Le livre des rois : Mythe ou tradition ?

Auteur:

J∴ P∴ L∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Trois fois puissant Maître et vous tous mes frères Maîtres secrets.

Avant de définir si le livre des rois est un mythe ou une tradition, nous devons nous poser la question, le REAA, ce Rite que nous avons choisi, si nous sommes en loge de perfection c’est qu’il nous convient, que nous partageons son approche de notre construction intérieure.

Ce REAA qu’a-t-il de particulier ?

En travaillant au REAA, nous établissons notre recherche sur un ésotérisme opératif de l’Être qui est l’objet de notre initiation, par rapport à l’exotérisme spéculatif de l’Être objet de philosophie.

Le REAA n’est pas un endroit où l’on enseigne, il n’y a pas des professeurs et des étudiants, mais des Maîtres et des disciples qui sont avides de partager le savoir par le discernement, l’écoute, la pratique pour retrouver en eux ce qu’il ne soupçonnait pas.

Mais si ne nous attachons pas à une philosophie, nous partageons la même réflexion : ne pas se laisser prendre aux apparences qui peuvent être vaines et trompeuses, pour s’attacher au contraire à ce qui constitue la vérité profonde des évènements, au fond caché des choses.

Dans notre recherche nous devons élucider une certaine vision du monde qui n’est pas d’emblée acceptable et familière à nos contemporains, nous nous plaçons dans une démarche traditionnelle et ésotérique qui soyons en convaincus, mène à percevoir la texture du réel.

Tout processus initiatique est opératif et non spéculatif, une tradition doit être vécue, quand elle ne l’est plus, sa tradition d’être disparaît, elle devient une connaissance livresque tout juste propre à entretenir une érudition d’intellectuelle, satisfaisante pour la pensée, mais stérile pour la vie de l’individu.

Citons Mircéa Eliade « Le symbole, le mythe, le rite expriment, sur des plans différents et avec les moyens qui leurs sont propres, un système complexe d’affirmations cohérentes sur la réalité ultime des choses »

Nous sommes dans une démarche totalement différentes d’une démarche purement intellectuelle dans laquelle l’irrationnelle, l’imaginaire et le vécu du rite nous permettent un dévoilement initiatique que la raison «  rationaliste » ne peut nous offrir.

Nous devons dépasser l’opposition « logos-mythos », comme le cite Plotin « il est nécessaire de posséder la maîtrise de l’irrationalité pour obtenir une union avec l’Un »

Le REAA doit apprendre à l’homme à se situer dans un monde ordonné et hiérarchisé dont le rite est le symbole.
Le REAA n’est pas une évasion mais un éveil. « je n’enseigne pas, j’éveille » Villiers de l’Isle Adam.

Ces quelques propos sur notre rite pour aborder notre sujet, le livre des rois mythe ou tradition.
Le livre des rois nous décrit l’ascension au pouvoir de Salomon, fils du roi David et d’une de ses concubines Bethsabée, quand nous explorons cette histoire dans un premier temps nous ne voyons que des meurtres et des histoires de mœurs, nous avons du mal à savoir qui est avec qui. Il faut assurer des descendances et tout est permis pour y arriver, épouser sa sœur, s’unir avec le deuxième frère si le premier est tué ne pose pas de problème.
Salomon, troisième roi d’Israël a le droit et le devoir de construire la maison de Dieu, le temple de Jérusalem, son père qui unifia Israël et sédentarisa son peuple n’eut pas ce droit trop de sang entachait son régime.
Ce temple devait être réservé à un roi pur et sans tâches, Salomon est réputé pour sa puissance et sa sagesse, un rituel maçonnique dit même de lui : « Salomon le plus puissant et le plus sage des rois ».

Le temple doit abriter « l’arche d’alliance ».

Cette arche au dire des mystères de la tradition juive contient le « Sephir Berechit » le livre de la création du monde (rédigé par Moïse), la baguette magique de Moïse et la verge avec laquelle il réussit à fendre les flots pour engloutir les armées du Pharaon, les dix commandements et la parole même de l’éternel traduit en français par : « je suis, j’étais, je serai ».

La construction du temple de Jérusalem marque le passage du nomadisme à la sédentarité, l’Arche devenu immobile devient inaccessible aux yeux du peuple ainsi le passage du nomadisme à la sédentarité ajoute le secret au sacré.

Le secret est ce qui est mis à part ce qui est séparé. Le signe du silence au moyen duquel se reconnaissent les maîtres secrets indique que le secret ne peut être une chose, un mot, une pensée, un discours. Le secret n’a une valeur que s’il est disponible et transmissible, il faut que ceux qui ne le partage pas reconnaissent ceux qui le partagent.

