30° #427012

Le Vouloir sans désir

Auteur:

J∴ P∴ D∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
Ordo ab Chao – Deus Meumque Jus
Au nom et sous la Juridiction du Suprême Conseil pour la France
des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33e et dernier degré
du Rite Ecossais Ancien et Accepté

Replaçons cette expression dans son contexte rituel :

A la fermeture des travaux le T P G M interroge le 1er sénéchal :

Frère 1er sénéchal, as-tu franchi la limite ?

Le Frère 1er sénéchal :

J’ai été au-delà du royaume des formes.

Le T P G M :

Quelle était ton arme ?

Le Frère 1er sénéchal :

Le Vouloir sans désir.

Le Vouloir prend ici une majuscule, il faut le souligner. Cette arme peut paraitre paradoxale en regard du dialogue d’ouverture des travaux où le T P G M s’adresse au 1er sénéchal :

Frère 1er sénéchal, que cherches-tu ?

Le Frère 1er sénéchal :

La liberté.

Le T P G M :

Quelle liberté et pour qui ?

Le frère 1er sénéchal :

Celle que l’on conquiert au-delà des limites. Je la cherche pour ceux qui ont franchi les obstacles.

Le T P G M :

Frère 1er sénéchal cherches-tu autre chose ?

Le Frère 1er sénéchal :

Le pouvoir.

Le T P G M :

Pour qui ?

Le Frère 1er sénéchal :

Pour ceux qui peuvent tout et ne veulent rien. Comment le Vouloir sans désir peut-il être l’arme du Chevalier Kadosch alors qu’il ne veut rien ? C’est ce que nous allons essayer d’expliquer.

Qu’est-ce que vouloir ?

Selon le Robert : du latin volere : avoir la volonté de, désirer, souhaiter.

Qu’est-ce que la volonté ?

Selon le Robert :

disposition mentale ou acte d’une personne qui veut.

Ou

forme de l’activité personnelle caractérisée par une élaboration mentale anticipatrice préalable au but à atteindre par opposition aux reflexes automatiques, impulsions ou réactions affectives.

Ou encore :

ensemble des forces psychiques portant à l’action.

Qu’est-ce que le désir ?

Selon le Robert : prise de conscience d’une tendance qui porte à vouloir obtenir un objet connu ou imaginé.

Le désir est donc l’expression d’un manque, l’insatisfaction du désir crée une souffrance. Il peut être créé par la réalité physique de l’objet désiré perçue par les sens (réalité physique objective), par l’imagination outil de la psyché (réalité psychique objective), le tout peut être perturbé par l’illusion qui perturbe les sens. Pour les ésotéristes que nous sommes, le désir peut être envisagé comme une passion qu’il faut maitriser. Le désir étant une projection de l’égo, maitriser l’égo, c’est maitriser le désir. En effet, l’ésotérisme, nous dit Pierre Solié, est le « versant intérieur, caché, occulte d’un signe manifesté à l’extérieur sous une forme sensible ou intelligible d’un signe exotérique ». Et il ajoute : « Cet enseignement des mystères ésotériques constitue la gnosis (la connaissance intuitive) qui s’oppose à la simple pistis (foi ou croyance du « charbonnier ») ou à la doxa (opinion commune) et bien entendu à l’épistémé ou au mathème (science, connaissance rationnelle) ».

Comme la gnosis obéit à la volonté qui ne peut pas se passer du désir, pour que cette connaissance intuitive soit opérante il faut que l’intelligence qui la perçoit soit juste c’est-à-dire ou débarrassée des pulsions qui pourraient fausser sa perception ou réorientée ou se voir substituer une volonté choisie.

C’est la raison pour laquelle, dès le 1er degré nous venons en loge pour vaincre nos passions, soumettre nos volontés à nos devoirs et faire de nouveaux progrès en franc-maçonnerie, et qu’au 4ème degré, il nous faut promouvoir la justice, c’est-à-dire la justesse.

