A ceux qui ont fait que cette Loge existe, et à
Non communiqué
et à ceux qui font qu’elle vit
Lors de nos précédents échanges nous avons eu l’occasion d’évoquer la nécessité d’abord d’une certaine qualification (intérêt pour la spiritualité, besoin de connaissance, relativisation -et non pas mépris- des choses matérielles) puis d’une initiation (cérémonie) pour faire d’un homme un M.
Constatons maintenant que ce que nous appelons « L» (1) tire son nom du réduit bâti généralement contre l’ouvrage en cours de construction et dans lequel les ouvriers (les Compagnons) se réunissaient : c’était donc un lieu fermé, protégé du monde extérieur, dans lequel les anciens pouvaient aussi instruire les plus jeunes, remplissant ainsi leur devoir de transmission. Ce lieu dans lequel nous sommes réunis, nous l’appelons aussi « atelier », ce qui suffit à signifier que c’est pour nous un lieu de travail. Cette caractéristique -lieu clos et protégé- et cette fonction -lieu de travail- correspondent bien, le contraire eut été surprenant, à notre expérience maçonnique : lors de chaque tenue, nous veillons à être protégés extérieurement (Couvreur) et intérieurement (les 2 Surveillants), et nous nous livrons au travail conformément à ce que le V M nous a fixé d’emblée comme objectif au jour de notre initiation : « Nous travaillons sans relâche à notre amélioration (…) mais ce travail est pénible et demande beaucoup de sacrifices ».
“ Un lieu qualifié pour un travail spécifique “
Or,
ce travail spécifique en L a pour nous une
caractéristique
particulière : il se situe, pour reprendre la définition
de Mircea
Eliade (2), in illo tempore, « en ce temps-là »,
c’est-à-dire à une époque mythique,
originelle, et on accomplit ainsi
dans la L des rites qui répètent symboliquement
l’acte de la
Création, l’acte primordial par excellence ; la
L est donc le
point originel du monde, le Centre, symbolisé ici par le fil
à plomb,
axe matérialisant ce point.
Ce retour symbolique à la source nous permet virtuellement de
travailler le plus près possible du Principe. De quelle
façon et dans
quel but, et par conséquent avec quelle attitude pour le
M ?
Les
rites que je viens d’évoquer sont une seconde
nécessité pour
l’efficacité de notre démarche, après celle
de l’initiation : ils ne se
pratiquent eux aussi qu’en L et ont pour effet, nous
sortant
de
l’espace et du temps profanes, de nous situer dans le seul temps
fixe,
celui des origines, de la Lumière à son apogée (le
soleil est à son
point culminant et brille de tout son éclat : il est midi).
C’est ici, à cette heure, que le M, se retrouvant en la compagnie de ses F, va donc, à l’instar de l’Apprenti sur le chantier des cathédrales, acquérir les connaissances qui lui seront utiles lorsqu’il se retrouvera dans le monde profane. Au sein de la L, les M travaillent donc ensemble à essayer de comprendre le Principe que nous souhaitons intégrer, à définir une sorte de « modus operandi » commun qui permettra à chacun, individuellement, d’être in fine un homme accompli, qu’on reconnaîtra à la qualité de son œuvre.
Chacun de nous doit donc avoir ici une attitude d’écoute, nécessairement humble parce que nous avons ensemble appris à mesurer l’étendue de notre ignorance, et une vraie volonté d’avancer sur cette voie de notre perfectionnement. Il y aurait bien entendu beaucoup d’autres choses à dire sur ce sujet, mais cela nous entraînerait dans de trop longs développements, ce qui n’est pas l’objet d’une intervention (5 minutes de symbolisme) brève par définition.
1. Définition du dictionnaire de l’Académie Française de 1762 : « Il se prend plus ordinairement pour un petit réduit fait de cloisonnage, & capable de contenir plusieurs personnes. La L d’un Portier, d’un Suisse. Les L de la foire saint Germain. Les L des Lingères, des Merciers, &. Louer une loge à la foire. Les L de la Comédie, &. La première L. La seconde L. La L du Roi. La L de la Reine. Retenir une L à la Comédie, à l’Opéra. On distingue dans les spectacles les L des différens étages, par le nom des premières, secondes & troisièmes. ».
2. in «Le mythe de l’éternel retour», dans lequel Eliade écrit notamment : « Par le paradoxe du rite, tout espace consacré coïncide avec le Centre du Monde, tout comme le temps d’un rituel quelconque coïncide avec le temps mythique du « commencement» ».
