#405012

Fidélité et obéissance en tant que Maçon libre

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Les mots « fidélité » et « obéissance » qui jalonnent, en filigrane ou texto, les rituels du IVe au VIIIe degré ont touché ma sensibilité de maçon. Certes, déjà présents, de façon explicites ou implicites dans les rituels des trois premiers degrés, ces deux vocables, parce qu’ils me semblent être un fil conducteur de ces rituels en loge de perfectionnementm’ont incité au présent travail.

Même si la nature sémantique de ces deux mots ne fait aucun doute,je me permettrai, afin surtout d’éclaircir ma pensée et, peut-être, la compréhension de mes deux lectrices, de restreindre ces mots aux acceptions qui m’intéressent. En effet, l’exhaustivité, dans le cadre de ce travail, serait de nature à embrouiller les pistes de réflexion.

Ainsi, pour la « fidélité », je ne conserverai que les sens suivants : qualité de quelqu’un qui est dévoué, attaché à quelque chose, à quelqu’un ;qualité de quelqu’un qui ne manque pas à une promesse, qui ne trahit pas un serment ou son attachement à ses devoirs.

Pour ce qui concerne l’ «obéissance », je retiendrai : action de se soumettre à la volonté, aux ordres de quelqu’un et les exécuter.

La fidélité n’est-elle pas exigée tout au long de notre démarche maçonnique ? Déjà, juste avant l’initiation, n’ai-je pas dû me questionner sur la fidélité et les devoirs dont j’étais redevable vis-à-vis de l’Humanité en général et de l’Homme en particulier ? Au premier degré, ne dois-je pas comprendre que, quel que soit le grade obtenu par la suite, je dois commencer par descendre en moi, si je veux espérer m’élever ?

Au troisième degré, Hiram n’est-il pas demeuré fidèle à ses convictions, et ce jusqu’à la mort ?

Ne demande-t-on pas au Maître Secret de rester fidèle à ses engagements de travail sur lui-même, de recherche de la parole perdue, d’être fidèle jusqu’à la mort à ses obligations et ses idéaux ?

Au Maître Parfait de réitérer son engagement et sa fidélité vis-à-vis de la Maçonnerie et de l’Humanité ?

Au Prévôt et au Juge de prêter à nouveau serment de fidélité à Hiram ?

A l’Intendant des Bâtiments, Maître en Israël d’être fidèle à son enseignement et à ses qualités ?

Derrière tous ces serments de fidélité, je perçois avant l’obéissance une exigence de fidélité à soi-même.Cette fidélité à soi n’implique évidemment pas une rigidité : il faut savoir épouser ses propres changements, déposer les valises du passé pour repartir plus libre et s’autoriser le droit d’être différent de ce que l’on a été.

Ce n’est pas là une traîtrise. C’est revendiquer une fidélité peut-être plus profonde, celled’un changement qui transforme, d’une évolution interne qui mûrit.

Pour être enfin moi-même, j’ai besoin de me défaire de ce que je suis peu à peu devenu, besoin de ce qui n’est plus qu’une vieille peau, comme une mue qu’il faut savoir laisser tomber, qu’il faut savoir lâcher pour ne pas empailler le cadavre d’un passé, quand il nous a bel et bien quitté. N’est-il pas aussi créatif de déconstruire que de construire quand la vie s’affirme en nous dans un renouveau qui implique la rupture ?

La vraie fidélité n’est-elle pas à l’esprit, à la vérité et non à la lettre ou au credo ?

Si les différents grades obtenus au cours de cette année m’ont tous apporté des pierres (en quantités variables) sur mon chemin, le VIe degré – un rien plus que le IVe, mais ce serait l’objet d’un autre travail –m’a profondément bousculé. En effet, le rituel vécu m’a troublé au plus profond de moi-même et m’a évidemment fait réfléchir sur le quatuor : liberté/engagement/obéissance/ transgression.

Diverses questions se sont présentées à moi dont celle-ci : mon engagement – il en découle une forme d’obéissance –est-il une forme de renoncement à ma liberté ?

L’engagement est une sorte de promesse, une convention que l’on contracte. Par lui, on est lié par une sorte de lien moral. Or, la liberté ne peut-elle pas se définir comme l’absence de lien, de contrainte ? Par suite, mon engagement est-ilun renoncement à ma liberté ?

Cependant, l’engagement découle d’un choix, d’une volonté et dans ce sens, il affirme au contraire la liberté puisque cette dernière réside également dans la capacité de choisir.

J’ai donc été amené à me demander ce qu’est réellement l’engagementet à quelle définition de la liberté je renoncelorsque je m’engage.

L’engagement ne conduit-il pas au contraire à l’affirmation d’une autre liberté plus grande encore ? Mais sur quoi doit alors reposer l’engagement pour être une affirmation et non un renoncement ?

