#406012

Maintenant et à l’heure de notre mort

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Nous sommes maintenant et en notre Orient à quelques heures de la Toussaint. Fête judéo-chrétienne par excellence qui célèbre la litanie des        saints ; comme ne l’indique pas la mystique créole qui en a fait la fête des défunts, précédant en cela le 1er novembre qui est justement la fête des défunts.

La Franc-maçonnerie française célèbre elle aussi durant cette période le souvenir de nos sœurs et de nos frères qui ont franchi la porte d’ivoire et d’or et déchiré le voile d’Osiris ; et qui glorifiés ils se réjouissent au champ des roseaux.

Par cette cérémonie initiatique la mort et la renaissance constituent le thème central, le point focal autour duquel tout s’organise. « Il faut mourir pour renaître », nous dit-on et nous répète-t-on avec des paroles mais aussi par des actes symboliques chargés de faire parvenir le message jusqu’au fond de notre subconscient ; depuis le jour où pour la première fois nous avons franchi la porte étroite et basse. Et si nous y avons été sensibles, si nous avons été de bons élèves, nous avons bien sûr compris et peut-être commencé à traduire dans notre comportement qu’il fallait que nous sachions nous remettre en question, nous détruire pour mieux nous reconstruire, à l’image de ces temples égyptiens maintes fois refaits avec les mêmes pierres…

Mais avons-nous envisagé qu’il pouvait aussi s’agir de mourir physiquement, de véritablement passer, selon notre terminologie maçonnique, « à l’Orient Eternel » ? Très probablement pas.

Réfléchissons bien, mes sœurs et mes frères, posons-nous la question en toute lucidité nous sommes-nous projetés, ne serait-ce qu’une fois, dans la situation qui sera la nôtre au moment de perdre cette vie qui nous anime aujourd’hui ?

Vous pensez sans doute qu’il existe un au-delà, un quelque chose où vous vous survivrez, mais cette idée est-elle autre chose que théorique ? N’est-elle pas un moyen facile d’éliminer le problème, de refuser de se mettre en face de son inéluctable présence, de se dire, après tout, qu’il suffira bien de se préoccuper de la chose le moment venu ?

La mort n’est pas pour la majorité d’entre nous qu’une abstraction, au mieux un grand point d’interrogation que les quelques contacts que nous avons pu avoir avec elle n’ont fait que renforcer, mais en face de laquelle nous n’avons vraisemblablement pas envie de nous mettre vraiment.

Pourquoi ? Probablement parce que dans notre inconscient collectif occidental, elle constitue au tréfonds de nous-mêmes une sorte de point final, un échec scandaleux auquel il faut à tout prix et le plus longtemps possible échapper. Mourir, dans le fond de nos consciences, c’est tout perdre, c’est devoir renoncer à tout ce à quoi la vie nous a fait progressivement nous attacher, êtres ou choses qui forment notre univers personnel. C’est aussi voir disparaître dans le fond d’un trou noir ce sentiment complexe et indéfinissable que nous avons de notre individualité.

Pour tente de sonder l’insondable, j’ai voulu me rapprocher de certaines philosophies orientales qui tentent de donner du sens à notre existence. LE BARDO THODOL ou livre des morts tibétain m’a apporté quelques réponses.

Le Grand psychanalyste Carl Jung, a écrit un court commentaire du Bardo Thôdol, auquel il reconnaît devoir – non seulement de nombreuses suggestions et découvertes, mais encore des idées tout à fait essentielles ; il en dit ceci : « A la différence du Livre des Morts égyptien, dont on ne peut dire que trop peu ou alors trop de choses, le Bardo Thtôdol contient une philosophie humainement compréhensible et parle à l’homme, non à des dieux ou à des primitifs ».

Le Bardo Thôdol est l’un des livres sacrés du bouddhisme tantrique propre au Tibet. Que dit, en essence, le Bardo Thôdol ?

1- Que nous sommes des esprits (appelez-le comme vous voudrez en fonction de votre folklore personnel âme, entité, être spirituel, dieu, ange, etc.) ayant une existence non matérielle. Le Bardo Thôdol dit une existence de lumière.