Si nous lisons dans l’ancien testament la construction du premier temple, nous voyons que par rapport à nos rituels, les ouvriers ne sont pas catalogués en apprenti, compagnons et maîtres ; leur nombre est à peu près identique mais aucune qualification initiatique, nous ne sommes donc pas dans un mythe, mais dans un conte.

Mais d’un conte peut surgir un mythe si nous analysons symboliquement cette construction.

Pourquoi le livre des rois ?

Notre Trois Fois Puissant Maître est installé sur le trône du roi Salomon, et ce chapitre du livre sacré décrit l’accession au pouvoir du roi Salomon.
Le Maître secret a des devoirs dont celui de promouvoir la justice, la justice divine.

Définissons les termes mythe et tradition :

Le mythe

Le mythe dit quelque chose à quelqu’un sur quelque chose.

Le passage du mythe au logos, du discours mythique au discours conceptuel (lequel profite du passage de l’oral à l’écrit, du genre parlé au genre rédigé) témoigne pour les deux thèses.

Rappelons les propos de Mircéa Eliade :  « le mythe raconte une histoire sacrée, c’est à dire un événement primordial qui a eu lieu au commencement du temps ». Raconter une histoire sacrée équivaut à révéler un mystère, les personnages du mythe ne sont pas des humains, ce sont des Dieux ou des héros civilisateurs, et pour cette raison leurs « GESTA » constituent des mystères.

Pour élucider ces mythes, il faut se baser sur une science des plus fécondes l’histoire, à condition de ne pas se limiter à ce que nous considérons généralement sous ce titre, c’est à dire l’histoire écrite qui ne commence donc qu’avec l’invention de l’écriture. Nous devons prendre en considération toutes les œuvres d’art visuelle exécutée dans un milieu qui ignore l’écriture elle même et qui constitue un document historique de première main.

« Savoir et comprendre » sont les exigences de l’esprit humain au même titre que d’autres aspects de notre composition qui, consciemment ou non, sont restés sensiblement les mêmes depuis l’apparition de l’homo sapiens.

Le rituel de chaque degré comporte un récit historique, qui a le plus souvent évolué vers la forme mythique.
Le souvenir des évènements historiques et des personnages authentiques se modifie au cours des siècles, d’où le glissement des évènements vers les catégories et des individus vers les archétypes.
Au cours de cette évolution, l’histoire se déforme à mesure que le mythe se forme.

Le mythe n’est pas destiné à révéler une situation historique, mais bien une situation fondamentale de l’être.

Structure du mythe.

Le mythe est mémoire du monde, c’est une mémoire collective, anhistorique, il fait appel à des personnages historiques aussi bien qu’à des personnages fictifs, mais de toute façon l’histoire ne joue qu’un rôle anecdotique, accessoire.

« Le mythe est historiquement faux, mais psychologiquement réel »
 le mythe relate un événement, ce qui est arrivé en tant qu’événement est sans importance, ce qui est important c’est l’acte, l’acte primordial.

Quand l’acte s’est-il accompli ? « au commencement ? »le temps mythique diffère du temps profane qui est linéaire irréversible, le temps mythique est sacré cyclique, il se réitère indéfiniment.

Fonction du mythe.

« les mythes ont pour fonction non d’expliquer, de résoudre, de répondre à une curiosité de type philosophique, scientifique, mais de justifier, renforcer, codifier les croyances et les pratiques qui constituent les ressorts de l’organisation sociale. C’est l’épine dorsale dogmatique de la civilisation primitive » Malinowski

Le mythe est destiné à faire prendre conscience de Soi, à départager les forces et les faiblesses, à les connaître. Le mythe est un moyen de connaissance, d’une connaissance de l’être total ; d’une réalité profonde plutôt que d’une vérité, parmi d’autres vérités.

Le mythe n’a pas une fonction morale, sans pour autant rejeter aucune valeur morale, les règles des restrictions imposées par le groupe social sont à considérer sur un autre plan.

Connaître les mythes, c’est apprendre le secret des êtres et des choses. L’histoire dit comment les choses se sont passées ; les mythes dit comment les faire apparaître ou réapparaître quand elles ont disparue.

Le mythe n’a pas pour fonction d’exprimer nos rêves personnels, mais de traduire un besoin d’irrationnel, qui lui confère un rôle collectif.

Raconter un mythe, c’est ré actualiser un temps sacré, c’est abolir un temps profane, c’est provoquer une rupture et proposer un modèle exemplaire.

Le héros traduit non un aboutissement mais un stade de passage.


