Les Nombres et le Signe mystérieux
A∴ B∴
Au 4ième degré, l’idée de nombres et de signe mystérieux, associés ensemble, apparait dans
le rituel lors de la clôture des travaux lorsque le Trois fois puissant Maitre prononce la phrase suivante : « Frère Adoniram, annoncez que je vais fermer la Loge par les Nombres et le Signe Mystérieux ».
Dès lors, nous découvrons l’association entre Nombre et Signe et nous pourrions nous interroger d’une part, sur la nature de cette relation mystérieuse et, d’autre part, si le mystère réside dans les nombres, le signe ou bien les deux. Mais également sur le moment auquel est réalisée cette association, en fin de travaux.
Les nombres apparaissent souvent dans le rituel et sont complétés de chiffres qui sont eux-mêmes,
en tant que symboles, omniprésents tout au long des travaux, depuis l’ouverture et jusqu’à la fermeture de ceux-ci. Le Maitre est ‘Trois’ fois puissant, la batterie est de sept coups (six plus un), il y a neufs bougies tout come neufs noms de Dieu, le chandelier possède sept branches. On retrouve ici les bases du ternaire qui évoluent, au 4 ème, vers des nombres qui émergent successivement tout au long du degré et lors des travaux. Les Trois fois vingt-sept ans qui font quatre-vingt-un ne sont-ils pas la résultante de Trois puissance Quatre ou Neuf puissance Deux ?
Pythagore disait que ‘tout est nombre’, c’est le nombre qui permet à l’initié d’accéder à la compréhension ésotérique. La batterie et le chandelier rappellent la création de l’univers six jours durant suivi de celui du repos, principe visible du passage de l’esprit à la matière. Ce principe que l’on retrouve également dans l’addition du quatre et du trois symbolisant respectivement le carré et le triangle et qui, a contrario, permettent le passage de la matière à l’esprit. On retrouve ici un cycle qui ne manque pas de rappeler un cercle vertueux où l’on passe de l’esprit à la matière puis en retour de la matière à l’esprit. Ce peut être une vision intéressante que l’on retrouve dans le synthème du 4 ème degré puisque chacun des monèmes peut en compléter un autre pour évoluer, à la manière de l’association des chiffres qui permettent eux-mêmes la création des nombres. Cette symbolique des chiffres que le franc-maçon découvre dès le grade d’apprenti évolue progressivement, du ternaire primordial vers une autre dimension dont les symbolismes individuels et pluriels forment un tout, image de l’univers et principe même de l’expression du divin. On retrouve cette approche en regardant le Synthème, il rappelle des nombres que nous connaissons et nous invite à en percevoir d’autres, certains cachés, pour aller vers cette perception du Tout Universel.
Nous voyons donc le ternaire, bien entendu avec le Triangle, le pentagramme et ses 5 pointes ou encore les neufs rayons qui émergent du triangle. Ce nombre neuf, symbole de l’énergie est déjà introduit et présent dans le rituel du 3 ième degré lors de la ronde des neufs maitres pour retrouver Maitre Hiram. Le nombre neuf est celui qui contient tous les autres, c’est le nombre de l’achèvement et de la fin avant de démarrer un nouveau cycle.
C’est aussi et surtout le moment où le cercle devient spirale pour revenir au 1, à l’unité. Il nous ramène aux neuf noms de Dieu mais aussi au nombre 81 que l’on retrouve exprimé par les 3×27 ans dans le rituel du 4ième degré ou encore le résultat de 3 puissance 4.
Mais, en tant que Maitre Secret, ce sont également les nombres qui nous sont masqués que nous devons prendre en compte. Ceux auxquels le Lévite découvre l’accès.
Les neufs rayons partants des côtés du triangle découpent le cercle en 12 parties égales, cela
nous transpose vers les douze signes du Zodiaque qui, formés d’étoiles emmènent l’initié à se détacher du corpus pour permettre à son esprit d’accéder à l’espace et percevoir , peut-être, cette parcelle de divin tant recherchée. Les intersections des rayons avec le cercle le découpent donc en douze parties dont chacune fait ainsi, mathématiquement, 30 degrés
(360/12). Serait-ce un hasard si nous retrouvons ce résultat de 3 fois 10 ?
