18° #415012 SOUS L’AILE DU PHOENIX Auteur: Non communiqué Obédience:REAA Loge: Non communiqué Quêtes de la Terre promise, du Saint Graal, de la Toison d’Or ou de l’immortalité. Avec différents mythes allant du Paradis perdu à la Jérusalem Céleste, nous sommes dans l’expectative d’une quête longue et douloureuse. La symbolique de la mort et de la renaissance, de la régénération ou de la résurrection est au cœur de toute initiation. Ce thème essentiel consistant à mourir à un niveau inférieur pour renaître à une vie supérieure introduit le ternaire fondamental : Naissance – Vie – Mort que l’on retrouve à de nombreux degrés. Le symbole d’immortalité est marqué par l’acacia (symbole végétal) et au 18° degré par le phœnix (symbole animal) sans omettre la croix (symbole hominal). Le phœnix, oiseau fabuleux, tire son nom du grec Phoinix : rouge, le gratifiant d’un plumage or et cramoisi. Sous le nom de Bennou et l’aspect hiéroglyphique d’un échassier couronné d’une aigrette, l’ancienne Égypte lui rendait un culte sur les autels d’Héliopolis en le faisant parèdre de Râ, dieu du Soleil qu’il accompagnait dans ses cycles quotidiens, traversant les ténèbres nocturnes, d’une aube à l’autre ou saisonniers ouvrant le printemps vivifiant après l’hiver mortifère. Dans le Rituel du Livre des Morts, Osiris ressuscité dira : « Je suis le Bennou, ce grand qui est dans AN (Héliopolis), je suis la loi de l’existence et des êtres ». Cette figure, archétype de l’oiseau immortel, se retrouve dans toutes les grandes cultures de l’Univers. C’est le Bennou en Égypte, l’oiseau Milcham des anciens Hébreux refusant le fruit défendu, porteur de mort tendu par Eve et récompensé par l’immortalité ; l’oiseau Feng Huong de la Chine, oiseau de cinabre, le cinabre (sulfure de mercure) qui perdure et demeure parce qu’il maintient en lui l’équilibre du Yin et du Yang, du soufre et du mercure alchimiques. Enfin, l’oiseau Quetzal cool de la mythologie de l’Ancien Mexique est proche par sa symbolique. D’après TACITE, quand l’oiseau approchait de la fin de sa vie, l’éclat de son plumage se ternissait, il se construisait alors en Arabie, un nid de plantes aromatiques, auquel il donnait la faculté régénératrice d’où sortirait alors un jeune phœnix qui brûlerait son père sur l’autel du soleil. Selon d’autres, lorsque le phœnix vivait 500 ans, il se bâtissait un bûcher de bois aromatique, se plaçait dessus et y mettait le feu. Au troisième jour disait-on, il ressortait de ses cendres, rajeuni et aussi radieux que jamais. Cette légende repose à l’évidence sur la symbolique du feu dont l’embrasement purificateur se révèle source de vie tel un écobuage saisonnier éliminant les mauvaises herbes et fertilisant la terre ou à l’épreuve du feu, quatrième élément symbolique auquel s’expose l’humble postulant perdu dans les ténèbres le jour de son initiation. TÉRTULLIÉN docteur de l’Église du deuxième siècle dira du phœnix : « Je veux parler de cet oiseau, insigne de l’Orient, fameux par son unicité, merveilleux par sa postérité qui procédant spontanément à ses funérailles, se renouvelle lui-même dans une fin qui est une naissance, décédant et se succédant, redevenant phœnix là où il n’y avait plus vie, redevenant lui-même alors qu’il n’était plus, étant un autre, étant lui-même. » Ce symbole universel de cycle de mort et de résurrection représente pour les premiers chrétiens le Christ mort et ressuscité. Au sixième siècle, l’Église, soucieuse de se distinguer de la mythologie antique, rattachera ce symbolisme à ceux de l’aigle ou du pélican. Au 18° degré, le phœnix est représenté sur un tableau se situant à l’orient, du côté du midi, portant une croix latine avec en son centre la Rose épanouie à cinq pétales ; du côté du Septentrion, se trouve la bannière du souverain chapitre sur laquelle doit être peint ou brodé le pélican nourrissant de sa chair et de son sang ses sept petits. Par contre