2- Que la loi universelle du « Karma » nous pousse à nous incarner, c’est-à-dire à entrer dans le monde de la matière par l’intermédiaire de l’attachement de notre esprit à un corps physique.

3- Que ce monde matériel dans lequel nous avons plongé est en fait une illusion, et que tout notre problème, en tant qu’esprit, est de prendre conscience de cette illusion, pour nous en détacher, pour la dépasser, pour en diminuer la fascination et accepter de vivre dans la lumière, c’est-à-dire en tant que pur esprit, de devenir donc un illuminé.

4- Que l’attraction qui nous pousse vers la lumière n’est qu’une traduction de notre manque d’élévation spirituelle et donc une conséquence directe de notre évolution personnelle, résultante de nos actes – je dirais plutôt notre comportement -passés. La roue du « karma », ou sous une forme plus directe, le « cycle des réincarnations » ce n’est pas autre chose que cela.
Ce n’est pas une punition, ce n’est pas l’acte justicier d’un dieu vengeur ou mécontent, car c’est nous-mêmes qui effectuons la propre pesée de notre âme au moment du « passage – que le Bardo Thôdol appelle l’état intermédiaire ».

5- Qu’il nous est malgré tout possible, au moment de la mort, de rompre le cycle, d’échapper à l’attraction du karma qui va nous pousser vers une nouvelle incarnation, donc vers de nouvelles épreuves, de nouveaux pièges et de nouvelles souffrances, car nous allons à cet instant précis avoir la chance de nous trouver face à la lumière, et qu’il nous suffit alors d’ accepter de nous fondre en elle.

6- Mais que le choc du passage à « 1’état intermédiaire » ainsi que notre impréparation à le vivre (si je puis dire), est d’autant plus grande que nous nous sommes plus enfoncés dans la matérialité au cours de notre existence terrestre, nous mettant dans l’incapacité d’accepter cette chance de reconnaître la lumière comme notre état véritable et de nous laisser aller à nous fusionner en elle.

7- Qu’il est donc nécessaire de préparer le mourant, puis de l’encourager dans les quelques jours qui suivent son trépas, en décryptant en quelque sorte pour lui ce qu’il perçoit et en lui rappelant inlassablement ce qu’il doit faire ; naturellement, le message passera d’autant mieux que le mourant ou le mort s’y sera plus préparé au cours de sa vie.

Ce court résumé est naturellement extrêmement schématique, mais il donne, je crois, l’essentiel de la philosophie et de la mystique du Bardo Thôdol. Cette approche de la mort est connue et véhiculée depuis des lustres dans la pensée orientale et se manifeste dans tous les actes de la vie comme les deux faces d’un même tout que l’on nomme également le Ying et le Yang. Pourtant d’aucuns pourraient penser qu’il s’agit là d’un folklore orientaliste désuet. Alors nous sommes allés en quête de faits plus tangibles, plus proches de notre pensée occidentalisée.

Aux USA depuis 1960, plusieurs scientifiques, psychiatres, cardiologues et médecins, plus audacieux que les autres, ont découvert et commencé à explorer, ce que l’un d’eux a appelé les NDE (Near Death Experiences).

Comment peut-on explorer la mort ? C’est simple : en écoutant ce que racontent ceux qui l’ont vécue (si je puis dire…), les « expériencers ». Avec le sens de l’organisation qui les caractérise, les américains ont aussitôt mis en place tout un réseau d’exploration systématique, et ce sont des millions de cas qui se sont accumulés dans les dossiers. Les extrapolations statistiques indiquent qu’il devrait y avoir aux USA 2 ou 3 millions « d’experiencers ». Mais dans ce cas, vous demandez-vous certainement ; comment se fait-il qu’on ne s’en soit pas aperçu plus tôt et surtout que l’on en parle pas ? C’est simple. D’une part, la mort est pour nous un sujet absolument tabou, une expérience ultime et dramatique, qui ne peut être vécue que dans un état de souffrance psychique extrême. Pas question donc de parler avec les mourants de leur mort prochaine, ce serait du sadisme. Pas question non plus de croire celui qui vient d’échapper à la mort de justesse quand il se réveille en hurlant contre ceux qui viennent de l’arracher à l’extase où il s’est trouvé plongé au moment de sa mort clinique mais provisoire. On lui propose aussitôt calmants et petite cure de psychologie thérapeutique. Donc, personne ne parle, et les experiencers encore moins que les autres, de peur de passer pour fous.

