Vous n’accepterez aucune idée que vous ne compreniez et ne jugiez vraie

Auteur:

J∴ C∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Tel est le troisième précepte transmis au récipiendaire du quatrième degré, au terme de son premier voyage d’initiation. Parvenu au seuil de l’atelier de perfection le Maître maçon découvre ces enseignements avec intérêt et soulagement. En effet, s’il n’a pas été lui-même la cheville ouvrière de l’assassinat de Maître Hiram, il mesure néanmoins le poids de la responsabilité qui lui incombe désormais, la succession du Maître lui ayant été signifiée par cette belle formule prononcée par son Vénérable Maître en loge bleue : « Le Maître est retrouvé et il parait aussi radieux que jamais. »

Alors il perçoit les enseignements du Trois Fois Puissant Maître comme porteurs des outils et de la méthodologie qui vont lui permettre d’assumer cette responsabilité et cela lui est d’un grand réconfort.

Les voyages effectués donnent au Maître Secret les moyens de démystifier toutes formes de tabous, qu’une personne influençable et faible peut se forger par manque de discernement. Les voyages dans ce contexte sont une sorte de pèlerinage intérieur, une quête, une grande aventure qui doit lui permettre d’accéder à la libération de lui-même et le placer sur le chemin de la perfection.

Ainsi :

Le premier voyage appelle à rejeter toutes formes d’idoles et à rechercher par soi-même la connaissance en recherchant l’idée sous le symbole plutôt que dans les mots dont il faut craindre l’apparence trompeuse.

Le deuxième voyage incite à la prudence, voire la méfiance mais il invite à l’écoute de l’autre et au respect de ses opinions sans pour autant les faire siennes sans examen attentif. La recherche de la Vérité est le but ultime, hélas inaccessible dans l’absolu et fragile dans ses conceptions humaines.

Le troisième voyage est un appel à l’humilité devant l’admirable « Loi Universelle qui régit toutes les choses dans leur ensemble et chaque chose dans son détail ».

Le quatrième voyage, enfin, est un appel à l’amour de la justice qu’il faut servir avec ardeur.

La recherche de la Vérité et de la Parole perdue constitue le but ultime qui sera poursuivi dans l’accomplissement du devoir porté si nécessaire jusqu’au sacrifice.

Par cette synthèse rapide des quatre voyages symboliques auxquels le récipiendaire est invité il apparaît à l’évidence que la sentence qui est soumise à notre analyse est donc à considérer dans cet ensemble et non pas seulement isolément même si elle est, nous allons le voir, déjà intrinsèquement très riche de sens.

En fait cette sentence nous invite à bien conduire le rapprochement entre l’idée et la vérité, c’est-à-dire encore le cheminement entre la pensée et la vérité, puisque l’idée n’est autre qu’une élaboration de la pensée sur un sujet donné. Or la formulation de la vérité à partir de la pensée ne peut se faire que par la parole, le verbe, le « logos », dans lequel les néo-platoniciens d’Alexandrie voyaient le lien entre le monde et Dieu. L’importance de la parole prend alors tout son sens et la prudence recommandée par le rituel à l’égard des mots apparaît effectivement cruciale.

Le volume de la Loi Sacrée nous rapporte que pour le peuple hébreu, le maintien du lien entre lui-même et Dieu, établi par Moïse, était dévolu aux lévites, ces membres de la tribu de Lévi à qui avait été confiée la garde de l’Arche d’Alliance. Or le rituel du 4′ degré nous indique que les sept Maîtres choisis par Salomon pour remplacer Hiram ont reçu le titre de Lévites et par là même sont investis d’une mission « sacerdotale » de liaison avec le Grand Architecte de l’Univers. En termes initiatiques cela signifie que les récipiendaires du 1er degré sont eux-mêmes appelés à établir et maintenir ce lien entre le profane et le sacré, le matériel et le spirituel, l’immanent et le transcendant.

