La perfectibilité de l’homme
C∴ K∴ S∴
« Qu’entendez-vous par la « perfectibilité de l’homme » ? Dans quelles mesures les valeurs du C K S peuvent-elles aider au developpement de ses Vertus ? »
T F P G M, Comme à l’habitude, je m’empresse de regarder sur internet le dictionnaire afin de donner la ou les définition(s) du mot perfectibilité.
Le premier sens est celui-ci : Caractère de ce/celui/celle qui est perfectible. Cela me semble court, puisque la suite indique que la constitution de 1848 était perfectible. Dans la rubrique « Philo », je ne peux m’empecher de faire un copier/coller de cette defintion :
[Corresp. à perfectible D] PHILOS., METAPHYS. Perfectibilité de l’espèce humaine. Montrer (…) que la nature n’a marqué aucun terme au perfectionnement des facultés humaines ; que la perfectibilité de l’homme est réellement indefinie ; que les progrès de cette perfectibilité (…) n’ont d’autre terme que la durée du globe (CONDORCET, Esq. tabl. hist.,1794, p. 3).Comme il croit à l’influence des livres et à la possibilité d’améliorer les hommes ! Je crois aussi à la perfectibilité, mais ce n’est pas si individuellement (CONSTANT, Journaux,1805, p. 197). Une seule chose ne peut être niée : l’aspiration de l’homme vers le mieux, sa foi dans la perfectibilité de toutes choses. (…) depuis que l’homme s’est mis à penser, les philosophes ne cessent d’édifier des systèmes qui tous semblent nous ouvrir les portes de l’infini et de l’éternité (BALLY, Lang. et vie, 1952, p. 52).
A partir de ces définitions, je considère avoir franchi un tout petit pas. Une expression me vient immédiatement à l’esprit : « tendre vers la perfection », que j’emploie souvent dans mon travail et depuis quelques temps dans ma loge bleue. En effet, dans le travail, quand nous faisons quelque chose de concret qui concerne directement un client, ou un travail pour un client, je pense que le travail, le service, sont faits pour être bien faits. A l’impossible, nul n’est tenu, mais je me dois de faire le maximum pour que la qualité du travail produit entraine la satisfaction de celui pour lequel il est destiné.
Mais pour partir d’un point « état à ce jour » vers le point « perfection », il faut commencer par vérifier, étudier, valider ce que je suis. La recherche et le travail sur soi sont les premières demarches du nouvel initié, de l’apprenti qui va ainsi découvrir que le premier travail du Franc-Maçon est de travailler sur la « Pierre Brute », état dans lequel il est au moment de son initiation.
Ce travail sur soi-même, cette introspection, se fait par le silence obligé de l’apprenti, qui, au milieu et au sein de sa loge, parmi les Frères de son atelier, va commencer à travailler. C’est la base de toute bonne démarche.
Le « Connais-toi toi-même » est la base solide qu’il faut trouver, cerner pour pouvoir construire. Cette construction, que certains appellent « le temple intérieur » doit être construite sur un état intérieur solide. L’évolution, comme un bâtiment, ne peut pas se faire sur des sables mouvants, sur des fondations mal assises.
Par la suite, il faudra donner le maximum de soi pour s’améliorer, s’inntégrer au milieu de ses Frères.
L’enchainement de mon esprit me ramène automatiquement à la devise du C K S : « Fais ce que (tu) dois, advienne que pourra ». Cette sentence ou devise, m’indique bien le sens : il faut donner le maximum de soi, faire au mieux, « tendre vers le parfait » et quelque soit le résultat, même si il n’est pas à la hauteur de l’énergie déploée, cela permet d’avoir, comme on dit couramment, « sa conscience pour soi ».
Le « advienne que pourra » m’indique, à ce grade, que finalement, la bonne démarche est de faire le mieux, la mauvaise démarche étant de ne pas participer, de ne rien faire, de regarder faire, de rester spectateur.