Qu’en ressort-il ? De la diversité émerge un schéma bien précis et constant, en cinq stades :

– d’abord, l’experiencer se sent sortir de son corps, flotter librement alors qu’un grand calme l’envahit et qu’il prend conscience d’être mort,

– ensuite, il voit son corps de l’extérieur, généralement de deux à trois mètres de haut, ainsi que ce qui l’entoure. Il entend ce qui se dit, et même parfois, entend ce qui se passe,

– puis il est aspiré par une profonde obscurité, une sorte de tunnel dans lequel il s’enfonce à une grande vitesse,

– alors, quatrième stade, il se trouve en face d’une lumière aveuglante, mais non blessante, et qu’il reçoit comme pleine d’un amour intense,

– enfin, cinquième et dernier stade, il pénètre dans cette lumière, expérience ineffable et inracontable avec des mots l’extase pure et l’amour total.

Au passage, certains rencontrent sans les voir, mais en les reconnaissant, des parents ou des amis décédés. D’autres revivent en quelques instants et presque globalement, mais avec une netteté incroyable, tous les épisodes de leur vie et ils en dressent en quelque sorte un bilan lucide mais sans passion. Et beaucoup ont l’impression de se retrouver dans un état familier, avec un sentiment curieux de « déjà vécu ».

Naturellement, tous les experiencers ne vont pas jusqu’au cinquième stade. Beaucoup s’arrêtent au deuxième, voire au premier. Mais tous ont perdu la peur de la mort, bien qu’y pensant sans arrêt ils ont compris comment « s’abandonner à la mort ». Bien plus, ils y puisent une joie de vivre intense. Et ceux qui sont allés jusqu’au cinquième stade en reviennent avec un comportement fondamentalement modifié, leurs « valeursne sont plus les mêmes ». Beaucoup des choses auxquelles nous attachons du prix, l’argent, la possession, le pouvoir, la violence, leur paraissent futiles ou profondément négatives. Ils ont été pénétrés par l’amour absolu, transcendant, et ils en reviennent illuminés de l’intérieur.

J’ai dit que tous les experiencers vivent la chose de façon positive. En fait, c’est faux. Pour quelques uns cela a été un cauchemar, qui leur a laissé un souvenir horrible. Pourquoi ? Parce que ceux-là ont refusé de se laisser aller. Ils ont refusé de mourir, ils ont voulu contrôler leur destin jusqu’au bout. Il y a aussi ceux qui ont eu peur, et qui se sont crispés dans cette peur, suscitant par là-même des visions effrayantes. Et justement, à l’inverse, les experiencers ne sont pas seuls à avoir vécu le « passage » il y a aussi tous ceux qui, simplement, ont cru mourir. Comme les agonisants, ils ont lâché prise « ils se sont abandonnés », et ils sont passés de l’autre côté du miroir. Et il y a enfin, mais bien plus rares, ceux qui ont fait l’expérience comme ça, spontanément et parfois de façon inattendue.

Parmi ces derniers, figure Elisabeth KUBLERROSS, affectueusement appelée EKR par ceux qui la connaissent. Celle par qui tout a commencé, en fait. Celle qui a consacré sa vie aux mourants, et qui a réussi à briser une jeunesse mouvementée dans l’Europe dévastée et sanglante de la guerre et de l’après guerre, EKR s’est retrouvée médecin psychiatre en milieu hospitalier aux Etats-Unis. Mais un médecin peu ordinaire, faisant plus appel à son cour
et ses intuitions qu’aux dogmes et méthodes orthodoxes de la Faculté, obtenant des résultats extraordinaires et donc suspects aux yeux de ses collègues. C’est alors qu’elle se retrouve confrontée, à l’occasion d’un cours à des étudiants, au problème de la mort, et qu’elle découvre avec stupéfaction que la médecine ne connaît rien de la mort ni sur le plan physique ni sur le plan psychique, et n’a pas même une définition précise de la mort clinique !

