Le voyage de l’initiation

Auteur:

H∴ J∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

J’ai planché sur « j’ai vu l’étoile flamboyante » ce qui m’a conduit à réfléchir depuis plusieurs années sur les voyages du compagnon et avoir des propositions de modification du rituel d’initiation qui m’apparaît insatisfaisant en l’état actuel. Cette réflexion a été avivée par les manières de mener ce rituel dans certaines loges que j’ai visitées.

Le voyage de l’initiation au second degré est construit sur la symbolique 4 + 1. Même si bien entendu le voyage entamé durant l’initiation du compagnon évoque fort justement le voyage du compagnonnage opératif, et que le compagnon est invité à voyager en visitant d’autres loges, le voyage de l’initiation ne doit pas se limiter à cette évocation. Le voyage initiatique du rite de passage au second degré est beaucoup riche et signifiant que cela. Encore faut-il que le voyage soit correctement mené avec le respect absolu de la découverte de l’étoile flamboyante en sa toute fin, à vivre comme une révélation.

En effet, le fondement de l’initiation du grade de compagnon, est la découverte du nombre 5 et de l’étoile flamboyante. On a 5 cartouches, l’âge comme le nombre du compagnon est 5, et l’étoile flamboyante a 5 branches. Il y a aussi 5 voyages mais à ce propos, on pourrait plus justement parler d’un seul voyage en 5 étapes. Ce ne sont pas cinq voyages unitaires dont l’ordre indiffère ou dont certains pourraient éventuellement ne pas être effectués. Ce qui importe est d’arriver à la dernière étape, toutes les étapes ayant été franchies dans un ordre établi, progressif. La longueur de chaque voyage, la distance entre les différentes étapes, doivent également être égales (à l’exception peut-être du dernier voyage), car il n’y a pas de raison d’en avoir des plus courtes ou des plus longues que les autres, ce qui aurait pu signifier qu’un enseignement aurait plus de valeur qu’un autre, ou que l’un serait plus long ou plus difficile à assimiler qu’un autre. En revanche on peut distinguer fondamentalement les 4 premiers voyages (ou 4 première étape) du dernier voyage (ou dernière étape). L’ensemble de ces voyages constitue un tout cohérent et construit ce que nous allons appeler ici le périple. Le périple est construit sur le principe de 4+1 étapes (ou voyages).

Rappelons que l’apprenti qui a 3 ans et dont le nombre est 3, a néanmoins découvert outre les nombres 1, 2 et 3, le nombre 4 avec les 4 voyages, les 4 éléments, les 4 points cardinaux. L’apprenti a découvert le triangle (le ternaire, le delta) mais aussi le carré symbolisant le plan terrestre.

Aussi, le 5 du compagnon doit être appréhendé comme la somme de 4+1, et non pas 3+2. Il s’agit en fait de passer du plan terrestre symbolisé par le nombre 4 (le carré, les 4 points cardinaux) au nombre de 5, en découvrant une dimension nouvelle : la verticalité ascendante.

L’apprenti a découvert la verticalité descendante, avec le fil à plomb, le bijou de son surveillant, et peut-être aussi avec vitriol du cabinet de réflexion. Cette verticalité est toute terrestre, l’apprenti est invité à visiter l’intérieur de soi, l’intérieur de la terre. La verticalité du compagnon est au contraire ascendante, céleste. L’étoile flamboyante est le principe même de la verticalité de l’homme divinisée, de l’homme debout, les pieds sur terre, la tête dans les étoiles, et G en son cœur. L’Etoile est certes présentée à l’orient au plateau du V M, mais elle est aussi au zénith. On parle d’ailleurs dans les anciens rituels de l’étoile polaire. Le plateau du V M, à l’orient est surélevé de 3 marches. Il est au-dessus du sol en damier de la loge, symbole du plan terrestre.

Pour s’en convaincre, relions entre elles toutes les pointes de l’étoile à 5 branches entre elles, puis les deux pointes du bas à la pointe du haut. On voit alors apparaître une pyramide : les 4 pointes basses forment la base, le plan terrestre, et la pointe du haut se dresse en perspective, comme le haut d’une pyramide.