ce phœnix n’apparaît pas sur le tableau de loge mais sont présents au septentrion un aigle planant, au midi un pélican et à l’occident une colombe. Remarquons que ces symboles ornithologiques, phœnix, pélican, aigle et le coq du cabinet de réflexion sont les rares infractions à l’iconoclasme maçonnique qui recommande de ne pas faire figurer dans l’ornement des Loges des êtres vivants. Or ces quatre oiseaux, dans la symbolique maçonnique, résument bien le parcours spirituel du maçon. Le coq : espérance dominant les questions funèbres du cabinet de réflexion indique bien l’éveil de l’apprenti. Le phœnix : qui dès la légende d’Hiram. Du troisième grade aux degrés de perfection, sous-tend aussi bien le symbole de la résurrection christique que celui du drame de l’architecte assassiné. Le Pélican du 18° : Chevalier du pélican », péristyle des grades philosophiques (aréopages) qui insensiblement conduisent au titre de Prince puis au titre de Souverain prennent pour emblème l’aigle souvent à deux têtes. Lors de leur initiation, les Chevaliers d’orient et d’occident sont conduits à la porte du second temple, après avoir cherché la Parole Perdue, ils croient l’avoir retrouvée sous l’aile du phœnix à l’instant où il renaît de ses cendres. Le Très Sage dit alors « INRI, c’est la Parole ». La maçonnerie purement chrétienne traduit ce tétragramme par «Jésus Nazarenus Rex Judeorum » probablement de manière un peu simpliste. Une autre traduction bien intentionnée « Indifesso rusu rapellamus ignorantiam » (repoussons, par un grand effort l’ignorance) est une idée louable mais banale car tout apprenti connaît ce secret bien qu’il puisse être d’origine rosicrucienne. Le Très Sage en révèle immédiatement la plus sublime signification : «Igne Natura Renovatur Integra» la nature est renouvelée entièrement par le feu ! Par cette interprétation alchimique, l’écossisme s’éloigne de son affermage christianisé originel pour rejoindre une tradition primordiale née dans la nuit du temps du choc fortuit et nécessaire d’un silex pierre brute pyrophore et photophore. Le symbolisme du phœnix émane de ce feu qui le consume pour le mieux régénérer. «Perit ut Vivat». Emblème de la pensée immortelle qui se consume elle-même et qui renaît de ses cendres. Mais les prémices de son enseignement peuvent être retrouvées dans ses flammes traversées lors du troisième et dernier voyage de notre initiation, ayant amené le Vénérable Maître à énoncer : « Puisse ce feu qui vous a enveloppé se transmuer dans votre cœur en un Amour ardent pour vos semblables ; puisse la charité inspirer désormais vos paroles et vos actions ». Le feu, élément le plus subtil de la nature ne fut pas seulement la flamme vivifiante du brasier d’Agni, pas seulement l’ardeur plus haute et plus puissante du soleil qui féconde l’univers, il est aussi le feu principe, le feu artiste, l’éther ou énergie éternelle et infinie, vibration ou mécanisation des tourbillons électriques des atomes, source de chaleur, de lumière, de son. Tout arrêt de vibration produit la mort d’un système et toute reprise la marque naissante d’un renouveau car la vibration initiale et fondamentale ne s’arrête jamais en même temps partout. Le feu rénove tout depuis la matière première de l’œuvre alchimique jusqu’à l’univers tout entier et flamboie dans l’homme comme dans la nature comme le symbole de l’Étoile à cinq pointes. Le phœnix, c’est la formule INRI devenue vivante et agissante montrant le feu psychique, intellectuel, moral, spirituel dans son rôle éternel d’agent transformateur qui opère l’intégration et la désintégration en faisant gravir à tous les êtres les échelons de l’évolution universelle. Le phœnix montre incontestablement la permanence dans l’activité du grand courant transformateur dans lequel le Chevalier Rose Croix doit se placer pour porter son activité psychique au maximum. « Le feu couve dans une âme plus sûrement