Rôle du récit mythique dans le rituel :
   – Le rituel du grade a pour objet de présenter un thème initiatique. Le récit mythique est le support de ce thème.
   – Les symboles apparaissent successivement au cours du récit. Celui ci devient le médium qui traduit les relations réciproques entre les signes.

Tout maçon doit recevoir la légende de son grade comme sa propre parole, ou bien celle ci se volatilise en conte.

Nous appartenons au REAA, pourquoi accepté par le fait que nous nous associons au moyen de mythes à une condition extérieure à notre histoire d’origine. Nous devons vivre ce mythe, non l’analyser de façon abstraite, intellectuelle, livresque.
Nous voyons ici l’importance des cérémonies que nous subissons en tant qu’acteurs, le ressenti est totalement différent de la simple lecture, les épreuves quelque soit les degrés nous les vivons, les ressentons.

Un point important est la façon dont le mythe est transmis ; par rapport aux contes qui sont transmis en demandant, le mythe sera transmis au cours de rite d’initiation, en posant de façon judicieuse les questions qu’il faut, quand il faut.
Ainsi beaucoup de mythes à travers le monde sont des mythes d’origine qui racontent la création du monde et l’apparition des humains

La tradition

   – Transmettre, faire passer à un autre, action par laquelle nous livrons quelque chose à quelqu’un.
   – Transmission orale sans preuve authentique et écrite
   – Transmission écrite preuve depuis le 1er écrit
   – Tradition en plus de la transmission des acquis antérieurs, elle intègre les notions nouvelles en les adaptant aux anciennes.

La tradition fait être de nouveau ce qui a été, elle ne se limite pas au savoir faire.
La maçonnerie tradition orale ou écrite, je dirai les deux :
Ecrite par les rituels
Orale par les planches

Mais le but de la maçonnerie c’est de transmettre, mais pas directement, le frère doit découvrir comme il est dit dans le rituel l’idée sous le symbole.

Les planches, les rituels lui apportent des études des gestes des orientations, mais le frère doit découvrir ce que tous ces écrits ou planches cachent de message.
C’est en lisant relisant les rituels que nous découvrons ces sous entendus, nous avons au fur et à mesure de nos augmentations de salaires une autre approche de compréhension.
Ainsi un exemple bien précis à l’initiation il est dit que nous sommes les enfants de la veuve, le profane qui vient d’être initié n’a pas assisté à l’ouverture des travaux, n’a donc pas entendu «  au commencement était le verbe, … » que peut pour lui signifié les enfants de la veuve, même un jeune apprenti ne peut y penser immédiatement. Il faut attendre le 4ème degré pour entendre parlé de la parole perdue, les trois premiers degrés nous ont permis d’acquérir progressivement cette façon de raisonner.

La transmission nous l’avons dans le message des maîtres architectes, ils fournissaient les plans, les ouvriers construisaient, pour ceux qui connaissent observer l’extérieur de la cathédrale de Strasbourg, en partant de la porte nord pour aller vers la sud, nous passons du monde profane l’ignorance représentée par une statue voilée, à l’amour à la porte sud ; nous voyons la transformation de l’homme représenté au début comme un animal mais qui au fur et à mesure vainc toutes ses pulsions pour s’élever à la spiritualité.

Mais la tradition n’empêche pas aussi de fournir des messages précis, ce n’est qu’au degré supérieur que l’on se rend compte de ceci, n’oublions pas que dans les voyages initiatiques, le premier c’est d’où l’on vient, les intermédiaires correspondent à l’enseignement du degré, le dernier ce vers quoi nous allons.

Le livre des rois mythe ou tradition, C’est une tradition qui s’est intégrée dans un mythe, ce n’est ni une coutume ni une habitude, ce récit impliquant des éléments visant à améliorer comme il est d’usage au REAA son savoir pour tendre vers la connaissance.

Mais d’un conte peut surgir un mythe si nous analysons symboliquement cette construction.

Le livre des rois, c’est le mythe, l’histoire d’origine, celle sur laquelle s’appuie la tradition de nos différents rites des cérémonies.
Présenter des situations, des épreuves, des récits qui doivent entraîner chez notre frère des questions.

Dumézyl a analysé les mythes des traditions indo-européennes, il distingue en plus le l’initiation de métier (artisanal), les initiations guerrières et sacerdotale. La maçonnerie a refondu en un creuset unique les divers courants de la tradition.
Toutes ces initiations sont transmises par Salomon.

En loge de perfection nous ouvrons les travaux sur le livre des rois. Salomon c’est celui qui en loge bleue transmet les différentes initiations de métier à sacerdotale, c’est le représentant du mythe et de la tradition.

