#401012

Se connaître est-il suffisant, en FM, pour se rendre supportable aux autres ?

Auteur:

G∴ H∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
NP



Avant de commencer cette planche, j’ai laissé mon esprit divaguer, aller au gré de mes sensations. J’ai réfléchi sur mon parcours Maçonnique, sur la progression de mon engagement, c’est-à-dire de la « reconnaissance à être unfranc-maçon » à la recherche de « la parole perdue ».



Après avoir passé de la nuit à la lumière, l’apprenti que je fus, compris que les épreuves qu’ilvenait de traverser au cours de l’initiation marquaient le début d’une nouvelle vie, une vie de travail pour s’améliorer, se surpasser sans cesse afin de tendre de plus en plus vers la perfection.



L’élévation au grade de compagnon est riche dans ses composantes symboliques :


Possession de nouveaux outils qui permettent de mieux servir,


Richesse infinie pour mon esprit, pour mon cœur et de nouveaux symboles à approfondir, entre autres : le labyrinthe…



L’élévation s’inscrit dans la continuité de l’initiation, le parcours n’est pas facile. La démarche continue d’être incertaine avec des doutes, des joies. Certes, de nouvelles clés m’ont permis d’avancer dans ma quête, de progresser, avec comme aboutissement, qu’elle profite également aux autres.



Au troisième stade de ma progression, c’est-à-dire : l’obtention du grade de M, j’ai compris que mon action devait s’établir dans le cadre du fonctionnement de laL et non pour le seul enrichissement personnel. D’ailleurs, j’ai eu la responsabilité, souvent décrite comme ingrate, de trésorier de l’atelier.



Contrairement à ce que beaucoup pensent, l’Initiation ne s’acquiert pas lors de cérémonies formelles et bien codifiées, mais au fil des années de présence assidue aux Tenues et du travail sur soi, jour après jour, année après année, grade après grade avec, en plus, des introspections permanentes, des échanges et des réflexions avec les autres FF en quête de la même Vérité.



Il faut se rendre à l’évidence, en général, l’homme se connaît peu et cette situation le rend vulnérable. Une bonne partie des événements négatifs que l’on vit sont dus à un manque de connaissance de soi.



Pascal en fait une priorité : « Il faut se connaître soi-même ; quand cela ne servirait pas à trouver le vrai, cela sert au moins à régler sa vie : il n’y a rien de plus juste. »



La connaissance de soi est un ordre particulier de connaissance dans la mesure où, à son foyer même, le sujet connaissant et l’objet à connaître sont confondus, il est « juge et partie ». Il est difficile d’être objectif. Cette difficulté centrale rend impérative une recherche exigeante d’objectivité, de lucidité si cette connaissance doit être de quelque conséquence.



La connaissance de soi est le savoir qu’une personne acquiert sur elle-même au cours de sa vie à l’occasion de ses expériences. Elle exige la rectitude de la pensée, l’esprit critique fort, une certaine considération pour le « regard » extérieur des autres.



L’on doit se connaître tel que l’on est et non tel que l’on désirerait être. Nous pouvons transformer ce qui est, tandis que pour ce que l’on désire être, ce n’est ni plus ni moins qu’un idéal, une utopie. Pour cette analyse, il ne faut pas s’attacher ni se fixer à un dogme ou une croyance.



« La connaissance de soi est une naissance à sa propre lumière. »





Qu’est-ce que la connaissance de soi ? :



– Ce qui est important pour nous, c’est la connaissance de sa personnalité, de ses capacités physiques, intellectuelles, morales (nos valeurs et nos croyances),


– C’est ce dont nous sommes capables (nos aptitudes, nos connaissances, nos attitudes, notre acquis, notre habileté),


– C’est ce que nous possédons (nos atouts extérieurs tels que nos relations, nos finances, nos biens matériels),


– C’est ce que nous aimons (nos centres d’intérêt),


– C’est ce qui nous a permis de réussir dans le passé (nos expériences, nos réalisations).


– C’est en partie notre « jardin secret »





Qu’entendons-nous par « soi » ? :



– Que suis-je en tant qu’humain?… dans quel espace ?