En gardant le secret, en restant obéissant et en restant fidèle nous entreprenons une triple voie, illuminative, rectificative et unitive qui permettra à la Volonté de Dieu de s’accomplir. Ce n’est qu’après avoir rendu justice à Hiram que le Génie peut parler en nous faisant de nous des collaborateurs du principe qui est en nous puisque « Je veux et je construis » est la prise de conscience de l’initié que le GADLU s’exprime à travers lui, sachant que selon le Talmud la manifestation divine se caractérise par la Volonté et la Création.

Mais il lui aura fallu faire les travaux préparatoires : balayer la chambre des dessins c’est-à-dire nettoyer son esprit des éléments perturbateurs pour en conserver l’essentiel : le secret, diluer l’encre de Chine c’est-à-dire faire taire son ego, le diluer, obéir à sa conscience purifiée, et coller les papiers sur les planches c’est-à-dire conformer son support au modèle initial donc être fidèle. Il doit devenir transparent à la Volonté divine pour en être le collaborateur. Ainsi, il pourra remplacer Hiram et exécuter les plans, en cela il deviendra interprète du GADLU donc prophète.

On le voit la promesse de rétablissement de la prééminence du compas sur l’équerre entrevue au 3ème degré se réalise progressivement par réorientation du désir de l’initié vers la source de la Lumière par une recherche permanente du centre.

Le 13ème degré permet de faire l’expérience du contact avec l’infini mais l’initié étant insuffisamment préparé, le contact est rude, le désir donc le manque était-il trop fort ?

La rectification va se doubler d’un exil de l’âme à partir de la fin du 14ème degré car ce qui s’est passé pour l’aspect matériel de l’initié en R L P va maintenant concerner son âme médiatrice entre matière et esprit. C’est l’objet du travail en chapitre. L’objectif est toujours le même mais à autre niveau : devenir le plus transparent possible à la Volonté divine de manière à la transmettre aussi fidèlement que possible. Progressivement l’exil de l’âme va conduire à l’exil du désir lui-même et à un recentrage de la volonté.

Le passage par le centre de la Croix va permettre le retour dans le monde où la Parole n’a jamais été perdue donc un monde édénique où l’illusion du serpent est clairement identifiée. La parole retrouvée est le fil d’Ariane qui relie le monde matériel et le monde spirituel. C’est ainsi qu’à la qualification complète va s’ajouter l’individuation c’est-à-dire la réalisation individuelle comme médiation entre l’l’Autre (le tout Autre) et les autres avec la prise de conscience pour l’initié du centre spirituel qui l’anime : le Cœur.

La quête est réanimée et se poursuivra en passant du mythe à la gnose où l’Ein Soph a été remplacé par l’Apeiron, un infini sans repère en dehors de toute référence confessionnelle, où l’initié et en permanence exposé à la dualité sans pouvoir encore la résoudre.

C’est dans cet état mais en ayant vécu 10 degrés qui sont autant d’expériences et de limites franchies qu’il se présente pour être reçu Chevalier Kadosch. Il est toujours dans la manifestation formelle, dans le royaume des formes dont il ne s’est pas encore libéré.

Que s’est-il passé ? Le grand pontife est conduit à la rencontre de la Jérusalem céleste qui lui fixe le but de sa mission : la faire descendre dans le monde matériel. Il tentera donc d’approcher le principe mais l’expérience de la tour de Babel lui montre que sa tentative prométhéenne est vaine, que seule l’humilité c’est-à-dire la vacuité de l’orgueil- peut rétablir le lien avec le principe.

« Telle est ma joie, elle est parfaite. Il faut qu’il grandisse, et que moi, je diminue ». Jean, 3, 29-30.

Les degrés suivants vont ajouter au sacerdoce les vertus chevaleresques afin de délivrer son âme en quête de Vérité pour la réorienter vers le centre rayonnant de lumière du chevalier du soleil.

Reçu Chevalier de Saint André, il devient défenseur du Vrai, du Bien et du Juste contre toutes les oppressions.

Il se souvient alors de ce que lui disait le Vénérable Maitre lors de son initiation : « abandonnez-vous à la main qui vous guide ». Depuis il a lâché prise à tout, y compris le désir de Dieu à l’instar de Maître Eckhart. C’est dans cette vacuité que l’esprit divin peut s’installer et le diviniser.

Son esprit venant de Dieu, le Grand Ecossais de Saint André peut désormais aller plus loin vers la Sainteté.

