#401012

Des Ténèbres à la Lumière par l’approfondissement de sa vie intérieure

Auteur:

A∴ R∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Pyrène

A la Gloire du Grand Architecte de L’univers
Deus Meumque Jus
Rite Écossais Ancien et Accepté
Ordo ab Chao
Au nom et sous les auspices du Suprême Conseil de France
Liberté Égalité Fraternité

« Chaque homme dans sa nuit s’en va vers sa lumière » écrivait Victor Hugo dans Les Contemplations.

Le dualisme Ténèbres/Lumière est un symbole quasi universel. Il a inspiré de nombreux poètes et écrivains et continue toujours de nous interroger.

Aussi, pour vous faire part en toute humilité, de mes réflexions et de mes recherches, il m’a semblé opportun, dans un premier temps, de reprendre la notion de ténèbres/lumière afin de la replacer dans ce long parcours à la recherche de ma propre vérité. Quelle place occupe cette notion et comment elle structure une démarche spirituelle, une démarche maçonnique symbolisée par l’Évangile de Jean (I-5) :

« la lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas reçue ».

Lumière et Ténèbres sont deux concepts totalement liés dans la symbolique maçonnique ; ils en sont même des éléments incontournables, à la base du cheminement initiatique. Ils m’ont amené à me poser une question simple : que représentent, pour moi, les ténèbres et la lumière au travers de ma vie maçonnique ? En fait, mes ténèbres ne sont pas vos ténèbres, Mes Frères, tout comme ma lumière, même si elle se fond dans l’égrégore qui illumine nos travaux, demeure la mienne.

Lumière et Ténèbres existent en moi, dans mes ressentis, dans mes perceptions, mes comportements. La façon dont on se comporte avec moi, dont on réagit à mes actes, à mes paroles, sera le miroir de la lumière que j’émets ou la part de ténèbres, en moi, qui s’exprime.

Depuis le cabinet de réflexion, l’impétrant est dans l’ignorance du sacré. Dans cette pénombre, la lueur de la bougie révèle la parcelle de lumière qui est au plus profond de nous. Ce coq que nous avons rencontré dans l’obscurité du cabinet de réflexion est le symbole de l’éveil. La conscience est bien affaire d’apprenti, de maître-secret puisqu’elle est une quête de découverte.

Il importe, en ce lieu, de faire un retour au plus profond de soi, avec l’humilité pour guide. VITRIOL… Ce voyage intérieur est difficile car inhabituel : connaître sans complaisance ni faux-semblant ses forces et ses faiblesses. L’obscurité du cabinet de réflexion nous met face à ce que nous refusons parfois de voir, à ce que nous rejetons ; elle est aussi le reflet de nos peurs, de nos angoisses et nous plonge vers ce côté obscur de soi, moment intense rarement vécu dans le monde profane.

Les Maîtres vont voyager autour du cercueil d’Hiram mais son esprit a survécu. Ainsi donc, la mort n’a pas le dernier mot et les ténèbres ne l’emportent jamais sur la vie éternelle de la lumière.

Les voyages de l’initiation vont des ténèbres à la lumière ; ceux du futur Maître s’effectuent à nouveau dans la pénombre. Personne ne pourrait vivre sans lumière…et pourtant le franc-maçon la cherche depuis le premier jour de son initiation ; cette lumière du cœur et de l’esprit pour trouver la vérité, la vérité sur lui-même. La notion de lumière est présente dans la quête initiatique à tous les degrés du REAA. Dès le 1er degré, il est rappelé que la demande de lumière est le fondement de la démarche.

Au 47ème degré, le rituel devient plus précis. Nous sommes au moment où « l’éclat du jour a chassé les ténèbres et où la grande lumière commence à paraître ». Cettelumière n’est pas seulement celle de l’extériorité ; elle est aussi la lumière intérieure, l’ouverture de l’intelligence et du cœur.

C’est dans le cadre de mon initiation, après une succession de mort et de résurrection, que je passe d’un monde à un autre ; d’un monde fini à un monde infini, de l’ombre de la matière à la lumière de l’esprit. C’est ce passage des ténèbres à la lumière, de l’inconscience à la conscience qui constituera mon expérience initiatique. La lumière a créé la vie et le bandeau qui couvrait nos yeux est le symbole de l’aveuglement dans lequel se trouve l’homme, dominé par ses passions.

Les ténèbres désignent le néant, la non-existence primordiale, l’avant de la création. Toutefois, celle-ci accomplie, les ténèbres subsistent encore. Pour certains auteurs maçonniques, la lumière ne serait pas l’inverse des ténèbres, pas plus que celles-ci ne seraient d’ailleurs l’entité obscure du mal mais plutôt le règne du non-advenu, de l’indifférencié. Pour Olivier Doignon, il faudrait dépouiller les ténèbres de toutes les diverses connotations, généralement d’ordre moral, dont le langage courant les a affublées, y compris certains textes de la Franc-maçonnerie.

Dans le monde antique, le jour commence à minuit, la lumière naissant au milieu des ténèbres, et la nuit fait partie du jour. De même, la Genèse nous dit : « il y eut un soir et il y eut un matin » (chap.I – 5) et non l’inverse. Ténèbres et Lumière sont deux dénominations, deux états (de lumière) se révélant l’un l’autre.

Notre quête maçonnique vise à rechercher en nous la lumière qui balise notre chemin, qui nous indique la voie, cette étoile qui nous montre la direction de la Vérité et du Devoir. C’est cette même étoile que nous, Maîtres-Secrets, découvrons dans le cartouche du 4ème degré.