L’ésotérisme maçonnique, qui reprend celui des kabbalistes, regarde au-delà du symbole et verra dans les lettres en hébreu des chiffres ou des nombres, tous pourvus d’une ou plusieurs significations. Pour mémoire, en hébreu, chaque lettre est également un nombre ou un chiffre.
Ainsi donc la lettre ‘ א’ qui est le chiffre ‘1’, la lettre ‘ י’ (IOD) qui vaut ‘10’ et la lettre ‘ ע’ (AïN) dont la signification vaut ‘70’. Puis également le ‘ ג’ (GIMMEL) qui est au centre du pentagramme du 4ième degré, qui vaut ‘3’ , et qui, par ailleurs, correspond à la lettre G que nous voyons au grade de compagnon. La méthodologie kabbalistique de la Gématria consiste à additionner la valeur des lettres pour en découvrir le sens réel, celui qui a été volontairement caché par Dieu au profane. Cette méthode, appliquée ici, nous amène aux résultats suivants : Les trois rayons de lumière dirigés vers la droite font 1+10+70= 81. Les trois rayons de lumière dirigés vers le bas font quant à eux 70+10+1=81. Et ceux dirigés vers la gauche font 10+70+10=90.
A cela vous pourriez dire que nous n’avons rien démontré bien que nous retrouvions le nombre 81, mais pour aller au bout de la démarche il faut additionner les chiffres obtenus.
Nous poursuivons donc avec 81 , 8+1=9 et avec 90, 9+0=9 soit dans tous les cas, le résultat est 9, rappel des neufs noms de Dieu ou de cet absolu, contenant ultime. Mais plus exactement, il pourrait s’agir des neufs noms supplémentaires de Dieu, car puisqu’il siège au centre du monde et de la création et qu’il est impossible de le nommer, il aurait de fait, 10 représentations ou « manifestations ».
Encore un hasard me direz-vous ? Poursuivons donc l’exercice avec l’intégralité des neufs rayons : 81+81+90. La somme est 252, soit en additionnant les nombres du chiffre, 2+5+2= 9.
Nous connaissons tous le début du prologue de Saint-Jean : ‘Au commencement était le verbe, et le verbe était auprès de Dieu, et le verbe était Dieu’. Mais le verbe est composé de lettres dont chacune est un chiffre. La vision ésotérique des nombres et des mots est conjointe. Elle mène à l’arbre séphirotique qui possède 10 séphiroths. Chaque séphira est une émanation de Dieu et est représentée par l’un de ses noms. Nous retrouvons sous cette approche le nombre 9 et le nombre 10.
L’alphabet hébraïque est composé de 22 lettres qui sont divisées en trois groupes. 3 lettres lettres mères qui forment le ternaire primordial et les trois séphiroths dites ‘supérieures’. 7
lettres qui représentent les extrémités du monde (haut, bas, est, ouest, nord, sud, milieu) etles jours de la semaine. Ce sont les séphirots dites ‘inférieures’. Puis nous avons 12 lettres simples qui permettent aux autres de se décliner. Elles sont associées aux signes du Zodiac
et aux mois de l’année.
L’initié accède donc à la perception du divin par les nombres et il devra en conserver lesecret. N’est-ce pas Plutarque qui disait que « le secret augmente la valeur de ce qui s’apprend, une trop grande clarté avilit ce qui est enseigné’.
Le maitre Secret n’a -t-il pas les lèvres scellées par le sceau du secret lors de sa réception ? le signe mystérieux consiste à mettre l’index et le majeur sur les lèvres pour empêcher l’initié de parler ou peut-être, pour lui rappeler qu’il ne doit pas parler. La parole qui permet, par la vibration, de créer le monde au travers du verbe établit également la relation avec les secrets de la divinité.
