La Maîtrise (Poéme)

Auteur:

Non communiqué

Obédience:
Non communiqué
Loge:
Non communiqué

Frères, je veux ce soir, sachant que l’heure est brève,
D’un apologue obscur vous épargner l’ennui.
Laissez-moi seulement vous raconter un rêve
Que je fis l’autre nuit :

C’était en un pays hérissé de montagnes,
L’heure crépusculaire irisait l’horizon ;
Un pauvre compagnon errait dans la campagne,
Que l’Automne dorait après la fenaison.
Un vieillard qui le vit du seuil de sa chaumière,
Crut à l’un de ces gueux qui vous tendent la main,
Et dit : Où donc vas-tu ?

Je vais vers la Lumière, répond le voyageur qui poursuit son chemin.
Sans souci de la fin du soleil qui décline,
Notre homme va toujours, rempli de gravité,
Lorsqu’un passant l’arrête au flanc de la colline
Et dit : Que cherches-tu ? Ami, la Vérité !

Et notre pèlerin reprend alors sa marche,
Besace vide au flanc, vêtu comme un pasteur.
Lorsqu’à ses yeux soudain se dresse, immense, une arche,
Portail d’un vieux château que surplombe une tour.
Il gravit les degrés de ce donjon austère
En suivant à tâtons le mur humide et nu.
Il rampe ; heurtant son front dans l’ombre et le mystère,
Vers le but pressenti, et pourtant inconnu.

Peu à peu, dans le cours de sa marche ascendante.
La spirale de nuit se teinte en clair obscur.
Il escalade encore dans l’espoir qui le hante,
Cent marches vers le ciel qu’il veut serein et pur.
Puis s’ouvre dans le mur une échauguette vide,
Réduit du temps jadis où veillaient les archers.
Par trois et trois créneaux d’où fuse un jour livide,
Il aperçoit au loin des flèches de clochers.

Oh ! Ce n’est déjà plus l’angoisse enténébrée
Qui fléchit les genoux et pèse sur l’esprit.
Il sourit à l’espoir dont la voûte est zébrée,
Mais le champ de sa vue est encore circonscrit.
Et cette ascension dura toute sa vie,
Sans que l’humble sache, et sans qu’il fût lassé.
Car chaque nouveau pas, chaque marche gravie,
Rejetait dans l’oubli une heure du passé.

Brusquement, comme un songe hallucinant s’efface,
L’éclat d’un ciel d’azur perce l’obscurité,
D’un coup d’œil embrassant l’infini de l’espace,
Notre bon compagnon s’enivre de clarté,
Ses regards éblouis distinguent à cent lieues :
Forêts, coteaux, vallons, villages en éveil,
Jusqu’aux confins du monde et jusqu’aux cimes bleues
Des monts offrant leurs neiges aux baisers du soleil.

C’est alors qu’il comprit en saluant l’aurore
Que tout Idéal tient ce qu’il nous promet,
Et que monter, toujours monter, monter encore,
Est le devoir de l’humble aspirant au sommet.
Frères, voici ce soir le terme du voyage
Qui, du vrai compagnon, fait le Maître parfait.
De vos aînés, vous suivrez le sillage,
Donnant à vos cadets l’exemple ce bienfait.

Vous pouvez dominer aujourd’hui l’étendue
Où les sentiers abrupts vous semblent aplanis,
Regardez au lointain, conscience tendue,
Vers l’avenir si riche en l’espoir infini.
Restant indifférent aux injures du nombre,
Demeurez le front haut – Pardonnez aux jaloux
Qui vous déchireront perfidement dans l’ombre.

Croyez l’ami loyal qui tend les mains vers vous.
Pour cet ami qui veut que votre cœur s’élève,
Contre la calomnie insinuant son dard,
Pour lui, qui n’a de foi qu’en l’appui de vos glaives,
Ne transformez jamais vos glaives en poignards.
Devant l’imposte sottise, Ami, sachez-vous taire.
Ses lettres de crédit sont piètres parchemins.

Ne vous prévalez pas de mœurs humanitaires,
Efforcez-vous plutôt d’être vraiment humain.
Aimez votre Prochain, la Femme, la Nature,
Soyez tendre et fort, fidèle, résolu,
Et songez que d’Hiram, la sobre sépulture
Recouvre la Vertu des âges révolus.

Que sur ce tumulus, l’Acacia renaisse,
Opposant sa blancheur au mensonge maudit,
Ses rameaux ont pour nous l’éternelle jeunesse
Du plus pur Idéal, salut, Maîtres, j’ai dit !

Par J C de P

Vous devez être abonné pour accéder à ce contenu


S'abonner

Retour à l'accueil