#406012

Quand enfin, l’homme abandonnera-t-il cette habitude de tout régler par le sang ? Ce chemin peut-il nous libérer ?

Auteur:

J∴ D∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Orient de Montpellier

A L G D G A D L’U
Au Nom et sous la Juridiction du Suprême Conseil
de Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33ème et dernier degré
du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France
Ordo ab chao
Deus meumque jus

Cette phrase extraite du rituel du 9ème degré est prononcée par Salomon à l’encontre de Stolkin qui s’apprêtait à tuer Yahoben sur ses ordres. En effet ce dernier à ramené la tête du meurtrier d’Hiram alors que les ordres de Salomon étaient de le capturer vivant afin de le juger. Le Roi après s’être emporté se ravise après que les M E aient demandé grâce pour leur F Jahoben.

Ce revirement heureux de situation nous permet de voir l’un des aspects du caractère de Salomon. En effet, d’abord emporté par la désobéissance de son secrétaire, il laisse libre cours à sa colère et demande la mise à mort de Jahoben. Puis sur l’intervention des M E qui demandent grâce pour leur F il temporise, prend du recul et arrête la main de Stolkin, prêt à exécuter son ordre.

Deux points sont à retenir de cette histoire.

Premièrement, l’excès de zèle n’est pas bon. En croyant trop bien faire on peut aller à l’inverse des objectifs. En effet, Yahoben a outrepassé les ordres de Salomon en faisant justice lui-même. Il est devenu juge et bourreau, ce que lui reproche Salomon en lui demandant : « Qui t’a donné le droit de juger et de châtier ? » On peut expliquer cela par le fait que Yahoben était sous le coup de l’émotion quand il a retrouvé le meurtrier d’Hiram, il n’a pu contenir sa colère et l’a frappé mortellement afin de venger son maître. C’est un peu la loi du talion « œil pour œil, dent pour dent ». Cette loi, pourtant, a été faite afin que la vengeance ne soit pas disproportionnée par rapport à l’acte incriminé. Mais malheureusement, cela peut aboutir à la succession d’actes de plus en plus barbares ou cruels afin que le prédécesseur soit vengé. On en arrive ainsi à une spirale de violence par le maintien de la mémoire collective et on entretien la haine de génération en génération. Cela peut marquer une famille comme un peuple en son entier qui pourraient y puiser jusqu’à une identité collective. Il faut renoncer à la vengeance personnelle pour s’en remettre à la justice collective, c’est en cela que se trouve la véritable maîtrise qui transforme l’ombre en lumière et permet de contribuer à l’extension de l’équité au plan social.

Toujours dans cette optique, une prise de décision trop rapide – sur une émotion notamment – peut ne pas faire considérer les choses à leur juste valeur et engendrer une erreur de jugement. C’est ce qui arrive à Salomon qui, sous le coup de la colère, condamne à mort son serviteur. Il devient lui-même un meurtrier en puissance sur une décision trop hâtive, passionnelle, sauf qu’il ne passe pas à l’acte. Il est retenu par la demande en grâce des autres FF qui lui permettent de réaliser la portée de son jugement et l’acte qu’il s’apprêtait à faire commettre à son exécuteur Stolkin. Stolkin joue le rôle de fusible. Salomon prend une décision et Stolkin l’exécute. C’est peut-être aussi grâce à cela que Salomon s’aperçoit du geste qu’il avait ordonné. Cela lui a permis de prendre du recul par rapport à son ordre, de réfléchir non plus « à chaud » même si ce n’est pas très longtemps après, mais plus sereinement et moins sous le coup de l’émotion (cf p30 du rituel du 9ème degré « Mais – Salomon – ayant de son regard sage, pénétré l’âme de Yahoben, généreusement il lui pardonna ». En cela, il incarne bien la qualité que Dieu lui avait donné : la sagesse.

Il relativise l’acte qu’a commis Yahoben et pardonne son excès de zèle. Il devient le bon exemple à suivre pour tout M qui doit faire face à une décision. Ne pas décider sur un coup de tête – sujet à mauvaise interprétation – mais essayer de prendre du recul afin de juger en son âme et conscience le plus sereinement possible.

Cela nous amène au deuxième point abordé : le pardon.

Salomon dit : « M E des N, j’accède à vos prières et accorde mon pardon à Yahoben ». Nous avons là un acte à l’opposé du premier. Après le jugement de châtier, le pardon. Par définition le par-don veut dire « donner en son entier, complètement » et surtout librement. C’est un acte d’amour que l’on ne peut imposer. On peut demander pardon, mais pas l’exiger. En pardonnant Salomon fait non seulement preuve de clémence, mais aussi de justice car, l’acte de Yahoben bien que répréhensible, puisqu’il a désobéi aux ordres, n’était que l’aboutissement de la justice finale de Salomon, qui de toutes façons, aurait tué Aviram comme il a fait exécuter les deux autres complices. Se pose alors le problème suivant : Aurait- on pu pardonner aux meurtriers d’Hiram et ne pas les condamner comme Salomon a pardonné Yahoben ?

