A0423-2 Le Fil à Plomb et le Pavé Mosaïque
Non communiqué
Le futur initié souhaite se faire recevoir Franc-Maçon car il est dans les ténèbres et désire recevoir la Lumière. Pour aller « vers cette Lumière », fil rouge de l’année, qui luit dans les Ténèbres mais qui n’est pas perçue, il faut au préalable s’appuyer sur la méthode conférée par l’initiation qui prépare à la transformation de l’être intérieur pour recevoir l’influence spirituelle transmise par le rite.
Grâce notamment à la voie symbolique, qui tourne autour de l’idée de construction, le nouvel initié va réaliser son propre perfectionnement en avançant dans la voie de la connaissance par une illumination intérieure.
Le rituel nous précise que « du centre de la voûte descend un fil à plomb qui représente, à la fois, l’axe du monde puisqu’il unit le Zénith et le Nadir et le centre de la loge». « Sous le fil à plomb se trouve le pavé mosaïque sur lequel le tableau de la loge sera tracé par l’Expert. »
Mais comment la compréhension de ces deux symboles peut nous permettre de révéler cette lumière intérieure ?
La loge, qui une fois sacralisée s’appelle un temple, a la forme d’un rectangle dit « carré long » orienté de l’occident vers l’orient. La totalité du sol du Temple est pavée de carreaux noirs et blancs alternés. Cette disposition est appelée « pavé mosaïque ».
Employé comme un nom, le mot « mosaïque » peut définir un assemblage décoratif, une association d’éléments variés. Par contre l’adjectif « mosaïque » a rapport au « mosaïsme » qui est l’ensemble des doctrines religieuses que les Juifs reçurent de Moïse.
Le pavé mosaïque est la continuité du binaire des deux colonnes placées à l’entrée du temple. Il est parfaitement perceptible en raison de l’opposition forte des deux couleurs qui le composent, symboles de mort au monde profane et de renaissance ou deuxième naissance de l’initié appelé à « une vie nouvelle ».
Une lecture exotérique de ce symbole nous renvoie dans le binaire du monde manifesté, monde caractérisé par le principe d’opposition et de dualité. Cette dualité représente les contraires, le bien et le mal, la lumière et les ténèbres, la terre et le ciel, le haut et le bas.
Autant de paradoxes qui suggèrent le lieu des oppositions et des conflits, la confrontation des hommes et leur combat dans le monde profane.
Mais si on considère le pavé mosaïque comme un symbole, sa fonction est alors d’aller plus loin pour comprendre cette dualité comme étant « le caractère de ce qui est double en soi ou composé de deux éléments de nature différente qui se complètent pour n’être qu’un ». Dès lors, on doit la distinguer du dualisme qui est l’affirmation que cette dualité recouvre des éléments de nature trop différente pour pouvoir être réconciliés.
Au 3ème voyage, la purification par le Feu s’effectue au centre de la loge sous le fil à plomb, axe du monde. Bien qu’il ne soit pas remis directement à l’apprenti pour dégrossir sa pierre brute, il est néanmoins un outil essentiel à son travail. Ce fil, qui fait le lien entre ciel et terre, unit symboliquement le haut et le bas et indique notre orientation spatiale du Zénith au Nadir.
Cette Perpendiculaire (du latin « pendere » = « pendre »), bijou du second surveillant, donne la direction de la verticale d’une construction par rapport à un plan et indique la marche du travail à suivre. Le fil à plomb invite à sonder ses profondeurs par une nécessaire descente en soi afin de pouvoir rectifier, conformément à la mise en pratique de la formule hermétique du cabinet de réflexion V.I.T.R.I.O.L..
Cette perpendiculaire donne également la direction du centre de la terre. Le candidat qui descend dans le cabinet de réflexion pour remonter à la surface de la loge va être purifié au cours de ses différents voyages . Sans le voir, il tourne autour d’un centre figuré par le point formé par l’axe du fil à plomb sur la tableau de loge.