Sainteté : selon le Robert : qualité d’une personne ou d’une chose sainte.

Saint : selon le Robert : souverainement pur et parfait. Et il ajoute que l’idée de sainteté conjugue l’héroïsme et l’humilité, l’audace et la conscience de sa faiblesse.

Il nous faut distinguer ici la notion de sacré (du latin sacer : séparé) de la notion de sainteté (du latin sanctus : sacré et inviolable). Depuis le 1er degré nous sommes familiarisés avec la notion de sacré puisque nous travaillons dans un espace/temps que nous sacralisons par la pratique d’un rituel. Il induit la notion de sacrifice qui peut conduire à la sainteté. Celle-ci est acquise par une participation effective au principe divin par deux voies : la voie mystique qui n’est pas la nôtre et la gnose volontariste qui combine l’aspiration à atteindre la source de toute chose (le Ora ou l’illumination) et le sacrifice (le Labora ou la purification). C’est la voie proposée par l’initiation qui conduit l’initié à la Liberté. Lors de sa réception le futur chevalier Kadosch est toujours sous l’emprise de la dualité symbolisée par les deux poursuivants. Incapable de choisir l’une des deux options proposées par les poursuivants, il se voit chassé du temple. Mais il est purifié car son esprit vient de Dieu.

La purification de l’élan du chevalier vers son principe va lui permettre de déjouer les pièges des archontes lors de la montée de l’échelle mystique et d’aller au-delà du royaume des formes à la rencontre de la manifestation informelle. Ce n’est pas pour lui-même qu’il aspire au Principe mais c’est l’amour du Principe qui guide son élan.

Et là surprise : plus de souffle dévastateur comme au 13ème degré c’est-à-dire plus de manque car l’esprit de l’initié vient de Dieu, il est donc habité par le principe et son esprit est de même nature donc uni au principe, donc pur. La Volonté sans désir est donc celle du principe qui irrigue l’initié.

« A la place de l’homme dans la liberté de la créature siège de la volonté, au centre de l’ambiance des possibilités de la forme du changement du désir et de la mort. Parmi les trois mondes, l’homme est placé au plan médian. Il relie le fait visible au Principe invisible. Sa nature participe du relatif et de l’Absolu ».

Il devient acteur de la manifestation divine dont nous savons qu’elle est Volonté et création. La descente va le confirmer puisque le chevalier Kadosch, libéré de la matérialité, conscient de ses responsabilités et des rapports qui le lient au Créateur doit retourner dans le monde pour témoigner de la Vérité unique et universelle dont il est empli.

Cette Volonté est vidée de tout désir car désormais : « non nobis domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam ».

Débarrassé des passions matérielles, le chevalier Kadosch possède une arme à double tranchant : non seulement elle lui permet de franchir la limite du monde formel, de connaitre les décrets de la loi divine et une fois libéré, il peut collaborer à la poursuite de l’œuvre divine dans le monde de la manifestation en combattant le serpent pour le vaincre et le contraindre à servir.

Ayant pris l’engagement de ne pas subir les évènements mais de les transformer, il est armé du caducée de Mercure, tout ce qu’il touchera se transformera en or.

Le Vouloir sans désir, Volonté pure débarrassée de la matérialité, conduit à une triple conversion du regard doublée d’un décentrage.

Décentrage car le sujet et l’objet échappent à la dualité et ne font plus qu’un, bien que distincts car ils appartiennent à la même totalité.

Conversion du regard sur moi-même car conscient de l’absolu qui m’habite et de ma relativité.

Conversion du regard sur les autres, de leurs potentialités et de la mission dont je suis investi à leur égard.

Conversion du regard sur le Principe par la prise de conscience de ses lois et ma participation libérée à sa manifestation.

Le Vouloir sans désir conduit à une participation réelle au monde par une perception élargie de la complexité de l’Univers et être au service de l’Ordre pour le faire émerger du chaos.

Désormais, il nous appartient de nous élever au-dessus de la dualité en prenant notre envol à l’instar de l’Aigle emblème de notre Ordre et entrainer avec nous les frères qui attendent.

J’ai dit.

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