aussi, mais cela sans l’établir et après avoir restitué à notre Canne la forme que nous lui connaissons, qu’en nous appuyant sur R.G., les sept surfaces rectilignes planes qui annoncent la pointe inférieure, et les sept figures “torves” coiffées par ce que nous appellerons le “calot” (faute d’en connaître le terme précis), ces deux séries de surfaces donc, pourraient bien symboliser un kalpa, notre kalpa, c’est-à-dire les deux séries septénaires de Mauvantaras la première comprenant les Mauvantaras passés et la deuxième les Mauvantaras futurs.
Nous pourrions alors intégrer ces deux séries en un seul point “temporel” ne serait-ce que pour donner cette citation deR.G.
“Clément d’Alexandrie dit que Dieu, “Cœur de l’Univers” partent les étendues indéfinies qui se dirigent, l’une en haut, l’autre en bas, celle-ci à droite, celle-là à gauche, l’une en avant et l’autre en arrière : dirigeant son regard vers ces six étendues comme vers un nombre toujours égal, il achève le monde: il est le commencement et la fin (l’alpha et l’ôméga), en lui s’achèvent les six phases du temps et c’est de lui qu’elles reçoivent leur extension indéfinie”:
C’est là le secret du nombre 7
…Et nous remarquerons que si nous voulions aller au-delà de ce nombre 7, il ne nous resterait plus que des expressions négatives, dont celle qui nous est la plus familière est le “Non-être”.
Mais comme nous avions, un peu plus haut, insisté sur la notion de continuité, nous allons maintenant y revenir pour aborder la dernière partie de ce travail.
Le Franc-Maçon, I’Epée :
Si nous nous plaçons au point de vue du parcours initiatique, nous savons, grâce à R.G., que pour traduire la notion de réalisation ascendante et de réalisation descendante tout en conservant l’idée de progrès spirituel continu, nous pouvons le traduire par la progression continue d’un point qui partirait du bas d’une circonférence placée verticalement.
Sur cette circonférence, nous placerons au point de départ le deuxième Surveillant, dans sa fonction, et son Apprenti diamétralement opposé, et au point le plus haut, le Vén M d’Oeuv (c’est sa place) entre les deux au milieu de la demi-circonférence montante, le premier Surveillant, dans sa fonction…et en face du Vén M d’Oeuv , donc pas très loin de l’Apprenti, mais en fin de circonférence le F Couvreur dans sa fonction, face au Vén M d’Oeuv.
Notre F Couvreur porte l’épée qui a été placée sur le coeur de l’impétrant avant que, consacré Apprenti, il prenne sa place sur cette même circonférence.
Cette épée est pour l’impétrant le premier symbole qu’il peut identifier, malgré le bandeau, après qu’il ait été sorti du Cabinet de Réflexion et amené devant la porte du Temple.
Il se trouve alors sur l’axe médian…à l’Occident.
C’est par les trois coups frappés par le maillet sur l’Epée flamboyant posée sur sa tête que l’impétrant est consacré, par le én M d’Oeuv, Apprenti franc-maçon au terme de son initiation.
Il se trouve alors sur le même axe médian…à l’Orient.
Il y a là un aspect qui est des plus intéressants et par lequel nous sommes directement concernés.
– Dans une note de R.G. nous trouvons cette remarque (citée aussi par notre F).
“Suivant certains historiens anciens, les Scythes représentaient la Divinité par une épée plantée au sommet d’un tertre”
– Puis un peu plus loin, il nous dit :
“Il importe de noter que la plupart des armes symboliques, et notamment l’épée, sont aussi très fréquemment des symboles de l’Axe du Monde”.
Le symbolisme “axial” nous ramène à l’idée de l’harmonisation conçue comme le but de la “guerre sainte” dans ses deux sens extérieure et intérieure (et nous soulignerons surtout intérieure), car l’axe est le lieu où toutes les oppositions se concilient et s’évanouissent, ou, en d’autres termes, le lieu de l’équilibre parfait. Ainsi sous ce rapport, qui correspond en réalité au point de vue le plus profond, l’épée ne représente pas seulement le moyen comme on pourrait le croire si l’on s’en tenait à son sens le plus immédiatement apparent, mais aussi la fin même à atteindre, et elle synthétise, en quelque sorte, l’un et l’autre dans sa signification totale.
