Le Saint des Saints
S∴ P∴
Mes chers frères maîtres secrets, nous ne sommes que des lévites, dont la vue est brouillée, munis d’une clé dont l’usage nous échappe encore, endeuillés et face au SAINT DES SAINTS dont nous avons la garde mais qui nous reste interdit, derrière un balustre. Mais de ce lieu émane une attraction irrésistible, un appel à la sublimation de la connaissance de cette portion intérieure que l’on devine, plus que ressent, qui nous motive plus qu’elle ne nous meut. Ce saint des saints en nous est l’objectif ultime de notre démarche initiatique et symbolique.
Le saint des saints est une expression galvaudée pour reprendre le nom du lieu de la rencontre entre l’homme et son créateur. Plus précisément il désigne le lieu de la présence divine, la chekhina, sur terre. Mais ce lieu si sacré et si précisément décrit ne se trouve-t-il pas au sein de chacun d’entre nous ? N’est il pas ce moteur parfois conscient et le plus souvent inconscient de chacun de nos actes et de chacune de nos pensée ? La phrase d’édification de ce centre n’est elle pas « afin que je réside parmi vous » ? Il me semble que nous sommes proche de cette vérité transcendantale, qui anime souvent chacune de nos questions sur le sens de nos existences et le mode de leur construction. Ne ressentons nous pas de façon inexplicable au sein de notre être et de notre pensée une volonté nous dépassant et revêtant le caractère impérieux d’une éthique supra consciente dirigeant nos faits et gestes. Cette éthique contrôlée nous conduisant au meilleur de nous même.
La partie du livre de l’Exode intitulée TEROUMA expose en détail les matériaux, les plans, les mesures des différents éléments entrant dans la constitution du sanctuaire, le michkane.
Le tabernacle est le microcosme qui permet à l’homme d’entrevoir la structure du macrocosme et de soulever ainsi un coin du voile qui cache son mystère. Il est composé de trois parties essentielles
Le parvis extérieur avec son entrée a l’est avec l’autel des sacrifices en cuivre face à cette entrée et un peu plus loin la cuve de cuivre destinée aux ablutions des lévites.
La moitié occidentale du parvis contenait le sanctuaire proprement dit, partagée en deux enceintes par un voile : le sanctuaire seulement accessible aux lévites, comprenant la table recouverte d’or, le candélabre d’or pur et entre les deux l’autel d’encensement recouvert d’or pur.
Enfin l’enceinte intérieure abritait l’arche d’alliance dominée par les deux chérubins.
Dans le temple de Jérusalem, ces trois parties se nommaient respectivement Azara, hekhal et debir.
Ces trois partiesmontrent un parallélisme entre l’organisation physique de l’homme et l’âme universelle dans sa structure fonctionnelle. Le saint des saints ou repose la loi et d’où l’esprit divin s’épanche sur le monde incarne la sphère purement spirituelle, dont le siège, chez l’homme est la tête. Le sanctuaire représente la sphère intermédiaire entre l’esprit et la matière, ou se situe les éléments de la volonté : la flamme ardente d’un amour sacré s’unissant aux intérêts vitaux . Cette zone centrale correspond à la poitrine ou le cœur assure la vitalité sous l’impulsion des facteurs rationnels et affectifs. Enfin le parvis extérieur ou le sang s’écoule et ou la chair se consume, est la figuration du monde physique dont l’incarnation chez l’homme se situe essentiellement dans la partie inférieur du corps.
On voit dans le tabernacle et dans les objets sacrés qu’il contient l’expression symbolique de certaines idées spécifiques qui doivent nous engager à nous élever vers l’idéal de la sainteté et de l’amour de Dieu.
Les métaux sont cités comme des images métaphoriques de certaines valeurs morales graduées selon leur alliage avec les facteurs du mal et de l’iniquité. Ils sont également admis comme des symboles du processus de purification sur les plans de la morale et de l’équité et ils représentent ainsi, au sens figuré, notre attitude morale par rapport à notre vocation. Vu sous cet angle, le cuivre représente en fonction de ses propriétés métallurgiques, la nature brute, non ennoblie ; l’argent, le processus de purification en vue de l’obtention de la pureté et l’or, correspond à la perfection de la pureté et de la qualité.
Pour les étoffes, le lin représente l’élément végétatif dans la personnalité humaine, l’écarlate représente l’élément animal, le pourpre le facteur humain et l’azur évoquent les régions célestes où trône la divinité.