Pour revenir à la perfectibilité de l’homme, je ne peux que constater que chaque individu a la capacité d’évoluer, d’apprendre et de construire son futur. Quand je parle de futur, la perfectibilité, comme le dit la définition donnée plus haut, n’a pas de limite humaire, sauf la fin du monde. Nous avons donc, depuis le plus jeune âge et jusqu’à la mort, la possibilité d’évoluer. Il faut aussi un cadre favorable, des parents présents, des instituteurs qui savent nous faire participer, d’avoir entre les mains de bonnes lectures qui nous sont indiquées, des amis et de la famille autour de soi, des employeurs compréhensifs qui permettent à chacun de s’épanouir. C’est un idéal dans la vie d’un homme et/ou d’une femme, que d’aller de l’avant, en allant plutôt vers le haut.
La nature humaine est faite ainsi que tout individu est différent d’un autre. Les motivations des uns ne sont pas celles des autres. Chacun dispose d’une vision personnelle et individuelle de son confort, de son « bonheur ».
La Franc-Maçonnerie nous offre cette possibilité de progresser. A notre rythme, mais, en suivant le chemin dit « initiatique », nous avons la possibilité d’avancer, de quitter notre « état » habituel pour aller vers un « état » plus élevé. Je peux comparer le mot état au mot niveau. Mieux se connaître, avec les F F presents et pas tout seul.
Le contraire existe-t-il ? Y-a-t-il des choses ou des individus non perfectibles ? Peut-on imaginer la non-évolution chez un être humain ? Oui, bien sur, et tous les motifs, toutes les excuses sont bons pour justifier et expliquer pourquoi nous ne faisons pas ce qu’il faut.
Mon idéal n’est pas d’être un être parfait. Cela me semble prétentieux à dire, et cela doit être ennuyeux d’être un parfait parmi les moyens et les médiocres.
Non, je pense plutôt que la perfection est une utopie, il faut y croire, il faut se donner les moyens d’y arriver, tout en sachant que le chemin, l’objectif sont inaccessible. Pour être la perfection même, il faudrait pratiquement ne pas se remettre en cause une fois l’objectif atteint. Hors une personne qui progresse dans tous les domaines, ne le fait qu’en travaillant et qu’en réfléchissant, avec une humilité qui lui fait se remettre en cause à tout instant. Le Parfait n’est pas Modeste ! …je l’imagine hautain, supérieur, méprisant. Une évidence s’était impose à moi, lors d’un passage sous le bandeau en loge bleue d’un profane qui était au niveau réponse plutôt « bref », bouscule par l’émotion. Ce Frère, était une véritable Pierre Brute, qui ne pouvait que se perfectionner.
La deuxième partie de la question met en avant, avec un V majuscule, le mot Vertus au pluriel.
En voici la définition, toujours donnée par le dictionnaire :
1. Vieilli. Courage physique ou moral ; force d’âme, vaillance. Mâle vertu ; vertu romaine.
2. Absol. [Avec l’art. def.] Disposition habituelle, comportement permanent, force avec laquelle l’individu se porte volontairement vers le bien, vers son devoir, se conforme à un idéal moral, religieux, en dépit des obstacles qu’il rencontre. Amour, triomphe de la vertu ; aimer, appeler, pratiquer la vertu ; croître, grandir en vertu ; le vice et la vertu. La perfection de la volonté s’appelle la raison, la perfection de l’action est la vertu, virtus, action forte ; car la vertu est force même avec la faiblesse physique (BONALD, Législ. primit., t. 1, 1802, p. 255).
Cette deuxième définition me convient bien, notamment dans si on pense au mot au pluriel, qui indique que les Vertus sont des qualités que le C K S doit avoir en permanence.
Car la mission du C K S est importante : au vu du rituel, je dirais que le grade insufle, après l’Amour de l’humanité donnée au grade de Chevalier Rose-Croix, un choix de vie qui est la résistance, la lutte contre l’oppresseur, et cela par tous les moyens.
Pour cela, le C K S doit être « armé », pas par des armes mais par une volonté, et par un entrainement à lutter, à ne jamais baisser les bras, à aller toujours de l’avant.
Il me semble nécessaire, à partir du rituel, de mettre en avant les vertus, donc les qualités demandées au C K D et de connaître véritablement la réalité du grade.
Au début du rituel, à l’ouverture des travaux, le 2ème Grand Juge dit qu’il recherche la Lumière de la Liberté, pour ceux qui n’en abusent pas. Il recherche aussi la réparation pour les hommes qui ont souffert, dans leur chair ou dans leur esprit, de l’iniquité pour la réparation leur restitue leur droit et leur dignité.