Certes les deux actes ne sont pas du tout semblables. Dans un cas, on a un acte prémédité (voir rituel du 3ème degré) élaboré jusqu’à la fin et de l’autre, un acte « sur le vif ». Les deux conduisant à la mort des victimes. Sont-ce des actes de portée égale ? Dans le premier cas, on tue un innocent, et dans le second, on tue un criminel par vengeance et non par justice collective. N’est-ce pas le début de la spirale de la violence ? Peut-on tout pardonner ? Le passage de la loi du talion au pardon n’est-il pas quelque part le passage de la loi de tradition judaïque à celle de tradition chrétienne ? Le pardon est-il le chemin qui peut nous libérer ?

Si l’on considère le pardon comme une spirale vertueuse, alors oui. Car punir les gens ne les guérit pas. Ils en sortent souvent plus mauvais qu’avant, prêt à recommencer. Pardonner peut, dans le meilleur des cas, leur faire comprendre la gravité de leur geste et les faire revenir dans le droit chemin. De plus, pardonner libère aussi la personne qui donne son pardon, car elle se libère de toute sa rancœur, amertume et ressentiments à l’égard de l’autre. Cela va lui permettre de vivre à nouveau dans le présent et de pouvoir construire son avenir. Le pardon n’est pas seulement un acte de la volonté, il engage tout notre être profondément. En effet, on ne peut pas pardonner à moitié sinon c’est comme une plaie mal soignée qui s’infecte et peut devenir pire qu’au départ. Pardonner n’est pas non plus oublier, mais permet à notre mémoire de cicatriser et donc de ne plus souffrir donc de se libérer. Cette notion de pardon est présente dés le premier degré. On la trouve mise en exergue dés la cérémonie d’initiation lorsque le candidat va entrer dans la chaîne d’union pour la première fois. Il lui est demandé : « Si vous en rencontriez – des ennemis – dans cette assemblée ou parmi les Francs – Maçons, seriez-vous disposé à leur tendre la main et à oublier le passé ? » Puis plus tard après que le bandeau lui ait été retiré le VM lui demande d’exécuter sa promesse. Dans le cas présent, ce pardon se ferait à brule pourpoint et brutalement et ne serait peut-être donc pas très probant. En effet, cette démarche de pardon demande du temps et de l’énergie pour essayer de comprendre l’autre, les circonstances qui l’on poussé à agir ainsi, de se mettre à sa place dans le cas précis afin d’imaginer ce que l’on aurait pu faire si l’on avait été l’autre. Cet autre que nous avons vu dans le miroir lors de l’initiation, cet autre que nous voyons chaque jour dans les yeux de nos voisins, amis, parents, inconnus ou ennemis. Car après tout, n’avons-nous pas, nous aussi, mal agit un jour dans le passé ?

La pensée écossaise, qui ne se veut pas une voie de salut, après nous avoir fait passer par tous les affres de la mort, du deuil, puis nous avoir orienté sur la voie de la vengeance, nous montre que ce qui compte en fait, c’est la justice et le pardon. Elle est ainsi une voie de libération. Elle nous enseigne dés le rituel du premier degré la prise de recul, le retour sur nos actions qui développe le changement de nos pensées malsaines – attachées aux métaux- en pensées positives libres de contrainte : « l’homme qui aspire à être libre, doit apprendre à se détacher des choses futiles et se souvenir que la cupidité est le pivot de tous les vices » (rituel du 1er degré p 44). On trouve aussi à la fin de chaque cérémonie des trois premiers degrés, une phrase apparemment simple dite par le VM qui prend du coup une autre dimension après ces quelques réflexions : « Que l’harmonie, l’union et la concorde soient à jamais le triple ciment de nos œuvres », repris lors de la clôture des travaux par le VM et les surveillants en : « Que la paix règne sur la terre ! Que l’amour règne parmi les hommes ! Que la joie soit dans les cœurs ! »

N’est-ce pas un encouragement au pardon ? En effet comment pouvons nous être joyeux si nous avons de la rancœur envers quelqu’un ? Comment pouvons nous aimer pleinement si une partie de nous déteste telle ou telle personne ? Comment enfin pourra-t-il y avoir la paix sur terre si les hommes ne se pardonnent pas ?

N’oublions pas mes FF que la seule guerre permise est la guerre contre soi-même, contre ses vices, qu’il faut enserrer dans des chaînes afin de faire de nouveaux progrès dans la M

T F P, j’ai dit.

Vous devez être abonné pour accéder à ce contenu


S'abonner

Retour à l'accueil