– Citons, maintenant, notre F…:
“ On lit dans les livres taoïstes que très souvent, après la dissolution du corps (du cadavre) on trouve à sa place, dans le cercueil, une épée ou quelques fois un grand couteau. La matérialisation de l’épée dans le cercueil signifie, d’après l’enseignement taoïste, que celui dont le corps a été dissous est véritablement un “Immortel”.
Et voici maintenant ce dessin de Dürer où la présence de l’épée est pour le moins surprenante, sauf si précisément elle symbolise le sens dont nous parlons. Ce qui est bien possible dans un dessin de Dürer.
Toutes ces dernières citations établissent très précisément, au moins, l’identification de l’initié à l’épée. Epée individuelle, bien sûr…mais que serait cette épée si elle n’était pas partie intégrante de l’Epée que nous formons tous, dans laquelle nous nous fondons sans nous confondre.
Et concernant cette Epée, que nous venons de définir, nous donnerons cette dernière citation concernant le symbolisme axial de l’Epée :
“C’est alors un symbolisme “polaire”, et non plus un symbolisme “solaire” mais, bien que ces deux points de vue ne doivent jamais être confondus, il y a cependant entre eux certains rapports qui permettent ce que l’on pourrait appeler des “transferts de l’un l’autre, l’axe lui-même s’identifiant parfois à un rayon solaire”.
“Rayon solaire” dont nous avions qualifié l’épée de notre F Couvreur au début de cette deuxième partie.
N’y aurait-il pas alors, un plus ou moins mystérieux rapport entre l’Epée, celle où nous sommes tous “fondus mais non confondus”, et ce dessin de Dürer… dessin où figure, précisément, celui dont le Christ a dit :
“Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe”
Ceci sera la dernière question de ce travail.
Manuel pratique du Grand Expert et du Maître des Cérémonies
Collection : “Les officiers de Loge” dirigée par Gilbert Alban :
Chapitre I
L’arme du grand expert :
Dans une moindre mesure que son emplacement, l’attribut principal et manuel du Grand Expert varie selon les rites. En fait, compte tenu de ce que le Maître des Cérémonies, au RER, présente un cas à part mais assimilable aux autres, il n’y a qu’Emulation qui fasse cavalier seul. Aux rites français moderne et écossais accepté, l’Expert est pourvu d’une Epée spéciale dont il se sépare rarement lorsqu’il quitte son siège. Par contre, au rite anglais, les deux Experts qui font office de MDC sont munis d’une Verge, ou Bâton, dont ils ne se séparent pas non plus quand ils sont debout et se déplacent. Ceci nous amène à parler séparément du symbolisme de ce type d’Epée et de celui de la Verge (que nous appellerons parfois Baguette), bien que ces symbolismes, à notre avis, se rejoignent.
Rite Français Moderne
Rite écossais :
L’attribut essentiel du Grand Expert, au RFM, au REAAet au RER, est donc une arme blanche. Doit-on aussitôt en déduire que ce Maçon, à la différence de ses Frères, officiers ou non, n’a pas une vocation de constructeur pacifique constructeur de sa personne et de la société s’entend ? Les déductions hâtives sont souvent erronées. On lira plus loin notre réponse à cette question primordiale.
Au préalable, nous ferons trois observations :
En premier lieu, le Grand Expert n’est pas le seul officier à posséder une Epée en Loge ; le Vén M d’Oeuv et le Couvreur en ont également une à leur disposition.
En deuxième lieu, il faut savoir que l’attribution d’une Epée à ces trois officiers est une pratique assez récente. A partir du règne de Louis XV, tous les Frères portèrent I’Epée au côté gauche, dans un fourreau. Elle symbolisait alors l’égalité sociale des Maçons de l’époque, qu’ils soient nobles ou roturiers. L’Epée ne disparut, semble-t-il, qu’au moment de l’abolition des privilèges, dans les Loges de la seule obédience existante à la Révolution le Grand Orient. Aujourd’hui, elle est portée collectivement dans les Loges au RER ; hors de son fourreau, elle est tenue en main par tous les Frères travaillant à ce rite, pointe basse en position de repos, ou autrement sur ordre du Vén M d’Oeuv. Aux autres rites, il ne reste du passé que deux choses une rosette à l’extrémité du cordon ou baudrier de Maître, souvenir de l’entrée du fourreau, et une Epée à la disposition des Frères des Colonnes qui ne sont pas officiers, ces Frères, du premier rang surtout, ne s’en servant plus que de façon épisodique.