Dans l’enceinte du temple, tous les antagonismes, et toutes les oppositions du monde viennent se confondre dans l’unité absolue de Dieu.
En résumé, nous apprenons que l’Arche sainte est une boite rectangulaire en bois d’acacia recouverte d’or pur à l’extérieur et à l’intérieur, De 1,25 m de long sur 0.75 m de large et de haut. L’Arche contient la loi. Deux barres de transport, les Badim, sont encastrées et non fixées dans des anneaux sur le petit côté. Les barres sont elles aussi en acacia recouvert d’or pur. Un couvercle d’or pur recouvre l’arche : la Kaporèt. Deux chérubins (Kérouvim) émergent de ce couvercle. Les chérubins et le couvercle sont faits d’une seule pièce (Miqcha). Les chérubins, situés à chaque extrémité, se regardent face à face, « un homme vers son frère » .Regard particulier, oblique, double regard vers la Loi et vers Autrui.
Après avoir coulissé en direction du voile, les barres apparaissaient dans la parokhèt comme deux seins de femme. Il ne s’agit pas de seins nus, mais de seins visibles derrière le voile du vêtement. La comparaison est donc totale. Ce n’est pas laforme des seins qui importe, mais la forme des seins dérobés aux regards par un voile. Le désir de la transcendance naîtde sa forme cachée mais imaginable.
Quelle est donc la nature de cette transcendance désirable ?
Ce qui est d’une nature absolument supérieure et d’un autre ordre, en particulier Dieu. Il est l’absolu en opposition avec la finitude, la relativité, l’inachèvement. La transcendance est au-delà de toute forme. Mais cette transcendance, qui pose un Dieu personnel et s’oppose au panthéisme, implique, sur le mode spirituel, son immanence, c a d, sa présence au monde et à tout ce qui est.Ne dit on pas au premier degré : « il est un, il est en tout et partout » ? ce qui nous renvoie au 4e à la loi unique et multiple.
Selon Kant il ne faut pas nommer transcendantale toute connaissance à priori, mais celle-là seule qui nous fait connaître que certaines représentations (intuitions ou concepts) sont appliquées ou possibles simplement à priori.
Il ne peut y avoir en nous de connaissances, de liaisons et d’unité de ces connaissances entre elles, sans cette unité de la conscience qui précède toutes les données des intuitions et par rapport à laquelle toute représentation des objets est seulement possible.
Le transcendantal est indépendant de l’expérience, mais celle-ci est son domaine d’application et par rapport à elle il est déterminant, c a d, qu’il constitue à partir d’elle une connaissance objective. En d’autres termes, l’entendement ne peut faire légitimement qu’un usage empirique de ses concepts et ne peut rien faire du transcendantal comme tel, car des concepts sans intuitions sont vides. On voit que le transcendant et le transcendantal ne sont pas la même chose. Les principes de l’entendement pur n’ont qu’un usage empirique et non transcendantal, c a d, dépassant les limites de l’expérience. Mais un principe qui repousse ces limites et nous enjoint même de les franchir, s’appelle un principe transcendant, alors que les premiers sont immanents. Les principes transcendants sont de prétendus principes ; le montrer, c’est dénoncer l’ « apparence transcendantale, illusion impossible à éviter et toujours renaissante, d’une extension de l’entendement pur au delà de toute expérience possible, qui nous fait prendre la nécessité subjective d’une liaison de nos concepts, exigée par l’entendement, pour une nécessité objective de la détermination des choses en soi. »
La foi est de cet ordre. Elle est celle de nos facultés qui est la moins séduisante. Elle se caractérise par une simple conviction et un engagement à notre Source. Elle ne possède pas la sophistication de l’intellect, les riches couleurs des émotions et ne suscite pas le sentiment de satisfaction qui naît de l’action. Mais elle est le moteur de notre voyage. Le voyageur est l’appellation la plus adéquate pour l’espèce humaine qui ne trouve jamais le repos. D’autres créatures se déplacent également, de lieu en lieu, mais seule les migrations de l’homme sont motivées par le désir d’être ailleurs que là ou il se trouve présentement. L’être humain est constamment sur le qui-vive aspirant à aller ailleurs et de préférence dans un ailleurs inconnu jusqu’alors.
