Les Cagots et l’exclusion
A∴ F∴
Une des premières préoccupations
du monde contemporain est le combat contre l’exclusion,
liée au racisme ou à des maladies terrifiantes.
Le Sud-ouest médiéval a
possédé aussi ses exclus et ses marginaux, les
cagots, très vite assimilés aux
lépreux.
C’est en visitant il y a quelques années, de
vieilles églises dans le Béarn et les Hautes
Pyrénées que je fus intrigué par des
témoignages inscrits dans les coutumes et dans la
pierre : bénitiers pour cagots, entrées
pour cagots…
Pendant des siècles, un peuple mystérieux – les Cagots – a été persécuté, rejeté par la société. Le Sud-ouest, qui a accueilli fraternellement les juifs et les Sarrasins, a traité les Cagots comme un peuple maudit, les considérant avec haine, crainte, dégoût et mépris.
En aucun cas, les Cagots ne devaient se mêler au reste de la population et l’horreur était telle que même à l’église où on tolérait leur présence, une entrée spéciale – porte basse- à gauche leur était réservée, de même qu’un bénitier, afin que personne ne touche l’eau dans laquelle ils avaient trempé leurs doigts. Bien sûr il leur était interdit de baiser la croix et le prêtre leur tendait l’hostie au bout d’un bâton. Bien que très pauvres, il leur était interdit de marcher nus pieds, pour ne pas souiller le sol, de même d’aller à la fontaine pour boire, au lavoir ou d’entrer dans un moulin. Toutes les professions touchant à l’alimentation leur étaient interdites – agriculture et élevage compris. Seuls étaient autorisés les métiers de la construction – maçons, charpentiers- où on appréciait leur savoir faire et leurs techniques innées. La forge était très surveillée – outillage professionnel – par peur qu’ils se fabriquent des armes. Même morts, ils faisaient l’objet d’une ségrégation : ne pouvant reposer en terre bénie, on les enterrait dans les fossés, ou au bord de la mer. Ils devaient parler à distance, ou couvrir leur bouche pour ne pas contaminer par des projections de salive. S’ils passaient outre ces interdits, on leur coupait les oreilles. A la deuxième récidive, on leur perçait le pied gauche avec un fer rouge (ils boitaient presque tous), à la troisième, ils y laissaient la vie.
Non seulement les Cagots étaient isolés, rejetés, mais afin de mieux « protéger » les populations, on les obligeait à porter un signe distinctif : une patte d’oie en drap rouge, cousue sur l’épaule gauche. Hitler n’a rien inventé… Droits civiques réduits : dans un procès, à la place d’un seul homme, 7 cagots étaient nécessaires pour que leurs dires soient pris en considération. En revanche, l’Eglise les protégeait dans l’exercice de certains métiers réservés : maçons, charpentiers, menuisiers, scieurs de long, fileurs de chanvre, tisserands…les considérant comme de bons chrétiens assidus, en ces temps où le paganisme sévissait encore dans les campagnes…
On trouve des Cagots dans toute la Grande Aquitaine, Béarn, Roussillon, Guyenne, Poitou, Maine, Berry, Bretagne, sous des noms différents : Colliberts dans les marais, Gezitains, Gahets, Caffets, Caqueux, Cacous, Cagouilles, Cagots, Capots, Agots, Chretians, Crestians, Crétins, Crestias, Oiseliers, Charpentiers…leurs noms sont plus ou moins associés à la lèpre, le mal, la fourberie, l’hypocrisie. Cette lèpre dont ils portèrent en plus le nom sous l’appellation ladres – considérée comme punition divine – atteignait même leurs enfants donc mal héréditaire. On n’analysait pas la contamination par cohabitation obligatoire.
Qui étaient ces gens ? Pourquoi
ont-ils ainsi focalisé, la haine de leurs contemporains
pendant 1500 ans, en fait jusqu’à la fin du
siècle dernier, malgré le décret de
Louis XIV et les bouleversements de la Révolution.
