L’acacia m’est connu

Auteur:

C∴ B∴

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

La Loge Bleue nous montre la grenade au sommet des colonnes. Les nombreuses graines que contient ce qui fut sans doute le fruit de l’arbre du jardin d’Eden, figurent les F F qui se tiennent proches les uns des autres, au sein du temple.

Le rituel de l’élévation au grade de compagnon prend la tige de blé comme symbole central. Enfin, en Chambre du Milieu, c’est l’Acacia que le Maître s’approprie.

De la graine qui n’est que promesse à la tige dont on tire nourriture, avant de devenir arbre. L’arbre, cette colonne vivante qui relie la Terre au Ciel, le Passé au Présent, cette source de vie. L’arbre a valeur de symbole dans toutes les civilisations qui le connaissent : Le Chêne des Celtes, le Frêne des Scandinaves, le Sequoia des Amérindiens, et donc l’Acacia des civilisations du Sud et de l’Est de la Méditerranée. L’acacia est symbole d’immortalité, par ses qualités de bois dur et quasi imputrescible, résistant aux sécheresses des régions semi-désertiques. Il est le matériau de l’Arche d’Alliance et de la couronne d’épines du Christ ; avant cela il est présent dans la mythologie égyptienne et indienne. Pour autant, c’est bien la légende d’Hiram que nous devons explorer, qui nous entraîne dans une dimension symbolique renouvelée de l’Acacia.

Etes vous F M ?

« Mes F F me reconnaissent comme tel » répond l’apprenti.

Etes vous F M ?

« J’ai vu l’étoile flamboyante » réplique le compagnon.

Etes vous F M ?

« L’acacia m’est connu » annonce le Maître.

L’Apprenti n’a pas l’autonomie, ni l’assurance nécessaire pour évaluer son appartenance. Lui qui ne sait ni lire ni écrire, qui reste silencieux sur les colonnes, trouve dans le regard de ses F F la réponse à la question.

Le Compagnon a gagné en assurance. Il peut compter sur ses sens, qui lui procurent une perception juste de son environnement. Mais l’exploration à laquelle il est convié ne tient pas pour autant lieu de connaissance ; encore faut-il assembler le puzzle quand on en a réuni les pièces.

Le Maître parle avec autorité, pour lui-même. Il affirme sa capacité à appréhender le tableau d’ensemble. Il comprend et accède à la connaissance, cette capacité distinctive de l’humanité. Les Loups se reconnaissent entre eux, et leurs sens sont particulièrement aiguisés. Mais la connaissance leur échappe, toujours. La réponse du Maître précise ce qui lui est connu : l’Acacia.

Le M M est, somme toute, en possession d’un savoir très restreint, et il n’appréhende donc qu’une minuscule fraction du monde. Car l’acacia n’est qu’arbre, modeste, au sein de la forêt, à la surface de la planète.

« L’Acacia m’est connu ». Cette phrase prononcée à l’ouverture des travaux en Chambre du Milieu, le M M ne l’entend et ne la vit qu’au terme de son élévation. Elle résume et condense le rituel d’élévation, au terme de laquelle le nouveau M M se voit donner, reçoit, la connaissance de l’Acacia.

Revenons au début de l’élévation : le futur M M marche d’abord à reculons lors de l’élévation au 3ème. Il mesure le chemin parcouru depuis son passage dans le cabinet de réflexion jusqu’à son attente devant la porte du Temple avant l’exaltation à la Maîtrise. Le temps pour lui d’affermir sa détermination avant de faire face au chemin qui s’étend devant lui. Avec un premier obstacle de taille : un mort est étendu à ses pieds. Il passe au « détecteur de mensonges » en exécutant les pas au dessus du corps du M M assassiné et prouve son innocence vis à vis de ce crime odieux. Il n’est pas de ceux qui l’ont tué et paraît digne d’Hiram. Démonstration en est faite quand il souffre et subit les épreuves qu’Hiram a lui même endurées. Comme lui, il repose ensuite en terre. Il sait désormais ce qui l’attend : la mort. Celle qui décompose les chairs, mais aussi celle qui les transforme en nourriture pour l’Acacia. L’acacia qui sera tenu en main par un nouveau maître qui viendra après lui, comme lui vient après Hiram.

Par ce rituel, Il n’est pas question d’éprouver l’immortalité ou la résurrection mais bien la fin inéluctable qui nous attend. Cette vérité fondamentale permet à celui qui expérimente cette mort symbolique de revenir à la vie plus déterminé, plus serein aussi. Lorsqu’on le relève, le futur M M a vécu les instants les plus sombres du destin d’Hiram. Il lui reste à partager les meilleurs, ceux qui ont fait de lui l’architecte du Temple de Salomon. Le M M saura ainsi affronter les mille « petites morts » du quotidien et poursuivre sa route. Il sait aussi, avec certitude, que la transmission opère pour ceux qui travaillent à la recherche de la Vérité et de la Justice, malgré les ennemis rencontrés sur le chemin.

En effet, les trois mauvais compagnons qui ont assassiné Hiram n’ont-ils pas planté une branche d’Acacia sur le tertre sous lequel ils ont enseveli son corps ? Pourquoi donc l’ont-ils fait ? Probablement parce que marquer leur crime est l’unique victoire qu’ils ont remportée sur Hiram. Ce faisant ils ont montré leur faiblesse coupable. Car ils ignoraient la puissance testimoniale de cette branche d’Acacia, pourvu que l’Acacia soit connu de son découvreur :

« Cet acacia m’annonce une sépulture. Peut-être ombrage-t-il le tombeau de notre Maître ? » dit le V M Second Surveillant.

Cette branche est donc aussi une clé, car il est dit également que « la connaissance repose à l’ombre de l’Acacia ». Voilà bien confirmé que notre arbre n’est pas le tout de la connaissance. Ce que le M M a acquis par ses mérites ce qui lui a été donné par ses prédécesseurs, c’est la capacité à construire le Temple : le dessiner mais aussi tailler et assembler les pierres qui le composent. Bien évidemment, l’œuvre n’est pas si facilement achevée, et il mesure tout à fait l’étendue inexplorée des savoirs, de la connaissance qui est à découvrir sous le tertre d’Hiram pour y parvenir.

Néanmoins, le M M est armé pour un tel défi. Il dispose des outils de ses prédécesseurs pour construire ce savoir, ces outils malmenés par les mauvais compagnons, qui n’ont pas su valoriser leur potentiel et ont alors choisi la destruction.

Il dispose aussi d’un symbole puissant pour guider son action : l’Acacia, dont l’ombre que l’on espère tout à la fois chaleureuse et rafraîchissante, figure la Chambre du milieu au sein de laquelle les M M travaillent.

Tout à son œuvre, le M M est invité à vivre intensément l’instant présent, entre passé et avenir, qui relie le savoir reçu et le savoir qu’il transmettra par ce bâton de mémoire qu’est le Rameau d’Or, la modeste branche d’Acacia.

J’ai dit.

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