La Clé d’ivoire
J∴ B∴
A la Gloire
du Grand Architecte de l’Univers
Deus meumque jus
Rite écossais ancien et accepté
Ordo ab Chao
Au nom et sous les auspices du Suprême Conseil de France
Liberté Egalité
Fraternité
Après la mort d’Hiram, le Roi Salomon désigne sept Maîtres, admis au rang des Lévites, pour poursuivre l’œuvre d’Hiram dans l’achèvement du Temple et construire le tombeau du Maître.
Lors de la tenue d’initiation au 4ème degré, le récipiendaire figure l’un de ces sept Maîtres. Il est alors censé passer de l’équerre au compas et devient détenteur de la clef permettant d’accéder aux mystères parce qu’Hiram revit en lui.
Avant moi bien d’autres F F se sont penchés sur cette Clé d’ivoire, aujourd’hui c’est à mon tour de soumettre à votre sagacité mes recherches sur ce symbole.
Certes au travers de ce morceau d’architecture, je n’ai rien inventé que vous ne sachiez déjà, mais en parcourant différents ouvrages sur le sujet j’ai pu me faire une certaine idée de ce que représente la clé pour un maçon.
Dans la Bible, nous pouvons retrouver la clé dans sept chapitres différents, chez le prophète Isaïe dans l’ancien testament, chez les évangélistes Matthieu, Luc et Jean dans le nouveau testament, ce dernier la cite à quatre reprises dans l’Apocalypse.
En son chapitre 22, versets 20.22 Isaïe nous dit ceci : « Ce même jour j’appellerai mon serviteur, Elyaqim fils de Hildiyyahu. Je le revêtirai de ta tunique ; je le ceindrai de ton écharpe, je lui remettrai tes pouvoirs, il sera un père pour l’habitant de Jérusalem et pour la maison de Juda. Je mettrai la clé de la maison de David sur son épaule, s’il ouvre, personne ne fermera, s’il ferme, personne n’ouvrira.
Je vais vous tracer quelques lignes d’histoire maçonnique autour de la clef d’ivoire. Les mots « clef » et « ivoire » apparaissent dans des manuscrits britanniques autour de 1700. Mais il faudra attendre le début de la Franc-maçonnerie « moderne » et plus précisément 1724-1730 pour que soient associés les deux mots clef et ivoire.
Le symbole de la clef, après qu’ait été stipulé son double pouvoir d’ouverture et de fermeture dans les anciens rituels :
Question : Avez-vous la
clé de la loge ?
Réponse : Oui je l’ai.
Question : Quel est son pouvoir ?
Réponse : Ouvrir et fermer, et fermer et
ouvrir.
est associé à la notion d’ivoire de son contenant :
Question : Où la gardez-vous ?
Réponse : Dans une boîte d’ivoire, entre ma Langue et mes dents, ou dans mon Cœur où je garde tous mes secrets.
Dans un rituel pour le tuilage de l’apprenti de cette époque une partie de l’instruction du jeune maçon était la suivante :
Question : Quels sont
les secrets des francs-maçons ?
Réponse : Des signes, des preuves et
beaucoup de mots.
Question : Où gardez-vous ces secrets ?
Réponse : Sous mon sein gauche.
Question : Possédez-vous une clé
pour ces secrets ?
Réponse : Dans une boîte en os ni
ouverte ni fermée, mais avec des clés
d’ivoire.
La clef est un instrument symbolique qui caractérise aussi bien le pouvoir d’ouvrir ou de fermer, elle donne à celui qui la détient le pouvoir de « lier ou de délier », de dissoudre ou de coaguler, pour les petites clés des alchimistes, d’ouvrir et de fermer les portes solsticiales, pour les clés de Janus.
C’est à la fois un rôle d’initiation et de discrimination, ce qu’indique avec précision l’évangéliste Matthieu au Chapitre 16, verset 19 lorsque le Christ s’adresse à Pierre en ces termes « Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux, quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié ».
De toute évidence le symbolisme de la clef est en relation avec son double rôle de fermeture et d’ouverture.
Sur le plan ésotérique « détenir la clé », signifie avoir été initié, avoir le pouvoir de pénétrer dans un lieu saint, un sanctuaire, le privilège d’accéder à un état, à un degré initiatique ou encore à une demeure spirituelle, pour percer les mystères de la vie, de la mort, en tentant de découvrir la parole perdue.
Lors de mon entrée dans le temple le jour de mon passage au grade de Maître Secret, après ma découverte de cette nouvelle loge et les décors inhabituels pour moi, mes yeux voilés se portent sur l’autel des serments où est déposée sur la Bible une clef blanche, assez imposante ma foi, qui me rappelle les grosses clés des portes de prison. Tout de suite j’essaie de repérer la serrure à laquelle elle pourrait correspondre ; mais en vain. Ce fût mon premier contact visuel avec la clef depuis que j’ai été initié dans la franc-maçonnerie.
Bien plus tard vers la fin de cette cérémonie d’initiation le T F P M me permit d’avoir un contact physique avec cette clé en ces termes :
« Je vous présente cette clef d’ivoire, bijou de ce degré », emblème de la Discrétion. La lettre « Z » sur le panneton est l’initiale du mot hébreu Ziza. Souvent traduit par resplendeur, il signifie également balustrade. C’est en effet, une véritable barrière qui vous sépare encore du Saint des Saints situé à l’Orient de cette loge. Ce rappel du lieu le plus sacré du Temple de Jérusalem où était déposée l’Arche d’Alliance vous laisse entendre que c’est en cet endroit seulement que vous pourrez prendre connaissance des mystères les plus secrets de la Franc-Maçonnerie. Pour l’instant il vous est interdit de franchir cette barrière ; mais vous avez la clé et, quelque jour, il vous sera permis d’ouvrir et de passer. « Les préjugés, les passions et l’erreur placent de nombreux obstacles entre l’homme et la Vérité ; mais il n’est point de difficultés que l’énergie, la persévérance et l’intention droite ne puissent surmonter ».
