Initiation, gesticulation ou mascarade ?
H∴ C∴
Planche de circonstance, nous verrons pourquoi !
Question récurrente quasi obsessionnelle dans l’esprit de l’initié Immédiatement, une voix s’exclame, c’est quoi un initié ?! Pas facile de répondre, un Maçon va rétorquer de manière réflexe, celui qui a reçu la lumière, heu…mais encore, celui, qui, après avoir subi le port d’un bandeau pendant une période contraignante et s’en trouvé libéré rapidement.
Oui, si l’on veut, bien que l’explication en soit un peu courte…
Dans un premier temps, par facilité sémantique, disons, initié, individu qui aura pris le principe, de remettre en question de manière intime l’ensemble de ses schémas intellectuel et de son formatage initial. Vraisemblablement, le reste de sa vie n’y suffira pas !
En revanche certes pas révélation d’un message, ou encore moins d’un pouvoir de dimension ésotérique !
Revenons au début de la question : gesticulation ou mascarade, voire l’inverse.
La cérémonie de l’initiation M : A souvent été comparée soit à un bizutage de grande école, appelée aussi usinage. Ce terme révélateur de rendre le nouvel élément aux normes du groupe. La démarche ici n’a rien à y voire.
La déstabilisation voulue par nos anciens, reste d’actualité, la traduction symbolique étant « la mort du vieil homme » pour la naissance du Frère. Cette transmutation commence dans le cabinet de réflexion, où le candidat sera descendu symboliquement au centre de la terre.
La problématique à ce moment étant le cheminement de l’individu au Frère.
On n’est pas initié, on s’initie soi même…alors ?
A son insu, l’impétrant, emprunte le labyrinthe de l’initiation par l’épouvante du premier voyage, suscité par le bruit et la musique tonitruante. Il a été malmené, plus ou moins bousculé, alors qu’au passage de la planche à bascule, il a pu ressentir la fraternité des mains qui sont venues l’accueillir.
Alors que son ressenti avait vu ses fibres les plus intimes être alertés dans le cabinet de réflexion, supposé représenter dans leur vie le premier endroit de méditation authentiquement sereine, ce moment majeur de se retrouver devant soi même. Doit-on ajouter que cette remise en question avait démarré avec la première épreuve du bandeau où des questions plus ou moins déstabilisantes l’avaient surpris, étonnés et rendus perplexe.
La détermination de « frapper à la porte » est fatalement le résultat d’un parcours méditatif et initiatique, je n’en veux pour preuve que la régénération spirituelle de certains de nos FF. Martyrs de la déportation, revenus dotés d’une force spirituelle considérable. Il parait nécessaire d’évoquer à ce moment ce concept défendu par Boris Cyrulznik, de résilience.
Il s’agit de la capacité, pour un matériau, de reprendre sa forme initiale à la suite d’un choc. En fait, c’est une métaphore, la marque de fabrique Cyrulnik : ce bloc solide comme du roc, c’est l’homme, qui rebondit, surmonte les drames les plus sordides. Et s’en sort plus fort. Fracassés par l’inceste, la guerre, le deuil, les éclopés du passé seront capables d’aimer, de travailler et de fonder une famille, si on sait les aider, les écouter, s’ils sont bien « tricotés affectivement ».
Cette citation, je l’ai voulu complète, par respect pour ces FF. Qui sont revenus forts et déterminés de leur captivité, ayant accomplis leur chemin initiatique.
L’un d’entre eux parti depuis « à l’orient éternel », me confirmant l’existence d’une blessure intime au cœur de chaque F.
Le candidat à l’initiation, y arrive chargé du poids de son vécu, certes cette constatation, est de l’ordre de l’enfoncement des portes ouvertes, et pourtant, n’est il pas intéressant d’y rester un instant. Quelque soit la raison de « frapper à la porte » intérêt intellectuel ou fascination de l’inconnu, le plongeon va déboucher sur un monde non appréhendé.
Ce n’est pas au passage, la contemplation du crane dans le « cabinet de réflexion », qui viendra me dire le contraire.