On considère souvent que s’engager, c’est se lier par une promesse.

C’est également adhérer à une cause, s’y attacher et la servir.

L’engagement est donc un acte volontaire de quelqu’un qui abandonne sa position de simple spectateur et qui met sa personne, sa pensée, son art au service d’une cause. La personne engagée se crée ainsi une obligation morale. L’engagement est donc un lien moral.

Or la liberté peut se caractériser par une absence de lien d’ordre moral.

Cet engagement constitue donc une entrave à celle-ci. De plus, l’engagement suppose également qu’on ne changera pas d’avis dans un futur plus ou moins proche.

En effet, que vaudrait un engagement si on changeait sans arrêt d’avis ou s’il était admis qu’on ne le respecte pas ?

De même, l’engagement réduit aussi le champ des possibles. En choisissant une voie, on s’en interdit d’autres et cela semble contraire à l’idée que l’on se fait bien souvent de la liberté puisqu’on peut la résumer à la possibilité de faire ce que l’on veut, sans être contraint par quoi que ce soit.

Le renoncement conséquent à l’engagement semble donc porter sur la liberté. Mais si celui-ci est un lien moral qui détermine le futur et limite les possibles, il est aussi une action déterminée par la volonté réfléchie. Or la liberté se définit aussi par le pouvoir de déterminer ses actions par sa seule volonté.

On voit donc que l’engagement ne conduit pas forcément à un renoncement de celle-ci et peut être au contraire une affirmation de la liberté.

De plus, la liberté réside dans la capacité de déterminer ce qui est bien ou mal, non pas au regard des seuls intérêts de l’Homme mais au regard de l’humanité entière.

La liberté consiste en la connaissance de ce qui est mal ou bien au point de s’opposer aux lois quand elles sont au service d’une idéologie dangereuse.

L’homme qui pendant la seconde guerre mondiale s’est opposé au régime nazi, a montré sa capacité de ne pas participer à un emportement collectif parce qu’il jugeait que c’était mal. Son engagement est une affirmation de cette liberté.

L’engagement peut donc parfois être pris pour un renoncement à sa liberté, mais il est en réalité l’affirmation d’une vraie liberté : celle qui repose sur la capacité de choisir ses actes selon sa propre volonté et ses propres opinions.

Mais pour qu’il en soit ainsi, il faut que l’engagement soit le fruit d’une réflexion poussée et critique, qu’il soit réalisable et, le cas échéant, résiliable.

Vu de l’extérieur, ou non intériorisés, les rituels vécus (du IVe au VIIIe degré) peuvent apparaître comme extrêmement moralisateurs ; ce qu’ils sont si l’on ne s’attache qu’à leur interprétation littérale. Il m’est même arrivé de sourire en écho à l’une ou l’autre de mes complices de promotion à l’écoute de l’une ou l’autre envolée lyrique sur certaines vertus à entretenir.

J’ai bien conscience toutefois qu’il ne faut pas s’arrêter au sens premier, mais bien chercher l’idée derrière le symbole.

J’en retiendrai aussi que le franc-maçon que je suis doit être et rester un vigilant « transgresseur » si je puis me permettre ce néologisme. Mais braver l’interdit ne signifie pas pour autant que je dois vivre sans loi, comme celles rappelées au IVe degré, par exemple.

Cependant, à force de lectures des rituels, d’échanges avec mes Sœurs et mes Frères ou l’imprégnation aidant,j’ai perçu d’autres choses, plus subtiles et que je n’aurais, moi, (je pense) jamais ressenties et écrites si je n’avais pas entamé une démarche vers les grades de perfectionnement.

Peut-être suis-je lent ou ai-je un (ou plusieurs) temps de retard sur la maturation des grades reçus ?

Moi le laïque convaincu, pour ne pas dire l’indécrottable athée, je comprends et ressens pleinement aujourd’hui ce que j’entendais dire par certain(e)s et qui me laissait perplexe il y a peu, à savoir (et en d’autres mots) le fait d’être ternaire c’est-à-dire composé à la fois fait de chair (quand elle ne quitte pas les os…), d’une âme comprenant mes sentiments mais aussi mon « mental », et enfin également d’un esprit (avec une minuscule) qui me relie au microcosme et au macrocosme,à l’univers tout entier et qui m’invite à m’ élever vers une autre réalité sensible.

J’ai ainsi le sentiment d’un absolu illimité, qui me dépasse et dont je veux me rapprocher.

Peut-être est-ce cela que d’aucuns appellent la spiritualité laïque que je ressens et vis ?

A L

Ecrit le 13 juillet 2010, avec toute la conscience du caractère précaire de mes découvertes et ressentis.

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