On peut les considérer comme les premières
victimes d’un racisme, d’une xénophobie,
toujours omniprésents dans les civilisations et que notre
XXème siècle a dramatiquement fait resurgir avec
l’holocauste des juifs, la chasse aux bougnouls pendant la
guerre d’Algérie, ou aux blacks du temps de
l’Apartheid, sans faire référence aux
événements actuels.
Pour essayer de comprendre le drame que ces populations
ont vécu, il y a deux sources
d’information :
– l’histoire – politique – religieuse
– sociale.
– La ou les légendes entretenues autour de ces gens.
Sans vouloir faire un cours d’histoire,
arrêtons-nous sur un certain nombre d’informations
capitales :
– Nous sommes au début du 3ème siècle.
L’Empire romain est en pleine déliquescence,
rongé de l’intérieur par la
montée du christianisme qui structure sa
théologie, incapable de défendre seul ses
immenses frontières face à la poussée
des envahisseurs.
– 260. Plotin dans les Ennéades, explore ses théories néoplatoniciennes fondées sur le spiritualisme, et une morale de l’austérité.
– 274. L’Empereur Aurélien décrète le soleil, dieu unique, sous une multiplicité de noms divins. Les Chrétiens refusent d’assimiler le christ au soleil, mais le font quand même naître le jour du solstice d’hiver et célèbrent aussi celui d’été en y associant les deux Saint-Jean, tradition que nous avons reprise.
– 325. L’évêque Arius
avait répandu la doctrine que seul le Père
était Dieu éternel, le fils
était simplement (refus de l’hypostase du Christ)
une créature de Dieu, la
première et la plus excellente, après la
genèse.
Ces idées se répandent très vite dans
la chrétienté. Le concile de Nicée,
sous la pression du pouvoir, condamne l’Arianisme comme
hérésie : c’est le premier
grand schisme :
« Seule doit exister la doctrine unique, intangible
et catholique (terme grec signifiant universel) ».
C’est là que fut composé le credo
catholique, encore récité de nos jours
à la messe, et affirmant le mystère de la
trinité, proclamant le Christ, fils unique de Dieu le
Père, vrai Dieu parce qu’issu de Dieu, donc dieu
lui-même, ayant été engendré
et non créé.
– Parmi les grandes vagues d’invasion, ou
d’immigration, qui déferlèrent sur
l’Empire, les Goths (signifiant sages ou vaillants)
installés entre le Dniepr et le Danube, ont
été convertis à l’Arianisme
par un évêque –mi goth- mi romain
– du nom d’Ulphila. Les Goths de nature
très religieux s’enthousiasment pour cette
nouvelle religion et en font leur religion d’état.
Dès lors ils prennent part aux querelles religieuses,
déniant même la qualité de
Chrétiens aux Catholiques, qu’ils traitaient
d’hérétiques ! ! un
comble…à tel point que l’Arianisme fut
appelé la « Secte des Goths ».
Témoignent encore de leur dévotion, les
églises qu’ils construisirent en peu de temps en
Espagne et en Italie.
Des historiens attribuent même la faveur religieuse des
Espagnols à l’influence longtemps
exercée sur eux par la présence wisigoth. On
pense aussi que la grande dévotion des Goths (deux fois
dévots, comme un Goth) fut à l’origine
du mot « bigot ».
– 378. Les Goths infligent une grave défaite
à l’armée romaine, à
Andrinople. Conséquences : Partage de
l’Empire romain :
Empire d’Occident, capitale Rome, empereur Honorius ;
Empire d’Orient, capitale Constantinople, empereur Arcadius.
Et les Goths peuvent s’installer dans l’Empire,
après avoir pillé la Grèce et les
Balkans.
– Les Ostrogoths s’installent dans le nord de l’Italie. Les Wisigoths s’installent dans le sud de la France, et en 410, sous la conduite d’Alaric I, ils s’emparent de Rome et la saccagent.