En troisième lieu, il va de soi que les fonctions des Epées du Vén M d’Oeuv, du Grand Expert et du Couvreur ne sont pas les mêmes, leurs formes ne l’étant pas non plus. C’est flagrant pour l’Epée Flamboyante, pour l’Epée plate à double fil comme pour l’Epée pointue de ces officiers respectifs, en dépit des fréquentes confusions commises à ce sujet.
Cette dernière observation va nous permettre de développer une interprétation symbolique de l’Epée du Grand Expert que nous ne sommes pas le seul Maçon à soutenir.
Un Glaive de lumière :
Depuis qu’il existe un commerce des épées, de nombreux modèles de ces armes se fabriquent et se vendent dans le monde, encore actuellement. Ne citons que quelques exemples le fleuret des escrimeurs, l’épée d’apparat des membres de l’Institut de France, l’épée des élèves de l’Ecole Polytechnique, des Vieux Grenadiers à Genève. Rappelons pour mémoire des épées célèbres Nothung, Excalibur, Durandal, Joyeuse, etc., dont les vertus sont magnifiées dans des récits légendaires, mythiques ou historiques bien connus. Le genre d’Epée du Grand Expert se déduit soit de la forme de l’arme, soit de l’office de ce dernier. Il en va pareillement de l’Epée du Couvreur ou du Gardien Extérieur. De celle-ci, disons brièvement que sa lame est longue, effilée, pointue, et qu’elle sert uniquement à chasser les intrus au moment de l’entrée dans le temple des membres de la Loge et des visiteurs. Il s’agit d’une arme défensive qui, virtuellement, transperce les exclus de la Maçonnerie institutionnelle profanes égarés dans les locaux maçonniques, Maçons démissionnaires ou démissionnés de leur obédience, voire Maçons sans appartenance à une fédération, s’ils tentent d’assister à une Tenue fermée.*
Tout autre est l’Epée du Grand Expert. Primo, sa lame pointue est courte, large, plate, et son double fil est coupant du moins en donne-t-il l’impression de loin. Secundo, cet officier la tient de façon quasi constante, même assis, et il s’en sépare rarement quand il est debout. il s’agit donc d’une arme offensive qui tranche, c’est-à-dire un glaive de combat.**
A l’énoncé de cette affirmation, nous ne doutons pas de la surprise ressentie par certains lecteurs. C’est pourtant à partir d’un tel combat, en l’explicitant, que nous avons rédigé les pages ci-dessous.
* Peut-être est il intéressant de signaler ici qu’il existe en effet, en France, un certain nombre de Loges indépendantes, non fédérées à une Grande Loge ou à un Grand Orient, que l’on appelle aussi “sauvages”.Leurs membres y pratiquent d’ailleurs, en général, une Maçonnerie traditionnelle de grande valeur initiatique, mais les obédiences interdisent à leurs Ateliers de recevoir ces Frères ou ces Soeurs qu’elles estiment “irréguliers”.Elles interdisent en outre à leurs adhérents de visiter ces Loges indépendantes.
** Ce Glaive existe, Il est utilisé par les martinistes dans leurs Loges. Rappelons que le Martinisme est un système théosophique exposé pour la première fois dans les ouvrages du Frère Martinès de Pasqually (1727-1774), Grand Souverain de l’Ordre des Elus Cohen. L’Arme est dite Glaive de Papus,du nom du Frère Gérard Fncausse (1860-1916), plus connu sous le pseudonyme de Papus, qui créa au 19csiècle l’Ordre martiniste. (Voir le “ Dictionnaire ” de Ligou et collaborateurs.) Cette Epée large et courte peut être acquise par toute Loge maçonnique chez le fabricant parisien de décors SEPP.
A l’instar du fil du Glaive, le combat en question est double. Liturgique, l’un a trait au respect du rite ; ésotérique, l’autre a trait au respect de la progression initiatique. Toute atteinte à l’esprit des rituels comme toute entrave à l’amélioration morale doivent être combattues. Le Glaive du Grand Expert symbolise ces combats et l’officier porte ce nom parce qu’il a personnellement l’expérience de tels combats expérience seulement supposée dans la grande majorité des cas.