Il faudra que le Maitre secret conserve les mystères tel qu’il s’y est engagé lorsqu’il a été admis parmi les lévites et introduit dans le Saint des Saints. Si l’arme du Franc Macon est le verbe dans le monde profane, ce verbe utilisé dans le temple doit maintenant permettre de retrouver le divin.
La parole perdue, le tétragramme divin que l’on ne peut pas, ou ne sait plus prononcer nous ramène à ce qui est décrit dans l’ancien testament comme ‘l’ineffable’ , le Divin dans toute son immensité, sa gloire, son pouvoir universel et intemporel. Quand le Maitre Secret place son index et son majeur sur ses lèvres, il s’oblige à ouvrir une voie vers le monde supra sensible en intériorisant ses énergies pour aller à la rencontre du créateur.
C’est à ce moment que s’ouvre l’accès à une autre dimension, celle que les Egyptiens symbolisaient déjà en utilisant la croix ansée (l’Ankh) pour révéler l’accès aux dimensions divines. Cette croix dont la signification est ‘vie’ était tenue par les lèvres et permettaient de les sceller pour permettre aux défunts de passer dans l’au-delà.
L’ésotérisme alchimique accorde également une place importante aux doigts de la main.
L’index et le majeur ont une signification alchimique particulière puisque le majeur représente la splendeur du soleil et l’index le V.I.T.I.R.I.O.L. Philosophique.
Le Maitre Secret place son index et son majeur sur ses lèvres pour conserver ses secrets mais également pour se remémorer les chiffres qu’il a utilisés au cours des travaux.
En effet, l’index qui par ailleurs, montre historiquement le chemin vers le divin, représente communément la lettre hébraïque ‘iod’ . Cette lettre a pour valeur 10 et est également la première lettre du tétragramme divin. En revanche, il faut noter que pour le kabbaliste l’index est associé à la lettre aleph ‘ א’ , qui pour valeur 1 et le majeur à la lettre Iod , toujours avec la valeur 10. On pourrait y voir une permutation de l’unité et du néant, 10 et 01.
Cette lettre Aleph, première lettre de l’alphabet Hébraïque est un silence, elle ne se prononce pas. Elle symbolise Amour et Unité, elle unit le ciel et la terre et établit un lien entre les mondes supérieurs et inférieurs.
Mais également cette lettre ‘Iod’ que l’on retrouve en ouverture dans la triade des mots sacrés du Maitre Secret. La triade ‘Iod, adonaï, Ivah’. Le Iod est cité en tout premier, il finit le deuxième mot secret et se repositionne en première lettre dans le troisième. Ces trois mots forment donc une nouvelle triade de premières lettres Iod, Aleph, Iod. Cela ne vous rappellet-il rien ? j’ai évoqué il y a quelques instants les rayons lumineux qui partent du delta dans le synthème, mais aussi 10+10+1=21=2+1=3, nous revenons au ternaire.
La boucle est donc, en quelque sorte bouclée, car le signe nous permet de réaliser une corrélation entre le geste lié au silence et les concepts ésotériques qui nous ont été enseignés lors des travaux. Ce sont bien à la fois les nombres cachés et le signe qui sont
Mystérieux (avec un M majuscule) et nous amènent plus avant vers la révélation inconsciente du Divin.
Lorsque le TFPM nous annonce, en fin de travaux qu’il va fermer la Loge par les Nombres et le Signe Mystérieux, ils rappellent au F Maitre Secret le symbolisme du degré, son serment, l’accès à la dimension ésotérique ainsi que l’éveil spirituel nécessaire à la progression de l’initié. Le Maitre Secret a mis de l’ordre avec les nombres puis a trouvé le chemin de l’esprit grâce à eux, mais en se souvenant de ne jamais en trahir le secret qui lui permettra de se rapprocher de Dieu. C’est avec cette compréhension et cette maitrise qu’il pourra espérer être considéré définitivement comme un Lévite
J’ai
dit.