4° #401012 Vous déciderez par vous-même de vos opinions et de vos actions Auteur: E∴ N∴ Obédience:Non communiqué Loge: Non communiqué Le grade de maître secret est le symbole d’une ascèse intérieure devant provoquer une évolution spirituelle menant à la compréhension élargie de la notion de devoir, de la responsabilité. Il nous est souvent demandé de réfléchir sur nos préjugés présupposés donc de s’interroger de façon nouvelle sur les subjectivités et sur les discours de vérité, de raison qui se mettent en place, questionnement quant à la manière dont sa vérité est produite par des rituels de pouvoir. La raison est un travail sur soi de même.Ma position de maçon exige, de développer les hautes valeurs morales, d’effectuer un travail intérieur, sur mon œuvre et sur les autres.Ce travaille, somme de réflexions engendrée par mes pensées, laisse choir mes opinions à ma guise, et sous entend donc, une liberté de penser, et par la même, la liberté de mes opinions. Mais suis-je vraiment libre de mes opinions et de mes actions ? Puis-je vraiment développer une penser qui me soit propre ? Suis-je libre de ma pensée afin d’agir ?Le Premier voyage du maitre secret : Enseigne à rechercher la connaissance, du libre gouvernement sur soi-même, libérée des entraves et des illusions, résumé par : « Vous déciderez par vous-même de vos opinions et de vos actions vous n’accepterez aucune idée que vous ne compreniez et ne jugiez vraie », et a cet égard, quelques réflexions m’interpellent.Celle déjà d’avoir ma propre penser ?On retrouve ici le SAPER AUDE de Kant : « oser penser par soi-même ». Se servir de son propre entendement, assurer la prépondérance d’une autonomie intellectuelle face aux puissances obscures de l’autorité dogmatique et des passions irrationnelles. Avoir ma propre pensé, est-ce penser en dehors de toutes les influences extérieures ? Est-ce confronter mes idées à l’expérience de la vie pratique quotidienne ?Penser par soi-même est le propre d’une démarche initiatique, elle consiste à chercher ma vérité intime pour arriver à mieux me percevoir, à mieux connaitre les autres et agir en toute liberté, selon des principes applicables en toutes circonstances. Cela exige véritablement un effort de travail intérieur pour lutter contre tout instincts, de ne pas s’attacher aux pensées et ne pas subir les influences extérieures. Je peux raisonnablement dire que « Penser par soi-même » est d’abord un acte d’un individu responsable et autonome. Mais où se placer pour penser par soi-même ? Dans l’Être ou le paraître ?Penser par soi-même exige de se placer dans l’Être, le « je suis », et non dans le paraître, « j’existe ». Exister, c’est paraître socialement, commercialement ou culturellement. C’est se montrer en fonction de la mode, des codes et des pensées établies. Si je me place dans le « j’existe », je vais toujours dans l’action pour exister et paraître, mais pas pour Être, je montre ce qui est montrable, et cache mon Être derrière les apparences !Si je me place au niveau de l’être, au niveau de mon identité, celle qui est en rapport avec ma partie intime, j’atteins mon centre, seul lieu où je peux trouver la paix, où je peux rester objectif et neutre et faire de bon choix. Pour Être, il me faut me connaître, dominer mes instincts, mes mauvaises habitudes pour m’éloigner de toute forme de violence. Je suis ainsi au cœur de la fameuse maxime « connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux », inscrite sur le fronton du temple de Delphes. Le philosophe Descartes l’a très bien exprimé dans son « je pense, donc je suis », « Je suis l’Être ». Pour lui l’acte de penser nous fait Être. La pensée est associée dans sa partie noble à la conscience.Pour me connaître, en profondeur, il est indispensable de me libérer des influences extérieures et intérieures. Il est certain que ce cheminement m’est positif, et par bien des égards dans mon quotidien je commence à percevoir une certaine sagesse, en