A quoi peut se comparer une Loge régulièrement
A∴ B∴
A quoi peut se comparer une L régulièrement couverte ?
Réponse : A la cellule organique et plus spécialement à l’œuf, qui contient un être en puissance de devenir. Tout cerveau pensant figure en outre un atelier fermé, une assemblée délibérante, abritée contre les agitations du dehors (Instruction au premier Degré du REAA).
La référence à l’œuf renvoie à des considérations alchimiques qui pourraient éventuellement être développées dans les Degrés suivants. Pour ce qui me concerne à ce moment je retiens l’aspect « cellule organique » et « …être en puissance de devenir » pour cette Planche dont les idées m’ont été inspirées par un incident ».
On peut mourir noyé à la plage de Boucan-Canot par un bel après-midi d’été. Un fort courant sournois ainsi qu’un squale en maraude s’étaient entendus pour nous soustraire prématurément à l’affection des nôtres, moi-même et quelques autres. Le sauveteur qui s’est porté à ma hauteur avec sa planche de surf m’a fermement proposé d’unir nos forces pour rejoindre le rivage le plus rapidement possible. La perception du temps et de la situation étant altérées dans les situations stressantes, c’est un peu hors du contexte que j’ai regardé vers la plage. Les gens ignoraient ce qui advenait face à eux. Un quidam arpentait même le sable avec un détecteur de métaux. La présence de ce chercheur de trésor à ce moment précis m’a paru incongrue. Familier à cette époque avec la pratique psychanalytique je me suis livré à la libre association d’idées et je me suis retrouvé immédiatement en L. J’ai donc à ce moment associé le mot trésor à celui de ma présence en L.
Plus tard j’ai relié autour de cet incident mes différents ressentis pour aboutir à la conclusion – évidente – que la F M m’était précieuse. Je vous invite à participer à l’inventaire partiel du contenu de mon coffre au trésor, de mon sanctuaire M devenu à cet instant et très symboliquement le centre du monde.
Le Centre du Monde
Le Temple a été comparé par Mircea Eliade (et par d’autres comme René Guénon) à une Montagne où se rencontre le ciel et la terre et c’est par elle que passe l’Axis Mundi que nous nous approprions en sacralisant le lieu par un Rituel spécifique. La recherche du Centre est une constante dans notre quête initiatique, le recentrage a entre-autre pour effet bénéfique de résorber les forces antagonistes et d’apaiser certaines tensions. A contrario le rituel favorise et contrôle aussi certaines mises en tension dynamique. De même qu’on ne peut enfermer Dieu dans un Temple (1 Rois 8 : 27 ; Actes 17 : 24), notre esprit qui est en mouvement, ne peut être contenu dans une boite. Notre esprit circule entre l’intérieur et l’extérieur pour revenir rapidement vers l’intérieur. Le va et vient est incessant. Au cours de ses excursions il peut se charger de quelques scories dont le tri systématique et répétitif nous déconcentre momentanément. C’est en ce sens qu’il faut donc bien que la L demeure le centre de ralliement où nous poursuivons en nous-même sereinement l’œuvre commencée au dehors.
En fait, nos cogitations ne s’arrêtent pas en sortant de la L. Dans la voiture, ou dans les heures et les jours suivants nous pensons aux interventions après les Planches et nous pouvons déplorer de n’avoir pas dit telle ou telle chose, et de penser « si j’avais su » et autre : « pourquoi ai-je oublié de… ? ». La pensée ne s’arrête jamais et c’est dans notre Temple intérieur que le Soi s’abreuve à la source de la Connaissance, dans et hors du Temple.
Toutefois ce qui vient du monde doit rester dans le monde, le M ne venant pas en L pour représenter le monde profane dans un contexte M, mais bien l’inverse. Ce n’est pas facile et le Rite ne m’aide pas du tout quand il fait dire au V M en fin de Tenue qu’il nous faut « …achever au-dehors l’œuvre commencée dans ce Temple… ». Comment cela est-il possible puisque nous passons beaucoup plus de temps à l’extérieur du Temple que dans celui-ci ? C’est dans le monde profane où règne l’obscurité que nous construisons notre sanctuaire en y établissant nos valeurs sacrées. Sans oublier que c’est en pratiquant le Rite qu’on devient M et surtout qu’on le reste.