– 413. Saint Augustin rédige « La Cité de Dieu », où il réagit à la prise de Rome, opposant la Cité de Dieu, et le bonheur céleste, à la cité et au bonheur terrestre.
– 420. Mort de Saint Jérôme, la Vulgate (traduction en latin de la Bible).
– 429. Les Vandales traversent l’Europe et l’Espagne, s’établissent en A.F.N., Carthage devient leur capitale.
– 451. Aetius, général romain, aidé par les Wisigoths commandés par Théodoric, bat des hordes de Huns (Attila), aux Champs Catalauniques (Champagne), ceux-ci sont définitivement refoulés.
– 481. Clovis devient le roi des Francs – Tribus
germaniques du nord de l’Europe orientale,
installées au nord de la France, Belgique, Hollande.
Alaric II, fils de Théodoric, devient roi des Wisigoths
d’Aquitaine, son empire remonte jusqu’à
la Loire et la Bretagne.
– 496. Baptême solennel de Clovis qui apparaît maintenant, « fier Sicambre, baisse humblement la tête, brûle ce que tu as adoré et adore ce que tu as brûlé », comme le défenseur de l’orthodoxie romaine contre l’Arianisme. Le Catholicisme, pour se développer doit détruire idéologiquement et physiquement l’Arianisme, incarné par les Wisigoths. Son bras armé est maintenant Clovis et ses Francs. Ainsi, Clovis bat Syagrius, dernier roi gallo-romain, installé entre la Somme et le Loire. Celui-ci se réfugie auprès d’Alaric II. Clovis essaie de conquérir le royaume Wisigoth. Il est battu à Saintes, mais réussit à s’emparer de Bordeaux, une des capitales d’Alaric II avec Toulouse.
– 502. Rencontre de Clovis et d’Alaric II sur une île de la Loire. (Je te tiens.. tu me tiens par la barbichette…). Syagrius est livré à Clovis. Paix provisoire.
– 506. A l’initiative d’Alaric II, publication du « Bréviaire d’Alaric ». Compilation abrégée du droit romain, à l’usage de ses sujets : l’Aquitaine et les pays wisigoths sont administrés juridiquement.
– 507. Bataille de Vouillé, à côté de Poitiers, victoire de Clovis sur Alaric II qui est tué. Annexion de l’Aquitaine. Les chefs et cadres wisigoths vont progressivement se replier vers l’Espagne. Ce repli va s’étaler sur 100 ans. Mais les Wisigoths n’étaient pas seulement une armée, ils constituaient une véritable nation avec ses lois, son code civil, ses familles enfants, vieillards et ses classes sociales.
– 542. Expédition de Childebert I (fils de Clovis) contre les Wisigoths d’Espagne, dont Tolède devient la capitale en 554 et leur pays Spania.
L’Aquitaine, le sud
particulièrement se vide progressivement des Wisigoths, au
bout de 100 ans de conflits, de haine, de massacres, de vengeances. Cet
exode douloureux, les Pyrénées étaient
une barrière difficile, ne fut organisé que pour
ce qui restait de l’armée et des classes sociales
supérieures, les autres restèrent sur place,
abandonnés, démoralisés.
Coupés de tout, il ne leur restait plus
qu’à se rallier au pouvoir politique et religieux
(ou au moins faire semblant) d’où cette
réputation d’hypocrisie qu’ils garderont.
On sait combien sont cruelles les guerres de religion, mais aussi
combien profonds et durables sont les ressentiments qu’elles
font naître dans les cœurs.
Parmi les événements actuels, le
drame israëlo-palestinien est là pour nous le
rappeler.