Mythe car à chaque cérémonie par l’intermédiaire du rituel, il transmet les éléments qui comme nous l’avons relaté au début permette à l’impétrant, au compagnon, au maître de se poser les questions qui les feront progresser.


Analysons le poste de VM.
C’est en étant VM et en prenant la place de Salomon que le maître réalise vraiment sa maîtrise.
Analysons les gestes du très VM :
   –il accueille le compagnon impétrant dans un lieu désacralisé, sans lui révéler sa qualification
   –il vérifie et juge qu’il est incapable d’avoir participé au meurtre
   –il raconte la mort d’Hiram, au cours du récit il tue l’impétrant avec l’aide des deux surveillants
   –il fait mimer la recherche et la découverte du cadavre
   –il ressuscite le compagnon qui renaît en Maître maçon sous les traits d’Hiram ressuscité.

Salomon agit d’abord en juge suprême, fonction que l’on assimile volontiers à la fonction prophétique (celui qui connaît l’ordre cosmique), il agit ensuite en sacerdoce donc en prête puisqu’il sacrifie et ressuscite l’impétrant. Outre ses fonctions royales de détention du pouvoir temporel, l’autorité spirituelle et la fonction prophétique.
Une telle conjonction des trois pouvoirs n’est pas conforme à la simple initiation royale, elle correspond à une initiation impériale.

L’aiglebicéphale porteur du glaive de justice symbolise la même chose.
Le pouvoir impérial se conquiert à la différence du pouvoir royal, il est fédérateur car il unit différents royaumes ou états, que fait Salomon il fédère et uni ce qui est épars, en s’appuyant sur le rite et en perpétuant la tradition.

L’exemple que je viens de vous décrire sur les gestes du VM démontre la façon dont il faut analyser nos rituels qui se basent sur le mythe et la tradition.

A partir du 4ème degré, le lieu où nous sommes est le Saint des Saints, c’est un lieu symbolique, nous ne représentons pas le Grand Prêtre qui n’y pénétrait qu’une fois l’an, nous nous représentons les Lévites réunis dans le but de remplacer Hiram Abif par 7 maîtres secrets, et nous nous réunissons une dizaine de fois par an.
En quittant notre loge symbolique pour une loge de perfection, nous allons définitivement passer de l’équerre au compas, lorsque l’on nous ôte le voile sur lequel figurait l’équerre symbole de la terre. Notre mental doit raisonner de façon différentes, nous devons analyser et voir les choses plus globalement.

Plusieurs questions peuvent se poser au maître secret, par exemple au cours de l’élévation au 3ème degré en passant de l’équerre au compas, ce dernier est au piedet l’équerre à la tête, tel l’arbre inversé qui plonge ses racines dans le ciel de la spiritualité, le maître secret coupera définitivement ses attaches terrestres.

D’autres éléments sont troublants il est dit que nous sommes dans le Saint des Saints, mais seul le Trois fois Puissant Maître et Adoniram y sont, les autres en sont séparés par une balustrade.
Le tableau de loge ne ressemble-t-il pas au cercle décrit par les 9 maîtres qui cherchaient Hiram Abif en tournant autour du cadavre, le triangle ne rappelle-t-il pas celui formé par le VM et ses deux surveillants.

Une dernière interrogation, il nous suffit d’avoir été reçu sous le laurier et l’olivier en passant de l’équerre au compas d’avoir avec nos frères et le plus puissant et le plus sage des rois versés des larmes sur ce tombeau pour être admis dans le St des St à chaque fois que l’éclat du jour a chassé les ténèbres et que la grande lumière commence à paraître, pour que nous ne soyons plus dans le St des St

Bien voir l’idée sous le symbole. Voilà notre recherche ces interrogations sont faites pour émoustiller notre raisonnement, pour que nous construisions notre St des St, tout cela à partir d’un mythe contenu dans le livre des rois, en respectant une tradition qui évolue avec le temps, car si vous respectiez vraiment le St des St, vous ne répondriez pas de la main droite au trois fois puissant maîtremais de la main gauche car notre position se projette en miroir par rapport à Adoniram et au 3 fois P M.

Le livre des rois montre l’ascension au pouvoir de Salomon, les moyens mis en œuvre pour la construction du temple de Jérusalem ; ce mythe, cette tradition chez nous FM, sommes nous des maçons opératifs, que construisons nous ? évidemment une construction allégorique, posons nous cette question par l’étude du symbolisme maçonnique, quel plan par analogie comporte cette construction.

J’ai dit

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