Signe et Contre Signe
C∴ L∴
« A quoi reconnaîtrais-je que vous êtes franc-maçon ? – A mes signes, mots et attouchements ». Est-il écrit dans l’instruction au grade d’apprenti.
Nous nous sommes donc doutés, lors de notre initiation, qu’à chaque grade correspondrait un signe particulier ; celui-ci s’affine au 4ème et au 18ème par l’adjonction d’un contre signe.
Signe et contre signe = construction de l’homme :
Ce signe se fait avec l’index, signe de vie, non pas horizontalement, ce qui sous tendrait l’autorité et même la menace, mais verticalement. L’index pointé vers le ciel nous montre que nous faisons partie du Cosmos et qu’il nous faut nous élever, matériellement, moralement, intellectuellement, spirituellement.
Ce lien avec le Cosmos est une préoccupation essentielle chez l’Homme. De la Ziggurat jusqu’au mat de cocagne en passant par l’échelle de Jacob, l’Homme a toujours regardé en haut, a toujours élargi son horizon, a toujours espéré la lumière. « Et la lumière vient d’en Haut » nous précise le rituel du 18ème. Cette séparation haut-bas, avant-après, nuit-jour se révèle être une constante chez l’Homme.
Et les passages des uns vers les autres devraient se faire dans la continuité, avec un subtil équilibre lorsque l’Homme peut les maîtriser, entre l’esprit et la matière, les forces cosmiques et telluriques, lumière extérieure et intérieure. Concilier les contraires est peut-être tout simplement aimer ou se perfectionner.
Ce pari sur la perfectibilité de l’homme s’inscrit dans l’article 3 de notre constitution et nous le retrouvons ici par ce signe. Ce pari est un acte de Foi et « la Foi c’est la Lumière que l’Initiation fait briller en notre esprit », nous indique le rituel du 18ème, qui se poursuit par : « Que cette Lumière de la Connaissance éclaire notre esprit » et par : « le Flambeau de l’Espérance vous éclaire ». « La Lumière qui brille au-delà de ce Ciel, au-delà de tout, dans les plus hauts mondes, au-delà desquels il n’y a pas de plus hauts, est en vérité la même Lumière qui brille à l’intérieur de l’Homme » nous disent les Upanishad. Dans quel but le Chevalier Rose-Croix a-t-il besoin de cette lumière ? Là aussi le rituel nous renseigne : « A l’aide de cette Lumière, ils (les chevaliers Rose-Croix) triompheront des obstacles et des écueils dont leur destin est semé ».
Et si dans les grades précédents nous avions à résoudre des problèmes de justice, de construction, il s’agit ici de la construction du maçon lui-même, de sa montée sur l’échelle de Jacob pour tutoyer la perfection.
Cette unique préoccupation serait dangereuse s’il n’y avait une introspection, une entrée en soi dans les profondeurs de notre psychologie, de notre inconscient, symbolisée par le contre signe montrant la terre. Il y a là « retournement » entre descente aux enfers et remontée cosmique. « Tout ce qui est en haut est comme tout ce qui est en bas » nous rappelle la table d’émeraude. L’homme se situe au milieu de cet axe vertical. Il est le fléau de la balance de Justice.
L’Homme relié au Cosmos et à la Terre par le signe et le contre signe :
Les soufis derviches tourneurs, dansent une paume de main tournée vers le ciel et l’autre vers la terre. L’alchimiste ne fait rien d’autre lorsqu’il prononce sa prière avant d’œuvrer : « Ciel écoute moi, Terre ouvre toi ». Et nous nous attacherons, nous, Francs Maçons, en faisant la chaîne d’union courte, à avoir une paume de main tournée vers le ciel et l’autre vers la terre.
Ce signe et contre signe du 18ème complète celui du 4ème et sa réponse qui se font par main droite et main gauche, avec donc un axe horizontal. Ainsi axe horizontal et axe vertical se conjuguent afin de former la croix chère aux chevaliers Rose-Croix, pour que l’homme œuvre dans toutes les directions de l’espace.
Signe et contre signe nous indiquent par ailleurs que si nous énonçons ensemble l’acclamation, la Franc Maçonnerie ne marchera jamais au pas cadencé et que, si chez nous il y a des Maîtres, il n’y a pas de gourous.
Signe et contre signe montrent le chemin :
Signe et contre signe nous montrent essentiellement le chemin ; ils indiquent que l’homme se constitue lui même et qu’il est un « cherchant ». Et ce chemin peut rendre fluide le passage de « l’ici bas », conditionné par les sens, au « là haut » de l’intelligence et de la spiritualité. « Le chemin qui monte et le chemin qui descend sont un seul et même chemin » nous dit Héraclite.
Cette traversée de tous les plans de l’existence est « passage » par tous les états de la conscience et « voie » vers la connaissance. Le passage de la réalité sensible à une réalité voilée où inspiration et expiration, évolution et involution, unité et diversité se croisent. Ces signes opèrent la jonction entre le visible et l’invisible, le rationnel et l’intuition, le conscient et l’inconscient, le connu et l’inconnu.
Présent dans toute tradition métaphysique, l’image de ce chemin est en réalité la quête de l’Etre. Cette quête est une traversée des ténèbres, de la nuit, du doute, une recherche de la parole perdue. Elle signifie l’inachèvement de l’Homme et sa recherche de toutes les nostalgies, de toutes les utopies en passant par la Foi, la Charité, l’Espérance, en évitant les dangers, en parcourant les vallées. « Ne demande pas ton chemin a quelqu’un qui sait, de peur de ne pouvoir t’égarer » nous dit un vieil adage. Nous cheminerons donc, ferons quelques écarts et traverserons les plans de l’existence, de la conscience pour nous libérer dans la Fraternité et l’Egalité.
Signe et contre signe
reliés au Phénix et au Pélican
:
Enfin Signe et contre signe, linéaires et
verticaux se font avec espoir. L’espoir, comme le
Phénix, éternel adolescent, de renaître
continuellement de ses cendres après
s’être brûlé aux enfers afin
de s’élever ensuite vers les cimes.
Cette traversée, grâce au signe et contre signe ne se fait qu’avec le regard, la bienveillance, l’Amour des autres. Le Pélican, athanor à deux becs des alchimistes, est bien présent dans ce degré.
Sous seing privé ou public, en donnant blanc seing à mes SS et FF C RR CC, je signe ce que j’ai dit, T S.