Victimes de la haine qu’ils avaient suscitée, ils
seront pour longtemps, jusqu’à Louis XIV,
même la Révolution, voire la fin du
XIXème, rejetés et réduits
à n’avoir plus de relations normales
qu’entre eux, vivant ainsi en vase clos, au bout des
villages, une interminable quarantaine : (le cagot ou la femme
cagote ne pouvait épouser quelqu’un
d’une autre condition que la sienne), unique dans
l’histoire. On apprenait à reconnaître
ces « Chiens de Goths »
à leur grande taille, leur teint pâle, leur
chevelure blonde, leurs yeux bleus, souvent sans oreilles ou
boiteux…critères qui accompagneront des
siècles durant, ces Canis-Goths, voire cagots ou cagous, ou
cagouilles animal rampant, baveux, ;
méprisable…).
Dans la malédiction qui les frappe
s’entremêlent l’histoire et les
légendes :
Certains documents affirment qu’ils étaient
maudits depuis que leurs ancêtres avaient fabriqué
la croix sur laquelle Jésus avait été
sacrifié, mais l’explication la plus commune est
la lèpre, mal terrifiant, mal divin, à
l’incubation très longue, justifiant tous les
interdits dont ils étaient l’objet, à
la façon des intouchables de l’Inde…
Ainsi le malheur des « Chiens de Goths »
s’est aggravé avec l’arrivée
de la lèpre en Occident, au retour des premiers
croisés.
Les cagoteries, aux abord des villages se
transformèrent vite en ladreries, voire en maladreries,
(crestian – pluriel cresties) crestianies et léproseries
devinrent synonymes, (dans les Pyrénées, les
léproseries portaient les noms de :
« Espiteau dou crestias »).
Ladre viendrait de Lazare, le mendiant couvert
d’ulcères, au point que seuls les chiens
l’approchaient, lui léchant les plaies pour le
soulager. Enlevé au ciel, dans le sein d’Abraham,
on en fit un saint, protecteur des lépreux. Ainsi, Ladre
c’est à dire Lazare devint le nom des
lépreux.
Une autre légende biblique (livre des Rois)
est relative à la guérison de Naâman –
roi lépreux et chef des Araméens – par
Elisée – mais son serviteur, Gehazi, se fit payer, donc
détourna le prix de la guérison. Le
prophète en eut connaissance et maudit
Gehazi : « La
lèpre de Naâman s’attachera à
toi et à ta postérité, pour
toujours » et Gehazi « s’éloigna
de lui, blanc de lèpre comme la neige ».Ainsi
les Cagots, surnommés Gézitains, seraient les
lointains descendants de Gehazi.
On peut au départ confondre la lèpre avec une
autre maladie de peau, le psoriasis, dont un des symptômes
est la peau qui se détache en écailles,
semblables à celles d’une couleuvre,
d’où le nom de Colliberts, présents
dans le marais poitevin, au début du siècle
dernier.
Etymologiquement, lèpre viendrait du mort grec lepra en
rapport avec lepis signifiant écailles.
Quant à la déformation des doigts, voire leur
disparition, l’appellation de gaffeux, assimilerait les
doigts crochus à des gaffes, crochets au bout d’un
bâton.
Mais pourquoi associer les Cagots
à la patte d’oie, les obliger à porter
ce signe de malédiction ?
a. Entrons dans les légendes bibliques de nouveau :
Des peuples d’origine Pelagique participèrent
à la construction du Temple de Salomon. Ces
« Chiens de Goths »
pourraient bien être des « Chiens
de Gau » du nom du peuple Gall qui est
à l’origine du terme Galilée. (Galls
d’Orient auxquels le symbole du coq était
très cher – ce coq qui surmonte le clocher de nos
églises et que nous avons aussi dans le cabinet de
réflexion). Ils se virent reprocher d’avoir
été maudits par Salomon pour le mauvais travail
qu’ils avaient accompli lors de la construction du Temple.
Leurs qualités de constructeurs leur seront reconnues
cependant, la pierre et le bois, maçons et charpentiers.
C’est le nom qu’ils prirent à la fin du
moyen – âge.