Je ne perds pas de vue que dans le Livret d’instruction au 1er Degré nous lisons une formule explicite « …toutes les forces… doivent tout d’abord être concentrées surelle-même… et acquérir ainsi un maximum d’énergie expansive ». Sous-entendu : hors les murs.
Pour ma part, si j’éprouve le besoin de revenir dans cette enceinte si particulière c’est que mentalement j’ai rapidement inversé la proposition et que je m’efforce de poursuivre au-dedans l’œuvre commencée au-dehors. Et ceci pendant trois petites heures environ d’immersion dans un univers spirituel protégé.
Cette spiritualité ne correspond pas à un besoin exprimé spontanément par le Profane que nous entendons sous le Bandeau. C’est bien plus tard que nous partirons à la recherche de nous-même et que nous relierons le mot Symbolisme à celui de spiritualité.
L’engagement n’est pas toujours initialement enthousiaste parce qu’il peut correspondre plutôt à un besoin de combler des manques, de rejeter une éducation religieuse insatisfaisante ou même de se livrer au sein d’un groupe à une thérapie déguisée, Il arrive qu’un Frère demande au Profane sous le Bandeau quel bénéfice il compte tirer de son éventuelle entrée en M. Le candidat répond souvent ce qu’il pense que la L a envie d’entendre. On n’entend jamais la réponse : « J’y viens pour calmer mes petits nerfs ! ».Et pourtant, qui n’a pas pensé à cela ?!
Le nouvel initié découvre rapidement l’aspect : « Connais-toi, toi-même » et puisque nous passons beaucoup de temps avec nous-même, ça vaut le coup me semble-t-il d’essayer d’être un bon compagnon pour soi.
Mais pas trop (!), afin de ne pas idolâtrer l’individu qui apparaît dans le miroir lors de notre initiation ; mais nous comprendrons assez vite que c’est le groupe qui se charge efficacement de gérer notre égo, tout en douceur et bienveillance. Ça calme, comme on dit, et c’est peut-être pour cela que certains Compagnons se montrent étrangement silencieux alors qu’avec le 2ème Degré ils ont reçu le droit à la parole. Ainsi donc, se méfieraient-ils d’eux-mêmes ? Et si oui, pourquoi ? Et pour tous : la connaissance de soi-même sera-t-elle suffisante pour nous rendre supportable aux autres et précisément en L ?
La méditation
De quoi mon trésor se compose-t-il encore ? Je reste silencieux devant ce que je contemple et j’entends mentalement l’injonction du F P S qui dit avant que le Bandeau ne soit enlevé des yeux du Néophyte : « Qu’il voit et qu’il médite ! ». Ainsi donc nous méditerions en L ?! Oui, parce que nous avons aussi des outils favorisant la méditation. Notre démarche n’étant pas mystique, le Rite Ecossais Ancien et Accepté nous invite en quelque sorte à tout simplement ralentir. Et à faire silence. Cela revient à accueillir le vide, ce qui est perçu comme une attitude négative dans le monde profane. Une forme de mort. Alors que pendant mon séjour en L j’apprends à ne plus me battre contre le silence, mais à l’accepter et même à l’accueillir pour le valoriser. Il est sûr que de nos jours nous déplorons la superficialité des relations, l’immédiateté des échanges dans un brouhaha qui nous prive du bénéfice de la réflexion. En dépit des nombreux attraits profanes nous éprouvons le besoin de revenir en L ce qui parfois interroge certaines personnes qui se demandent ce qui se passe en L qui nous plaît tant, et nous sommes bien en peine pour leur répondre. Cette méditation en L est comme une incursion dans le pays des idées pures et des sentiments parfaits sans toutefois tomber dans le piège de la contemplation. Nous apprenons à : voir, écouter, comprendre, et agir. Plus tard nous apprendrons même à savoir voir, savoir écouter, savoir comprendre, savoir dire et peut être aussi à savoir agir. Je poursuis l’inventaire métaphorique de mon coffre au trésor mais afin de ne pas être trop long je n’ouvrirai pas les petites boites ouvragées sur lesquelles je lis : notion de temps M, le Sacré, la foi M, la Tradition, et bien d’autres choses précieuses encore. Mais je vois aussi une lampe en terre que je ne peux m’empêcher de frotter pour en retirer la poussière. Bien évidemment il en sort un Génie, ce qui m’amène pour terminer cette Planche, à parler de l’imagination et de l’intuition en F M.