que sous la cendre » écrivait Bachelard. Cela évoque la puissance incendiaire susceptible d’investir l’homme et son esprit mais déjà l’on sent poindre l’idée d’une flamme intérieure et la régénérescence du phœnix. Percevoir l’incandescence de l’imagination, c’est pour l’esprit découvrir la matière de sa pensée : la flamme n’est plus un objet de perception. Elle est devenue un objet philosophique. Tout est possible. Porter son imagination à son niveau d’incandescence, c’est rendre le feu substance imaginable, c’est aller au bout de l’expérience imaginative et vivre intensément les cendres régénératrices. Il est vrai que l’imagination n’est pas l’entendement. Nous sommes dans une dialectique de l’abondance, de l’excès. Le monde ne s’ordonne pas de façon traditionnelle. La dialectique de l’excès se sert uniquement dans le trop ou le pas assez, ces derniers ayant une connotation passionnelle. Porter l’imagination à son niveau d’incandescence suppose un gel des passions. Le trop et le pas assez sont alors élevés au rang catégoriel, ne témoignant plus d’une insatisfaction capricieuse mais d’un souci légitime d’exigence. Au lieu de prendre arbitrairement le parti des choses, nous devons prendre à partie les choses, partageant avec elles une exigence commune : de l’affect qu’elle leur portait, elle opte désormais pour un rapport d’intimité. Quand nous imaginons, nous désirons capter jusqu’à la fulgurance de l’être si bien que le trop et le pas assez sont élevés au rang de qualités essentielles de la chose. Ils expriment une promotion de l’être. Ainsi l’imaginaire de la transmutation ou la transmutation de notre imaginaire, nous amène à être un véritable sage actif, connaissant, n’atteignant notre véritable grandeur que lorsque nous nous faisons les collaborateurs conscients du grand œuvre universel et mettons notre volonté au service de l’humanité pour qu’elle se perfectionne sans cesse. Le Rite Écossais ne hiérarchise pas la triade « Foi, Charité, Espérance ». Cependant, après avoir donné au mot Charité le même sens qu’au mot Amour et non celui de bienfait ou d’indulgence, le rituel exalte les pages admirables écrites par Saint Paul dans la première épître aux Corinthiens (versets 1 à 3) « Quand bien même je parlerais la langue des hommes et des anges, si je n’ai pas la Charité, je ne suis plus qu’airain qui résonne ou cymbale qui retentît…. Si je n’ai pas la Charité, je ne suis rien ». Mais il est alors utile de le parfaire par le verset 13 : « Maintenant donc ces trois choses demeurent : la Foi, l’Espérance et la Charité ; mais la plus grande, c’est la Charité ». De même le rituel du 18° ne hiérarchise pas la triade symbolique Aigle-Phoenix-Pélican, il n’en ressort pas moins qu’au sein de l’Ecossisme, le 18° qui fut un temps le couronnement du chemin initiatique reste un aboutissement. Le Chevalier Rose Croix découvrant la méta connaissance du tout amour, sublime vertu dont le pélican s’avère être le symbole inné. En Conclusion : L’unité du rite apparaît dans l’ignition du phœnix consumant le vieil homme au feu du tout amour, don de soi sacrificiel, qu’explicitera la primauté symbolique du pélican, pélican qui complète le Phénix, « Ésurientes nutrit perit ut vivat » et apparaît donc comme un accent typiquement chrétien, liant la caritas à la résurrection, liant cette caritas comme condition de la survie de l’âme. Encouragé par la foi de l’aigle, soutenu par l’espérance du phœnix, le Chevalier Rose Croix saura que la charité du pélican, «Primus inter pores » mais le plus humble de tous, guide sa quête en ce bas monde. Et la charité, l’espérance et la foi l’ayant porté à s’identifier à tout ce qui vit, poussé à s’intégrer à la création en voie d’accomplissement, le Chevalier Rose Croix, promu chevalier du tout amour, n’aspirera plus qu’à être reconnu Chevalier de l’Universel et de l’Éternel. 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