Beaucoup de sociétés initiatiques font référence à cette notion de centre, véritable invariant mythique et symbole universel du Principe, source de toutes choses et de toutes existences.
Cette ligne verticale symbolisée par le fil à plomb représente ce qui unit entre eux tous les états d’un être et doit permettre à l’apprenti de visualiser les étapes de sa construction car en allant au centre du temple il ira par identification au centre de lui-même afin de réveiller « la petite princesse endormie » chère à Marie-Madeleine Davy.
Le pavé mosaïque et le fil à plomb, axe du monde, figurent ainsi l’indissociable complémentarité que constitue l’un des couples d’opposés les plus importants de notre approche symbolique et du langage analogique, le haut et le bas.
Faire fonctionner ensemble ces deux symboles et les intérioriser pour en dépasser la représentation littérale qui n’épuise pas leur sens nous aidera à percevoir au-delà des apparences. S’efforcer de découvrir ce qui est caché sous le langage des symboles dans une perception globale de l’idée éveille notre conscience et nous ouvre la possibilité d’une lecture anagogique afin de nous élever spirituellement.
L’irruption du sacré dans la loge, au moyen du rite, permet de sortir du temps profane pour faire naître l’image d’un autre Univers.
L’ouverture de nos travaux restaure la communication entre les niveaux cosmiques, ciel et terre, symbolisés par le fil à plomb « axis mundi » et rend possible la possibilité d’une autre expérience au-delà des limites habituelles du monde sensible , l’intuition de « quelque chose » de supérieur, d’une présence mystérieuse.
La voie ésotérique proposée par le rituel nous renvoie également à la symbolique des nombres qui permet, pour Platon, de passer du monde sensible au monde intelligible afin de sortir du cadre de la démarche intellectuelle qui a ses limites.
Le ternaire, représentée par les 3 colonnes entourant le pavé mosaïque, nous invite, par le passage du 2 au 3, à ne plus opposer les choses mais à les ordonner verticalement vers le Un, suivant l’axe perpendiculaire du fil à plomb.
Il s’agit alors pour l’initié de ne plus être dominé par cet affrontement entre les forces positives et les forces négatives, mais de savoir les utiliser, les maîtriser, pour œuvrer d’une manière constructive afin de vaincre ses passions.
Pour franchir ce cap essentiel à notre changement d’état du binaire au ternaire, en route vers notre métamorphose et la Lumière, nous devons dépasser l’horizontalité évidente du pavé mosaïque. La prise de conscience qu’en son centre une énergie transcendantale peut descendre du fil à plomb nous élève alors vers le Delta rayonnant qui représente le G.A.D.L.U..
Le nombre trois et le fil à plomb qui « verticalisent » permettent aussi de changer notre regard sur les couleurs du pavé mosaïque. Le blanc, à l’opposé du noir qui n’est pas une couleur mais une absence de lumière, est constitué de l’ensemble des couleurs du spectre visible par l’œil humain. Une autre compréhension du noir et du blanc pourrait donc signifier, de l’absence de couleur à toutes les couleurs, de l’absence de perfection à toute les perfections, de la matière à l’esprit.
Si le blanc symbolise le ciel et le noir symbolise la terre, ils sont absolument indissociables l’un de l’autre et permettent de discerner la lumière dans les ténèbres et les ténèbres dans la lumière.
Et ce n’est peut-être pas le noir qui doit être transformé en blanc mais plutôt cette dualité qu’on doit faire évoluer pour approcher, sur le plan supérieur, la loi des complémentarités qui réconcilie pour mener vers l’Unité. « Il est Un ; Il existe par Lui-même. Il se révèle en tout et par tout » nous dit le rituel.
L’acte de purification par le feu du dernier voyage de l’initiation, qui s’exécute au centre de la loge sous le fil à plomb, révèle l’existence d’un autre plan permettant à l’apprenti, qui a trois ans, de rechercher son unité dans la jonction des mondes terrestre et céleste pour trouver sa propre voie en transcendant les illusions du monde binaire.
J’ai dit.