Imagination et intuition
On ne dit pas tout au nouveau M. On ne lui dit pas qu’il lui faudra trouver en lui une sacrée dose d’imagination pour bien appréhender le symbolisme M. Pour surmonter certains écueils aussi. L’imagination est sollicitée quand le V M demande au Postulant : « Monsieur, quel est votre dessein en vous présentant dans ce Temple ? ». Il m’a semblé voir sur le visage de certains Postulants comme une hésitation, un doute. Dessein… dessin… parce qu’ils se demandent ce qu’ils ont oublié de dessiner dans le cagibi en bas. Ce n’est là que le début d’une longue quête du sens à donner aux mots ainsi qu’à certaines idées.
Dans certaines L, comme ici, le Pavé mosaïque ne recouvre pas la totalité du sol. Régulièrement, un Apprenti qui Planche sur le Pavé mosaïque le limite avec les Colonnettes qui, pense-t-il à tort, l’encadrent. A partir de son ignorance il donne du sens à sa présentation et il parvient à organiser le monde matériel et le monde spirituel autour de sa vision immédiate des éléments. Parfois avec beaucoup d’à-propos et cela grâce à sa faculté d’interprétation, de projection et d’imagination, bien sûr.
La F M sollicite constamment notre imaginaire et cela dès les deux premiers Degrés qui sont le socle solide sur lequel repose l’édifice M immatériel. C’est ainsi qu’il m’est rapidement apparu que j’aime que l’on me raconte de belles histoires sous forme de mythes et de légendes. En cela je m’estime bien servi en F M qui comme nous le savons « n’impose aucune limite à la recherche de la Vérité ». Mais pourquoi tant d’imprécisions dans les Symboles, les Mythes et même dans le Rite ? Même la logique du processus est voilée. Peut-être cela a-t-il pour effet de maintenir le M dans une dynamique de recherche ?
Le résultat est évident lorsque le F sait mêler son vécu et son expérience à son interprétation des symboles et des Mythes et certains F se révèlent étonnamment audacieux. Nous pouvons sortir des ornières avec l’aide du principe du libre examen lequel assure notre liberté absolue de conscience et donc garantit notre indépendance. C’est une des interprétations possibles du mot « Liberté » de notre devise M.
A cette base solide s’ajoute parfois une part d’irrationnel qui lui insuffle une âme, un supplément agréable et beau, ce dont sont merveilleusement capables les hommes quand ils font preuve de bonne volonté. C’est en amplifiant sa capacité spirituelle jusqu’à l’intuition parfois que le M se découvre, se crée, reçoit et constitue lui-même. La « vérité » qui découle de l’instant et d’une personne n’aura peut-être aucun prolongement mais la vision du F aura procuré du bonheur et du sens aux F de la L.
C’est ce que je viens chercher en L et que j’y trouve. Dans de nombreuses circonstances, nous avons tendance à supposer que les autres partagent nos croyances et désirs, qu’ils pensent et aiment ce que nous-mêmes pensons et aimons. Cette tendance est connue en psychologie sociale sous l’appellation de biais égocentrique.
Je viens de m’y livrer !
Vous-mêmes ne vous est-il jamais arrivé d’offrir à autrui ce que vous-même auriez aimé recevoir ? Pendant la cérémonie d’initiation, n’avons-nous pas entendu une phrase qui va dans ce sens ? (« Fais aux autres tout le bien que tu voudrais qu’ils te fissent à toi-même »).
Voilà quelques-uns des précieux objets sortis de mon coffre. Je les ai remis en place en les rangeant soigneusement.
Comme vous le voyez mes T C F, la leçon de la plage a été marquante.
Une chose encore pour finir et qui tient à mon vécu religieux. Je pense à l’Apôtre Luc (12 : 34) qui dit :
« Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur ».
M F, je sais que votre cœur est là. Alors, s’il vous plaît, accepteriez-vous de me dire en quoi consiste votre trésor à vous ?
Donc au total, mes T C F, nous avons une L comparée à un œuf et des œufs contenant des « êtres en puissance de devenir ». Une L… un œuf… des œufs… (geste de la main)…BONSOIR LES POUSSINS…(sourire).
J’ai dit, V M