Rien d’étonnant dès lors que l’Expert ait longtemps été surnommé “Frère Terrible”. Si l’on en croit les historiens, cette appellation, attribuée parfois au Deuxième Expert ou au Couvreur, proviendrait de l’intransigeance des Experts, au 18e siècle, lorsqu’ils tuilaient et initiaient. Nous croyons plus volontiers qu’ils étaient déjà d’incorruptibles gardiens du rite et, peut-être aussi, les officiers qui veillaient à ce que l’instruction des Apprentis et des Compagnons soit donnée par les Surveillants, voire par eux-mêmes s’il y avait défaillance des instructeurs défaillance aujourd’hui fréquente dans les Loges de certaines obédiences.
La connaissance intime des rituels et les offensives menées par le Grand Expert contre leurs mauvaises exécutions étant exposées dans le “Guide du Maître franc-maçon”, nous n’en dirons pas plus dans ce chapitre. Par contre, il y sera traité assez largement de l’influence du Glaive sur l’avancement des initiés en matière de symbolisme et de mythologie maçonniques.
Si nous venons d’écrire “assez largement”, c’est parce que notre propos sur ce thème sera limité. Dans les plus récentes éditions de nos manuels sur les Surveillants, on sait que nous avons publié, en annexe, un texte intitulé “L’initiation personnelle”. Il s’agit d’un essai éthique bâti sur deux axes d’une part, nous y soutenons en substance que les symboles et les mythes de la Maçonnerie sont des transformateurs opérattfs du caractère humain et non pas seulement des sujets de spéculations intellectuelles; d’autre part, nous y préconisons de renforcer l’action psychique de la méthode maçonnique par une démarche individuelle, personnelle par conséquent, basée sur le “silence mental”. Or, ce texte ne figure pas dans le présent livre, notre projet étant de lui consacrer un ouvrage spécifique qui, ne s’insérant pas dans cette collection, sera également complémentaire à tous les titres de celle-ci. Les Frères et les Soeurs qui nous lisent pour la première fois sauront ainsi que les paragraphes ci-dessous s’inspirent de notre conception opérative et spirituelle de l’Ordre, tous rites confondus, toutes obédiences confondues, sans référence à quelque dogme idéologique ou religieux que ce soit…
Le combat dont le Glaive est le signe concret réside au centre de toutes les initiations à la connaissance de soi, clé du savoir intérieur, clé de la connaissance des autres, clé du fonctionnement des sociétés humaines. C’est le combat de la Pierre Brute s’efforçant de devenir Pierre Cubique, le combat de l’ange contre le démon, le combat de la Lumière contre les Ténèbres.
L‘Epée du Grand Expert est un Glaive de Lumière qui, chaque fois que cet officier se déplace dans le temple, lame brillante dressée devant lui, pommeau placé haut sur la poitrine, capte les regards de l’assemblée pour rappeler à chaque présent que la perfection de l’homme est une lutte incessante, un travail opiniâtre, sans pitié et jamais achevé. *
Le Glaive est-il toujours perçu ainsi ? Fait-il même simplement l’objet de quelque attention visuelle, surtout quand il est mal tenu ? (Figure 5).
Rien n’est moins sûr. Cela se comprend, l’Arme du Grand Expert n’ayant jusqu’à présent, dans le corpus maçonnique et au plan ésotérique qui nous occupe ici, suscité aucune signification. Cela est toutefois regrettable, un signifiant ne pouvant être dénué de sens et celui que nous venons de proposer pour le Glaive étant à peu près le seul à nos yeux qu’un franc-maçon puisse lui donner.
* Le motif le plus incroyable que nous avons entendu de la bouche d’un GE qui refusait de porter son Glaive devant lui était sa crainte de loucher, alors que chacun sait qu’il suffit de regarder loin en avant pour éviter ce peu probable inconvénient.
B
Figure 5
Positions du Glaive du Grand Expert ou de l’Expert
A.
– Position doublement incorrecte en station debout.
B. – Position que nous préconisons
en station assise.
C. – Position correcte (dite
d’Ordre) en station debout, talons joints, pieds en équerre.
Quand il est obligé de se déplacer sans son Arme, cet officier l’introduit dans un porte-Epée fixé sur son siège ou près de celui-ci, afin qu’elle soit facile à reprendre au retour et ne provoque aucun bruit , ce qui n’est pas souvent le cas si le Glaive est posé à même le sol.
