18° #415012

Les Vertus Cardinales du C R+C sont le Courage, la Justice, la Prudence et la Tempérence. Pourquoi ?

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Il est assez facile de trouver des écrits tant en philosophie qu’en religion faisant référence aux vertus cardinales. Il s’avère pourtant que nous avons du mal à les situer dans notre contexte quotidien.


Voltaire déjà ne pouvait limiter son action à ces 4 mots, il y rajoutait la charité
« Qu’est-ce que vertu cardinale? » « C’est force, prudence, tempérance, et justice. »



Si tu es juste, tu as tout dit; ta force, ta prudence, ta tempérance, sont des qualités utiles. Si tu les as, tant mieux pour toi: mais si tu es juste, tant mieux pour les autres. Ce n’est pas encore assez d’être juste, il faut être bienfaisant; voilà ce qui est véritablement cardinal.[1]



En quoi la maçonnerie nous permet-elle de prendre le recul dans la juste application des ces vertus ?
Pourquoi le CH r+c se trouve –t-il investi des 3 vertus théologales, mises amplement en évidence dans le rituel, mais aussi plus subtilement des 4 vertus cardinales ?
Comment les interpréter et pourquoi les appliquer ?
Qu’attend-on du CH r+c, puisqu’il ne suffit pas d’être grand, encore faut-il être à la hauteur ?


La pérennité et l’indépendance de la FM viennent de ses apports multiples et il en va ainsi pour les vertus qui ont été auparavant utilisé. Je citerai Platon et Aristote définissant le rôle de chacune ou Philon d’Alexandrie se chargeant de synthétiser toutes les idées issues de diférentes cultures anciennes ; et enfin toutes les religions qui ont prôné et vanté le bien fondé des vertus.


Quoique féminin le mot vertu, qui n’a pas de e, est issu du latin vir, « adulte mâle », qui a aussi donné « viril », « vigueur » ou « virtuose ». Mot devenant« virtou » au 17ème désignant le bien et le beau dans l’art florentin et repris par l’église pour désigner le lien avec la puissance divine sous le vocable ’vertus théologales’ et peu à peu le sens s’est de nouveau ouvert à la morale humaine donnant les vertus cardinales,de « cardo » la charnière, pivot entre l’homme et la divinité.
Mais, une femme vertueuse n’a toujours pas la même connotation qu’un homme vertueux…


Nous avons besoin de comprendre notre dimension spirituelle, de nous sentir capable de réfléchir sur nos origines et notre destinée. Notre évolution de maçon s’engage sur ce même chemin de recherche introspective. Chaque degré, en loge bleue comme en perfection, développe un aspect particulier dans la recherche de la vérité. Ces étapes sont nécessaires. La mise en pratique des vertus théologales et des vertus cardinales est omniprésente.


Dès l’initiation, la maçonnerie précise au nouvel impétrant qu’il devra être vertueux. Les 3 piliers ne sont-ils pas la déclinaison des 3 premières vertus : Sagesse, force et beauté, beauté étant justice, sagesse étant prudence, il me parait évident que le pilier manquant représente la tempérance, sentiment et vertu humaine par excellence.


Les vertus cardinales sont dépendantes et liées les unes aux autres, quoiqu’il est à noter que deux vertus peuvent être extériorisées (le courage et la justice) de par leur coté glorifiant et deux intériorisées (la prudence et la tempérance) de part la retenue même de leur sens et qui nécessite de l’humilité.


En premier ;
LE COURAGE OU LA FORCE



·En plus de tout le symbolisme entourant le 3ème degré, le courage n’en est pas le moindre. Affronter la mort n’est-il pas le courage ultime ?
·Johaben, secrétaire intime du 6ème degré a-t-il usé de courage ou de trop de curiosité pour défendre Salomon ? le débat n’est pas clos.
·Et il en faut aussi à Guibulum, au 13ème pour descendre seul les neuf arches, l’aide de ses FF sera tardif mais réel.


La force, c’est surmonter sa faiblesse et sa peur. C’est faire face aux difficultés. C’est aller au-delà de ses limites en courant le risque de l’inconnu. C’est la vertu du héros. Mais la force ostentatoire n’est pas la plus méritante et souvent le courage d’être seul, face à soi-même, et savoir résister à la faiblesse est une grande preuve de courage, non visible par l’autre.


L’attribut de la force est le glaive, présent dans nos rituels



LA JUSTICE



·Quoi de plus beau que la demande du 4ème voyage lors de l’initiation du 4ème degré : «  aimer la justice et la révérer, pratiquer la vertu et abhorrer le vice[2] »
·La justice est aussi présente au 7ème degré ; le candidat est interrogé sur ses capacités à exercer la justice afin d’être nommé Prévost et Juge. Il devra se rendre en tout lieu et à toute heure pour faire régner la justice.
·Au 16ème degré, Zorobabel, prince de Jérusalem a obligation en tant que chef du peuple de rendre la justice avec équité. «  Que le Grand architecte me garde en rectitude et en justice 


Nous sommes malheureusement conscients qu’il est impossible que la justice humaine se réalise, car elle dépend souvent du contexte et des facteurs environnants. Les hommes demandent la justice mais ne l’appliquent pas ou si peu et pourtant la justice est une grande force morale et suppose l’amour. L’amour permet au père ou à la mère d’être juste envers l’enfant. Mais le père accueillant l’enfant prodigue à son retour est-il juste envers son autre fils resté avec lui ?