– Que suis-je en tant qu’être humain inscrit dans une histoire?… en tant qu’homme,… en tant que membre de telle culture à telle époque ?… – Qu’en est-il de mon caractère ?


– Qu’en est-il de ma personnalité ?


– Qu’en est-il de mon comportement ? Envers moi ? Envers mes proches ? Envers mes amis ?


– Que suis-je comme être singulier (quel est mon ipséité? – Ce qui fait qu’un être est lui-même et non un autre) ?


– Que suis-je de plus que la résultante de mes déterminations et de mes conditionnements ? Suis-je un être libre ? Suis-je conscient ou puis-je devenir conscient de tout ce qui me détermine ?





– Lorsqu’une personne intériorise un savoir en en prenant connaissance, elle transforme ce savoir en connaissance.


– A ce stade de ma réflexion, je m’interroge : se connaître, est-ce possible, voire souhaitable ?


– Est-ce qu’une réflexion, une introspection, une contemplation dans un miroir ou toute autre méthode permettent une connaissance de soi ?


– Faut-il tenter l’expérience et s’aventurer dans son labyrinthe intérieur ?


– Peut-on être accompagné dans l’étude de son Moi et est-ce souhaitable ?





Peut-on bien se connaître et comment ?



« La sagesse commence par la connaissance de soi. ». Pour cela, il va falloir quitter du regard le monde extérieur et, dans un entretien où nous serons seul avec nous-même, examiner la question de la connaissance de soi.



L’homme se doit à lui-même et aux autres, d’être sincère. Cela est plus difficile qu’il n’y paraît de prime abord. L’homme se plaît parfois à revêtir plusieurs personnalités. Nous pouvons le remarquer dans nos environnements respectifs. Les rôles qu’il peut tenir, ses attitudes, ses facettes peuvent être multiples et en fonction des personnes qu’il rencontre. L’homme qui crée cette vie irréelle, factice, trompeuse, quelles qu’en soient les raisons, s’éloigne de la sincérité et, tôt ou tard il en subit les conséquences.



Les médiums, les charlatans de tous poils qui pensent détenir la vérité en lisant dans des boules de cristal, le marc de café, les cartes, les viscères d’animaux ou autre n’ont qu’un seul but : vivre de la crédulité de clients en mal d’assurance. Il ne semble pas que ces méthodes permettent à l’individu de connaître le labyrinthe de sa conscience.



Une des meilleures sources d’informations sur la connaissance de soi est notre propre vécu. Mais cela n’est pas suffisant, il est nécessaire de réfléchir, d’avoir le goût de l’introspection, d’avoir une curiosité pour le mystère personnel, de s’observer. Au lieu d’aller à l’extérieur, il faut rentrer en soi-même, c’est au cœur de l’homme qu’habite la Vérité.



La réflexion est une invitation à la recherche de l’Ego profond, qui n’est autre que l’âme humaineelle-même, dans le silence de la méditation. La connaissance de soi dans le monde des initiés commence dans le cabinet de réflexion. Le paraître n’a pas sa place, l’impétrant doit faire ressortir le « vrai » de lui-même, car dès le moment où l’on voit clair en nous, nous avons déjà les moyens de nous transformer. Au cours de sa vie Maçonnique, le F, avec l’aide d’autres FF va tenter d’atténuer les aspérités dans la pierre, de les faire disparaître en la polissant à une condition, d’en avoir la volonté. La solitude, l’isolement « monacal » semble bien être propice à la réflexion sur soi.



Le miroir est un symbole lunaire : comme la lune, il renvoie une image inversée, indirecte, il est aussi un reflet de la vie intérieure. A moins d’être dupe de sa nature, l’observateur doit dépasser l’illusion, la facilité du rendu. L’image peut être considérée comme acceptable, le reflet, les apparences séduisantes peuvent être trompeuses, fausses, révélatrices des insuffisances, des progrès à accomplir, des vertus et défauts, de la vérité, l’image donnée n’est pas acceptable, regardable. « Les miroirs feraient bien de réfléchir un peu avant de renvoyer les images.  » a dit Jean COCTEAU



Par conséquent, l’image superficielle, insuffisante, parfois piètre, que rend un miroir à son observateur à celui qui l’a scruté pour la recherche de soi devrait l’interpeller. Pour ma part, je pense que c’est en tournant nos regards vers nos amis que nous pouvons nous découvrir, puisque nos amis sont « un autre nous-même ». La connaissance de soi peut et doit être partagée.