La Formation Maçonnique (Christian Guigue)
L’Epée :
Si l’épée est attribuée aux frères des hauts grades (au REAA, à partir du 18é degré), elle fait partie de la vêture maçonnique de tous les frères du Rite Ecossais Rectifié. Il ne pouvait en aller autrement dans un système templier et chevaleresque. Il en était déjà ainsi en 1774 où le premier rituel prescrivait :
“Il a été reçu Cheivalier-apprenti, et frère dans Cet ancien ordre de Chevalerie maçonnique”.
Si les Apprentis d’aujourd’hui ne sont plus proclamés Chevaliers, ils le demeurent tous en puissance. L’épée qu’ils portent au côté les accompagnera toute leur vie mais dès le commencement du parcours elle revêt diverses valeurs. Il y a les données traditionnelles de base, peu satisfaisantes car trop proches du profane, qui se veulent vengeresses ou protectrices et qui s’expriment lors de la cérémonie de réception avec les épées pointées vers le candidat et ensuite vers le sol, puis celles qui relèvent de l’interprétation symbolique.
La présence de l’épée se remarque dans toutes les traditions et remonte à la nuit des temps. Adam e Eve sont chassés du Paradis sous la menace d’une épée crachant des flammes ou épée flamboyante et vengeresse (voir hors texte). Toutes les sociétés anciennes se structuraient en castes. On remarquait celle des agriculteurs ou éleveurs, celle des guerriers, puis des prêtres. L’épée relevait des guerriers et sa bénédiction était donnée par les prêtres. Eu occident, cette caste des guerriers fut tout naturellement celle de la Chevalerie, foyer des valeurs les plus nobles, les plus héroïques. L’emblème premier de 1’Equesest son épée. Par elle, il fut armé; avec elle, il soutiendra l’opprimé; à genoux devant elle, il priera le Fils de l’homme. Au plan religieux, elle intervient comme la manifestation de la volonté de l’Eternel, en renforçant l’application d’un jugement; elle se trouve alors associée àla verticalité et la balance mais, aussi, elle défend et soutient le Juste. C’est par l’épée que l’ange frappa les ennemis de Jérusalem, que Saint Michel protégea la Vierge et terrassa le dragon, c’est avec elle que Saint Martin partagea sort manteau. Ces deux aspects: vengeance et protection figurent dans tous les rites.
Symbole de la bravoure, de la force, de l’énergie, elle reste l’arme du Logos, du Verbe-Lumière qui combat les ténèbres. Cette puissance s’exprime par le tranchant qui coupe, sépare et détruit les forces du mal mais également par le feu céleste (foudre, vajra) et la lumière inhérents au brillant de la lame qui agit alors comme élément d’illumination, de transfiguration, de transfert de la Connaissance. Cette fonction de lutte contre les ténèbres de l’ignorance. ou de l’inconscience, s’exerce par la pointe de l’épée dont la vocation consiste à pourfendre, perforer pour introduire la lumière dans les ténèbres, là où les créatures refusent de la saisir. Ce qui fait pendant à une autre pointe: celle du compas, outil emblématique du Grand Architecte, qui procède à l’illumination cardiaque au moment de la réception du candidat dont le corps figure quatre équerres ou quatre quarts de cercle.
L’épée flamboyante attribuée au Vén M d’Oeuv possède les mêmes correspondances symboliques que l’épée droite.
Il m’a paru utile de réunir dans ce document des éléments épars (ne devons nous pas réunir ce qui est épars).
C’est avant tout un instrument de travail qui vous permettra d’appréhender à la fois la présentation générale des épées, la comparaison des épées en Occident et en Orient à travers deux millénaires; vers l’an zéro de l’ère chrétienne.
Dans l’enseignement dispensé, vous aurez aussi à votre disposition l’évolution de l’épée; les épées du XVIe siècle, les épées en Orient et en Afrique.
Enfin vous disposerez dans un contexte particulier les mots clefs du symbolisme de l’épée; l’épée au rade de Compagnon ainsi que la documentation retrouvée.
Ce document est un élément indispensable de réflexion et de découverte qui aidera le Chevalier Rose Croix à formuler et à bâtir ce pourquoi nous avons entamé une démarche !
Très Sage Athirsata,
Mes BB AA FF et BB AA SS Chevaliers,
J’ai dit.