Dans les temps anciens il n’était pas rare de rencontrer le symbole de la clé, notamment chez les Egyptiens, où Osiris et Isis sont maintes fois représentés avec une clé à la main en forme de croix ansée, symbole de la vie divine et de l’éternité, représentation en sa simplicité de l’être humain ramené à son centre originel, point de départ de l’expansion corporelle et intellectuelle sur le plan de la réflexion, représenté par la ligne horizontale, point de départ en son centre de l’exaltation vers le sublime, vers les mondes supérieurs par la ligne verticale.
Comme je le relatais un peu plus haut en découvrant cette clé déposée sur la Bible je me suis demandé quelle porte le Maître Secret pouvait ouvrir et quelle porte il pouvait fermer. Détenir une clé, c’est avoir un droit légitime sur la porte qu’elle ouvre et le lieu auquel elle donne accès. Celui qui possède la clé a le pouvoir d’en accorder ou d’en refuser l’usage. La détention d’une clé donne la jouissance d’un monde protégé par une serrure. Elle donne ou en refuse l’accès. C’est un univers clos, dont l’accès est gardé.
Cette clé d’ivoire n’ouvre aucune porte matérielle, mais représente le moyen, l’outil, le sésame qui ouvre les portes de la Connaissance, à l’Unité par étapes successives.
On peut considérer qu’à partir du quatrième grade le Maître Secret a le devoir d’utiliser à bon escient son pouvoir de la clé.
Le T F P M m’a quelque peu éclairé sur l’usage que j’avais à en faire de ce nouvel outil mis à ma disposition.
Examinons cette clé :
Comme nous pouvons le constater cette clé n’est pas en métal, elle est d’une matière organique l’ivoire dont la blancheur est le signe de la pureté et de l’incorruptibilité, mais également signe de la recherche. Elle rappelle l’ossature humaine puisqu’elle est issue de la structure qui sous-tend l’être vivant. L’ivoire matière blanche et ferme est constituée par les dents ou défenses d’éléphant, animal réputé par sa puissance, emblème de sagesse, qui nous rappelle une certaine colonne en loge bleue. Cette matière est considérée aussi comme symbole de puissance du fait de sa solidité et de sa densité, symbole de volonté, de pouvoir, de force nécessaire pour accomplir notre devoir de perfection. La clé d’ivoire, donnée au Maître Secret, est le moyen d’accès au sanctuaire de l’Esprit. Le secret de la Connaissance est en chacun de nous, au fond de soi-même et la clé permet d’accéder au cœur du Saint des Saints de son temple intérieur. Dans la tradition chrétienne, le cœur est dit contenir le royaume de Dieu.
Comme nous pouvons le constater la clé du Maître Secret est une clé bénarde pleine et terminée par un bouton qui, mise dans une serrure, permet d’ouvrir la porte d’un côté comme de l’autre, contrairement à l’allusion que je faisais à la porte de prison et pour cause, dans ce cas, seul le gardien a la clé et pas le détenu.
La clé comporte trois parties essentielles :
– l’anneau qui permet
aux doigts de la saisir avec intelligence et sagesse,
– la tige, ou corps de la clé prolongeant la force de
l’être,
– le panneton façonné avec beauté,
spécifique à chaque clé, permet
d’ouvrir ou de fermer la serrure. Dans le cas qui nous
concerne il est ouvragé et forme la lettre Z,
septième lettre de l’alphabet
hébraïque, Zaïn signifiant « arme
divine », ou au Z que les grecs employaient pour
désigner Zeus, signe Z encore, symbole de la
liberté en Grèce, ou le Z de Zorro, le
héros de la justice et de la liberté de notre
enfance.
C’est notre intelligence et notre volonté qui nous permettent de saisir l’anneau, aidé par la tige, pour que le paneton ouvre ou ferme la porte du temple.
Cette clé, nous la façonnons avec amour dans les trois premiers grades pour qu’un jour, nous puissions tenter d’atteindre la vérité cosmique et sa resplendeur.
Juste une petite parenthèse mes frères, n’oublions pas que la lettre Z dont je vous parlais il y a quelques secondes est l’initiale de notre mot de passe au 4ème degré : Ziza signifiant « resplendeurs ». A remarquer que ce mot est au pluriel dans le rituel et peut être interprété comme l’éclairage de notre esprit, car la resplendeur signifie « brillant avec un grand éclat formé par le rayonnement ou la réflexion de la lumière ».
En conclusion, le Maître a reçu la plénitude des droits maçonniques, le Maître Secret reprenant, en les exaltant, les devoirs du Compagnon dépasse toute notion de droit pour accéder à la connaissance du devoir complet, véritable clé de la Parole Perdue.
Afin d’élaborer ce travail je me suis inspiré des documents suivants :
– Les clefs du Maître
Secret de Daniel BERESNIAK
– La Grande Encyclopédie maçonnique des symboles
de Jean-Pierre BAYARD
– La Symbolique des Grades de Perfection et des Ordres de Sagesse
d’Hélène MAINGUY
– Les fascicules « ORDO AB CHAO
».
n° 6 Hiver 1981-1982 et n° 8 Printemps 1983
J’ai dit T F P M