Elle a alors une idée géniale : faire son cours en interviewant devant les étudiants une jeune fille condamnée par la maladie, et qui le sait – première expérience qui deviendra un véritable séminaire pour les étudiants en médecine, mais aussi des infirmières, de futurs prêtres, des psychiatres, et finalement, après son rejet de l’université que ses méthodes scandalisent, pour tous ceux que le problème de la mort travaille pour une raison ou une autre.

Mais ce qui intéresse véritablement EKIR, ce n’est pas le problème de la mort, c’est celui des mourants, et de ceux qui, pas encore agonisants, savent qu’ils vont mourir. Et elle constate que devant l’inéluctable échéance qui leur est annoncée, tous passent par 5 phases : d’abord, le refus, la négation, le mensonge à soi-même (« ce n’est pas vrai, on me raconte des histoires ») ;  puis la colère, l’indignation (« pourquoi moi ? Qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu T ») ; ensuite le marchandage, la négociation avec celui qui émet le verdict (« on peut peut-être quand même faire quelque chose ») ; alors surviennent l’abattement, le désespoir, la dépression ; et puis soudain, incroyablement, le calme, la sérénité née de l’acceptation.

Mais tous n’atteignent pas cette dernière phase, certains restent bloqués à la troisième, ou à la quatrième, et EKR découvre que ceux-là ont un problème à régler, un « unachieved business » qui les empêche d’accepter l’échéance, qui parfois leur permet de survivre bien au-delà de ce que leur état leur permettrait physiologiquement parlant. On retrouve ainsi en quelque sorte « ante mortem » le même phénomène « post mortem », et l’un n’est certainement pas sans relation avec l’autre. C’est, à nouveau, la nécessité de ce que les bouddhistes appellent le lâcher-prise. Ce lâcher-prise, EKR l’a rencontré, au cours de ses pérégrinations de jeunesse, chez trois femmes confrontées à la mort. A travers elles, elle a découvert : la Joie, l’Espoir, et la Compassion.

Joie, Espoir, Compassion : cela ne vous rappelle-t-il rien ? Est-ce que ces trois mots ne sont pas les mêmes que trois autres si abstraits que nous n’y avons vu que des vertus idéales et inaccessibles, mais tellement plus humains, tellement plus proches de nous, tellement plus beaux ? – je veux parler de la Foi, de la Charité et de l’Espérance. A l’issue de cette longue présentation que je livre à votre réflexion je puis toutefois vous dire les convictions auxquelles ces lectures m’ont amené.

Certes, la réincarnation reste une hypothèse non démontrée, mais le sentiment décrit par certains experiencers d’avoir retrouvé durant leur expérience un état étrangement familier donne une forte présomption qu’il existe non seulement une vie après la mort, mais aussi une vie avant la naissance. Et de ce point de vue, je pense que nous devrions nous habituer à penser la naissance et la mort non comme un début et comme une fin, mais comme des « passages » d’un état à un autre. Ensuite, nous n’avons pas encore ancré au plus profond de nous-mêmes le sentiment du transcendant, la conviction intime de la réalité d’autres plans d’existence que celui de la matière.

Peu à peu, les anciens « secrets » initiatiques se dévoilent, le « profane » peut accéder, pour peu qu’il fréquente les bibliothèque, les librairies, ou tous les moyens multimédias à des masses de connaissances qu’il y a encore peu il n’aurait pu obtenir qu’en entrant dans des cercles étroitement fermés et en y gravissant lentement les degrés successifs de la pyramide. Or cette désoccultation, elle est aussi et surtout désormais la conséquence de l’évolution de la connaissance scientifique, qui nous met en contact, de toutes parts, avec quelque chose qui la dépasse de très loin, et qui ressemble fort à la Science de nos lointains prédécesseurs, que nous appelons- la Tradition -N’est-ce pas précisément ce qui nous était prédit pour l’avènement de l’ère du Verseau ?

J’ai dit

H J

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