Le voyage du futur compagnon est donc de faire étape aux 4 pointes traçant le plan terrestre, comme les points cardinaux (d’abord Nord-Est place de l’hospitalier, puis Sud-Est place du trésorier, Nord-Ouest place du 2d surveillant et Nord-Est place du 1er surveillant), pour au final aller à l’Orient, vers la dernière et cinquième pointe.

Les étapes sur le plan terrestre sont très signifiantes. Les différents outils du franc-maçon que le récipiendaire tient dans les mains sont matériels et non spirituels. Les 4 cartouches évoquent des facultés ou des savoirs relevant du monde terrestre : les 5 sens (faire travailler son être avec toutes ses facultés physiques), les arts libéraux (faire travailler son être avec toutes les facultés intellectuelles), les ordres d’architecture (apprendre de la transmission non verbalisée, de l’histoire, de la culture humaine et plus encore transmise au-delà des mots, dans l’empreinte laissée au monde, dans l’organisation sociale, dans l’architecture, dans l’intelligence des constructions humaines), les initiés (apprendre de la transmission verbalisée auprès des grands courants de pensée les plus inspirées). L’enseignement des 4 premières étapes du périple relève du plan terrestre. Même si évidemment les constructions évoquées avec les ordres d’architecture peuvent être dédiés au ciel, elles sont terrestres, et, même si les grands initiés peuvent nous parler du ciel, être annonciateurs ou médiateurs du ciel, ils sont bien terrestres. Ce n’est que la dernière étape du périple, le 5ème voyage, qui nous conduit à découvrir l’étoile flamboyante. Cette dernière étape se fait sans outil (matériel) mais le récipiendaire est fort de tout l’enseignement acquis lors des 4 étapes (ou voyages) terrestres précédentes. Et l’on apprend, message essentiel, que c’est par le travail, qui active précisément les facultés et les acquis des 4 voyages terrestres, que l’on peut espérer atteindre, en tout cas avoir pour objectif d’atteindre l’étoile flamboyante, symbolisant l’accomplissement de l’homme.

Ce symbolisme du périple, des 5 voyages, conduit à s’interroger sur la manière de mener les circumambulations qui conduisent aux différents points de l’étoile.

Tout d’abord, écartons avec vigueur et rigueur les aberrations que l’on constate parfois dans certaines loges.

La première aberration constatée est le fait de conduire le récipiendaire dans un voyage erratique, qui peut le mener parfois jusque derrière les colonnes sous le prétexte de vouloir lui signifier qu’il voyage. On peut douter de l’intérêt pédagogique mais surtout on peut craindre de faire perdre la logique d’ensemble du périple par une circulation interminable et erratique.

La deuxième aberration est le placement non pas entre les colonnes, c’est-à-dire à l’entrée du temple, mais devant les deux colonnettes, devant le tapis de loge.

Les aberrations écartées, envisageons une modification du rituel actuel qui permette d’amplifier la symbolique de la construction du périple basée fondamentalement sur le principe du 5 = 4 +1.

Nous avons bien actuellement un périple de 5 étapes (ou voyages) qui se décomposent en 4 + 1 : les 4 premières étapes qui se déroulent sur le plan terrestre, suivies par la cinquième étape finale où l’on découvre l’étoile flamboyante à l’Orient.

Dans le rituel actuel, le récipiendaire effectue à chaque voyage un premier tour de loge avant d’être conduit devant la cartouche du voyage, puis est reconduit entre les colonnes pour entendre l’enseignement de la bouche du V M. Ainsi chaque voyage comporte 2 tours de loge. Si l’on compte chaque côté de la loge, on peut aussi décompter : 5 côtés parcourus pour la 1ère cartouche, suivi de 3 côtés pour retourner entre les colonnes. On retrouve ici les nombres 3 et 5. Mais pour les 3 cartouches suivantes, on obtient 6+2, 7+1, 8 (si l’on fait faire deux tours), ce qui ne signifie plus rien. On retrouve la symbolique pour la dernière cartouche, car pour aller à l’Orient, le récipiendaire fait alors 5 côtés, suivi de 3 côtés pour retourner entre les colonnes.