« Compagnon, contemplez l’Étoile qui vous fait face. C’est avec les lumières du passé que l’on se dirige dans l’obscurité de l’avenir ». (rituel d’élévation au 2ème degré)

La lumière symbolise les influences spirituelles qui se dévoilent au fur et à mesure du cheminement initiatique qui commence au premier jour de notre initiation et se terminera le jour où nous poserons nos outils, définitivement. Ce chemin est toujours orienté à sens unique, de l’Équerre au Compas, de la matérialité vers la spiritualité, des ténèbres de l’ignorance aux lumières de la Connaissance. Paul Guimard écrivai : « il faudrait parvenir à cette sagesse élémentaire de considérer les ténèbres où nous allons sans plus d’angoisse que les ténèbres d’où nous venons. Ainsi, la vie prend un vrai sens : un moment de lumière ». (Le mauvais temps)

Entrer dans la lumière, c’est avoir la possibilité de séparer, de diviser pour atteindre une meilleure faculté de discernement afin de distinguer les choses, les mots et les idées.

Le silence et la solitude constituent les deux conditions à l’approfondissement de sa vie intérieure, celle qui inaugure les retrouvailles avec soi-même. Faire silence en soi pour laisser affleurer les murmures de l’esprit, noyés d’habitude dans les remous et tumultes du quotidien. Prendre le temps de regarder sereinement la matière dont nous sommes faits, la trame de notre existence. Laisser affleurer les désirs, les espoirs et ne pas s’affliger du surgissement des colères, souffrances et chagrins qui nous constituent. Simplement regarder plus loin, plus profondément.

Faire silence en soi, c’est changer notre propre regard, multiplier les angles d’observation de l’humain que nous sommes. Spiritualité rime avec intériorité : l’homme spirituel a une vie intérieure qu’il alimente régulièrement par la méditation. Pour le franc-maçon, la construction de son temple intérieur est une des taches majeures. L’introspection, l’aptitude à identifier ses propres imperfections et à les reconnaître comme telles, ainsi que la volonté d’y remédier, sont les fondements mêmes de cette perpétuelle édification.

Et la tache est immense, d’autant plus méritante qu’il est bien souvent difficile à un homme de se surpasser, de lutter contre ses démons et imperfections.

VITRIOL, cet acronyme appelle à descendre dans les profondeurs de soi-même pour y trouver ce que nous ignorons. Les outils symboliques sont les outils de l’homme et du F M dans son œuvre de transformation de soi. Les symboles de la loge doivent nous aider dans notre réflexion et notre quête profonde.

Nous nous réclamons des opératifs et le maillet et le ciseau ont pour fonction de transformer la matière. Pour élever l’âme, la science des outils doit trouver son expression dans la conscience de leur maniement.

Cette vie intérieure, cette spiritualité, est la recherche de cette tension juste qui nous permet d’être au centre de nous-mêmes, entre la verticale et l’horizontale, entre l’équerre et le compas, en harmonie avec le monde, avec nous-mêmes.

Aller à la recherche de soi, c’est chercher à prendre conscience de sa personne. Et si « persona » désignait le masque que portaient les comédiens du théâtre antique ; force est de constater que nous ne sommes pas toujours ce que nous croyons être.

Après être allés à la rencontre de nous-mêmes, nous nous devons d’aller à la rencontre des autres, dans le prolongement de notre démarche introspective. Or, se poser la question du « dedans » et donc à ce qui est « intérieur à », nécessite de prendre en compte un être capable de retour sur lui-même, de s’interroger.

Il nous faut donc passer par la mort pour retrouver le sacré et faire surgir à nouveau la Lumière obscurcie par les Ténèbres. D’autres mythes font parcourir à leurs héros le même chemin : ainsi le retour, dans les Enfers, des guerriers morts, ainsi le passage du Christ trois jours dans le tombeau.

Nul ne peut monter dans la Lumière s’il n’est descendu dans les Ténèbres car seules celles-ci tiennent captive la Lumière. Mais il est vrai aussi de dire que nul ne peut descendre dans les Ténèbres s’il n’a auparavant vu la Lumière et reçu la force nécessaire à cette plongée dans les eaux de l’inaccompli…tel est le chemin initiatique, telle est la quête de Lumière.

Toutes ces questions que l’on se pose débouchent inévitablement sur la spiritualité. Leurs interrogations sont autres que celles auxquelles on aurait pu se poser avant d’intégrer la franc-maçonnerie.

Amener à s’interroger sur notre être, notre raison d’être. On ne bascule pas du jour au lendemain de préoccupations personnelles, matérielles, à une interrogation plus spirituelle. C’est la particularité de notre rite de nature spiritualiste qui va permettre à cette réalisation virtuelle de devenir effective par un travail graduel intérieur, par un travail en loge et d’en tirer un enseignement nécessaire à sa construction intérieure.

Apprendre à juger, à mesurer, à interpréter, voilà la voie de la Lumière, celle de la victoire promise par la couronne de laurier et d’olivier qui libère la M S lorsqu’il affronte vertueusement ses préjugés ; voiles altérant encore la vision de sa conscience.

Ainsi peut s’achever « le voyage au bout de la nuit ». L’éclat du jour a chassé les Ténèbres. Cette sagesse que nous recherchons dans les Ateliers de Perfection (ou plutôt de perfectionnement) n’est pas une autre vie mais, pour reprendre le mot d’A.Comte-Sponville, une vie autre.

J’ai gravé, T F P M

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