L’attribut de la justice est la balance, présent dans nos rituels.



LA PRUDENCE



   ·C’est au cours du 3ème voyage du futur compagnon qu’on lui demande la prudence dans l’acquisition des ses connaissances.
   ·La prise de conscience et la prudence nécessaire sont aussi demandées aux postulants du 4ème degré :
     o« vous ne prendrez pas les mots pour des idées…
     o« Vous n’accepterez aucune idée que vous ne compreniez et jugiez vraie…
     o« N’accordez pas une confiance aveugle et respectez toutes les opinions…


St Grégoire le dit « La prudence n’est pas véritable si elle n’est pas juste, tempérante et courageuse ». La prudence est donc la clef de la perfection et Rousseau rajoute : « elle nécessite plus de solidité que d’éclat », prouvant encore une fois s’il le faut que ces vertus dites humaines ne sont pas quantifiables, mais doivent se traiter à l’intérieur de soi afin de mieux rayonner vers l’autre.


L’attribut de la prudence est le miroir, présent dans nos rituels.



LA TEMPERANCE


·C’est la grande règle de tous les degrés.


Aucun degré particulier ne l’évoque directement, mais le message est en permanence sous-jacent.
C’est la maîtrise de soi, les autres vertus se verront difficilement prises en compte si l’on ne possède pas la tempérance. Elle pourrait s’autoconditionner, mais il faut mettre totalement en pratique les 3 autres pour essayer d’être tempérant.
Vaincre ses passions est le leitmotiv du FM et c’est dans un juste dosage des biens matériels et des volontés spirituelles que l’homme sage, l’initié, maîtrisera ses passions
Et c’est pourquoi la tempérance clôt la liste des 4 vertus cardinales.


L’attribut de la temperance est l’eau et ses récipients,présent dans nos rituels.


Avec la mise en œuvre de ces vertus le CH r+c, plus que tout autre maçon, doit trouver les moyens de rayonner à l’extérieur. Il parait pourtant de plus en plus difficile de les mettre en pratique. Malgré l’amélioration notoire des aspects matériels de notre vie, il apparaît que le profane vit dans un quotidien de profusion et du tout….tout de suite lui faisant apparaître les vertus cardinales comme des planètes bien lointaines de ses préoccupations primaires.


Alors pourquoi la maçonnerie et le 18ème degré en particulier nous demande de sortir de l’avoir pour aller vers l’être, en utilisant ces vertus. Serions nous des Don Quichotte ? Qu’avons-nous à y gagner ?
Il est tellement plus facile de se laisser aller à l’insouciance et à la facilité du monde moderne.
Et pourtant, nous avons librement décidé de venir ici, en loge, pour un enrichissement commun et pour améliorer notre personnalité. Nous cherchons à nous hisser vers un mieux-être intérieur en nous aidant, inconsciemment peut-être, des vertus cardinales ; vertus qui sont à notre portée, accessible à tous pour peu qu’on veuille les voir.


Comment ?
Et bien suivons le rituel :


Nous sommes dans le deuxième temple, la Parole a été retrouvée à l’aide de la colonne « Espérance », toujours illuminée permettant alors de retrouver la foi et la charité, redonnant aux outils leur forme originelle et rallumant l’étoile flamboyante.
La transition est faite entre le temple terrestre et le temple de l’esprit, les outils symboliques du maçon sont devenus LES vertus cardinales et l’étoile flamboyante synthétise les vertus théologales. Nous sommes vraiment entrés dans la nouvelle loi.


Le chevalier de Ramsay le constate : je cite dans son discours de bienvenue: « nous expliquons aux apprentis les vertus morales et philanthropiques, aux compagnons les vertus héroïques et aux maîtres les vertus surhumaines et divines de sorte que notre institut renferme toute la philosophie des sentiments et toute la théologie du cœur ».
En 1737 Ramsay considérait que 3 grades pouvaient suffire pour instruire un homme, maintenant 33 suffisent-ils ?


Le CH r+c est en équilibre entre la terre des vertus cardinales et le ciel des vertus théologales.
Ce savoir comment agir avec les vertus cardinales et ce savoir comment vivre spirituellement avec les vertus théologales est le salaire du chevalier dans sa quête de vérité et de lumière. Lumière qui se dévoile par palier, loin de tout et du tumulte du monde. L’épreuve est éprouvante, aurais-je le temps de voir la cathédrale se construire…
Très Sage Althirsathaj’ai dit

B P


[1] Dictionnaire philosophique
[2]Rituel du début du 19ème siècle.

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