Peu à peu l’homme a conquis le monde. une fois que tous les voyages ont été épuisés, après que toutes les quêtes ont été réalisées, il reste encore une frontière que peu de gens ont traversée, un territoire qu’encore moins de gens ont conquis : la frontière du moi. Combien parmi nous sont entrés à l’intérieur de leur âme ? Maintenant que s’achèvent les explorations du domaine de l’esprit, de la quête passionnée de la vérité et de la connaissance, oserons nous nous tourner vers l’intérieur et nous embarquer vers l’essence de notre propre être ?
Paradoxalement, plus notre voyage est intime et personnel et plus nous avons besoin d’être guidés et aidés. Ainsi d’Abraham à qui il est enjoint de quitter la terre (ses talents innés), le lieu de naissance (la personnalité qu’il a développé durant 75 ans d’interactions avec son environnement), la maison de ton père (la sagesse acquise et formulée par son esprit, et de suivre « aveuglément » le chemin divin, vers la terre que je te donnerais.
Dans nos voyages extérieurs, notre savoir, nos talents et notre personnalité sont les outils qui nous permettent l’exploration. Mais dans la quête de notre « moi » profond, ces outils cachent autant qu’ils révèlent, déforment autant qu’ils éclaircissent.
La vie physique est elle-même un subterfuge de l’âme qui n’assume un corps et une identité physiques que pour les exploiter à des fins spirituelles. Cette abnégation n’engendre en rien la passivité et la résignation mais l’activisme résolu et sans compromis de celui qui a oublié son ego et ses exigences. Il s’agit plutôt du désir pur de l’âme de l’homme de se rapprocher de son créateur, un désir qui émane du sanctuaire le plus intérieur de son âme, délivré de toutes contraintes,délivrés de tout ce qui nous inhibe et nous limite lorsque nous agissons avec les parties les plus extérieures de notre être.
En conclusion
La Sainteté est l’idéal vers lequel tend celui qui cherche à s’élever jusqu’à la perfection de Dieu.
Prophète Isaïe : « le ciel est mon trône, et la terre mon marchepied : quelle maison pourriez vous me bâtir ? Aucune maison ne peut me servir de demeure, car toute ces choses Ma main les a faites. J’ai cependant ordonné leur construction afin d’enraciner dans leur cœur l’idée de ma providence. »
Selon le Zohar, le sanctuaire d’en bas se situe face à celui d’en haut et il est construit à son image. Il représente le foyer de la sainteté sur terre, il est l’expression matérielle de l’idéal de sainteté et il est à la source d’émanation céleste de la sainteté ce que le corps est à l’âme. Le rayon réfléchi, renvoyé par le sanctuaire terrestre, se rencontre avec le rayon incident, projeté par le sanctuaire céleste. Les chérubins d’or fixés sur l’arche sainte, avec leurs ailes déployées vers le ciel, incarnent l’élan passionné, la volonté ardente qui doivent animer les créatures que nous sommes, à vouloir s’envoler vers les sphères supérieures.
Lorsque l’homme apprend quelque chose de nouveau, il découvre une dimension plus profonde de son être qui était toujours consciente de cette vérité . Quand il raffine une facette de sa personnalité, il met en lumière la perfection éternelle de son âme. Jamais satisfaite de simplement aller toujours de l’avant, la quête de son être véritable reconstruit son passé.
Abraham enseigne une métaphysique ou le sens de ce mot c’est le rapport à l’autre homme, le seul vrai chemin qui mène à Dieu. « Poser le transcendant comme étranger et pauvre, c’est interdire à la relation métaphysique avec Dieu de s’accomplir dans l’ignorance des hommes et des choses ».
La dimension du divin s’ouvre à partir du visage humain . Une relation avec le transcendant est une relation sociale . C’est là que le transcendant, infiniment autre, nous sollicite et en appelle à nous. Dieu invisible, cela ne signifie pas seulement un Dieu inimaginable, mais un Dieu accessible dans la justice. L’éthique est l’optique spirituelle, la droiture du face à face pour que se produise la trouée qui mène à Dieu. Il ne peut y avoir, séparée de la relation avec les hommes, aucune « connaissance » de Dieu. Autrui est le lieu même de la vérité métaphysique et indispensable à mon rapport à Dieu. Vous êtes cet autrui mes frères secrets.
J’ai dit trois fois puissant maitre