Rechercher la vérité, c’est dialoguer avec soi-même, dialoguer avec les autres et, in fine, dialoguer avec le Grand Architecte de l’Univers ; et dans la multitude des sujets abordés, dans la multitude des idées qui surgissent sur chacun d’eux, il faut faire le choix (juger) de celles qui entraînent la communion (comprendre).

Mais les trois interlocuteurs impliqués dans cette démarche ne sont pas de même nature ; le premier est souvent complaisant ce qui conduit à l’égotisme, l’idolâtrie de soi-même ; le second l’est beaucoup moins, mais il peut être séducteur, autre visage de l’idole ; quant au Grand Architecte, il « est » la Vérité mais il est inaccessible dans sa transcendance.

Les deux premiers dialogues ont lieu au niveau des conceptions humaines et s’appuient sur le savoir et l’expérience accumulés soit à titre personnel au cours de notre éphémère vie physique soit à titre collectif au cours de l’histoire de l’humanité. La vérité y est multiforme, relative, notamment dans ses aspects spatio-temporels, étroite et rigide en raison de sa bivalence, potentiellement antinomique… bref, ce n’est pas « une » vérité mais « des » vérités dont le profane doit s’accommoder et avec lesquelles il va essayer de faire son devoir social de terrien. Le succès dans l’accomplissement de ce devoir, de ces devoirs devrait-on dire, souffre de toutes les insuffisances des vérités qui le guident mais ainsi est la condition humaine.

Malgré tout le respect qu’il peut avoir envers lui-même comme envers son prochain, et en dépit de toutes les exigences qui en découlent et auxquelles il se plie volontiers, l’initié ne peut se satisfaire du caractère superficiel de cette démarche et il va chercher à mieux comprendre et à mieux approcher cette Loi Universelle dont il pressent qu’elle relève de la « Vérité » une et absolue, intangible, indiscutable… inaccessible certes, mais dont on peut s’approcher et qui conduit à l’accomplissement du « Devoir », celui là même que notre rituel qualifie « d’inflexible comme la fatalité, exigeant comme la nécessité, impératif comme la destinée ». Ce passage « du Profane au Sacré », le Franc-maçon l’attend de la démarche initiatique mais il sait que la route est longue et semée d’embûches.

Nul doute donc que la prudence soit une vertu indispensable à l’accomplissement de cette démarche, mais la prudence ne se réduit pas à la méfiance ou à la suspicion envers son prochain, elle nous concerne aussi nous- mêmes ; comment en effet un homme peut-il déclarer que telle opinion semble juste et que telle autre ne l’est pas ? Parce qu’elle lui convient ou ne lui convient pas ? Parce qu’elle sert son intérêt ? Parce qu’elle flatte son ambition ou sa vanité ? Parce qu’il ne parvient pas à imaginer ou comprendre ce qui échappe à son intelligence ? La prudence doit nous éveiller à l’essentiel. Elle peut nous guider, nous éclairer dans tous nos actes, dans toutes nos pensées. Il faut apprendre pour connaître, connaître pour comprendre et comprendre pour juger. L’homme sage sait écouter avec attention, tolérance et déférence, en faisant abstraction de toute notion de valeur.

« Croyez ceux qui cherchent la vérité, doutez de ceux qui la trouvent » disait André Gide. Venant de cet écrivain de grand talent, fervent de symbolisme et ne manquant pas d’esprit, le précepte prend toute sa valeur. Le même André Gide ne disait-il pas ? « Il est bon de suivre sa pente, pourvu que ce soit en montant ».

C’est effectivement vers le haut qu’il faut aller chercher la « Vérité ».

Après l’apprentissage des trois degrés de loge bleue et l’accès à la Maîtrise par la mort d’Hiram, le modeste cherchant que je suis sait que l’ascension sera longue mais je ne suis pas seul pour l’entreprendre.

Trois Fois Puissant Maître, j’ai dit !

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