suivant inconsciemment l’enseignement de Socrate, sur la prudentia, appelée « la petite sagesse » car elle donne des conseils pratiques pour la vie de tous les jours, en permettant d’éviter d’agir de façon impulsive et précipitée. Aussi, ne jamais précipiter son jugement, c’est une méthode d’action. Les trois tamis de l’enseignement de Socrate, le met en évidence, cela permet d’avoir un contrôle de soi et une parfaite compréhension des situations. Mais pour bien discerner, il faut déjà accepter sa propre ignorance, accepté de remettre en cause ses idées, surtout celles qui n’ont pas été vérifiées par la pratique quotidienne.De l’opinion au jugementEn effet, la connaissance du monde vient de nos propres sens (nos sensations) et des images mentales que nous nous sommes créées à l’intérieur de nous et qui sont souvent plus fantaisistes que créatrices. Ce réseau de sensations et d’images se transforme en opinions (doxa en grec) qui n’ont de valeur que si elles ont été vérifiées à la lumière de l’expérimentation. Quand les opinions ont été vérifiées, elles deviennent alors des certitudes, des jugements, et à partir de là, on commence à discerner, à penser. Mais attention, car les certitudes ne sont jamais éternelles, et dans un souci de vérité, nous nous devons de vérifier si celles-ci sont toujours applicables à tous moments. Les vérités d’un moment peuvent ne plus être vraies à un autre, parce que les situations changent. Quand on applique des connaissances pratiques et utiles dans sa vie quotidienne, quand on accepte de ne pas agir de façon précipitée ou impulsive, on commence à penser par soi-même, on se transforme en Individu, en être responsable et autonome, en citoyen, comme dirait Platon. Pour penser par soi-même, il faut également accéder à la tranquillité de l’âme.Se mettre en relation avec le plus profond en soiPenser par moi-même permet d’orienter mon existence, de décider de mes choix, de mes actions et de mes engagements, en me mettant en relation avec ce qui est le plus profond en moi. Agir en mon âme et conscience, c’est-à-dire en profondeur, implique d’orienter mon existence, en fonction de mes choix. Cela suppose de pratiquer l’éthique, une vie morale intègre, respectueuse et responsable pour soi et les autres.Ainsi cette pensée intime, ce for intérieur, implique donc : agir et vivre en profondeur, aller à la cause des choses, contacter le monde intelligible, pour connaître les lois qui président à l’action de toute chose. Mener une vie spirituelle, c’est me libérer de l’influence du monde tout en restant dans le monde, me confronter aux autres, appliquer ce que Kant appelle la Raison pratique, celle qui me permet d’agir en profondeur, avec sens, cohérence et ordre. Cette démarche prend du temps.Agir en toute liberté Penser par soi-même implique nous l’avons vu, de sortir des dépendances mais également des libertés apparentes ou des fausses libertés. La liberté apparente consiste à être esclave sans le savoir. On peut être esclave de son travail, de ses sentiments, de ses besoins. On a l’impression d’être libre, mais on ne l’est pas en réalité. Citons comme exemple ceux qui font l’apologie de la solitude mais qui en réalité la confondent avec l’isolement et la séparativité, qui ne s’attachent à personne pour ne pas souffrir ou faire croître leurs sentiments, les méfiants qui doutent de tout parce qu’ils ne sont pas capables de se faire confiance, ni de faire confiance aux autres, enfin ceux qui ont toujours peur de perdre quelque chose par manque d’affirmation de soi. Il est clair qu’il est indispensable de se sentir libre extérieurement et intérieurement pour penser par soi-même, à condition toutefois de faire des choix, de s’engager et de les réaliser. La liberté est réelle quand on la pratique et pas seulement quand on la pense. Sans cette liberté intérieure, on ne peut pas penser par soi-même, sans cette liberté extérieure, on ne peut pas le mettre en action.Ainsi le penser