La mission du C K S est alors révélée : il combat l’injustice et l’oppression, d’où qu’elles viennets et à tout instant.
A l’heure des travaux, les puissances se répandent sur la terre : les C C K K S S doivent gagner leurs poste de veille pour s’opposer à leurs maléfices.
Dans l’élévation au 29ème grade, on rappelle que le rôle du Grand Ecossais de Saint André d’Ecosse a pour devoir de s’opposer à toute usurpation de pouvoir, civil, religieux ou militaire. Ses missions : vénérer la raison pur et agir selon la loi de la logique, servir la Vérité, Protéger la vertu et en donner l’exemple, combattre pour le droit.
Un symbole fort : l’échelle mystérieuse. Elle indique à chaque étape de sa montée et de sa descente le travail, la mission. Nous pouvons ainsi comprendre pourquoi l’homme n’est jamais parfait au début, mais y travaille. Voici, comme le dit le rituel, et dans l’ordre, le cheminement à suivre.
Nous sommes prévenus dès le départ que l’échelle relie le bien et le mal, la terre et le ciel. Comme toute échelle, elle indique un niveau. Selon où le C K S se situe, il est facile de voir vers quoi il tend.
Les qualités requises sont toutes indiqués sur les niveaux de l’échelle. Chaque marche est importante et les indications sont toutes des qualités du C K S qui sont complémentaires les unes par rapport aux autres.
Amour de la Vérité : la Vérité, avec un grand V, est le fondement même de l’intégrité. La chercher, tenter de la trouver, la transmettre si possible. L’Amour de la Vérité, l’ensemble de ses deux mots, renforce cette qualité essentielle. Cela vient du plus profond de soi.
Amour de l’Humanite : l’homme n’est pas fait pour vivre seul. C’est plutôt difficile pour lui car l’homme est entouré par ses semblables. Chacun est unique, mais cet ensemble de personnes fait masse. l’Homme est à la foi bon et mauvais. L’Amour de l’Humanité est la base même du grade qui ne peut imaginer ne pas Aimer l’Homme en général tel qu’il est. Il faut être poussé par cet Amour pour avancer. Le repli sur soi, l’égoïsme, la haine des autres, « le côté noir de la force ». La prise de conscience de l’autre est importante dans la progression.
Perception : ressentir la réalité, avoir l’esprit ouvert pour connaître le monde en général, les humains en particulier.
Intuition : celle-ci est utile dans la démarche de recherche de la vérité, car elle permet de comprendre, de ressentir une certain vérité.
Imagination : avoir l’esprit imaginatif fait partie du travail du maçon en général. Le symbolisme nous porte à percevoir dans notre imaginaire une vision personnelle.
Raison : la raison est le propre de l’homme, cela lui permet avec son esprit d’analyser toute situation et de trouver une solution « idéale » pour avancer. Sans raison, l’esprit ne peut être qu’égaré.
Les arts : l’art est le moyen de parvenir à réaliser quelque chose se fait par tous les moyens dont dispose l’Homme et le Franc-Maçon. Les Arts sont l’ensemble, la conjugaison des techniques et du talent de l’homme pour aboutir à la création de quelque chose de pratique ou de beau.
Les sciences : cette somme de connaissances utiles pour lui, l’homme peut soit la posséder, soit l’acquérir. La réflexion et l’expérience, sont deux moyens habituels pour acquérir le Savoir.
La philosophie : la connaissance de l’Homme, les reflexions de nos anciens qui avaient déjà réfléchi à la nature humaine, à sa position par rapport au monde où il vit, cela fait partie du travail du Franc-Maçon. Le C K S doit lui avoir cette ouverture d’esprit pour apréhender le plus largement possible ce qu’il est par rapport au monde où il vit.
Nec plus ultra : il n’y a rien au-dessus. Le C K S atteint la limite supérieure. Enfin c’est le but, la finalité de ce dernier grade symbolique. Pour avoir la prétention d’atteindre cette limite, l’humilité est importante, car le cheminement n’est jamais terminé.