Revenons à Salomon, il fut lui-même
associé à la patte d’oie puisque la
reine de Saba, Bilkis, ou Maleka pour les Arabes, à qui il
donna un fils, originaire de la lignée des Rois des rois
éthiopiens. Bilkis donc, avait un pied palmé.
D’autres Goths, installés en Bourgogne, les
Burgondes, ont maintenu la légende sous le nom de la reine
Pédauque. Dont les Hospices de Beaune ont gardé
le vin bien précieusement dans leurs caves…
Mais des cagots peuvent très bien avoir participé
à la construction des grands monastères
bénédictins puis cisterciens dans cette
région.
b. La légende de Sainte Néomaye,
Néomoye ou Eneomoye (dans le nom on retrouve
l’oye), ou Enimie, ou Noémie…
J’ai trouvé un texte complet à
l’Eglise Saint-Hilaire de Scorbé-Clairvaux.
Fille unique du seigneur de Beauçay, jolie et pieuse, elle
gardait des moutons par humilité. Recherchée par
les seigneurs de la région, elle ne voulait pas se marier.
Un jour qu’elle revenait du moulin de Bourdigal,
près des Trois-Moûtiers, elle rencontra, au
détour d’un chemin creux, le seigneur de
Lerné, qui après lui avoir fait mille
compliments, se montra très, très pressant. Avant
le moment fatidique, Néomaye fit une prière
à Dieu pour qu’une difformité mette fin
aux sollicitations du seigneur. Aussitôt elle sentit des
fourmillement dans l’une de ses jambes, et quand le vilain
seigneur souleva sa robe, il vit une patte d’oie et
s’enfuit épouvanté :
Néomaye serait donc Pédauque,
lépreuse… Le lieu où se produisit ce
miracle s’appelle encore la Patte d’Oie.
Dans la chapelle templière de Saint Guillaume, à côté de Saint-Varent, on a découvert, fait classer et restaurer, des fresques du XIVème siècle relatant en quatre tableaux (tels une bande dessinée), la légende de Sainte Néomaye. Dans le dernier tableau, le vilain seigneur demande à genoux, pardon à Saint Hilaire, évêque de Poitiers, qui passait par là…
c. La légende compagnonnique.
Lorsque Hiram fut appelé par Salomon pour construire le
Temple de Jérusalem, il envoya chercher les meilleurs
ouvriers un peu partout dans le monde.
Parmi eux, Maître Jacques, originaire des
Pyrénées, (lieu d’implantation des
Cagots). Ces ouvriers seraient les constructeurs de la base de la
colonne Jakin et ce serait en souvenir que des compagnons se
dénommèrent, « Enfants
de Maître Jacques ». On a dit
que des feuilles de lotus et des fleurs de lys ornaient la base des
chapiteaux des colonnes Jakin et Boaz. Mais était-ce bien
des lys ? Stylisés, il pourrait s’agir
d’une patte d’oie. Après tout, le
phénicien Hiram devait vénérer la
déesse Anat (Vénus) aux pieds
palmés : une Pédauque aussi.
Alors, les Cagots furent-ils les détenteurs de secrets de
« l’Art-Gauthique »,
œuvrant pour la construction des cathédrales sous
la protection des Templiers ? (Il y avait souvent des
cagoteries à proximité des Commanderies
templières).
L’Art Gothique, nommé ainsi de façon
péjorative – encore – par les humanistes italiens
de la Renaissance, allait révolutionner, grâce
à ses voûtes, ses dimensions, sa
lumière, l’architecture religieuse et la porter
à des sommets jamais atteints.
Pour en revenir aux traditions, j’ai vu les
compagnons tailleurs de pierres de
« Soporen », restaurant les
monuments historiques, creuser systématiquement sur les
faces latérales des pierres taillées,
destinées à la façade d’un
édifice, un sillon en forme de patte d’oie.
« C’est pour
que le liant tienne mieux » disaient-ils.
Mais pourquoi toujours ce même dessin. Que les charpentiers
utilisent toujours pour marquer les assemblages ? ?