par soi-même permet d’élever ma pensée et ma conscience au niveau supérieur, à la connaissance directe, que j’appel intuition, ou illumination. L’intuition permet de développer une grande créativité. Le but du REAA est d’épuiser les raisonnements du mental, de parvenir à une pensée la plus fine possible, pour se connecter avec le plus profond de l’être et le capter pour agir avec. Penser par soi-même, c’est pratiquer sans relâche la pensée maçonnique dans sa vie quotidienne, pour devenir des êtres libres, profonds et donner le meilleur de soi-même !De quelle qualité dois- je faire preuve en temps que M S dans ma démarcheComme il vient d’être dit, je ne devrais jamais aliéner ma liberté de jugement. Cette même liberté que devais conquérir lors de mon initiation au premier degré en mettant : « Un frein salutaire à nos passions, pour nous élever au-dessus des intérêts mesquins qui tourmentent les profanent ».Ainsi replacée dans son contexte la sentence m’indique, qu’il me faudra en tant que M S apprendre à écouter, comme il me fut demandé lors de mon initiation. Je me dois d’écouter toutes les opinions mais aussi les respecter car nul ne détient la vérité, mais chacun en porte un éclat, tout en sachant que : La vérité absolue est inaccessible à l’esprit humain qui s’en approche sans cesse mais ne l’atteint jamais. Je dois avoir conscience que « Non seulement ma vue est voilée mais aussi que je ne comprends pas bien ». Donc il me sera nécessaire de prendre du recul par rapport à ce que j’entends, et je devrais en quelque sorte pour une bonne compréhension garder mon esprit critique et ma liberté de pensée. Si en tant qu’apprenti je risquais d’être influencé par mes passions ou intérêts mesquins du monde profane, au quatrième degré je dois éviter de me forger des idoles, et d’agir sous leur impulsion, ni prendre les mots pour des idées, mais au contraire décider par moi-même de mes opinions et de mes actions Et puisque mon Devoir consiste à rechercher la Vérité et la Parole perdue, c’est en homme Libre, ou plutôt libéré de mes passions, des intérêts mesquins que je dois agir, en m’assumant et en décidant moi-même de mes opinions.Décider par soi-même…! Pour ce faire je devrais faire preuve de discernement et, ou de lucidité.Opportunément d’ailleurs, le T F P M me le rappelle : Comme le demanda à l’éternel le Roi Salomon :« Accorde à ton serviteur un cœur intelligent pour juger ton peuple, pour distinguer le Bien du Mal ».En ce qui me concerne,en tant que M S, avoir un cœur intelligent, c’est développer ses qualités d’humilité et de doute. Le doute, parce que ce dernier confère à l’esprit sa liberté et son initiative, or ce n’est et qu’en confrontant mes connaissances aux autres que je peux juger de leur valeur. C’est aussi le doute qui générera le devoir, puisque si je ne doute pas, que je me confine dans de fausses certitudes, je vide le devoir de sa substance, il n’y a plus de parole perdu à retrouver, plus de questionnement… ! Enfin l’humilité, dans le sens où cette dernière doit servir à maîtriser mon égo, évitant ainsi de m’enfermer dans mes propres certitudes.En conclusion la lecture du rituel au travers de ces sentences, me fait toucher du doigt deux objectifs, apparemment opposés, qui me sont assignés, à savoir :Me comporter en Homme Libre, capable de m’affranchir des préjugés vulgaires, mais aussi maître de mes opinions après les avoir confronté à celles des autres et passé au crible de ma lucidité. L’imperative nécessité de me conformer en tout temps au devoir qui est le mien.Cette opposition n’est qu’illusoire, car en fait au 4ème degré, ce sont véritablement les moyens de notre Liberté qui nous sont donnés. Or au 4ème degré ce à quoi je m’engage librement, c’est à faire mon devoir, soumis à « La grande loi universelle du Grand Architecte ».J’ai dit T F P MM S Navigation des articles Planche Précédente "Trois fois vingt-sept ans accomplis" Planche Suivante "La Vérité et la Parole perdue"