Outre le fait que l’enseignement donné par le V M n’est pas fait juste après avoir découvert la cartouche, ce qui lui fait perdre un peu de force pédagogique, le voyage du récipiendaire est erratique d’un point de vue symbolique des nombres, et puis aussi particulièrement long, puisque cela fait faire 10 tours complets de loge.

Une solution pour raccourcir le périple (1) serait de n’effectuer qu’un seul tour lors des 4 premiers voyages, c’est-à-dire abandonner le tour de loge préalable avant d’aller voir la cartouche du voyage. Puis lors du dernier voyage faire 1 tour complet, ce qui permet une recollection des étapes précédentes pour terminer vers l’orient pour l’étape finale puis revenir après entre les colonnes. Ce faisant, le périple compte alors 6 tours de loges. La construction se fait alors avec 4 côtés X 4 voyages + (4+1) côtés pour arriver devant la dernière cartouche à l’orient. Le principe du 4 +1 est plus apparent, mais la symbolique est un peu brouillée avec 4X4=16 + 5. Le plan terrestre est largement visité, à notre sens un peu hypertrophié, le message 4+1 n’apparaissant qu’en toute fin, lors du 5ème voyage.

Une autre proposition, que nous préconisons, est bien plus dans symbolique du 5 = 4+1. Il s’agit tout simplement de faire rester à l’ordre, face à l’orient, le récipiendaire, devant la cartouche qu’il vient de lire, pour écouter l’enseignement donné par le VM (écoute faite avec la cartouche sous les yeux, et donc faite avec beaucoup plus de profit). Ainsi après avoir joint la 1ère cartouche en effectuant 1 tour de loge + 1 côté, il rejoint la 2ème cartouche en effectuant également 1 tour de loge + 1 côté, etc…pour finir devant l’orient pour la cinquième étape et cartouche. Il aura ainsi effectué, soit (4+1) X (4+1) = 5 X 5 côtés. Ainsi à chaque étape, en allant sans le savoir rejoindre chaque pointe de l’étoile, il découvre la symbolique du 4+1, de la découverte pleine et entière du plan terrestre pour tendre à l’élévation à la verticale, symbolique de l’étoile flamboyante qu’il ne doit découvrir qu’au final en rejoignant la cinquième pointe. Le périple est aussi raccourci par rapport au rite actuel, puisque le récipiendaire l’effectue en 7 tour, avec seulement 5 arrêts et non pas 10 arrêts comme actuellement (arrêt devant la cartouche et arrêt entre les colonnes à chaque voyage).

A ce stade de la réflexion, rappelons qu’il est nécessaire de bien cacher l’étoile éteinte avant de la sortir et l’éclairer lors du dernier voyage, afin de provoquer l’effet de surprise de l’initiation. Cela est fondamental quelle que soit la formule adoptée.

Cela nous conduit à rappeler l’importance du travail des officiers et du MdC qui doivent être particulièrement bien préparé pour que l’initiation se fasse avec toute la rigueur géométrique requise. La geste de l’initiation est, comme nous l’avons vu, extrêmement signifiante, bien au-delà des explications données par le V M pour chaque cartouche. Le nouveau compagnon doit avoir vu l’étoile flamboyante. Encore faut-il lui faire bien voir.

Note

(1) Nous écartons l’idée encore plus radicale d’effectuer le périple en 2 tours seulement, en allant directement à chaque cartouche sans retourner entre les colonnes : 1 côté, 1ère cartouche, 1 côté, 2ème cartouche etc. jusque la 5ème cartouche à l’orient avec retour entre les colonnes, soit 2 tours de loge. La symbolique de 4 + 1 disparaît quasiment. Le principe du périple du compagnon qui doit travailler, visiter, découvrir aux 4 coins de l’univers disparaît complètement. L’évocation du tour de France du compagnon opératif est anéantie.

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