Ce lien avec Salomon et les constructeurs n’est pas fortuit
selon la chanson retrouvée par Gérard de
Sède :
« Cagot
de Canaan, rebut des charpentiers,
De l’est à l’ouest, pourquoi
es-tu venu ?
N’esquive pas ta réponse,
n’espère en te taisant
Cacher ton histoire aux peuples du couchant,
Nous la connaissons, cagot : la Bible raconte
Pourquoi de ton pays, tu te trouves banni
Tu voulais bâtir un Temple à ton Seigneur,
Toi qui ne sais même pas achever une porcherie,
Tu ne sais rien faire et c’est avec raison
Que
le grand Roi Salomon te chassa du chantier. »
Cette chanson confirme la tradition de l’origine orientale des Cagots. Elle les lie aussi à la construction du Temple, et les fait chasser par Salomon, comme l’ont été les assassins d’Hiram.
Le texte dit encore :
« C’est ici la grande cagoterie,
Tous sont gens de métier
Qui font châteaux ouvragés,
La cocarde rouge au chapeau
La patte palmée sur l’épaule ».
Il y a ainsi une conjonction d’éléments reliant intimement les Cagots, la lèpre, la mort, le langage caché des constructeurs, une origine orientale. Ces éléments étant entretenus par l’Eglise omniprésente.
385. Un évêque Arien Priscilien d’Avila répand une rébellion à la hiérarchie romaine, dans une doctrine mêlant Gnose, Kabbale et Occultisme. Il est condamné : ce sera le premier dignitaire de l’Eglise décapité pour hérésie, par les siens.
En 850, Théodomir, un autre
évêque Arien aurait placé le corps de
Priscilien dans ce qui deviendra le tombeau de Saint-Jacques de
Compostelle.
– Supercherie de l’histoire, qui verra des centaines de
milliers de bons catholiques faire un pèlerinage toujours
vivant.
– Revanche posthume des
Cagots ? ! ! !
L’origine des Cagots est bien la
conséquence, en Aquitaine, de la querelle religieuse entre
catholiques et Wisigoths Ariens et du déroulement de ces
événements dans l’ex – Empire Romain.
Elle se concrétise au VIème siècle par
la mise à l’écart des Wisigoths
restés ici après leur abandon par leurs chefs,
partis en Espagne, et victimes de l’intolérance,
du racisme et des préjugés.
Cagots, Canis-Goths, Chiens de Goths :
après avoir été
persécuteurs et relayés par, les
lépreux, ils ont subi l’exclusion, la haine, dans
leur chair, leur tête, pendant quatorze siècles.
Quelle leçon pour notre siècle, et
l’actualité qui rappelle que peu de choses ont
changé dans les esprits.
Dominant les versants du Roussillon de ses 2784 m, dans les
Pyrénées orientales, le Mont Canigou porte le
témoignage éternel de ce drame.
Aussi en donnant à manger à notre chien, nous ne
serons pas le profane qui ne voit qu’un jeu de mots, mais
nous aurons une pensée émue envers ces victimes
des préjugés, de
l’intolérance, de l’exclusion, du
racisme.
Il s’agissait de Bâtisseurs et d’Hommes,
doublement des Frères.
Se battre pour le respect de la dignité humaine, pour
l’Amour entre les Hommes, l’histoire
passée et présente nous rappelle que nous, Francs
– Maçons avons beaucoup de travail.
Vénérable Maître, j’ai dit.
Bibliographie :
– Gilbert Loubes :
« L’énigme des
Cagots », Sud-ouest Université.
– Jean-Emile Carrabarrouy : « Les Cagots,
exclus, maudits, dans le sud de la gascogne »,
Terres du sud.
– Robert L. Moore : « La
persécution, sa formation en Europe »,
Les Belles Lettres.
– Françoise Bériac :
« Des lépreux aux Cagots, recherches sur
les sociétés marginales en Aquitaine
médiévale », RTH.U.