La connaissance de soi peut faire naître la peur, le doute et quelquefois la douleur. On peut s’interroger : Cette recherche est-elle vraiment nécessaire ? Y a-t-il parfois un danger ? Pour quel intérêt, quel profit ? La vie en société est exigeante, la place de l’individu dépend souvent de lui-même. La diversité de l’être qui est une richesse, une source de progrès, est telle qu’il doit s’adapter aux situations, sous peine d’exclusion. Il est évident que sa connaissance de lui-même est un atout et aussi un outil qui a un impact bénéfique et favorise le rapprochement « avec l’autre« .



Il y a peut-être aussi un danger dans la connaissance de soi : source de soucis, d’inquiétudes et de tourments. Dans ce cas faut-il se « fréquenter » le moins possible ? La découverte, la peur de la vérité peut amener son chercheur à renoncer à fouiller en lui-même.



L’homme ne se croit libre que parce qu’il ignore les raisons qui le font agir. Le plus souvent, les problèmes qu’il a avec les autres ne sont que le reflet de ceux qu’il a avec lui-même. Ce qu’il ne veut pas en savoir finit par lui arriver de l’extérieur comme une fatalité.



La connaissance de soi, même partielle est l’occasion de s’améliorer et de corriger ses défauts, ce qui est préférable,plutôt que ceux des autres. Cette emprise sur soi devient un atout qui peut avoir des effets positifs sur les autres, que ce soit dans le monde profane ou non. Le pire état de l’homme, c’est quand il perd la connaissance et le gouvernement de soi.





Une interrogation subsiste : malgré la ou les méthodes employées (la réflexion, le miroir,…) la connaissance de soi-même sera-t-elle suffisante pour être supportable aux autres et plus particulièrement en FM ?



Tout d’abord, qu’entend-on par « supportable » ?


Définition du dictionnaire : « Qu’on peut endurer, tolérer, excuser ».



En FM– comme ailleurs – il faut savoir par notre comportement, nos paroles, dans nos rapports avec les gens jusqu’où on peut aller pour qu’ils nous acceptent, nous « supportent ».


Là, interviennent la connaissance de soi, de ses défauts, de ses qualités qui nous font aimer, ou détester de ceux que nous côtoyons.



Il faut faire preuve de qualités de cœur, de tolérance, de courage pour trouver sa place dans la société. Ces vertus sont en nous, en plus ou moins grande quantité, la fraternité nous apprend à les faire ressortir, à les mettre en application. Mais pour cela, il faut le regard de « l’autre », de l’ami, du frère, avec lequel on tend vers le même but, la même perfection.




Conclusion :



L’élaboration de cette planche a fait naître en moi plus de questionsque de réponses. A l’évidence le travail individuel, par l’introspection, par le miroir, ou tout autre méthode farfelue ou non, me semblent insuffisantes. La connaissance de soi est et doit être un plaisir qui n’est pas possible sans la présence d’autrui.



Selon le guide d’instruction pour le troisième grade : «En réunion, le maçon ne peut pas travailler pour lui sans travailler pour les autres, ni travailler pour les autres sans travailler en même temps pour lui ; une association idéale de l’Esprit, où le bonheur d’un de ses membres est à la fois le bonheur pour les autres, et son malheur un malheur pour tous».



La connaissance de soi devient dans ce cas là une connaissance collective. Cette connaissance est de facto supportable par tous les FF.



Considérant que chaque être est perfectible, tout maçon ne peut pas se contenter de la connaissance de lui-même. Le travail commun pour les mêmes idées, dans un souci constant de fraternité, permet à tous de se supporter, se tolérer pour atteindre une certaine harmonie.

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