« J’étais ce que tu es, tu seras ce que je suis ! … »
Elle lui dira : Ce que tu vas voir, je l’ai déjà vu ; ce que tu vas vivre, je l’ai déjà vécu ; ce que tu vas entendre, je l’ai déjà entendu, je suis « la réalité telle qu’elle apparaît dépouillée de son décor sensible ; la vérité brutale, privée du voile des illusions » (O. Wirth).
Le Talmud indique que « l’on ne doit pas pénétrer dans le Temple avec son bâton, ni chaussé de souliers, ni vêtu de son vêtement extérieur, ni porteur d’argent ».
Un retour aux sources qui risque de faire grincer certaines dents… Et cependant voila une approche qui peut satisfaire.
Notre F P Nollier voit une manière de psychanalyse de la question de sens de nos sociétés, une fois encore « on n’est pas sorti de l’auberge » !
Il est temps, me semble-t-il de répondre ou pour le moins d’essayer de donner des débuts de réponse aux premiers ressentis de nos « jeunes FF ».
Le premier élément qui ressort, et ce à juste titre est le passage par la porte basse, symbole d’humilité, certes, mais aussi et aussi d’avantage de naissance, le passage de l’utérus est difficile, « Tu enfanteras dans la douleur ! » selon la malédiction divine pour avoir mordu dans le fruit de l’arbre de la connaissance. Je reviendrai plus tard sur l’humilité, nature profonde du Maçon.
Cheminons au cours de ces impressions, « la coupe amère » ne serait elle pas une dernière résurgence de la vie profane ? Au cours d’une vie, qui n’a pas rencontré de déboires ? Pourtant on a pu y voire une preuve de confiance !
De mon point de vue, j’y avais vu le dépouillement des métaux, sous ce jour !
Lors de ce déploiement des symboles de la Franc Maçonnerie, tout est dévoilé à celui, qui n’est pas encore un Frère, mais encore un novice.
Alors que le reste de sa vie ne sera à peine suffisant pour atteindre la plénitude de son survol !
Il me semble que la découverte majeure que peut éprouver le nouveau né, serait la fraternité.
Fraternité lors des différents voyages, mais aussi ce passage par les mains dégantées des assistants. Cette chaleur sera plus ou moins ressentie.
En revanche, la domination du rituel, peut prêter à interprétations diverses.
Les Franc Maçons, eux même se pose la question : le rituel, liberté ou aliénation ? Qui sait, démarche psychanalytique. Là, je ne me prononcerai pas, nous en reparlerons ! J’affirmerai aujourd’hui, avant de le démonter plus tard, le rituel est l’épine dorsale du Maçon !
Si j’osais, à ce moment, j’évoquerais pour le respect de ce rituel, l’importance de la tenue vestimentaire, foin d’une quelquonque polémique sur le « foulard croate » appelé par ailleurs cravate, non ne me faites pas dire que le port de baskets ou du « bleu de Nîmes », interfère sur l’égrégore, quoique…
Je ne veux parler que de la dimension théâtrale évidente dont la découverte peut se révéler déroutante, alors que j’ai lu, l’expression se retrouver dans ce rituel !
Pour en revenir sur la dimension théâtrale de l’initiation réception, le but est bien sur de mobiliser un maximum des sens de l’impétrant alors que l’essentiel, la vue, lui a été retiré. Eh oui, dans notre vie, poésie, théâtre, littérature ont une large place.
Pour donner une conclusion à cette mini planche d’explication, et de préambules à de futurs travaux, le cheminement symbolique, qui va du coq du cabinet de réflexion au miroir tendu par le parrain le jour de l’initiation, s’avère complexe.
En revanche ce qui peut paraître évident sera la somme de travail de découverte qui attend nos FF Nouveau nés !
J’ai dit.
Résumé : retour sur le symbolisme de l’initiation, proposition de travail pour les « nouveaux nés de l’Atelier », découverte de l’importance et de la valeur du rituel.