Désir de perfection : penser atteindre le Nec plus Ultra doit avoir obligatoirement ce désir. La perfection, je pense que personne ne l’atteint. Mais je pense qu’il faut « tendre vers ». c’est un travail, un combat permanent.
Patience : cette qualité est importante, car le chemin est long.
Persévérance : cette qualité est totalement complémentaire de la patience et réciproquement.
Courage : cette autre qualité est aussi indispensable et complémentaire. Face à la difficulté,
Equité : le sens de l’équité, souvent comparé à l’égalité oblige le C K S à avoir du recul afin d’avoir ce sens le plus aiguisé, souvent peu pratiqué dans la vie profane ;
Prudence : cette qualité doit être la vertu essentielle de tout maçon : rien n’est jamais acquis, écrit. Il suffit d’un rien pour basculer dans l’erreur et obtenir le résultat inverse attendu. Cette prudence, le C K S a surtout besoin encore une fois de ce recul, mais pourrait-on dire aussi de la hauteur, lui est nécessaire. A ce niveau de cheminement, rien de pire que la « grosse tête » pour se croire arrivé. Chaque parole, chaque décision doit être pesée.
Sagesse : Raison et expérience, donnent souvent la notion de ce qui est bien et mal. Cette sagesse est souvent attribué à l’âge. Les jeunes en sont-ils démunis ? Seul un cheminement comme celui du Franc-Maçon permet à l’Homme de l’obtenir. La maturité est essentielle au C K S.
Fais ce que (tu) dois, advienne que pourra : la morale de l’histoire du grade est bien là : une sorte de « conscience professionnelle » une notion du « beau travail », du « bel ouvrage » est le moteur principal qui permet en toute connaissance de cause de faire ce qu’il faut au moment où il faut. Le C K S l’a acquis au fur et à mesure de son cheminement initiatique, mais attention, il n’est pas toujours recompense par tout ce qu’il a donne pour tout mettre en oeuvre. Qu’importe le résultat, la volonté de bien faire, de tout faire est là.
Voici toutes les « vertus » du C K S : on remarquera le Désir de Perfection. Elle est au milieu de toutes les qualités nécessaires pour y arriver.
Que penser des « Valeurs » du C K S ?
Le dernier grade symbolique est l’aboutissement du cheminement du Franc-Maçon depuis son initiation. Il a connu la découverte des symboles et de l’univers maçonnique au premier degré, les voyages au deuxième degré, la Maîtrise avec la légende d’Hiram, mort pour ne pas avoir voulu trahir le secret, le 4ème grade avec le sens du Devoir. Le quatorzième avec la symbolique de la grotte, des différentes portes et surtout la connaissance de l’arbre de vie et des Séphirotes, le nom de l’innéfable. Le 18ème avec les Chevaliers et toutes les valeurs qui s’y rattachent, le chevalier rose-croix avec l’Amour, le commandement et la prise de conscience d’une responsabilité vis-à-vis des F F et de l’humanité et enfin le XXXème grade avec des valeurs qui me semblent proche de l’esprit de la Résistance avec un courage nécessaire, énorme, pour vaincre tous les ennemis, l’oppression d’où qu’elle vienne.
Il aura fallu beaucoup de temps à un F M pour en arriver là, le cheminement est long. Alors à quoi bon la recherche de la Perfection ? La prise de conscience de ce rôle, de cette responsabilité vis-à-vis de l’humanité, place le C K S dans une demande de vigilance extrême et être à tout moment à prendre la défense de l’opprimé, à aider son prochain, « la veuve et l’orphelin » comme autrefois le Chevalier du moyen-âge.
Il aura fallu une longue préparation pour que le nouvel initié que j’étais en 1996 devienne un Franc-Maçon « averti » et comprenne les enjeux qui lui sont proposés.
Si il fallait dès le depart expliquer au jeune Franc-Maçon les responsabilités du XXXème à venir sans faire ce cheminement, il ne supporterait la « charge », ni la pression.
La Perfection vers laquelle doit tendre le F M est une des bases du travail maçonnique.
Le role du C K S vis-à-vis de la F M et des Loges Bleues est encore plus marquant. Il faudra beaucoup de sérénité et de travail pour transmettre ces valeurs aux F F avant de les transmettre a l’humanité.
J’ai dit.
A-M B